Nobles et exigeantes, les valeurs propres à notre
civilisation occidentale ont de tout temps eu pour
effet d'élever les hommes et les peuples. Ce sont
elles qui ont permis à la France de se forger le
destin exceptionnel qui est le sien. Pétries de
volonté prométhéenne et de dépassement de soi, de
sens de l'éthique et du devoir, de goût pour la
compétition et le combat, d'aspiration à l'harmonie
et à la mesure, elles ont su, mieux que toutes les
autres dans le monde, réaliser l'équilibre entre
l'épanouissement des personnes et le développement
des communautés, entre les impératifs de la vie
spirituelle et la maîtrise du monde matériel. Sans
ces valeurs, véritable colonne vertébrale de notre
civilisation, notre nation se dissoudrait en un
agrégat d'individualités désorientées.
Aussi, nos valeurs ont-elles un rôle essentiel à
jouer dans le redressement de la France dont elles
constituent l'armature spirituelle. Ce sont leur
vitalité, l'influence bénéfique qu'elles exercent
sur les hommes et les communautés, qui garantissent
la bonne santé mentale de notre patrie. En revanche,
leur remise en cause ou leur abandon portent immédiatement
atteinte à l'intégrité et à l'équilibre psychologique
de la nation. Aussi y-a-t-il un lien direct entre
l'état de la société et la nature des valeurs dominantes.
Que celles-ci soient exigeantes et exaltent le dévouement,
le goût de la conquête, l'honneur, le courage, la
connaissance, et le peuple, naturellement, en dehors
même du cadre des lois et du pouvoir, sera porté
à se dépasser, à progresser, à exceller. Si, à l'inverse,
prédominent des antivaleurs prônant la jouissance,
la paresse, l'individualisme, le mensonge et la
lâcheté, alors la société sera d'elle-même incitée
à se laisser glisser sur la pente de la régression
et du déclin. L'observation du passé confirme cette
vérité immémoriale. Ainsi Rome a connu, lors des
différentes phases de son histoire, cette loi permanente
des sociétés humaines. Dans sa période d'expansion,
la virtù romaine s'imposait avec une rigueur extrême
et chaque citoyen s'efforçait de briller dans l'observation
des préceptes qui en découlaient. En revanche, la
décadence s'est accompagnée d'un relâchement général
des mœurs et d'un dévoiement des vertus traditionnelles.
L'enjeu des valeurs se situe donc au cœur de la
bataille politique. Car celles-ci ne concernent
pas les seuls individus, mais bien la nation toute
entière. Comment, en effet, établir une séparation
entre l'ordre du politique, qui serait celui du
collectif, et le domaine des valeurs, qui relèverait
de la sphère du privé ? Ces dernières ne sont pas
l'apanage d'un choix exclusivement personnel et
il n'existe pas de marché des valeurs où chacun
sélectionnerait celles auxquelles il se réfère comme
on choisit des produits dans un magasin. Une telle
vision, purement matérialiste et libérale, méconnaît
complètement la réalité des sociétés humaines. Les
valeurs ne peuvent être en effet que communes et
partagées et, pour s'affirmer en tant que telles,
elles doivent être reconnues et incontestées. Aussi
le combat pour les valeurs constitue-t-il un instrument
essentiel de la renaissance nationale.
Il n'est nullement question ici de jouer les pères-la-vertu
et de tomber dans le moralisme. Notre propos, purement
objectif, ne vise que le redressement de notre pays
et, pour cela, s'appuie sur cet enseignement de
l'histoire des civilisations : la renaissance d'un
peuple passe par le renouveau de ses valeurs. Voltaire
lui-même, le libre-penseur, aimait à répéter qu'il
préférait à tout autre un valet doté de la foi chrétienne,
garantie à ses yeux de l'honnêteté de son serviteur.
Cette observation illustre notre conviction : une
civilisation repose sur une hiérarchie de normes
et l'ordre qui en découle est d'autant mieux respecté
qu'il se fonde sur des valeurs communément acceptées
plutôt que sur des lois imposées par la contrainte.
Il convient alors d'être plus conséquent que Voltaire
qui, après avoir constaté les effets bénéfiques
de la religion, s'emploiera à en saper systématiquement
les principes, et d'user du levier des valeurs comme
d'un outil politique mis au service du redressement
national.
Certains objecteront que les valeurs ne se décrètent
pas et que, si elles contribuent à pourvoir la nation
d'une armature, elles en sont aussi le produit naturel.
Il serait donc vain, selon eux, de vouloir redonner
vie à des normes que le peuple a laissé dépérir.
Sans doute existe-t-il en effet une interaction
entre la société et ses valeurs, les secondes supportant
la première, la première sécrétant les secondes.
Mais il faut se garder de mésestimer le rôle souverain
du pouvoir en ce domaine. S'agissant des valeurs,
la fonction des gouvernants est à nos yeux éminente.
Car, dans la mesure où leur mission première consiste
à assurer la continuité et le progrès de la communauté
dont ils ont brigué la charge, il entre dans leurs
responsabilités de défendre et de promouvoir les
normes fondatrices de cette dernière.
Or, à cet égard aussi la classe politique fait preuve
d'une totale impéritie. Non seulement elle se désintéresse
superbement de cette question essentielle mais,
plus grave, elle contribue concrètement à saper
ce qu'elle a pour mission de défendre. Que ce soit
sous couvert de libéralisme avancé, de socialisme
ou de socialo-libéralisme, les gouvernements successifs
ont, par laxisme ou par esprit doctrinal, consciemment
ou implicitement œuvré à la destruction de nos valeurs
traditionnelles. Ainsi la famille a été délibérément
pénalisée par les lois et spoliée par les règlements
de l'administration fiscale et de la Sécurité sociale.
La morale la plus élémentaire a été bafouée par
la montée de la corruption dans la classe politique.
Quant au patriotisme, il a été sciemment ignoré
dans les discours publics et administrativement
banni des programmes scolaires. Et l'on pourrait
allonger cette liste indéfiniment.
Mais, paradoxalement, il y a peut-être, face à cette
situation dramatique, des raisons d'être optimiste,
car si l'abandon des valeurs qui ont façonné notre
civilisation ne résulte pas seulement d'une dégénérescence
propre à notre société, mais aussi et surtout d'actions
néfastes commises par les responsables politiques,
cela signifie, à l'inverse, qu'un gouvernement ayant
retrouvé le sens de sa vraie mission pourra entreprendre
avec succès un travail de réhabilitation systématique.
Si l'effacement des valeurs n'est pas qu'un phénomène
spontané et mécanique de décadence, ce qui a été
consciemment détruit par certains pourra être rebâti
par d'autres. C'est tout le sens du combat pour
les valeurs qu'entend mener le Mouvement national
républicain au pouvoir.
Restaurer les fondements mêmes de notre civilisation
implique toutefois qu'un certain nombre de conditions
soient remplies. La première suppose que s'accomplisse
un travail de mémoire à l'égard de notre histoire.
Les trois autres ont trait au retour du sacré et
au renouveau de la morale et des vertus traditionnelles
de notre peuple.
Si la conscience de notre passé est pour nous une
exigence essentielle, c'est parce qu'elle permet
à nos valeurs, en les réenracinant, de retrouver
leur légitimité et leur lustre. Une nécessité que
d'ailleurs personne ne conteste. Mais, curieusement,
le travail de mémoire auquel se livre l'établissement
porte sur un domaine fort limité, celui de la Seconde
Guerre mondiale et des atrocités commises à cette
époque, comme si l'on cherchait à tout prix à rabaisser
notre pays qui fut pourtant l'un des vainqueurs
de 1945. C'est d'ailleurs à cet exercice indigne
que s'est livré M. Chirac qui, au lieu de se comporter
en avocat de la France comme sa charge de président
de la République l'y oblige, s'est transformé en
procureur et même en juge pour reconnaître à la
France une prétendue culpabilité dans les déportations
perpétrées sous l'occupation. En se comportant ainsi,
il rompt avec l'attitude constante des présidents
qui l'ont précédé, et singulièrement des gaullistes,
pour faire passer la France du camp des vainqueurs
dans celui des coupables et pour salir l'honneur
des Français. Il nous semble au contraire que, si
rien ne doit être oublié, la mémoire doit porter
principalement sur les périodes les plus glorieuses
et les plus valorisantes de notre passé, car, chacun
le sait, les références historiques ont une fonction
pédagogique. Ressasser les années les plus sombres
c'est rabaisser notre pays, exalter les époques
les plus éclatantes c'est pousser notre patrie à
se dépasser. D'ailleurs, que dirait-on d'un homme
qui ne se souviendrait, parmi ses ancêtres, que
de celui qui a mal agi ? On s'interrogerait sur
sa santé mentale et on rechercherait les causes
pathologiques de cette obsession morbide. Sans aucun
doute son médecin s'efforcerait de le déculpabiliser
en l'invitant à privilégier le souvenir de ses origines
les plus prestigieuses. C'est une démarche de ce
type que nous voulons entreprendre afin de lever
le voile qui semble être tombé sur notre histoire.
Nous n'avons d'avenir que si nous sommes enracinés
dans notre passé. Nos valeurs ne sont donc pas seulement
l'expression de principes intemporels, mais s'inscrivent
dans l'acquis de notre civilisation et nous parviennent
comme un héritage. Nous avons par conséquent, comme
le disait Maurras, le devoir d'accepter, de protéger
et si possible d'enrichir ce legs inestimable pour
le transmettre à notre tour à nos descendants. Il
en va de même pour les traditions qui sont souvent
l'expression concrète des valeurs et constituent
à cet égard un trésor amassé au fil des siècles,
comme le précieux produit de l'expérience des générations
disparues. Croire que ce patrimoine spirituel nous
serait définitivement accordé et qu'il se perpétuerait
de lui-même alors que nous resterions passifs et
indifférents serait une grave erreur. C'est pourquoi
nous estimons que la communauté nationale et notamment
le gouvernement ont un rôle à jouer pour assurer
la pérennité de cet héritage, un rôle qui consiste
à redonner toute leur place à l'histoire et aux
traditions dans la vie de notre cité.
Les occasions propices à ce travail de mémoire sont
à multiplier. C'est ainsi que de grandes manifestations
publiques peuvent être consacrées à la commémoration
d'événements importants du passé de notre nation.
A condition, bien entendu, qu'elles ne soient pas
détournées de leur objectif, c'est-à-dire le service
de nos valeurs, et qu'elles fassent revivre les
heures les plus glorieuses des siècles écoulés,
celles qui illustrent le mieux les vertus ancestrales
de notre patrie. A cet égard, le défilé organisé
par M. Goude lors du bicentenaire de la Révolution
le 14 juillet 1989 était particulièrement choquant.
Si l'aspect moderniste et grandiose de la mise en
scène n'était pas gênant, les références idéologiques
à caractère mondialiste et l'intention manifeste
de rompre avec le passé et avec la nation avaient,
en revanche, de quoi révolter. Tout, en effet, était
organisé autour du métissage culturel et ethnique
dans une volonté affichée de déracinement. Plutôt
que cette entreprise subversive, il aurait été possible,
avec les mêmes moyens, d'organiser un spectacle
tout aussi impressionnant mais visant à magnifier
les réussites de la nation française à travers les
siècles, les découvertes, les conquêtes, les victoires,
et également les grandes figures de notre patrie.
C'est dans cet esprit que nous multiplierons les
célébrations tant à l'échelle nationale que dans
les régions.
Les nouvelles techniques de communication doivent
elles aussi être mises au service de la valorisation
de nos origines et de notre passé. Pourquoi ne pas
diffuser à la télévision de vastes fresques historiques
? Pourquoi ne pas utiliser les moyens modernes de
tournage pour renouer avec des séries romancées
plongeant dans l'épopée des siècles écoulés et qui
remportent toujours auprès du public un large et
significatif succès ? Quant à l'école, elle doit
privilégier l'enseignement de l'Histoire et lui
réserver une place beaucoup plus importante dans
les programmes scolaires. Car seule une approche
chronologique des faits permettra aux générations
futures de se situer clairement dans l'espace et
dans le temps, de remonter aux sources de leur histoire
et de découvrir les origines et la légitimité des
normes qui nous régissent.
Une autre condition indispensable pour gagner le
combat des valeurs est le retour du sacré. De même
que les hommes tendent vers un but qui les dépasse,
une civilisation a besoin de se donner un sens.
Un sens que seul peut lui offrir ce souffle divin
qui, transcendant le monde et les réalités matérielles,
ordonne les choses, les êtres et les valeurs et
leur confère une dimension et une légitimité sans
lesquelles tout devient égal et inutile. Comment
ne pas constater en effet que le matérialisme, en
abolissant le sacré, détruit les valeurs et rabaisse
l'individu plus sûrement encore que lorsqu'il se
laisse dominer par ses instincts ? Les hommes et
les nations ont besoin de la terre mais aussi du
ciel pour se doter d'un horizon et donc d'une perspective.
Qu'on les prive de cette dimension spirituelle et
ils dépérissent comme un prisonnier dans une cellule
sans fenêtre. Toute entreprise de désacralisation
représente donc pour notre pays une mutilation destructrice
de nos valeurs.
Or, aujourd'hui, nous assistons à une mise en cause
inquiétante du sacré qui s'attaque à toutes les
sphères de la société, y compris celles qui paraissaient
pourtant les moins vulnérables. Paradoxalement,
en effet, l'Église a joué un rôle non négligeable
dans ce processus. En laïcisant ses rites et son
apparence, en s'immergeant dans le monde profane,
elle a gravement contribué à l'effacement du sacré.
De leur côté, les gouvernements, quelle que fût
leur couleur politique, ont facilité, voire encouragé
cette évolution néfaste. Par laxisme, ils ont trop
souvent accepté de voir la religion tournée en dérision.
Ainsi certains films blasphématoires, comme la Dernière
Tentation du Christ, ou certaines publicités plus
qu'irrévérencieuses montrant par exemple un prêtre
et une religieuse échangeant un baiser moins que
chaste, ont-ils bénéficié d'une large promotion.
Certes, il ne s'agit pas là d'initiatives de la
puissance publique, mais celle-ci n'est pas intervenue,
comme elle aurait dû le faire, pour jouer son rôle
de gardienne du sacré et imposer le respect des
convictions religieuses. On ne peut s'empêcher de
penser, a contrario, au scandale qu'ont provoqué
les broderies d'une robe Chanel semblant reproduire
des versets du Coran ! Et l'on n'ose imaginer le
tohu-bohu que déclencherait une figure de rabbin
tournée en dérision sur une affiche. Il est du devoir
de nos gouvernants de protéger le sacré issu du
christianisme avec au moins autant de zèle qu'ils
n'en déploient à l'égard des autres religions.
Sous cet angle, il est évident que la publicité
pose aujourd'hui à la démocratie un problème grave
qui mériterait d'être résolu par une législation
nouvelle. Elle dispose en effet d'un pouvoir exorbitant
dans la diffusion ou la destruction des valeurs.
Or il n'est pas légitime que des puissances purement
commerciales et financières dotées d'une capacité
d'influence considérable sur nos compatriotes échappent
totalement au contrôle des instances démocratiques.
Le cas de Benetton est à cet égard exemplaire. Ainsi
cette firme organise régulièrement des campagnes
publicitaires n'ayant aucun rapport avec les produits
qu'elle vend, sa technique consistant simplement
à faire parler d'elle au travers du scandale suscité
par ses affiches. Ce type d'action publicitaire
doit être prohibé car une société commerciale ne
peut s'arroger le droit de saper, par la provocation
ou la dérision, les valeurs qui fondent notre nation.
Dans le domaine du politique également, le sacré
est menacé et, là encore, la responsabilité en incombe
essentiellement à l'établissement puisque, dans
sa pratique du gouvernement, il s'est employé lui-même
à désacraliser l'exercice souverain du pouvoir.
Une évolution funeste qui ne date, hélas, pas d'hier.
Dans les années soixante-dix déjà, le président
de la République de l'époque avait cru bon de serrer
publiquement la main d'un prisonnier. Un geste profondément
choquant. Non que nous soyons opposés à une marque
d'humanité, même à l'égard d'un criminel, mais il
était manifeste qu'en agissant ainsi, M. Giscard
d'Estaing avait oublié que le chef de l'État ne
représente pas seulement sa propre personne, mais
incarne une réalité sacrée qui le dépasse, laquelle
ne peut, même symboliquement, frayer avec le crime.
De même, lorsque des hommes politiques détenteurs
d'une part de pouvoir, se laissant aller à des comportements
indignes, jouent les saltimbanques dans les médias,
ils perdent de vue le caractère sacré qui se rattache
à leur fonction et contribuent à bafouer nos valeurs.
Comment s'étonner dès lors que les nouveaux chansonniers
de la télévision, comme ceux des Guignols de l'info,
les ravalent au rang de simples pitres, contribuant
ainsi à saper le prestige qui pouvait leur rester
? Et le plus grave est que chacun, dans la classe
politique, rêve de figurer dans ce guignol sans
mesurer les conséquences désastreuses qui en résultent
dans l'opinion pour le politique et sa dimension
sacrée. Comment gouverner si les citoyens n'ont
plus que mépris pour leurs dirigeants ? Lorsque
les peuples cessent de respecter, ils cessent d'obéir,
disait Rivarol.
Un effort considérable est donc à entreprendre pour
favoriser le retour du sacré. Tout d'abord, il convient
de redonner au christianisme sa place privilégiée
dans notre pays. Certes, il n'est pas question de
remettre en cause la nécessaire séparation de l'Église
et de l'État, d'ailleurs conforme aux enseignements
canoniques comme à la tradition constante de notre
civilisation européenne. Si nous faisons cette proposition,
c'est parce que le christianisme a façonné l'identité
de notre nation au cours de mille cinq cents ans
d'histoire. Que l'on soit chrétien ou non, croyant
ou non, cette réalité fait partie intégrante de
notre patrimoine de civilisation. Notre territoire
n'est-il pas jalonné de maints calvaires, de chapelles
et de cathédrales qui nous rappellent sans cesse
la présence du sacré dans nos paysages ? Si donc
la liberté religieuse doit être scrupuleusement
respectée, il n'est cependant pas question de ramener
la religion chrétienne au même plan que les autres,
car c'est laisser le libre champ aux religions étrangères
comme l'islam qui se développent sans frein sur
notre sol.
Dans le même esprit, nous réhabiliterons, comme
à la Renaissance ou au grand siècle, mais aussi
lors du Moyen Age, nos origines helléniques et romaines,
sans oublier nos racines celtiques. Les pouvoirs
publics doivent œuvrer en ce sens et faire figurer
partout les symboles de notre prestigieux passé,
par exemple dans la pierre des monuments et des
bâtiments publics, renouant ainsi avec une tradition
multiséculaire.
Il importe par ailleurs de redonner tout son lustre
à l'exercice du pouvoir en multipliant les initiatives
en ce sens. Le protocole, les tenues, le faste des
manifestations publiques doivent être revus en ce
sens. Ainsi l'entrée en fonction du président de
la République et des assemblées parlementaires pourrait
donner lieu à une cérémonie d'investiture publique
et solennelle au cours de laquelle un serment serait
prononcé devant la nation.
Le combat pour les valeurs passe aussi par la réhabilitation
de la morale. Certains beaux esprits ne manqueront
pas de se montrer scandalisés par une telle perspective
et chercheront à la discréditer en brandissant le
spectre de l'ordre moral. Qu'importe ! S'il ne s'agit
pas de tomber dans le moralisme, il convient cependant
que, dans le domaine des mœurs, la puissance publique
fixe les bornes à ne pas dépasser. Cette dernière
ne peut laisser la pornographie se développer et
s'afficher partout, y compris à la vue des enfants.
Il n'est en effet pas normal, par exemple, que les
actions publicitaires contre le sida soient trop
souvent détournées de leur objectif pour se transformer
en instruments de propagande en faveur de la libération
des mœurs ou de la promotion de pratiques qualifiées
de déviantes. Certes, il n'est pas dans la mission
de l'État de jouer les pères-la-pudeur et d'intervenir
dans les relations privées entre personnes majeures.
Mais, si l'État n'a pas à se préoccuper de morale
privée, il est néanmoins dans son rôle en se portant
garant de la morale publique : tout ce qui porte
atteinte à l'ordre public et aux bonnes mœurs doit
être prohibé en public.
Par ailleurs, il incombe aux gouvernants de prendre
des initiatives susceptibles de mettre en valeur
les vertus civiques et d'en assurer la promotion
dans tout le corps social. Ainsi convient-il de
rétablir à l'école les cours de morale, car la démocratie,
plus que tout autre régime, ne peut se passer de
vertus civiques. N'en déplaise aux sceptiques, il
est nécessaire d'enseigner aux jeunes enfants des
notions simples mais essentielles telles que l'honnêteté,
le respect d'autrui, la famille, les valeurs patriotiques,
le sens du devoir. La Fontaine, reviens !
En matière de morale, il est évident que l'exemple
doit être donné au plus haut niveau, ce qui implique
que, dans la classe politique, la corruption soit
impitoyablement bannie. Sans doute, la nature humaine
étant ce qu'elle est, notre pays comptera toujours
des personnages publics indélicats et malhonnêtes.
Mais, dans une société saine, les moutons noirs
sont exclus du troupeau et les coupables condamnés.
S'ils sont au contraire protégés par leurs pairs
et soustraits aux rigueurs de la justice, tous deviennent
leurs complices et c'est le système en son entier
qui se trouve alors atteint dans sa légitimité.
Se produit alors le scandale suprême : ceux qui
font les lois et les appliquent aux autres, loin
de montrer l'exemple, s'autorisent à les transgresser.
C'est le comble de l'intolérable, et tous ceux qui
se rendent coupables de tels agissements doivent
être sanctionnés avec la plus grande rigueur. Nous
savons cependant que la multiplication des contrôles
et des règlements ne suffira pas à éliminer la corruption
et à faire renaître la probité. L'assainissement
des affaires publiques ne pourra en réalité s'opérer
qu'avec la mise à l'écart d'une classe politique
corrompue et l'apparition d'une nouvelle élite dirigeante
qui fera de la vertu son idéal de vie.
Enfin notre combat pour les valeurs implique le
retour des vertus ancestrales qui ont modelé notre
civilisation.
La première d'entre elles est celle du dépassement
de soi, du combat, de la compétition, de l'émulation,
celle qui permet la conquête, la découverte, celle
qui conduit à repousser ses propres limites. Une
valeur exigeante qui a conduit nos ancêtres européens
à acquérir toujours plus de connaissances et à découvrir
la planète entière. Une vertu qui a fait de notre
monde européen la plus grande civilisation que la
terre ait connue. Or cette qualité d'essence prométhéenne
est aujourd'hui étouffée dans un monde égalitaire
et irresponsable, où les pratiques d'assistance
et l'infantilisation s'imposent à tous. Il convient
donc d'insuffler à nouveau à la société ce goût
de la conquête et de l'entreprise, ce sens de l'émulation
et de la lutte. Et, à cet égard, il revient aux
pouvoirs publics de contribuer à ce grand renouveau
en fixant dans tous les domaines des objectifs ambitieux,
en exaltant les succès et les victoires, en récompensant
les exploits, le mérite et le talent. Admises dans
le sport, la compétition et la sélection doivent
être rétablies dans l'enseignement, dans les arts,
l'administration et la vie professionnelle. Une
nation, comme un organisme vivant, est en expansion
ou en régression. Si nous refusons le déclin, nous
devons œuvrer à l'expansion.
Pour recréer cette dynamique de civilisation, il
faudra renouer avec les vertus traditionnelles.
L'honneur, le courage, le dévouement, le sens du
sacrifice, le respect de la famille, le devoir,
le patriotisme, le civisme, le goût du travail bien
fait, toutes ces valeurs doivent retrouver en France
une place éminente dans la hiérarchie des références
sociales, en commençant par celle de l'État et des
pouvoirs publics. Sur ce point, la notion de droit
universellement revendiquée doit elle aussi reprendre
sa juste place, qui n'est pas toute la place. Il
n'y a de droits pour un membre de la communauté
nationale qu'assortis de devoirs envers la nation.
Pour rétablir ce juste équilibre, il faudra donc
développer largement le sens des responsabilités
et remettre partout en usage des mécanismes sociaux
qui placent de nouveau les hommes face à leurs devoirs.
Enfin, n'oublions pas que les valeurs s'incarnent
également dans des personnes. Certaines grandes
époques du passé ont même produit des types humains,
comme les chevaliers du Moyen- Age ou l'honnête
homme du xviie siècle, qui furent de véritables
modèles d'accomplissement des vertus les plus exigeantes
de leur temps. Aujourd'hui, le héros qu'on nous
présente à travers les médias est un homme sans
qualités, quand ce n'est pas un saltimbanque ou
un aigrefin. M. Tapie en est l'archétype, lui qui
n'a ni convictions, ni honneur, ni probité, et qui
fut pourtant pendant des années l'enfant chéri des
médias et eut droit aux faveurs des plus hautes
autorités de l'État. Comment s'étonner de l'effacement
des valeurs quand on propose comme modèle aux jeunes
générations un homme qui bafoue toutes les vertus
? Là encore, il faudra agir pour faire connaître
des personnalités d'une autre qualité auxquelles
nos contemporains puissent s'identifier, non plus
en se rabaissant moralement comme aujourd'hui, mais
en s'élevant en noblesse et en dignité.
Pour réaliser cette grande entreprise de renouveau
des valeurs, nous disposons en cette fin du xxe
siècle, d'outils de communication d'une puissance
jamais égalée. Qu'il s'agisse des moyens techniques
de toucher d'immenses publics ou des méthodes pour
les influencer, tous ces instruments sont aujourd'hui
trop souvent employés pour abaisser les hommes au
service du vulgaire. Ce que nous proposons, c'est
de les utiliser pour inviter nos compatriotes à
s'élever moralement et pour tenter une réhabilitation
collective de nos valeurs. C'est là, il est vrai,
une véritable révolution culturelle, mais nous sommes
convaincus qu'il est possible d'inverser le cours
des choses. Demain les agences publicitaires peuvent
travailler au retour de la morale publique, les
médias participer au renouveau du sacré et le "show-biz"
œuvrer à la renaissance des vertus. A condition
bien sûr que l'État engage le combat pour les valeurs.
Ainsi, nous venons de le voir, il existe une politique
capable de redonner vie aux valeurs qui ont fait
la force et la grandeur de notre civilisation. Le
déclin n'est pas une fatalité et le redressement
de notre pays pourra s'opérer, pour peu que l'on
sache utiliser le levier des valeurs dans le cadre
du combat politique.
C'est dans les fondements de notre civilisation
que la communauté nationale doit se ressourcer.
C'est là qu'elle retrouvera le génie de notre peuple
et puisera l'énergie nécessaire pour s'en montrer
digne. Ainsi commence la renaissance d'une nation.