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L'Alternative nationale

Sommaire:
Introduction: Le mur
Chapitre 1: Le retour du politique
Chapitre 2: Le combat pour les valeurs
Chapitre 3: La liberté pour le peuple
Chapitre 4: L'impératif d'identité
Chapitre 5: La préférence pour la vie
Chapitre 6: Le renouveau du savoir
Chapitre 7: Du travail pour les Français
Chapitre 8: Le social par la fraternité
Chapitre 9: De l'harmonie pour le pays
Chapitre 10: La sécurité dans la cité
Chapitre 11: La grandeur pour la nation
Conclusion: Le printemps de la France



Chapitre 11
La grandeur pour la nation

La France, parce qu'elle est une ancienne nation habituée aux rôles de premier plan, ne peut vivre sans la grandeur. Son génie l'a poussée de tout temps à rayonner dans le monde et à peser sur son destin. A chaque époque, elle s'est trouvée au cœur des grands événements qui ont façonné l'Europe et le monde, parfois en situation dominante, parfois en position défensive, mais toujours en tant qu'acteur privilégié sur la scène de l'histoire. Aujourd'hui, pour rester fidèle à elle-même, il lui faut de nouveau prétendre au premier rang des nations : la grandeur est pour elle un impératif d'existence.
Pour renouer avec cette exigence, la France a l'obligation de se projeter dans le monde, d'y rayonner comme un modèle et de s'y imposer. Car la grandeur ne s'acquiert pas seulement par les vertus de l'harmonie interne. Certains pays, telle la Suisse, par ailleurs citée en exemple pour sa démocratie, sa prospérité et sa cohésion sociale, ne sont pas reconnus comme de grandes nations. Cette qualité est en effet l'apanage des patries à la fois anciennes et puissantes qui peuvent développer en leur sein un modèle propre d'organisation sociale et disposent d'assez d'énergie et de prestige pour le faire accepter par d'autres. Aussi la France ne doit-elle pas se recroqueviller frileusement à l'intérieur de ses frontières. Il lui faut respirer l'air du grand large et se porter au-delà de l'horizon : elle ne peut exister qu'à l'échelle de la planète.
Aujourd'hui, hélas, notre pays semble avoir renoncé à la grandeur, et sa présence dans le monde n'est plus que fantomatique ou symbolique. Avec les dirigeants de la classe politique, il a cessé d'être un acteur pour n'être plus qu'un figurant sur la scène internationale. Comme chaussés de bottes trop grandes pour eux, nos gouvernants, sans doute embarrassés par le passé éclatant de la France, se révèlent incapables de conduire une vraie politique étrangère et se contentent de l'aligner sur celle des autres.
Dans le monde mouvant et complexe d'aujourd'hui, les gouvernements qui se succèdent au pouvoir paraissent ne plus avoir de stratégie propre. L'effondrement de l'empire soviétique, le réveil des nationalités, la montée de l'islam, les mouvements planétaires de population, l'imbrication croissante des économies ont donné naissance à un univers incertain et chaotique sur lequel la France a perdu toute maîtrise. Nos gouvernants ne sont plus à même de se frayer leur propre route. Jouets et non plus maîtres des événements, ils se livrent à de pitoyables gesticulations médiatiques et diplomatiques. Incapables d'adopter une position originale, ne sachant plus où réside l'intérêt national, confondant les amis et les ennemis de notre pays, ils ne pèsent plus, ils n'agissent plus. Pire, ils subissent sans réagir la tutelle étrangère et se placent à la remorque de la grande puissance dominante. Est-ce pour camoufler leur impotence ou est-ce par conviction ? Toujours est-il que nos dirigeants se sont ralliés à la politique des États-Unis, c'est-à-dire celle du nouvel ordre mondial.
Depuis l'effondrement du monde soviétique et la fin du "partage de Yalta", l'instauration d'un nouvel ordre mondial semble être devenue la préoccupation majeure des Américains. Or la France, comme beaucoup de pays occidentaux, a adopté purement et simplement ce projet, sans voir qu'il est idéologiquement néfaste et politiquement funeste. Sur le plan des principes, il est de nature mondialiste, puisqu'il vise à soumettre les États à un ordre régi par des lois internationales et imposé le cas échéant par une force supranationale. Il s'est fixé pour objectif l'affaiblissement des nations et l'uniformisation de la planète. Aussi, aux yeux de ses propagandistes, tout ce qui favorise la disparition des frontières et des identités, qu'il s'agisse du libre-échangisme commercial, du droit d'ingérence, de la supranationalité ou de la préférence pour les relations multilatérales, doit être considéré comme bénéfique. Le nouvel ordre mondial s'est doté d'une doctrine : les droits de l'homme, d'une loi : les résolutions de l'Onu, d'institutions : le Gatt, le FMI ou l'Unesco, et d'une armée : les casques bleus. Derrière cette machine idéologique et institutionnelle parfaitement huilée, on trouve les États-unis d'Amérique qui, loin de se soumettre eux-mêmes à ce système, s'efforcent avec succès de le manipuler à leur profit. Désormais seule grande puissance mondiale, ils pèsent d'un poids déterminant sur la plupart des institutions internationales au point de pouvoir en obtenir ce qu'ils veulent et y faire obstacle à ce qui leur déplaît. Politiquement, le nouvel ordre mondial ne constitue donc que l'instrument par lequel les Américains s'efforcent de dominer l'ensemble de la planète.
Fort curieusement, la France ne semble pas avoir pris conscience qu'en entonnant l'antienne mondialiste, elle travaille pour d'autres sans aucun profit pour elle-même. A chaque occasion, en effet, elle fait chorus avec le "concert des nations" et emboîte le pas de la "communauté internationale" dans l'observance des sempiternelles résolutions de l'Onu, tout en fournissant docilement son contingent de soldats qui viennent, privés de leur drapeau, s'enliser dans des conflits où ils se demandent à quoi ils servent. Au sein de cette monstrueuse mécanique internationaliste, les intérêts de la France n'ont pas leur place puisque ce sont les Américains qui donnent le ton et tranchent en fonction de ce qui est utile à leur pays, les Français se contentant de suivre le mouvement et d'appliquer ce que d'autres ont décidé. Aussi, alignée sur cette politique du nouvel ordre mondial, la France que M. Chirac veut même faire réintégrer l'organisation militaire de l'Otan, joue-t-elle en réalité contre les nations et contre elle-même. Loin de mener une politique étrangère propre, elle s'est asservie à un projet qui n'est pas le sien et qui ne sert pas ses intérêts.
C'est pourquoi il apparaît urgent de rompre avec les errements actuels et de jeter les bases d'une vraie politique étrangère qui permette à la France de retrouver son rang et sa grandeur.
A cet égard, il est nécessaire de se fonder sur des principes essentiels dont le plus important est à nos yeux l'intérêt national. Dans le monde complexe où nous vivons, la politique extérieure doit être déterminée en toute circonstance par la réponse à une question simple : est-ce bon pour la France ? Seul ce qui est bénéfique pour notre pays doit être entrepris, tout ce qui lui est néfaste écarté. Comme en politique intérieure, c'est donc ce critère qui doit guider les gouvernants. Un principe qui peut sembler sommaire et dont c'est pourtant la simplicité qui fait la force et l'efficacité. La grande politique n'est que le bon sens appliqué aux grandes choses, disait Napoléon. Rien n'est plus vrai dans le domaine des relations internationales.
Dans cette perspective, l'indépendance nationale, principe trop souvent oublié ou méprisé de nos jours, représente pour notre pays une nécessité impérieuse. L'indépendance, qui est aux nations ce que la liberté est aux personnes, constitue pour un peuple le bien le plus précieux. C'est elle qui lui assure son autonomie et sa sécurité. C'est grâce à elle qu'il est en mesure de choisir son destin et de prendre la route de ses intérêts. La politique étrangère de notre pays doit se fixer pour première mission d'assurer l'indépendance de la France. D'autant que cet impératif de liberté est aujourd'hui plus facile à réaliser qu'à l'époque de la guerre froide où deux superpuissances se partageaient la domination du monde. Avec la dislocation de l'URSS et l'éparpillement des conflits, la France se trouve plongée dans un univers plus mouvant et plus éclaté où elle dispose d'un poids relatif plus fort et d'une marge de manœuvre plus étendue, capables de lui conférer une plus large autonomie.
Pourtant, nombreux sont ceux pour qui l'indépendance serait désormais une notion dépassée. Ne vivons-nous pas dans un monde interdépendant où chacun dépend des autres et réciproquement ? De nos jours, il est vrai, les liens entre les nations sont tellement resserrés qu'aucun pays développé ne peut vivre replié sur lui-même et coupé des autres. Certes, mais faut-il pour autant renoncer à l'indépendance ? Évidemment non ! Car, s'il est incontestable que l'indépendance par l'autarcie n'est plus possible, rien n'empêche cependant de la conquérir par la puissance. Telle est en tout cas la voie choisie par les grands pays, à commencer par les États-Unis qui, bien qu'en étroite liaison avec le reste du monde, conservent néanmoins une totale indépendance. En effet, les liens qui existent par exemple entre la France et l'Amérique ne sont plus aujourd'hui, en réalité, que des relations de dépendance s'exerçant au profit du plus puissant. L'objectif d'indépendance passe donc par la nécessité de la puissance.
Cet impératif répond d'ailleurs à la réalité des relations internationales qui ne consistent pas en un échange naturellement harmonieux entre les nations mais plutôt en un affrontement entre des volontés et des intérêts antagonistes. Il apparaît donc essentiel pour cette raison que la France cherche à se placer en situation de supériorité chaque fois qu'elle le peut. Car, ne l'oublions pas, la politique étrangère, loin de se réduire au seul jeu des relations diplomatiques, doit se fixer pour objectif de mettre notre pays en position de force face à ses adversaires ou à ses partenaires. De ce point de vue, la diplomatie n'est que l'un des moyens de la politique étrangère, laquelle doit se développer dans une logique de puissance.
Avec la recherche de l'intérêt national et la préservation de l'indépendance, le renforcement de la puissance constitue la troisième condition du rayonnement international et de la grandeur de notre pays. Pour satisfaire à cette triple exigence, encore faut-il que la France se dote des moyens requis par l'ampleur du projet. Et la force militaire apparaît à cet égard comme une nécessité évidente et impérieuse.
Or, l'armée française est aujourd'hui démantelée par une politique de réduction budgétaire et de dissolution des unités, initiée par les socialistes et amplifiée par le gouvernement RPR-UDF. Elle reste pourtant le garant essentiel de la survie, de l'autonomie et de la grandeur de la nation, elle doit donc être renforcée et adaptée à la nouvelle donne internationale. La menace en effet a changé de nature. Depuis la chute de l'Union soviétique, elle ne prend plus, heureusement, la forme d'une attaque générale des armées du pacte de Varsovie. Est-ce à dire cependant qu'il n'y a plus aucun péril à l'Est ? Certainement pas ! La dislocation du bloc communiste a laissé des moyens militaires considérables entre les mains de pouvoirs instables qui peuvent être supplantés du jour au lendemain par des régimes belliqueux et militaristes. Par ailleurs, une menace nouvelle en provenance du Sud se fait jour. Certains pays d'Afrique et du Moyen-Orient représentent en effet aujourd'hui un danger potentiel pour la France et pour l'Europe, danger qui a d'ailleurs déjà trouvé sa concrétisation sous la forme du terrorisme et de l'immigration. De part et d'autre de la Méditerranée, deux mondes antagonistes risquent de s'affronter un jour prochain : le dynamisme démographique et la pauvreté des pays du Sud, conjugués avec la vitalité d'un islamisme conquérant, font peser sur une Europe riche et vieillissante une grave menace qui pourrait prendre demain la forme d'une agression militaire. Aussi nos forces armées doivent-elles pouvoir répondre avec efficacité à un nouveau type de menaces, moins classiques, plus floues et susceptibles de trouver leur origine aussi bien au Sud qu'à l'Est, voire dans d'autres parties éloignées du monde, en un mot partout où les intérêts nationaux sont en jeu. Il est donc urgent de renforcer le potentiel de notre armée en fonction de deux priorités : l'intervention extérieure et la défense du territoire.
Une restructuration importante des forces armées est aujourd'hui nécessaire si l'on veut qu'elles soient en mesure d'intervenir avec puissance et rapidité au besoin à des milliers de kilomètres de la métropole. A cette fin, il convient de substituer aux forces actuelles de l'armée de terre une force d'intervention terrestre polyvalente, particulièrement bien équipée en hélicoptères de combat, en missiles et blindés. L'armée de l'air devrait être dotée d'une flotte d'avions de transport à grande capacité et à long rayon d'action susceptible d'assurer de façon autonome et rapide l'acheminement de fortes unités de combat à des milliers, voire des dizaines de milliers de kilomètres de l'hexagone. Par ailleurs, et dans le même esprit, la marine devrait être équipée au plus tôt de deux porte-avions nucléaires lui conférant une forte capacité d'intervention et de présence outre-mer. Enfin, s'il n'est pas question de réduire le potentiel nucléaire stratégique, il y aurait lieu de développer des armes nucléaires miniaturisées, surtout à rayonnement neutronique, pouvant être utilisées ponctuellement non pas en dissuasion contre des cités mais en défense face à des forces agressives.
La seconde priorité concerne la protection et la sécurité du territoire. Il convient pour cela de prévoir la mise en place d'un système de défense anti-missile à la manière du système américain Patriot, destiné à protéger les villes contre des tirs en provenance du Sud. Pour le reste, la défense du territoire, particulièrement sensible tant que seront présentes sur notre sol de fortes communautés étrangères, doit s'appuyer sur une garde nationale formée de volontaires venant en soutien de la gendarmerie, elle-même renforcée dans le cadre de ses missions de sécurité publique. Enfin, un organisme nouveau est à créer pour la défense des frontières et le contrôle des populations étrangères. Rassemblant sous une même autorité des responsabilités aujourd'hui dispersées entre la Police de l'air et des frontières, les Renseignements généraux et la DST, cet organisme se verrait assigner pour tâche de rendre les frontières étanches à l'immigration clandestine et de contrôler les étrangers présents sur le territoire national. Ainsi réorientée, l'armée serait en mesure de remplir sa mission de défense et de puissance au service de la nation.
Forte de ces principes et de ces atouts, la politique étrangère de la France devrait, nous semble-t-il, se développer selon cinq axes majeurs : construire l'Europe des nations, défendre la cause des peuples, découpler la France des États-Unis, développer la coopération avec le Sud et tisser un réseau d'alliances dans le monde.
S'agissant de l'Europe, des décisions d'envergure sont à prendre d'urgence. La construction européenne, telle qu'elle résulte de l'Acte unique et du traité de Maastricht, crée la confusion dans nos institutions et met en péril la nation. Pratiquant la politique de Gribouille, les eurocrates de Bruxelles s'évertuent à mélanger les genres, à brouiller les cartes et cultivent l'ambiguïté. Ainsi les structures de l'Union européenne ne sont pas fondées sur un choix clair entre le principe fédéral, qui postule la création d'un super-État plaçant les nations sous tutelle, et le principe confédéral, qui respecte la souveraineté de chaque pays membre. De même, la répartition des pouvoirs manque de clarté. Le Conseil des ministres est-il un sénat des États ou l'exécutif de l'Union ? La Commission de Bruxelles est-elle un gouvernement, une administration ou les deux à la fois ? Quant au parlement européen, il ne statue pas souverainement en dernier ressort comme toute assemblée démocratique. Et, s'il n'est pas un parlement, quelle est sa nature ? D'un côté, l'Union européenne prône le libéralisme économique, mais, de l'autre, prétend l'organiser par le truchement d'une administration tentaculaire encore plus tatillonne que la plus envahissante des bureaucraties nationales. Enfin, jusqu'où l'Union peut-elle s'étendre territorialement ? Aucune réponse claire n'a été donnée, certains envisageant même l'adhésion de la Turquie, pays pourtant non européen. Et que dire de la répartition des compétences entre l'Union et les États ? Dans les principes, elle relève de la subsidiarité mais, dans la pratique, c'est l'omniprésence des normes bruxelloises qui s'impose.
Plus les années passent, plus les textes et les traités s'entassent et plus la confusion s'aggrave avec, comme seul résultat, le délitement progressif de la nation. Véritable peau de chagrin, l'indépendance des États est rognée chaque jour un peu plus. Le droit de frapper la monnaie, de réserver le vote aux nationaux, celui de contrôler les frontières ou d'arrêter le budget, toutes ces prérogatives concrètes qui se rattachent à la souveraineté nationale leur sont progressivement contestées. Les patries européennes subissent une agression organisée et systématique d'autant plus absurde que cette œuvre de destruction ne sert aucune entreprise de construction. On aurait pu en effet comprendre cette démarche si s'édifiait, en contrepartie des nations anciennes, une super-nation. On aurait même pu être enthousiasmé, surtout à l'époque des deux blocs américain et russe, par l'idée d'un grand empire européen fondé sur l'exaltation de notre civilisation commune et destiné à rendre à l'Europe sa puissance et son rayonnement d'antan. Dans une telle perspective, des abandons partiels de souveraineté auraient pu se justifier car une nouvelle entité souveraine aurait été créée, fondée sur des réalités immémoriales et capable de projeter les peuples européens au premier plan de l'histoire. Mais la construction bureaucratique et mondialiste de Bruxelles ne comporte rien de tel. Bien au contraire, elle refuse de prendre en compte l'identité commune de l'Europe et ne songe nullement à s'ériger en grande puissance. Elle ne veut pas plus protéger ses frontières de la concurrence sauvage et de l'immigration qu'elle n'envisage de s'imposer face aux États-Unis ou au Japon. Comme effarouchée par la puissance, elle se montre encore plus impotente que chaque nation prise isolément. Dépourvue de tout projet d'envergure susceptible d'enthousiasmer les Européens, indifférente au passé éblouissant de notre continent, faible, timorée et stérile, l'Europe des eurocrates ne contribue qu'à compliquer et amplifier les problèmes des États membres. Véritable cheval de Troie des intérêts étrangers, elle s'emploie à détruire notre agriculture, accélère le phénomène de l'immigration et aggrave le chômage et l'insécurité en facilitant à outrance l'entrée sur notre territoire des hommes et des produits. Aussi, pour faire cesser cette pernicieuse dérive est-il impératif de renégocier les traités européens et de reconstruire l'Europe sur des bases claires et saines, celles de l'Europe des nations.
Le Mouvement national républicain n'est en effet pas hostile à toute forme d'organisation de l'Europe. Les nations qui composent celle-ci possèdent en commun une même civilisation et sont soumises à des menaces identiques. Elles peuvent donc coopérer avec profit si les liens qui les unissent, au lieu d'être subis comme une contrainte, sont vécus comme une solidarité bénéfique. Et, pour répondre à la nécessité qui pousse les peuples européens à consolider les relations de fraternité qui les rassemblent, il faut s'engager dans la voie d'une confédération des nations européennes. Respectant scrupuleusement la souveraineté de chaque État, cette confédération, fondée sur la commune identité des patries d'Europe, se consacrerait à la défense et à la promotion de la civilisation européenne considérée comme le creuset de l'unité face aux autres grands ensembles mondiaux. Dans cet esprit, l'Europe des nations adopterait une démarche identitaire sans ambiguïté consistant à reconnaître à toutes les patries européennes, et à elles seules, le droit à faire partie de la confédération, celle-ci devant appliquer systématiquement le principe hiérarchisé de la préférence nationale et de la préférence européenne, notamment en matière d'immigration et de commerce. La confédération aurait par ailleurs mission de rendre aux nations européennes ce qu'elles ne peuvent dorénavant atteindre isolément, à savoir la puissance. Ses compétences devraient donc s'exercer principalement dans les deux secteurs où cette dernière leur fait le plus défaut, c'est-à-dire dans le domaine économique et militaire.
Toutes ces conditions étant réunies, il n'y aurait pas d'inconvénient à la constitution du grand marché européen, un grand marché qui, bien entendu, serait protégé et défendu contre la concurrence sauvage à laquelle nous soumettent les autres continents. De plus, au lieu d'instaurer comme aujourd'hui une intégration forcée à coup de règlements, mieux vaudrait laisser jouer la concurrence interne, non seulement entre les produits mais entre les normes, et mettre en œuvre une coopération technique féconde, celle qui a permis à l'Europe de réaliser ses plus beaux succès économiques : Airbus et Ariane.
Sur le plan de la défense, nous sommes partisans de la création d'une alliance militaire européenne. En ce domaine aussi, il est absurde de vouloir procéder par intégration comme pour l'Eurocorps où les armées des nations seraient amenées à se fondre en une utopique armée internationale. Pourquoi ne pas recourir à la méthode traditionnelle de l'alliance, déjà pratiquée avec succès lors de la Première Guerre mondiale par exemple ? Outre qu'elle respecte la souveraineté des États et l'intégrité de leurs armées, une alliance permet d'additionner et de coordonner des forces pour combattre ensemble un ennemi commun. La création d'une telle entente conférerait à l'Europe une puissance militaire de premier plan grâce à laquelle elle pourrait peser réellement dans le monde. Cette alliance, qui se substituerait à l'Otan devenue obsolète, rendrait enfin possible l'émancipation des nations européennes, aujourd'hui placées sous la tutelle des États-Unis.
Dans le cadre de la confédération, pourrait également être créé un système de sécurité collective destiné à régler les conflits du type de celui qui a fait rage ces dernières années sur le territoire de l'ex-Yougoslavie. Car il est profondément humiliant que de tels troubles soient l'occasion pour des puissances ou des organisations extérieures à l'Europe d'intervenir au cœur de notre vieux continent et il est choquant que la paix ait commencé à revenir en ex-Yougoslavie, du jour seulement où les Américains sont intervenus. La création d'une instance européenne de règlement des conflits, comparable, à l'échelle de l'Europe, au Conseil de sécurité de l'Onu, pourrait éviter l'apparition de pareils désordres, à condition qu'elle soit fondée sur une charte garantissant le principe national d'un peuple sur un territoire, prévoyant l'autodétermination des populations, les modifications de frontière par référendum et la protection des minorités.
Aux antipodes de l'Europe de Maastricht, l'Europe des nations ainsi définie, loin de détruire les patries, contribuerait à les fortifier. Certes, il s'agit là d'un projet dont la mise en œuvre nécessite l'accord des autres pays. Cependant la France devrait prendre l'initiative de se dégager, unilatéralement et pour ce qui la concerne, des contraintes illégitimes que comportent les traités et proposer en contrepartie sa vision de la construction européenne. Au lieu d'adopter une attitude de soumission passive, notre pays devrait prendre la tête, en Europe comme à l'échelle de la planète, d'une croisade de défense des nations. Tel est d'ailleurs le deuxième axe de la politique étrangère du mouvement lepéniste : faire de la France le champion de la cause des nations.
Aujourd'hui, en effet, le salutaire et nécessaire réveil des nationalités auquel nous assistons est combattu par les sectateurs du mondialisme qui utilisent l'argument des conflits interethniques survenus en Europe et ailleurs pour tenter de limiter l'indépendance et la souveraineté des nations. Cette attitude particulièrement hypocrite est destinée en réalité à masquer une démarche hégémonique conduite sous le couvert du nouvel ordre mondial et visant à placer les États sous la tutelle des pays les plus forts. Car, dans la pratique, ce sont les nations faibles qui subissent l'ingérence des nations puissantes et ce sont ces dernières, notamment les États-Unis, qui définissent l'ordre mondial à imposer aux premières. Cette imposture intolérable doit donc être dénoncée et nous militons pour que la France s'en charge et multiplie les actions diplomatiques en ce sens dans le monde entier. Notre pays devrait clamer haut et fort son opposition à ce prétendu nouvel ordre mondial que certains tentent, par le biais de l'Onu, de substituer frauduleusement au fait national. Et c'est à faire reconnaître ce dernier comme principe fondateur de l'ordre international que devrait s'employer notre diplomatie. Dans cet esprit, il appartient à la France de prendre systématiquement parti en faveur des nations et de leur souveraineté.
Là où le mélange des populations et le flou des frontières suscitent des conflits, voire des haines sanglantes comme en Bosnie, il reviendrait à notre pays d'intervenir pour la paix en faisant prévaloir les critères d'un ordre fondé sur le fait national. En effet, ce n'est pas le nationalisme qui suscite les guerres, mais le sentiment national contrarié. Tel est le cas en Europe où les conflits ont une cause unique : le mélange de peuples différents sur un même territoire. Il convient donc, pour que cessent ces affrontements, d'établir chaque peuple sur un sol qui soit le sien, conformément aux principes de la charte sur la sécurité collective en Europe.
En brandissant l'étendard de la défense des nations, la France serait appelée à jouer un rôle planétaire visant à remplacer le nouvel ordre mondial par un nouvel ordre national. Une telle entreprise n'est-elle pas dans la droite ligne de sa vocation historique ? La France n'a-t-elle pas maintes fois au cours des siècles constitué un modèle pour d'autres peuples ou indiqué la voie à suivre à d'autres nations ? Une démarche de cette nature contribuerait grandement à la stabilité du monde et au prestige de la France. En outre, elle fournirait à notre pays l'occasion de remettre en cause les institutions internationales néfastes pour ses intérêts, sans courir le risque de se retrouver isolé sur la scène diplomatique. En proposant une autre vision de l'organisation du monde et en ralliant à cette cause de nombreuses nations, il s'attirerait la sympathie de plus d'un peuple et gagnerait l'appui de nombreux États. Ayant acquis ainsi une dimension internationale considérable, la France serait en mesure d'exiger, dans un rapport de force favorable, la modification ou l'abrogation de pratiques internationales aussi contestables que le libre-échangisme mondial ou la supranationalité européenne.
Pour atteindre cet objectif, la France doit impérativement revoir la nature de ses relations avec les États-Unis d'Amérique et rompre le lien de dépendance qui soumet trop souvent notre pays aux décisions de Washington. Déjà l'emprise américaine sur la mode, le cinéma, la musique, la télévision et la langue met en cause notre identité et pénalise notre culture. Mais, au-delà, la suprématie que l'Amérique cherche à faire prévaloir dans les domaines économique et diplomatique compromet l'indépendance et la souveraineté de notre pays en même temps que ses intérêts fondamentaux. A travers le Gatt, les États-Unis s'efforcent en effet de conquérir des avantages commerciaux sur les Européens et obtiennent gain de cause face à une Communauté européenne soumise et docile. De même, par le truchement du nouvel ordre mondial, ils s'emploient à manipuler les Nations unies et à légitimer des opérations de police internationale menées à leur seul bénéfice, comme on a pu le constater dans la guerre du Golfe. Curieusement, la France entre dans ce jeu et tient le rôle servile du fidèle toutou qui reproduit systématiquement, à une échelle réduite et sans aucun profit, ce que les Américains font en grand et dans leur seul intérêt.
Aussi est-il temps de dégager la France et l'Europe de la tutelle des États-Unis. Les nations européennes, et la France en particulier, disposent des moyens de cette émancipation. Encore faut-il qu'elles en manifestent la volonté politique et qu'elles se prononcent pour la dissolution de l'organisation qui, pendant cinquante ans, a symbolisé la soumission de l'Europe à l'égard de l'Amérique. Conçue à l'origine pour faire contrepoids à la puissance soviétique, l'Otan ne se justifie plus et doit être remplacée progressivement par l'alliance militaire européenne.
La décision qui consiste pour la France à prendre ses distances à l'égard des États-Unis se révèle aujourd'hui d'autant plus indispensable que la société américaine incarne chaque jour davantage le modèle idéologique que nous combattons. En effet, si les Américains peuvent rester à bien des égards des amis de la France, force est de constater qu'ils se sont faits les chantres du nouvel ordre mondial dont nous voulons prendre le contre-pied et que leur société se développe selon le schéma cosmopolite que nous refusons chez nous. Un schéma fondé sur le melting-pot qui fut pratiqué avec bonheur outre-Atlantique lorsqu'il s'agissait de mêler des populations européennes et chrétiennes, mais qui s'étend maintenant à tous les peuples du monde et provoque l'éclatement d'une société débordée par la violence, la drogue et des tensions ethniques de plus en plus inquiétantes. Alors même que les États-Unis ne peuvent donc plus constituer une référence pour la France, notre nation doit se dégager de leur influence.
A l'inverse, la politique étrangère française doit chercher à accroître le crédit de notre pays en direction des États du Sud, dans le cadre d'une nouvelle politique de coopération.
Les pays situés au sud de la Méditerranée représentent, il est vrai, d'incontestables menaces pour la France et pour l'Europe. Aussi est-il nécessaire de prendre les précautions militaires indispensables. Cette légitime vigilance n'implique cependant pas que la France se crispe dans une attitude défensive et hostile. Bien au contraire, elle doit intensifier sa politique de présence au sud, accroître son aide aux pays moins développés et rechercher l'amitié de leurs peuples. En prenant la défense des nations contre le nouvel ordre mondial, la France peut d'ailleurs se trouver naturellement en convergence d'intérêts avec ces pays. Aussi sera-t-elle bien placée pour lancer une politique de coopération rénovée.
Celle-ci, qui doit se fonder non pas sur une prétendue culpabilité coloniale de la France, mais sur le principe de la réciprocité entre États souverains, ne peut donc pas s'appliquer sans discernement au bénéfice de toutes nos anciennes colonies. La France n'a pas à favoriser les pays qui lui sont hostiles, mais se doit d'accorder son assistance aux peuples qui s'affichent comme ses amis et sont prêts à l'aider en retour pour régler le problème de l'immigration. Une dimension qui permettra d'ailleurs de donner un nouvel essor et une efficacité supplémentaire aux actions de développement économique. Notre pays pourra en effet financer et piloter de vastes programmes visant à implanter et à valoriser la main-d'œuvre immigrée formée chez nous revenue dans son pays d'origine. La France n'hésitera pas d'autre part à intensifier sa présence, notamment en Afrique noire, pour assurer le fonctionnement des services essentiels à la population et pour éviter qu'on en n'arrive à des situations à la somalienne ou à la rwandaise.
Au-delà de la politique d'aide et de coopération, la France devra s'efforcer de constituer à travers le monde un réseau d'alliances pour défendre ses intérêts, renforcer sa puissance et étendre son rayonnement.
Pour commencer, il convient de valoriser nos terres d'outre-mer grâce auxquelles la présence française est garantie dans les Amériques, dans l'océan Indien et dans le Pacifique. Avec elles, la France dispose d'un domaine maritime considérable et de points d'appui stratégiques précieux. Aussi ces départements et territoires doivent-ils bénéficier d'un plus grand développement économique susceptible de les maintenir dans l'ensemble français et de fixer sur place les populations locales.
Ensuite la France doit se préoccuper de tisser des liens étroits avec les populations francophones européennes ou d'origine européenne. Le Québec notamment doit être l'objet de toute notre sollicitude : pourquoi ne pas lui proposer la création de liens institutionnels avec la République ? Et pourquoi ne pas établir des relations analogues avec les Wallons ? Ou, mieux encore, pourquoi la France ne ferait-elle pas savoir qu'en cas d'indépendance de la Flandre, elle serait prête à accueillir la Wallonie au sein de la nation française ?
Ce réseau d'alliances devra également s'étendre à l'ensemble des peuples, notamment à ceux d'Afrique et du Maghreb, avec lesquels la France aura consolidé ses liens de coopération. Ainsi, pour des raisons de solidarité spirituelle, devrons-nous soutenir tout particulièrement les chrétiens du Liban afin qu'ils puissent recouvrer un jour leur liberté et leur autonomie.
Dans les autres continents, notamment en Amérique du Sud et en Asie où la France est traditionnellement moins présente, il conviendra de choisir quelques pays avec lesquels pourront être développés des liens étroits d'amitié et de coopération. Pour que notre pays ne disperse pas inutilement ses efforts, ces États devront être en nombre réduit mais, pour peu, naturellement, qu'ils y trouvent leur intérêt, ils offriront à la France la possibilité de rayonner puissamment à partir de leur territoire.
Ainsi, en assurant son indépendance, notamment face aux États-Unis, en se faisant le champion de la cause des peuples, en militant pour une Europe des nations, en développant une politique de coopération rénovée et en tissant un réseau d'alliances à travers le monde, la France assurera son avenir, développera sa puissance et amplifiera son rayonnement. Elle se mettra ainsi dans la meilleure position pour défendre ses intérêts mais, ce faisant, elle œuvrera à la paix du monde et à l'épanouissement des peuples. En un mot, elle renouera avec la grandeur.



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