La famille, creuset de cette valeur sacrée qu'est
la vie humaine, constitue l'un des fondements de
notre nation. Qu'elle se disloque, et cette dernière
périclite. N'est-ce pas en effet de ses parents
que l'on reçoit d'abord son identité et son héritage
? N'est-ce pas la famille qui assure spontanément
la transmission des valeurs, des traditions et des
normes sans lesquelles la civilisation s'étiole
puis disparaît ? N'est-ce pas aussi dans le milieu
familial que chacun fait l'apprentissage de la vie,
de la morale, de ses droits et de ses devoirs ?
N'est-ce pas cette cellule irremplaçable qui permet
aux jeunes enfants de comprendre d'où ils viennent,
qui ils sont et comment ils se situent dans l'espace
et dans le temps ? Premier maillon où se nouent
les liens les plus étroits de la solidarité humaine,
la famille offre à chacun de nous protection et
sécurité. Lieu privilégié d'épanouissement des sentiments
d'amour et d'affection sans lesquels les hommes
dépérissent psychiquement, la famille est bien le
cœur de notre édifice de civilisation.
Aujourd'hui, hélas, ces foyers de vie et de culture
que représentent les familles se désagrègent dans
l'indifférence générale, et notre pays connaît un
hiver démographique sans précédent.
La France, on le sait, n'assure plus depuis longtemps
le renouvellement de ses générations et, si notre
population continue néanmoins de s'accroître, c'est
principalement en raison de l'immigration et des
naissances d'enfants étrangers. Les enquêtes officielles
de l'INSEE nous fournissent sur ce plan des chiffres
inquiétants. L'indicateur de fécondité, c'est-à-dire
le nombre d'enfants par femme en âge de procréer,
est tombé pour l'année 1995 à 1,6 , compte tenu
de la natalité d'origine étrangère. Or le seuil
en deçà duquel la population cesse de se renouveler
est de 2,1 ! C'est dire la gravité de la situation.
Notre pays ne connaît plus les enfants. Aux yeux
de beaucoup de nos compatriotes ils apparaissent
même aujourd'hui comme une charge excessive ou un
fardeau dont il vaut mieux ne pas s'encombrer. Tout
est d'ailleurs le plus souvent organisé comme si
les familles n'existaient pas. De plus en plus négligés,
nos descendants sont aussi de moins en moins nombreux,
sans que pour autant les autorités gouvernementales
semblent s'en inquiéter. Personne ne dit rien, personne
ne fait rien.
Plus grave encore, c'est dans une sorte d'apathie
totale que nos dirigeants assistent au démantèlement
de la famille, fléau qui ne semble pas les préoccuper
davantage que la dénatalité proprement dite. Et
pourtant les chiffres révèlent une évolution implacable.
Le nombre des mariages décroît, celui des divorces
augmente et on compte désormais une séparation pour
trois unions. Le nombre des familles dites monoparentales
dépasserait aujourd'hui le million. Quant à la procréation,
désertant progressivement le cadre de la cellule
familiale traditionnelle, elle devient le fait de
couples non mariés, quand elle ne prend pas des
formes carrément anti-naturelles.
Ce dramatique éclatement de la famille est évidemment
la conséquence du relâchement général du système
de valeurs qui, dans le passé, assurait la pérennité
des engagements individuels et la continuité de
l'organisation sociale. Mais, là encore, la puissance
publique, loin de prendre la tête de la résistance
à cette évolution, l'a au contraire accompagnée,
facilitée, voire encouragée. Ainsi la modification
des lois et des règlements est-elle allée dans le
sens d'une pénalisation croissante des familles.
Pendant des années, il a été bien souvent plus profitable,
au plan fiscal et social, de vivre en concubinage
plutôt qu'en couple marié et il est financièrement
plus avantageux de ne pas avoir d'enfant que d'élever
une famille nombreuse. La politique familiale, à
laquelle l'État consacrait en 1946 40 p. cent des
dépenses de sécurité sociale, représente aujourd'hui
moins de 10 p. cent du budget social de la nation.
Ce qui signifie qu'en l'espace de deux générations,
notre pays, qui dévoluait près de la moitié de ses
ressources sociales aux familles, et donc à son
avenir, ne leur réserve plus aujourd'hui que le
dixième de ses moyens.
Abandonnée financièrement, la famille est de surcroît
victime d'un vaste mouvement d'opinion antifamilial
auquel le pouvoir et les médias ont accordé un large
soutien. C'est ainsi que l'État s'est engagé dans
le parrainage de campagnes comme celles relatives
à la contraception et à l'avortement menées par
le Planning familial, organisme qui, dénaturant
sa mission d'information, s'est fait l'agent d'une
opération de propagande visant à dévaloriser la
maternité et la famille. Quand on sait que les régimes
totalitaires ont toujours été hostiles à la famille,
au point souvent de chercher à la détruire, on ne
peut que s'inquiéter devant l'acharnement de l'établissement
contre l'institution familiale et s'interroger sur
la véritable nature de notre actuel système politique.
Qualifiée de structure réactionnaire et bourgeoise,
la famille fait en effet obstacle aux entreprises
hégémoniques des dictatures qui préfèrent trouver
en face d'elles des individus isolés, déracinés
et malléables plutôt que des groupes soudés et autonomes.
Aussi sommes-nous partisans d'une politique familiale
d'envergure qui favorise le retour de la vie et
l'épanouissement des personnes.
A nos yeux, la vie humaine présente un caractère
sacré et constitue le bien le plus précieux, tant
du point de vue des personnes que sur le plan collectif.
Qu'il s'agisse des relations entre les nations ou
de la terrible compétition qui oppose les peuples
et les civilisations, chacun peut le constater,
seule finalement la vie pèse vraiment. Si le monde
européen a conquis la planète entière, c'est parce
qu'il disposait d'une supériorité technique et culturelle
qui le poussait à l'expansion, mais aussi parce
qu'il était doté d'une vitalité démographique extraordinaire
qui lui a permis de peupler des continents entiers
comme les Amériques ou l'Australie. Dépourvus aujourd'hui
de cette indispensable vitalité, nous courons de
très graves dangers. Aussi nous faut-il retrouver
cette force de vie qui nous a portés dans les époques
glorieuses de notre passé. Et, il faut en être convaincu,
ce renouveau démographique est possible. Naguère
pays sans enfants, la Suède, par exemple, ne connaît-elle
pas actuellement un regain de natalité spectaculaire
dont la France pourrait s'inspirer ?
La politique familiale, pour nous d'abord subordonnée
à l'impératif nataliste, passe par un retour au
respect de la vie. Il appartient donc à l'État d'affirmer
clairement le caractère sacré de la vie humaine
et d'agir pour faire respecter ce principe essentiel.
Partant de là, la généralisation de l'avortement
apparaît inacceptable et il convient alors de rompre
avec la banalisation de cette pratique qui doit
redevenir un acte médical d'exception. Aussi est-il
indispensable de remettre en cause le remboursement
de l'IVG par la Sécurité sociale et de décourager
systématiquement le recours à l'avortement. Faut-il
aller plus loin ? Opposés à toute idée d'avortement
non thérapeutique, nous savons cependant, en tant
que responsables politiques, qu'il ne serait pas
possible actuellement de mettre fin à cette dérive
déplorable par le seul biais de méthodes autoritaires
et répressives. En revanche, nous sommes convaincus
que notre conception en ce domaine recueillera progressivement
l'assentiment de tous, au fur et à mesure que seront
réhabilitées nos valeurs traditionnelles et à condition
que soient multipliées les dispositions en faveur
des femmes ayant une grossesse non désirée.
L'instauration de l'adoption prénatale répond à
cet impératif de défense de la famille et de la
vie. Cette pratique offre en effet à des couples
stériles la possibilité d'adopter avant l'accouchement
un enfant non désiré par sa mère, enfant à qui seront
dès lors conférés les droits de la naissance légitime.
D'une manière plus générale, il paraît essentiel
d'assouplir encore la législation qui régit actuellement
l'adoption. Celle-ci en effet, malgré la loi Mattei,
demeure si rigide que, d'un côté, beaucoup d'enfants
abandonnés ne sont confiés à aucune famille tandis
que, de l'autre, de nombreux couples désirant adopter
un enfant finissent par y renoncer ou par accueillir
un jeune étranger. Une situation absurde qui doit
trouver sa solution dans une simplification des
procédures et un raccourcissement des délais.
Cependant, cet effort en faveur du respect de la
vie et de la procréation ne portera ses fruits que
s'il est accompagné de mesures permettant d'améliorer
la situation matérielle des familles. De ce point
de vue, il faut commencer par instaurer le revenu
parental.
Actuellement, nombre de mères de famille exerçant
une activité professionnelle n'ont pas choisi de
travailler à l'usine ou au bureau parce qu'elles
s'y épanouiraient, mais parce que le budget familial
exige qu'elles apportent une contribution financière
sous la forme d'un deuxième salaire. Elles n'ont
ainsi pas le temps de se consacrer pleinement à
l'éducation de leurs enfants et renoncent souvent
à agrandir leur famille autant qu'elles l'auraient
voulu. L'instauration du revenu parental doit corriger
cette injustice en permettant aux mères de famille
françaises - éventuellement aux pères - de choisir
librement, sans contraintes financières, entre l'exercice
de leur profession et l'éducation à plein temps
de leurs enfants. Celles ou ceux de nos compatriotes
qui décideront de se vouer exclusivement à leur
mission éducatrice bénéficieront à cette fin d'une
rémunération, au moins équivalente au SMIC, que
l'État prendra en charge.
Ce revenu sera assimilé à un salaire et ouvrira
donc aux mères de famille qui ne travaillent pas
le droit à la Sécurité sociale, à la retraite et
à la formation professionnelle. Il leur conférera
un véritable statut par lequel leur utilité sociale
sera enfin reconnue financièrement et juridiquement.
Sur le passeport et les cartes d'identité, la mention
"sans profession" pourra dès lors être
remplacée par la formule "profession : mère
de famille". La création de cette allocation
est à nos yeux essentielle car elle aura plusieurs
effets bénéfiques. Tout d'abord, elle conduira de
nombreuses mères de famille à quitter leur emploi,
et les postes ainsi libérés pourront être occupés
par des chômeurs français qu'il n'y aura plus lieu
d'indemniser. Cette mesure aura aussi le mérite
- et ce n'est pas le moindre - de contribuer à mieux
souder les familles car les mères, étant alors en
mesure de jouer à nouveau à part entière leur rôle
d'éducatrice, pourront mieux encadrer leurs enfants
et les protéger plus efficacement de la drogue et
de la délinquance. Enfin, les familles s'agrandiront
car cette mesure sera conçue pour inciter fortement
les parents à mettre au monde au moins trois enfants.
Le revenu parental sera en effet versé pendant trois
ans après la naissance du premier et du deuxième
enfant, et jusqu'à la dix-huitième année du dernier
enfant si la famille compte trois enfants ou plus.
L'institution du revenu parental aura donc le triple
intérêt d'entraîner une augmentation spectaculaire
de la natalité, de consolider les familles et de
réduire le nombre des chômeurs, des drogués et des
délinquants.
On peut dès lors se demander pourquoi une mesure
aussi bénéfique est à ce point critiquée et caricaturée.
Chaque fois en effet que le Mouvement national républicain
avance cette proposition, il est accusé de vouloir
renvoyer les femmes dans leurs cuisines. Or tel
n'est évidemment pas notre objectif qui consiste
au contraire à offrir aux mères une liberté nouvelle.
Il n'est certes pas question d'empêcher ni même
de dissuader de travailler celles qui le veulent.
Mais pourquoi faudrait-il, à l'inverse, comme le
font les esprits faux de l'établissement, chercher
à détourner ces femmes de leur tâche d'éducatrice
? A la fois rétrograde et dangereuse, cette attitude
hostile au revenu parental relève donc de l'idéologie
totalitaire, celle qui veut détruire la famille.
Si le travail peut être une activité noble, l'éducation
des enfants en est une autre au moins aussi épanouissante.
Qui, d'ailleurs, pourrait affirmer qu'un emploi
à la chaîne ou une tâche harassante devant un écran
d'ordinateur, aussi utiles soient-ils, seraient
plus valorisants pour une femme que son rôle de
mère ? Ajoutons enfin à l'intention de nos détracteurs
que cette mesure, si elle concerne principalement
les femmes, ne les vise pas exclusivement puisque
ce revenu parental sera accessible également aux
pères.
La reconnaissance sociale et matérielle des familles
exige par ailleurs que les allocations familiales
soient rétablies à leur juste niveau. Détournées
en effet de leur objectif légitime depuis de nombreuses
années, elles ne sont plus désormais qu'une prestation
redistributive parmi d'autres, alors qu'elles devraient
assurer l'égalité du niveau de vie entre ceux qui
ont la charge de mineurs et ceux qui ne l'ont pas.
Or, aujourd'hui, les allocations familiales, d'ailleurs
cumulées avec toutes les autres petites prestations
destinées aux familles, sont devenues dérisoires
au regard de ce qu'elles étaient après la guerre.
Actuellement, la politique familiale ne couvre que
15 p. cent des dépenses qu'entraînent les enfants
contre 65 p. cent en 1946. Il faudra donc revaloriser
ces allocations familiales afin qu'elles prennent
à nouveau en charge une part significative du coût
représenté par les enfants, quitte à moduler cette
couverture de façon à voir se créer de plus en plus
de familles de trois enfants.
Enfin, le dernier volet de la réhabilitation financière
des familles consiste dans le prêt familial au logement.
Aujourd'hui, le coût des maisons ou des appartements
constitue souvent un frein à l'agrandissement de
la famille. Il est donc essentiel de faire sauter
ce verrou. A cette fin, nous donnerons à tout couple
marié la possibilité de bénéficier d'un crédit total
pour l'achat de son logement et un différé d'amortissement
de trois ans lui sera accordé lors de chaque naissance,
période au cours de laquelle l'État prendra à sa
charge les intérêts du prêt. Cette mesure d'envergure
lèvera la plupart des obstacles que les familles
rencontrent aujourd'hui lorsqu'elles veulent acquérir
un logement.
Notre politique familiale est d'envergure, mais
elle est possible, à condition qu'elle devienne
une priorité de l'État. Là encore, tout est affaire
de volonté politique et, pour l'afficher clairement,
nous prendrons de surcroît deux mesures à caractère
institutionnel.
La première consiste à instaurer une préférence
familiale qui assure juridiquement aux couples mariés
un traitement fiscal et social systématiquement
plus avantageux que celui dont jouissent ceux qui
vivent en concubinage. Une priorité qui, à nos yeux,
ne s'impose pas seulement pour des raisons morales,
mais comme l'application d'une logique politique
soucieuse de favoriser la famille et la natalité.
Sans compter qu'elle répond aussi à un impératif
de justice. Car, le mariage impliquant des devoirs
auxquels doivent correspondre des droits, il est
normal que ceux qui refusent les contraintes de
l'union légale ne bénéficient pas des avantages
qui s'y rattachent.
La famille doit par ailleurs être mise à l'honneur
dans notre loi fondamentale. En effet, alors que
la constitution de la IVe République prévoyait que
"la nation assure à la famille les conditions
de son développement", le texte de 1958 semble
ignorer totalement ce qui s'impose selon nous comme
une obligation. Il importe là encore de redonner
toute sa place à la cellule familiale en lui assurant
une reconnaissance institutionnelle et en inscrivant
le principe de la préférence familiale dans le texte
de notre loi fondamentale.
Véritable impératif de vie, cette politique qui
constitue à nos yeux une priorité absolue exige
que tout lui soit subordonné. Intimement persuadés
que notre peuple ne pourra affronter victorieusement
les multiples dangers qui le guettent et l'impitoyable
compétition à laquelle se livrent les nations que
s'il est nombreux, jeune et fort, convaincus également
qu'au fond d'eux-mêmes nos compatriotes attendent
de leurs dirigeants de grandes décisions novatrices,
nous mettrons en œuvre une politique familiale ambitieuse
et généreuse à laquelle, nous n'en doutons pas,
les Français se rallieront sans réserve.