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L'Alternative nationale

Sommaire:
Introduction: Le mur
Chapitre 1: Le retour du politique
Chapitre 2: Le combat pour les valeurs
Chapitre 3: La liberté pour le peuple
Chapitre 4: L'impératif d'identité
Chapitre 5: La préférence pour la vie
Chapitre 6: Le renouveau du savoir
Chapitre 7: Du travail pour les Français
Chapitre 8: Le social par la fraternité
Chapitre 9: De l'harmonie pour le pays
Chapitre 10: La sécurité dans la cité
Chapitre 11: La grandeur pour la nation
Conclusion: Le printemps de la France



Chapitre 2
Le combat pour les valeurs

Nobles et exigeantes, les valeurs propres à notre civilisation occidentale ont de tout temps eu pour effet d'élever les hommes et les peuples. Ce sont elles qui ont permis à la France de se forger le destin exceptionnel qui est le sien. Pétries de volonté prométhéenne et de dépassement de soi, de sens de l'éthique et du devoir, de goût pour la compétition et le combat, d'aspiration à l'harmonie et à la mesure, elles ont su, mieux que toutes les autres dans le monde, réaliser l'équilibre entre l'épanouissement des personnes et le développement des communautés, entre les impératifs de la vie spirituelle et la maîtrise du monde matériel. Sans ces valeurs, véritable colonne vertébrale de notre civilisation, notre nation se dissoudrait en un agrégat d'individualités désorientées.
Aussi, nos valeurs ont-elles un rôle essentiel à jouer dans le redressement de la France dont elles constituent l'armature spirituelle. Ce sont leur vitalité, l'influence bénéfique qu'elles exercent sur les hommes et les communautés, qui garantissent la bonne santé mentale de notre patrie. En revanche, leur remise en cause ou leur abandon portent immédiatement atteinte à l'intégrité et à l'équilibre psychologique de la nation. Aussi y-a-t-il un lien direct entre l'état de la société et la nature des valeurs dominantes. Que celles-ci soient exigeantes et exaltent le dévouement, le goût de la conquête, l'honneur, le courage, la connaissance, et le peuple, naturellement, en dehors même du cadre des lois et du pouvoir, sera porté à se dépasser, à progresser, à exceller. Si, à l'inverse, prédominent des antivaleurs prônant la jouissance, la paresse, l'individualisme, le mensonge et la lâcheté, alors la société sera d'elle-même incitée à se laisser glisser sur la pente de la régression et du déclin. L'observation du passé confirme cette vérité immémoriale. Ainsi Rome a connu, lors des différentes phases de son histoire, cette loi permanente des sociétés humaines. Dans sa période d'expansion, la virtù romaine s'imposait avec une rigueur extrême et chaque citoyen s'efforçait de briller dans l'observation des préceptes qui en découlaient. En revanche, la décadence s'est accompagnée d'un relâchement général des mœurs et d'un dévoiement des vertus traditionnelles.
L'enjeu des valeurs se situe donc au cœur de la bataille politique. Car celles-ci ne concernent pas les seuls individus, mais bien la nation toute entière. Comment, en effet, établir une séparation entre l'ordre du politique, qui serait celui du collectif, et le domaine des valeurs, qui relèverait de la sphère du privé ? Ces dernières ne sont pas l'apanage d'un choix exclusivement personnel et il n'existe pas de marché des valeurs où chacun sélectionnerait celles auxquelles il se réfère comme on choisit des produits dans un magasin. Une telle vision, purement matérialiste et libérale, méconnaît complètement la réalité des sociétés humaines. Les valeurs ne peuvent être en effet que communes et partagées et, pour s'affirmer en tant que telles, elles doivent être reconnues et incontestées. Aussi le combat pour les valeurs constitue-t-il un instrument essentiel de la renaissance nationale.
Il n'est nullement question ici de jouer les pères-la-vertu et de tomber dans le moralisme. Notre propos, purement objectif, ne vise que le redressement de notre pays et, pour cela, s'appuie sur cet enseignement de l'histoire des civilisations : la renaissance d'un peuple passe par le renouveau de ses valeurs. Voltaire lui-même, le libre-penseur, aimait à répéter qu'il préférait à tout autre un valet doté de la foi chrétienne, garantie à ses yeux de l'honnêteté de son serviteur. Cette observation illustre notre conviction : une civilisation repose sur une hiérarchie de normes et l'ordre qui en découle est d'autant mieux respecté qu'il se fonde sur des valeurs communément acceptées plutôt que sur des lois imposées par la contrainte. Il convient alors d'être plus conséquent que Voltaire qui, après avoir constaté les effets bénéfiques de la religion, s'emploiera à en saper systématiquement les principes, et d'user du levier des valeurs comme d'un outil politique mis au service du redressement national.
Certains objecteront que les valeurs ne se décrètent pas et que, si elles contribuent à pourvoir la nation d'une armature, elles en sont aussi le produit naturel. Il serait donc vain, selon eux, de vouloir redonner vie à des normes que le peuple a laissé dépérir. Sans doute existe-t-il en effet une interaction entre la société et ses valeurs, les secondes supportant la première, la première sécrétant les secondes. Mais il faut se garder de mésestimer le rôle souverain du pouvoir en ce domaine. S'agissant des valeurs, la fonction des gouvernants est à nos yeux éminente. Car, dans la mesure où leur mission première consiste à assurer la continuité et le progrès de la communauté dont ils ont brigué la charge, il entre dans leurs responsabilités de défendre et de promouvoir les normes fondatrices de cette dernière.
Or, à cet égard aussi la classe politique fait preuve d'une totale impéritie. Non seulement elle se désintéresse superbement de cette question essentielle mais, plus grave, elle contribue concrètement à saper ce qu'elle a pour mission de défendre. Que ce soit sous couvert de libéralisme avancé, de socialisme ou de socialo-libéralisme, les gouvernements successifs ont, par laxisme ou par esprit doctrinal, consciemment ou implicitement œuvré à la destruction de nos valeurs traditionnelles. Ainsi la famille a été délibérément pénalisée par les lois et spoliée par les règlements de l'administration fiscale et de la Sécurité sociale. La morale la plus élémentaire a été bafouée par la montée de la corruption dans la classe politique. Quant au patriotisme, il a été sciemment ignoré dans les discours publics et administrativement banni des programmes scolaires. Et l'on pourrait allonger cette liste indéfiniment.
Mais, paradoxalement, il y a peut-être, face à cette situation dramatique, des raisons d'être optimiste, car si l'abandon des valeurs qui ont façonné notre civilisation ne résulte pas seulement d'une dégénérescence propre à notre société, mais aussi et surtout d'actions néfastes commises par les responsables politiques, cela signifie, à l'inverse, qu'un gouvernement ayant retrouvé le sens de sa vraie mission pourra entreprendre avec succès un travail de réhabilitation systématique. Si l'effacement des valeurs n'est pas qu'un phénomène spontané et mécanique de décadence, ce qui a été consciemment détruit par certains pourra être rebâti par d'autres. C'est tout le sens du combat pour les valeurs qu'entend mener le Mouvement national républicain au pouvoir.
Restaurer les fondements mêmes de notre civilisation implique toutefois qu'un certain nombre de conditions soient remplies. La première suppose que s'accomplisse un travail de mémoire à l'égard de notre histoire. Les trois autres ont trait au retour du sacré et au renouveau de la morale et des vertus traditionnelles de notre peuple.
Si la conscience de notre passé est pour nous une exigence essentielle, c'est parce qu'elle permet à nos valeurs, en les réenracinant, de retrouver leur légitimité et leur lustre. Une nécessité que d'ailleurs personne ne conteste. Mais, curieusement, le travail de mémoire auquel se livre l'établissement porte sur un domaine fort limité, celui de la Seconde Guerre mondiale et des atrocités commises à cette époque, comme si l'on cherchait à tout prix à rabaisser notre pays qui fut pourtant l'un des vainqueurs de 1945. C'est d'ailleurs à cet exercice indigne que s'est livré M. Chirac qui, au lieu de se comporter en avocat de la France comme sa charge de président de la République l'y oblige, s'est transformé en procureur et même en juge pour reconnaître à la France une prétendue culpabilité dans les déportations perpétrées sous l'occupation. En se comportant ainsi, il rompt avec l'attitude constante des présidents qui l'ont précédé, et singulièrement des gaullistes, pour faire passer la France du camp des vainqueurs dans celui des coupables et pour salir l'honneur des Français. Il nous semble au contraire que, si rien ne doit être oublié, la mémoire doit porter principalement sur les périodes les plus glorieuses et les plus valorisantes de notre passé, car, chacun le sait, les références historiques ont une fonction pédagogique. Ressasser les années les plus sombres c'est rabaisser notre pays, exalter les époques les plus éclatantes c'est pousser notre patrie à se dépasser. D'ailleurs, que dirait-on d'un homme qui ne se souviendrait, parmi ses ancêtres, que de celui qui a mal agi ? On s'interrogerait sur sa santé mentale et on rechercherait les causes pathologiques de cette obsession morbide. Sans aucun doute son médecin s'efforcerait de le déculpabiliser en l'invitant à privilégier le souvenir de ses origines les plus prestigieuses. C'est une démarche de ce type que nous voulons entreprendre afin de lever le voile qui semble être tombé sur notre histoire.
Nous n'avons d'avenir que si nous sommes enracinés dans notre passé. Nos valeurs ne sont donc pas seulement l'expression de principes intemporels, mais s'inscrivent dans l'acquis de notre civilisation et nous parviennent comme un héritage. Nous avons par conséquent, comme le disait Maurras, le devoir d'accepter, de protéger et si possible d'enrichir ce legs inestimable pour le transmettre à notre tour à nos descendants. Il en va de même pour les traditions qui sont souvent l'expression concrète des valeurs et constituent à cet égard un trésor amassé au fil des siècles, comme le précieux produit de l'expérience des générations disparues. Croire que ce patrimoine spirituel nous serait définitivement accordé et qu'il se perpétuerait de lui-même alors que nous resterions passifs et indifférents serait une grave erreur. C'est pourquoi nous estimons que la communauté nationale et notamment le gouvernement ont un rôle à jouer pour assurer la pérennité de cet héritage, un rôle qui consiste à redonner toute leur place à l'histoire et aux traditions dans la vie de notre cité.
Les occasions propices à ce travail de mémoire sont à multiplier. C'est ainsi que de grandes manifestations publiques peuvent être consacrées à la commémoration d'événements importants du passé de notre nation. A condition, bien entendu, qu'elles ne soient pas détournées de leur objectif, c'est-à-dire le service de nos valeurs, et qu'elles fassent revivre les heures les plus glorieuses des siècles écoulés, celles qui illustrent le mieux les vertus ancestrales de notre patrie. A cet égard, le défilé organisé par M. Goude lors du bicentenaire de la Révolution le 14 juillet 1989 était particulièrement choquant. Si l'aspect moderniste et grandiose de la mise en scène n'était pas gênant, les références idéologiques à caractère mondialiste et l'intention manifeste de rompre avec le passé et avec la nation avaient, en revanche, de quoi révolter. Tout, en effet, était organisé autour du métissage culturel et ethnique dans une volonté affichée de déracinement. Plutôt que cette entreprise subversive, il aurait été possible, avec les mêmes moyens, d'organiser un spectacle tout aussi impressionnant mais visant à magnifier les réussites de la nation française à travers les siècles, les découvertes, les conquêtes, les victoires, et également les grandes figures de notre patrie. C'est dans cet esprit que nous multiplierons les célébrations tant à l'échelle nationale que dans les régions.
Les nouvelles techniques de communication doivent elles aussi être mises au service de la valorisation de nos origines et de notre passé. Pourquoi ne pas diffuser à la télévision de vastes fresques historiques ? Pourquoi ne pas utiliser les moyens modernes de tournage pour renouer avec des séries romancées plongeant dans l'épopée des siècles écoulés et qui remportent toujours auprès du public un large et significatif succès ? Quant à l'école, elle doit privilégier l'enseignement de l'Histoire et lui réserver une place beaucoup plus importante dans les programmes scolaires. Car seule une approche chronologique des faits permettra aux générations futures de se situer clairement dans l'espace et dans le temps, de remonter aux sources de leur histoire et de découvrir les origines et la légitimité des normes qui nous régissent.
Une autre condition indispensable pour gagner le combat des valeurs est le retour du sacré. De même que les hommes tendent vers un but qui les dépasse, une civilisation a besoin de se donner un sens. Un sens que seul peut lui offrir ce souffle divin qui, transcendant le monde et les réalités matérielles, ordonne les choses, les êtres et les valeurs et leur confère une dimension et une légitimité sans lesquelles tout devient égal et inutile. Comment ne pas constater en effet que le matérialisme, en abolissant le sacré, détruit les valeurs et rabaisse l'individu plus sûrement encore que lorsqu'il se laisse dominer par ses instincts ? Les hommes et les nations ont besoin de la terre mais aussi du ciel pour se doter d'un horizon et donc d'une perspective. Qu'on les prive de cette dimension spirituelle et ils dépérissent comme un prisonnier dans une cellule sans fenêtre. Toute entreprise de désacralisation représente donc pour notre pays une mutilation destructrice de nos valeurs.
Or, aujourd'hui, nous assistons à une mise en cause inquiétante du sacré qui s'attaque à toutes les sphères de la société, y compris celles qui paraissaient pourtant les moins vulnérables. Paradoxalement, en effet, l'Église a joué un rôle non négligeable dans ce processus. En laïcisant ses rites et son apparence, en s'immergeant dans le monde profane, elle a gravement contribué à l'effacement du sacré. De leur côté, les gouvernements, quelle que fût leur couleur politique, ont facilité, voire encouragé cette évolution néfaste. Par laxisme, ils ont trop souvent accepté de voir la religion tournée en dérision. Ainsi certains films blasphématoires, comme la Dernière Tentation du Christ, ou certaines publicités plus qu'irrévérencieuses montrant par exemple un prêtre et une religieuse échangeant un baiser moins que chaste, ont-ils bénéficié d'une large promotion. Certes, il ne s'agit pas là d'initiatives de la puissance publique, mais celle-ci n'est pas intervenue, comme elle aurait dû le faire, pour jouer son rôle de gardienne du sacré et imposer le respect des convictions religieuses. On ne peut s'empêcher de penser, a contrario, au scandale qu'ont provoqué les broderies d'une robe Chanel semblant reproduire des versets du Coran ! Et l'on n'ose imaginer le tohu-bohu que déclencherait une figure de rabbin tournée en dérision sur une affiche. Il est du devoir de nos gouvernants de protéger le sacré issu du christianisme avec au moins autant de zèle qu'ils n'en déploient à l'égard des autres religions.
Sous cet angle, il est évident que la publicité pose aujourd'hui à la démocratie un problème grave qui mériterait d'être résolu par une législation nouvelle. Elle dispose en effet d'un pouvoir exorbitant dans la diffusion ou la destruction des valeurs. Or il n'est pas légitime que des puissances purement commerciales et financières dotées d'une capacité d'influence considérable sur nos compatriotes échappent totalement au contrôle des instances démocratiques. Le cas de Benetton est à cet égard exemplaire. Ainsi cette firme organise régulièrement des campagnes publicitaires n'ayant aucun rapport avec les produits qu'elle vend, sa technique consistant simplement à faire parler d'elle au travers du scandale suscité par ses affiches. Ce type d'action publicitaire doit être prohibé car une société commerciale ne peut s'arroger le droit de saper, par la provocation ou la dérision, les valeurs qui fondent notre nation.
Dans le domaine du politique également, le sacré est menacé et, là encore, la responsabilité en incombe essentiellement à l'établissement puisque, dans sa pratique du gouvernement, il s'est employé lui-même à désacraliser l'exercice souverain du pouvoir. Une évolution funeste qui ne date, hélas, pas d'hier. Dans les années soixante-dix déjà, le président de la République de l'époque avait cru bon de serrer publiquement la main d'un prisonnier. Un geste profondément choquant. Non que nous soyons opposés à une marque d'humanité, même à l'égard d'un criminel, mais il était manifeste qu'en agissant ainsi, M. Giscard d'Estaing avait oublié que le chef de l'État ne représente pas seulement sa propre personne, mais incarne une réalité sacrée qui le dépasse, laquelle ne peut, même symboliquement, frayer avec le crime.
De même, lorsque des hommes politiques détenteurs d'une part de pouvoir, se laissant aller à des comportements indignes, jouent les saltimbanques dans les médias, ils perdent de vue le caractère sacré qui se rattache à leur fonction et contribuent à bafouer nos valeurs. Comment s'étonner dès lors que les nouveaux chansonniers de la télévision, comme ceux des Guignols de l'info, les ravalent au rang de simples pitres, contribuant ainsi à saper le prestige qui pouvait leur rester ? Et le plus grave est que chacun, dans la classe politique, rêve de figurer dans ce guignol sans mesurer les conséquences désastreuses qui en résultent dans l'opinion pour le politique et sa dimension sacrée. Comment gouverner si les citoyens n'ont plus que mépris pour leurs dirigeants ? Lorsque les peuples cessent de respecter, ils cessent d'obéir, disait Rivarol.
Un effort considérable est donc à entreprendre pour favoriser le retour du sacré. Tout d'abord, il convient de redonner au christianisme sa place privilégiée dans notre pays. Certes, il n'est pas question de remettre en cause la nécessaire séparation de l'Église et de l'État, d'ailleurs conforme aux enseignements canoniques comme à la tradition constante de notre civilisation européenne. Si nous faisons cette proposition, c'est parce que le christianisme a façonné l'identité de notre nation au cours de mille cinq cents ans d'histoire. Que l'on soit chrétien ou non, croyant ou non, cette réalité fait partie intégrante de notre patrimoine de civilisation. Notre territoire n'est-il pas jalonné de maints calvaires, de chapelles et de cathédrales qui nous rappellent sans cesse la présence du sacré dans nos paysages ? Si donc la liberté religieuse doit être scrupuleusement respectée, il n'est cependant pas question de ramener la religion chrétienne au même plan que les autres, car c'est laisser le libre champ aux religions étrangères comme l'islam qui se développent sans frein sur notre sol.
Dans le même esprit, nous réhabiliterons, comme à la Renaissance ou au grand siècle, mais aussi lors du Moyen Age, nos origines helléniques et romaines, sans oublier nos racines celtiques. Les pouvoirs publics doivent œuvrer en ce sens et faire figurer partout les symboles de notre prestigieux passé, par exemple dans la pierre des monuments et des bâtiments publics, renouant ainsi avec une tradition multiséculaire.
Il importe par ailleurs de redonner tout son lustre à l'exercice du pouvoir en multipliant les initiatives en ce sens. Le protocole, les tenues, le faste des manifestations publiques doivent être revus en ce sens. Ainsi l'entrée en fonction du président de la République et des assemblées parlementaires pourrait donner lieu à une cérémonie d'investiture publique et solennelle au cours de laquelle un serment serait prononcé devant la nation.
Le combat pour les valeurs passe aussi par la réhabilitation de la morale. Certains beaux esprits ne manqueront pas de se montrer scandalisés par une telle perspective et chercheront à la discréditer en brandissant le spectre de l'ordre moral. Qu'importe ! S'il ne s'agit pas de tomber dans le moralisme, il convient cependant que, dans le domaine des mœurs, la puissance publique fixe les bornes à ne pas dépasser. Cette dernière ne peut laisser la pornographie se développer et s'afficher partout, y compris à la vue des enfants. Il n'est en effet pas normal, par exemple, que les actions publicitaires contre le sida soient trop souvent détournées de leur objectif pour se transformer en instruments de propagande en faveur de la libération des mœurs ou de la promotion de pratiques qualifiées de déviantes. Certes, il n'est pas dans la mission de l'État de jouer les pères-la-pudeur et d'intervenir dans les relations privées entre personnes majeures. Mais, si l'État n'a pas à se préoccuper de morale privée, il est néanmoins dans son rôle en se portant garant de la morale publique : tout ce qui porte atteinte à l'ordre public et aux bonnes mœurs doit être prohibé en public.
Par ailleurs, il incombe aux gouvernants de prendre des initiatives susceptibles de mettre en valeur les vertus civiques et d'en assurer la promotion dans tout le corps social. Ainsi convient-il de rétablir à l'école les cours de morale, car la démocratie, plus que tout autre régime, ne peut se passer de vertus civiques. N'en déplaise aux sceptiques, il est nécessaire d'enseigner aux jeunes enfants des notions simples mais essentielles telles que l'honnêteté, le respect d'autrui, la famille, les valeurs patriotiques, le sens du devoir. La Fontaine, reviens !
En matière de morale, il est évident que l'exemple doit être donné au plus haut niveau, ce qui implique que, dans la classe politique, la corruption soit impitoyablement bannie. Sans doute, la nature humaine étant ce qu'elle est, notre pays comptera toujours des personnages publics indélicats et malhonnêtes. Mais, dans une société saine, les moutons noirs sont exclus du troupeau et les coupables condamnés. S'ils sont au contraire protégés par leurs pairs et soustraits aux rigueurs de la justice, tous deviennent leurs complices et c'est le système en son entier qui se trouve alors atteint dans sa légitimité. Se produit alors le scandale suprême : ceux qui font les lois et les appliquent aux autres, loin de montrer l'exemple, s'autorisent à les transgresser. C'est le comble de l'intolérable, et tous ceux qui se rendent coupables de tels agissements doivent être sanctionnés avec la plus grande rigueur. Nous savons cependant que la multiplication des contrôles et des règlements ne suffira pas à éliminer la corruption et à faire renaître la probité. L'assainissement des affaires publiques ne pourra en réalité s'opérer qu'avec la mise à l'écart d'une classe politique corrompue et l'apparition d'une nouvelle élite dirigeante qui fera de la vertu son idéal de vie.
Enfin notre combat pour les valeurs implique le retour des vertus ancestrales qui ont modelé notre civilisation.
La première d'entre elles est celle du dépassement de soi, du combat, de la compétition, de l'émulation, celle qui permet la conquête, la découverte, celle qui conduit à repousser ses propres limites. Une valeur exigeante qui a conduit nos ancêtres européens à acquérir toujours plus de connaissances et à découvrir la planète entière. Une vertu qui a fait de notre monde européen la plus grande civilisation que la terre ait connue. Or cette qualité d'essence prométhéenne est aujourd'hui étouffée dans un monde égalitaire et irresponsable, où les pratiques d'assistance et l'infantilisation s'imposent à tous. Il convient donc d'insuffler à nouveau à la société ce goût de la conquête et de l'entreprise, ce sens de l'émulation et de la lutte. Et, à cet égard, il revient aux pouvoirs publics de contribuer à ce grand renouveau en fixant dans tous les domaines des objectifs ambitieux, en exaltant les succès et les victoires, en récompensant les exploits, le mérite et le talent. Admises dans le sport, la compétition et la sélection doivent être rétablies dans l'enseignement, dans les arts, l'administration et la vie professionnelle. Une nation, comme un organisme vivant, est en expansion ou en régression. Si nous refusons le déclin, nous devons œuvrer à l'expansion.
Pour recréer cette dynamique de civilisation, il faudra renouer avec les vertus traditionnelles. L'honneur, le courage, le dévouement, le sens du sacrifice, le respect de la famille, le devoir, le patriotisme, le civisme, le goût du travail bien fait, toutes ces valeurs doivent retrouver en France une place éminente dans la hiérarchie des références sociales, en commençant par celle de l'État et des pouvoirs publics. Sur ce point, la notion de droit universellement revendiquée doit elle aussi reprendre sa juste place, qui n'est pas toute la place. Il n'y a de droits pour un membre de la communauté nationale qu'assortis de devoirs envers la nation. Pour rétablir ce juste équilibre, il faudra donc développer largement le sens des responsabilités et remettre partout en usage des mécanismes sociaux qui placent de nouveau les hommes face à leurs devoirs.
Enfin, n'oublions pas que les valeurs s'incarnent également dans des personnes. Certaines grandes époques du passé ont même produit des types humains, comme les chevaliers du Moyen- Age ou l'honnête homme du xviie siècle, qui furent de véritables modèles d'accomplissement des vertus les plus exigeantes de leur temps. Aujourd'hui, le héros qu'on nous présente à travers les médias est un homme sans qualités, quand ce n'est pas un saltimbanque ou un aigrefin. M. Tapie en est l'archétype, lui qui n'a ni convictions, ni honneur, ni probité, et qui fut pourtant pendant des années l'enfant chéri des médias et eut droit aux faveurs des plus hautes autorités de l'État. Comment s'étonner de l'effacement des valeurs quand on propose comme modèle aux jeunes générations un homme qui bafoue toutes les vertus ? Là encore, il faudra agir pour faire connaître des personnalités d'une autre qualité auxquelles nos contemporains puissent s'identifier, non plus en se rabaissant moralement comme aujourd'hui, mais en s'élevant en noblesse et en dignité.
Pour réaliser cette grande entreprise de renouveau des valeurs, nous disposons en cette fin du xxe siècle, d'outils de communication d'une puissance jamais égalée. Qu'il s'agisse des moyens techniques de toucher d'immenses publics ou des méthodes pour les influencer, tous ces instruments sont aujourd'hui trop souvent employés pour abaisser les hommes au service du vulgaire. Ce que nous proposons, c'est de les utiliser pour inviter nos compatriotes à s'élever moralement et pour tenter une réhabilitation collective de nos valeurs. C'est là, il est vrai, une véritable révolution culturelle, mais nous sommes convaincus qu'il est possible d'inverser le cours des choses. Demain les agences publicitaires peuvent travailler au retour de la morale publique, les médias participer au renouveau du sacré et le "show-biz" œuvrer à la renaissance des vertus. A condition bien sûr que l'État engage le combat pour les valeurs.
Ainsi, nous venons de le voir, il existe une politique capable de redonner vie aux valeurs qui ont fait la force et la grandeur de notre civilisation. Le déclin n'est pas une fatalité et le redressement de notre pays pourra s'opérer, pour peu que l'on sache utiliser le levier des valeurs dans le cadre du combat politique.
C'est dans les fondements de notre civilisation que la communauté nationale doit se ressourcer. C'est là qu'elle retrouvera le génie de notre peuple et puisera l'énergie nécessaire pour s'en montrer digne. Ainsi commence la renaissance d'une nation.



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