Accueil   Réflexions d'actu   Lu, vu, entendu   Côté Privé   Côté public   Tout savoir   Écrits 
     
A la une
 Qui est Bruno Mégret
 Son parcours politique
 Ses options de A à Z
 Son autobiographie
 Ses ouvrages
 Découvrez le site du MNR

  Contacter Bruno Mégret

L'Alternative nationale

Sommaire:
Introduction: Le mur
Chapitre 1: Le retour du politique
Chapitre 2: Le combat pour les valeurs
Chapitre 3: La liberté pour le peuple
Chapitre 4: L'impératif d'identité
Chapitre 5: La préférence pour la vie
Chapitre 6: Le renouveau du savoir
Chapitre 7: Du travail pour les Français
Chapitre 8: Le social par la fraternité
Chapitre 9: De l'harmonie pour le pays
Chapitre 10: La sécurité dans la cité
Chapitre 11: La grandeur pour la nation
Conclusion: Le printemps de la France



Chapitre 6
Le renouveau du savoir

L'école est l'un des lieux privilégiés où se forge l'avenir de notre pays. De par sa mission d'instruction, elle forme les générations nouvelles et détermine le visage de la société de demain. En ce sens, sa fonction consiste à transmettre notre héritage de civilisation. La connaissance, la culture, les valeurs, la mémoire, les disciplines intellectuelles et morales, tout ce trésor de vérités et de références transite par l'institution scolaire et universitaire pour se conserver, se reproduire et se développer au fil des décennies et des siècles qui passent. Si l'école ne constitue pas le seul instrument propre à préserver notre civilisation et à assurer sa pérennité, elle en est cependant, avec la famille, le principal. C'est dire l'importance qu'elle revêt à nos yeux car, si le système éducatif n'assurait plus sa mission, non seulement nos enfants ne seraient plus correctement formés, mais progressivement, à mesure que leur ignorance grandirait, c'est notre civilisation elle-même qui s'éteindrait.
Aujourd'hui, hélas, une telle perspective ne relève pas du catastrophisme : l'école est en pleine déroute. Incapable désormais de remplir sa mission, l'éducation dite nationale s'est muée en un monstre d'inefficacité, générateur d'un gâchis humain et financier sans précédent.
Le ministère de l'Éducation dévore chaque année des masses considérables de crédits au point que son budget est maintenant le plus gros budget de l'État, plus important que celui de la Défense. Il a bénéficié, au cours des dernières décennies, d'une priorité financière absolue. Et pour quel résultat ? La régression qualitative est incommensurable : aujourd'hui, 20 p. cent des enfants qui entrent en sixième ne savent pas lire. Il y a encore 12 p. cent d'illettrés à l'entrée en troisième et 10 p. cent au service militaire, chiffre supérieur à celui du début du siècle. Même constat d'échec en ce qui concerne la maîtrise de la langue française, la connaissance de l'orthographe ou de l'histoire. Au lieu d'instruire les enfants, l'école, qui cherche à les "éveiller à la vie", a ouvert les établissements sur le monde et ce sont la violence, la drogue et la délinquance qui s'y sont engouffrées. De ces "innovations" il est résulté une baisse de niveau dans toutes les filières d'enseignement. Ainsi le baccalauréat s'est trouvé progressivement dévalorisé comme une monnaie sous l'effet de l'inflation. Alors qu'il permettait naguère de trouver un emploi, aujourd'hui la licence suffit à peine. Car la dégradation a touché également l'université où beaucoup d'étudiants poursuivent des études spécialisées alors même qu'ils sont incapables de rédiger et souvent sans même posséder un minimum de culture générale.
La situation s'est à ce point délabrée qu'il faut de plus en plus de moyens pour obtenir un résultat de plus en plus médiocre. Depuis 1969, l'enseignement français a produit chaque année en moyenne quatre mille neuf cents bacheliers supplémentaires. Parallèlement, cinq mille personnes sont venues annuellement grossir les effectifs d'enseignants. Pour former un bachelier de plus, il a donc fallu recruter un professeur supplémentaire ! L'inefficacité est devenue la nouvelle règle de ce dinosaure bureaucratique que constitue le ministère de l'Éducation nationale où la mauvaise administration va de pair avec le gâchis pédagogique. Sur un million cent cinquante mille agents que compte l'Éducation nationale, il n'y a en réalité que six cent trente mille professeurs ! Comment s'étonner dès lors que l'école, au lieu de former les citoyens de demain, fabrique désormais de nouveaux barbares ?
Ubuesque, la situation est lourde de menaces, car elle compromet la formation de nos enfants et, par conséquent, met en péril l'avenir de notre nation. Or, là encore, les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir n'ont rien voulu ou rien pu faire. Ils se sont contentés de multiplier des réformettes qui n'ont eu, pour seul résultat, que d'aggraver un peu plus l'état déjà lamentable de notre système éducatif. C'est pourquoi le Mouvement national républicain est partisan d'engager dans ce domaine une politique de rénovation qui soit en rupture totale avec les évolutions actuelles.
La première mesure à prendre consiste à libérer l'école. Actuellement, en effet, l'institution scolaire n'appartient plus à la nation et n'est plus au service des enfants. Et si sa situation s'est à ce point détériorée, c'est parce qu'elle est devenue la propriété privée d'une nomenklatura syndicale qui impose ses vues à tous, y compris au pouvoir. La question est bien connue mais n'a jamais été résolue. Aujourd'hui, et bien qu'il ait subi des soubresauts internes, le pouvoir du syndicalisme enseignant reste sans limite. Coupé de la nation, mais protégé, soutenu et enrichi par l'administration, ce monstre d'un autre âge réussit à survivre en parasitant l'État. C'est d'ailleurs cette situation inconcevable qui a permis aux dirigeants syndicaux de continuer à imposer au sein du ministère de l'Éducation nationale une idéologie marxiste et égalitariste totalement archaïque. Refusant l'évidence des faits, enfermés dans leurs fausses certitudes, ils ont provoqué le fiasco du système éducatif et pris en otage nos malheureux enfants. Car c'est bien dans la toute-puissance syndicale et dans l'idéologie qu'elle véhicule que le mal qui ronge aujourd'hui l'école trouve sa racine.
Jusqu'à présent, tout le monde accepte de se soumettre aux oukases de ces potentats d'une époque révolue et c'est parce que le pouvoir politique n'a jamais eu le courage de leur imposer sa volonté qu'ils ont pu mener à bien leur entreprise de destruction, alors même qu'un grand nombre de membres du corps enseignant qui partagent nos conceptions désapprouvent leurs agissements. L'enjeu est donc clair : si la puissance parasite et illégitime des syndicats marxistes n'est pas démantelée, l'école poursuivra sa course jusqu'à sa déchéance totale. Si donc nous voulons la reconstruire, nous devons la libérer de l'emprise totalitaire du syndicalisme enseignant. Tel est l'objectif du Mouvement national républicain.
D'ores et déjà, il est manifeste que toutes les mesures prévues pour mettre fin aux privilèges exorbitants des syndicats en général porteront leurs effets bénéfiques dans le monde de l'enseignement en particulier. Cependant, plutôt que de vouloir prendre d'assaut la citadelle de la Fédération de l'Éducation nationale, mieux vaudrait chercher à en saper les fondements. Notre intention, à cette fin, est de changer complètement le mode de fonctionnement du ministère de la rue de Grenelle. Pour ramener les syndicats à leur juste place et ruiner leur pouvoir illégitime, nous procèderons à une décentralisation qui mettra à mal le système technocratique, centraliste, planifié à la soviétique, dans lequel ces derniers sont aujourd'hui omnipotents. L'empire syndical vit en effet comme un parasite sur l'arbre de la bureaucratie de l'Éducation nationale. Que l'on abatte cet arbre et le parasite mourra. Pour atteindre cet objectif, nous supprimerons la carte scolaire, nous donnerons une large autonomie aux établissements et, plus globalement, nous organiserons une véritable décentralisation par le truchement du chèque scolaire.
Représentant les frais d'instruction que nécessite chaque enfant, le chèque scolaire consiste en une allocation versée par l'État aux parents qui sont alors en mesure de choisir librement l'école qui leur convient. Ainsi les établissements scolaires, quant à eux, se trouveront financés, non plus par l'administration, mais par les familles, ce qui fera perdre de leur influence à la bureaucratie et aux syndicats puisque les parents détiendront le vrai pouvoir, celui de choisir en payant. En court-circuitant les lobbies syndicaux et en privilégiant les usagers que sont les parents, le chèque scolaire constitue donc un outil essentiel dans l'entreprise de reconstruction de l'école que nous engagerons. Il a d'ailleurs déjà fait ses preuves en Europe puisque certains pays comme la Hollande ou la Belgique, de même que certaines régions comme le Kent en Grande-Bretagne, font reposer partiellement ou totalement le financement de leur système scolaire sur ce mécanisme.
Autre avantage du chèque scolaire : il instaure une véritable égalité devant l'école, qu'elle soit libre ou publique. Les parents peuvent en effet exercer leur choix, non seulement au sein du système public, mais aussi entre l'école d'État et l'école privée. Le chèque scolaire, dans la mesure où les parents peuvent également l'utiliser dans les établissements privés, règle définitivement la question du financement de l'école libre et place les deux systèmes d'enseignement sur un même plan, mettant fin une fois pour toutes à la guerre scolaire.
L'existence du chèque scolaire créera par ailleurs entre les établissements une saine concurrence, fondée sur la qualité. Certaines écoles, de par l'excellence de leur enseignement et le bon encadrement dont bénéficient les enfants, seront plus appréciées que d'autres. Les parents se presseront pour y inscrire leurs enfants et il appartiendra aux établissements moins cotés de faire les efforts nécessaires pour égaler les meilleurs. Ils en auront les moyens puisqu'ils disposeront d'une large autonomie qui permettra aux directeurs mais aussi aux maîtres et aux professeurs de modifier la gestion, le déroulement des cours et les méthodes pédagogiques en fonction des résultats obtenus. Ce ne seront donc plus les oukases idéologiques des syndicats qui prévaudront mais le choix des parents dans l'intérêt des enfants : l'école sera libérée.
Cet assainissement une fois réalisé, nous pourrons mener deux actions prioritaires visant à faire respecter l'impératif identitaire pour ce qui concerne le contenu de l'enseignement et à encourager le retour de l'excellence s'agissant des méthodes d'instruction.
Actuellement, l'éducation a cessé d'être "nationale" puisque la neutralité de l'enseignement n'est plus assurée. Conduisant une véritable révolution culturelle à la chinoise, les doctrinaires des syndicats de l'éducation se sont employés à détacher nos enfants de la civilisation et de la nation à laquelle ils appartiennent pour les passer au moule de la nouvelle idéologie officielle, le mondialisme. Déjà Harlem Désir, grand maître en son temps de la pensée cosmopolite, avait été admis dans les écoles pour y tenir de véritables séances de propagande. Et, si M. Désir a passé, les idées sont restées. Programmes et manuels scolaires en témoignent. "Je suis un citoyen du monde", "la planète est mon village", "l'immigration, une chance pour la France", proclament les ouvrages scolaires, qu'ils soient d'histoire, de géographie ou d'instruction civique. Il est vrai que l'école est victime elle aussi de l'immigration et qu'elle en subit un dommage considérable. Dans de nombreuses classes, les petits Français de souche, devenus minoritaires, se trouvent plongés dans un environnement qui les déracine. Pire, le ministère de l'Éducation recourt à des maîtres auxiliaires étrangers dont certains sont ou ont été des clandestins. Comment s'étonner dès lors de l'incapacité de nombreux enfants à maîtriser correctement le français ? D'autant que la priorité est donnée aux matières abstraites comme les mathématiques ou à des pratiques pédagogiques "d'éveil" ou d'"ouverture sur la vie" qui n'ont rien à voir avec l'apprentissage des humanités et sombrent dans le vulgaire et le commun de la vie courante.
Il convient de donner un coup d'arrêt à cette grave dérive et d'assigner de nouveau à l'école la mission d'enseigner aux enfants les grands acquis de notre civilisation. Il faut donc réenraciner l'enseignement dans nos valeurs multimillénaires car notre héritage ne se limite pas, loin s'en faut, aux droits de l'homme. Il remonte notamment à la Grèce, qui a élevé le Vrai, le Beau et le Bien au rang de valeurs universelles, repères intangibles au travers desquels les hommes peuvent approfondir leur savoir et perfectionner leurs talents. L'enseignement, tel que nous le concevons, s'inscrit donc dans cette vision humaniste et traditionnelle de notre culture.
Dans cet esprit, la première mission de l'école est de transmettre un savoir élémentaire : lire, écrire, compter et s'exprimer correctement dans sa langue. Face aux carences actuelles du système éducatif, ces objectifs, pour simples qu'ils soient, représentent une priorité d'ampleur nationale. L'institution scolaire doit aussi, par le biais des cours d'instruction et de morale civique, redonner aux enfants le sens des valeurs qui fondent notre société : le patriotisme, la notion de devoir, le respect d'autrui, la politesse, l'honnêteté, le goût du travail, le sens de la famille.
Au-delà, il appartient à l'école d'assurer la transmission de notre héritage culturel et de notre identité. A cet égard, certaines matières telles que la maîtrise de la langue, la connaissance de l'histoire et de la géographie, ainsi que la compréhension des disciplines artistiques, sont à privilégier.
Ce réenracinement de notre enseignement dans la culture française ne sera cependant pas possible si les classes restent surchargées d'enfants étrangers. Aussi est-il essentiel, en ce domaine également, d'organiser au plus vite le retour des immigrés dans leur pays d'origine. Dans l'immédiat et sans attendre que cette politique ait produit ses pleins effets, tout doit être entrepris pour que nos enfants ne soient pas victimes d'un véritable déracinement culturel. Le nombre de jeunes étrangers par classe devra donc être strictement limité afin de ne pas dépasser le seuil au-delà duquel les enfants français seraient pénalisés dans leurs études. Dans le même esprit, le port du tchador est à proscrire et toute contravention à ce règlement sera suivie d'expulsion. Il est en effet intolérable que soit imposée aux écoliers français la manifestation ostensible d'une religion étrangère porteuse d'une civilisation qui n'est pas la nôtre. La question revêt d'ailleurs une dimension éminemment symbolique. Ainsi, dans toute nation indépendante, les étrangers se soumettent aux coutumes du pays qui les accueille. En terre d'islam, par exemple, les chrétiens acceptent de se déchausser pour pénétrer dans une mosquée et se plient aux lois locales, même lorsqu'elles sont draconiennes comme en Arabie saoudite. Si les immigrés installés en France refusent de respecter nos règles, comme celle de la laïcité de l'école publique, et cherchent à nous imposer leurs normes, c'est qu'ils se placent déjà dans une logique de colonisation à rebours. Il est donc essentiel de ne pas céder. Or le gouvernement, sur ce plan comme sur d'autres, cultive le laxisme et l'ambiguïté, affirmant d'un côté que les immigrés doivent s'intégrer et acceptant de l'autre que nos traditions soient modifiées dans leur sens. Rien n'est plus dangereux que cette contradiction qui ouvre la porte à tous les débordements. En réalité, une position claire doit être adoptée : le tchador est interdit à l'école. Sur ce sujet, aucune discussion n'est en effet possible et il apparaît scandaleux que les gouvernements successifs se déchargent de ce grave problème sur les chefs d'établissement en leur laissant le soin d'apprécier la nature des mesures à prendre. Ceux-ci doivent pouvoir appliquer le principe de laïcité dans toute sa rigueur en se prévalant de la loi et des décisions claires du ministre de l'Éducation nationale.
Pour le reste, il convient de rétablir le principe de l'excellence. Rappelons en effet que l'apprentissage du savoir ne se fait pas dans la facilité mais par l'effort et le travail. Ces derniers sont donc à encourager par l'émulation, la récompense du mérite et la reconnaissance du talent. A cet égard, nous souhaitons rétablir systématiquement les notes, les classements, les examens, les concours et les prix conformément à la tradition occidentale, telle qu'Homère et les Jeux Olympiques l'instaurèrent il y a deux mille huit cents ans. La compétition et la sélection qui en résulteront, loin d'être néfastes, donneront au contraire à chacun la possibilité d'aller aussi loin que ses capacités le lui permettent et d'obtenir un diplôme et une formation correspondant à son travail et à ses talents. Dès lors, personne ne sera plus exclu par le système scolaire et, grâce à la diversité des filières et des niveaux d'enseignement, chaque élève, correctement orienté par la sélection, sortira de l'école avec une profession et un rôle à jouer dans la société. Car, si les talents sont inégaux, ils sont divers et tel élève qui ne brillera pas dans les matières intellectuelles pourra exceller dans les métiers manuels et inversement. C'est pourquoi il est indispensable de revaloriser l'enseignement professionnel et l'apprentissage afin qu'ils retrouvent une place à part entière dans notre système d'instruction publique. En revanche, il paraît inutile de vouloir faire accéder au baccalauréat 80 p. cent d'une classe d'âge car, plus le nombre de bacheliers augmente, plus le niveau du bac diminue.
L'école, dont le rôle est d'assurer à tous la meilleure formation possible, doit aussi se fixer comme objectif de faire émerger des élites. Des élites qui doivent leur titre à leur travail, à leur mérite et à leur talent, et non à leur origine sociale, à la "combine" ou à l'argent. L'émulation et la sélection sont donc nécessaires pour permettre aux plus doués de se révéler. Sous cet angle aussi, la compétition est bénéfique car, si on peut déplorer que les hommes ne soient pas tous égaux, on doit néanmoins tenir compte de la diversité des talents comme d'une implacable réalité. A ignorer celle-ci, on crée des systèmes égalitaristes qui, en pénalisant les meilleurs, suscitent l'injustice et l'inefficacité sociale. Il faut donc que les plus talentueux puissent donner le meilleur d'eux-mêmes et reçoivent en conséquence une instruction adaptée. En retour, ils doivent servir la communauté car, si le talent mérite récompense, il impose, dans la société que nous voulons, des devoirs envers la nation.
L'Ecole Polytechnique, par exemple, inculque à ses élèves l'idée - éminemment juste et bénéfique - qu'en contrepartie de leur réussite, il leur incombe une obligation de service pour leur pays. Pourquoi ne pas généraliser dans le système scolaire et universitaire et, au-delà, dans la société, cette nécessaire hiérarchie du mérite qui corresponde à une élite du service ? Seules les grandes nations sont capables de sécréter de telles aristocraties. La France, qui a su le faire pendant longtemps, doit retrouver le sens de cette éthique.
Cet esprit d'élitisme doit s'imposer tout particulièrement à l'université, laquelle nécessite des réformes d'envergure pour sortir de la crise qui la frappe. Aujourd'hui, en effet, le spectacle qu'offrent les établissements universitaires est très inquiétant. Les étudiants, dont beaucoup n'ont ni le niveau ni la motivation indispensable pour y obtenir des diplômes, s'entassent dans des facultés parkings au décor crasseux, où les plus capables d'entre eux se trouvent alors dans la quasi-impossibilité de travailler. L'université française est, à bien des égards, le lieu où se cristallisent tous les maux de notre société : bureaucratisation du fonctionnement, massification des enseignements, inefficacité des méthodes, tiers-mondisation des étudiants, dépréciation du niveau des études, dévalorisation des diplômes. Une situation d'autant plus grave que l'avenir de notre pays dépend dans une large mesure de la qualité du niveau intellectuel et scientifique de l'université. Aussi celle-ci doit-elle renouer avec sa vocation pour redevenir un lieu d'excellence.
A cette fin, il convient de doter les établissements universitaires d'une très large autonomie, de façon qu'ils puissent se fixer leurs propres règles en ce qui concerne aussi bien le recrutement des étudiants et des professeurs que la dévolution des diplômes, et qu'ils se trouvent dès lors placés dans un processus de compétition, gage de qualité croissante. Dans le même esprit, il faut accepter le principe de la sélection à l'entrée des universités, car refuser cette épreuve revient à tolérer qu'elle se pratique clandestinement selon des critères absurdes comme le "piston" ou le hasard des files d'attente. L'indépendance des facultés, outre qu'elle répond à la grande tradition universitaire, permettra que s'établisse une hiérarchie d'établissement qui, jointe au système des grandes écoles, offrira une diversité de filières et de niveaux où chacun pourra trouver la formation qui lui convient et pousser au plus loin ses potentialités. Car tel est l'intérêt de la sélection : elle n'élimine pas, elle oriente chacun vers sa juste place.
Pour atteindre les objectifs que nous nous assignons dans l'université, mais aussi dans le secondaire et le primaire, nous nous emploierons par ailleurs à réhabiliter la fonction des maîtres et des professeurs. Ceux-ci, parce qu'ils jouent un rôle essentiel dans notre société, devront bénéficier d'une revalorisation de leur statut et de leur rémunération. Leur autorité est également à rétablir, car celui qui a la charge d'enseigner ne doit pas s'abaisser à jouer au "copain des élèves" mais s'affirmer comme celui qui sait par rapport à ceux qui apprennent. Restaurer à la fois la hiérarchie maître-élève qui correspond à la hiérarchie du savoir et le respect à l'égard de la connaissance qui va de pair avec l'humilité de celui qui apprend, ce sont là des exigences inéluctables pour le redressement du système enseignant.
Tels sont les principes sur lesquels nous voulons reconstruire l'école et susciter un renouveau du savoir dans notre pays. L'ambition est grande et nécessaire, mais la tâche est ardue, et beaucoup de nos compatriotes qui approuveront ces orientations douteront qu'elles puissent être mises en œuvre. La gauche n'est-elle pas encore toute-puissante dans le monde éducatif ? Et n'est-elle pas passée maître dans l'art de pousser les étudiants et les lycéens à des manifestations de rue hostiles à toute réforme ? Quant aux gouvernements récents, n'ont-ils pas toujours cédé devant ces démonstrations ? L'immobilisme qui résulte de cette situation est cependant inadmissible, car l'école n'est pas plus la propriété des enseignants que des élèves : elle appartient à la nation. Aussi, pour sortir de cette impasse, faudra-t-il soumettre la reconstruction du système scolaire et universitaire à un référendum. Non pas un référendum alibi, mais une consultation fondamentale où seront posées les vraies questions comme celles du pouvoir des syndicats, de la sélection, de l'excellence et du rôle civilisateur de l'école. Dès lors, si le peuple l'approuve, la réforme pourra être engagée. Mais, objectera-t-on, les maîtres et les professeurs vous suivront-ils ? Nous en sommes convaincus, car ces derniers, aujourd'hui en pleine crise, prolétarisés par le pouvoir socialiste qu'ils ont soutenu et qui les a trahis, savent que l'école est en faillite et beaucoup d'entre eux en font quotidiennement le constat avec un sentiment amer d'impuissance. Sous l'écume des protestations de pure forme, ils ne pourront donc que se rallier à une politique de l'école qui restaurera leur prestige, leur autorité, leur efficacité pédagogique et rétablira leur niveau de vie.
Il est vrai que la crise qui frappe l'école est très grave mais du pire naît souvent le meilleur. Demain le monde de l'enseignement peut basculer et l'école connaître un nouveau printemps.



   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

   www.Bruno-Megret.com > Ecrits > Ouvrages Remonter en haut de page