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L'Alternative nationale

Sommaire:
Introduction: Le mur
Chapitre 1: Le retour du politique
Chapitre 2: Le combat pour les valeurs
Chapitre 3: La liberté pour le peuple
Chapitre 4: L'impératif d'identité
Chapitre 5: La préférence pour la vie
Chapitre 6: Le renouveau du savoir
Chapitre 7: Du travail pour les Français
Chapitre 8: Le social par la fraternité
Chapitre 9: De l'harmonie pour le pays
Chapitre 10: La sécurité dans la cité
Chapitre 11: La grandeur pour la nation
Conclusion: Le printemps de la France



Chapitre 7
Du travail pour les Français

Le travail est tout à la fois un impératif social et une nécessité individuelle. S'il est vrai que, de nos jours, beaucoup le considèrent comme une contrainte ou une servitude dont il faudrait chercher à se libérer le plus possible, personne cependant ne songe à nier ses effets bénéfiques. Au plan collectif, le travail reste, malgré les machines et la technologie, la source première de la richesse et donc de la prospérité, voire de la puissance nationale. Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, les pays qui réussissent le mieux dans la bataille économique sont aussi ceux qui honorent le plus les vertus du travail et les valeurs qui s'y rattachent : la conscience, la rigueur, l'effort, la compétence. A l'échelle des personnes, le travail se présente le plus souvent comme une nécessité vitale. Il assure en effet les revenus et donc la subsistance de chacun, mais, au-delà de cet aspect trivial, il joue un rôle psychologique irremplaçable. N'est-ce pas lui qui donne aux hommes leur place dans la société ? En cette époque matérialiste où les valeurs économiques l'emportent sur les autres, la reconnaissance sociale provient essentiellement de l'activité professionnelle, aussi le travail permet-il aux individus de se sentir utiles et d'être reconnus par les autres. D'où la dimension tragique du chômage : celui qui perd son emploi se voit certes privé des revenus dont il a besoin pour vivre, mais, plus grave, il se sent comme dépossédé de sa fonction au service de la communauté.
Aussi le chômage est-il aujourd'hui l'un des phénomènes les plus destructeurs de notre société. Ses effets sont évidemment économiques et sociaux, mais touchent également au plus profond des équilibres psychologiques entre l'homme et la nation à laquelle il appartient. Non seulement il crée des désordres économiques en diminuant le nombre des personnes productives par rapport à celles qui ne le sont pas, mais il provoque une fracture sociale et culturelle en brisant l'harmonie des rapports entre les personnes et la société. Ce phénomène funeste, qui ne se réduit donc pas à une simple réalité statistique et désincarnée, plonge ceux qu'il frappe dans la souffrance, une souffrance d'autant plus difficile à supporter qu'elle reste souvent secrète, comme inavouable.
Aussi, quand le taux de chômage devient très élevé, l'économie peut certes s'en trouver démantelée, mais, plus globalement, c'est la société toute entière qui peut en être disloquée, comme sous le coup d'une épidémie ravageuse. Or c'est bien cette situation que la France connaît à ce jour : le chômage a créé une plaie béante qui paralyse et affaiblit tout le corps social de notre pays.
Plus de trois millions de personnes pointent régulièrement dans les agences de l'ANPE. Si l'on ajoute à ce chiffre les demandeurs d'emploi à durée déterminée ou saisonniers, les préretraités, les salariés en formation après licenciement, voire les centaines de milliers de personnes abandonnées définitivement par le système, on atteint un seuil beaucoup plus élevé. Le professeur Maurice Allais, Prix Nobel d'économie, estime à cinq millions le chiffre du sous-emploi et certaines études évaluent même à sept millions le nombre de Français aujourd'hui sans emploi officiellement déclarés. Il est vrai qu'un certain nombre d'entre eux "se débrouillent", et même parfois très bien, grâce par exemple au travail au noir, avec ou sans allocations. Mais pour ceux qui s'accommodent tant bien que mal d'une situation en marge du système, combien sont-ils à vivre le licenciement comme une humiliation et une régression matérielle et morale insupportable ? Or le chômage ne concerne pas seulement celui qui en est directement frappé, il touche aussi ses proches, ceux qui dépendent de lui et en particulier sa famille. Au-delà du nombre de chômeurs proprement dit, ce sont donc sans doute plus de dix millions de personnes qui sont victimes de ce fléau. Le drame du chômage prend donc une dimension considérable que rien jusqu'à présent n'a pu atténuer, les politiques menées à ce jour s'étant révélées totalement inopérantes.
Les gouvernements successifs, PS naguère ou RPR-UDF actuellement, n'ont en réalité jamais engagé efficacement le combat pour l'emploi. Ils se sont contentés d'organiser, à grands frais et à grand tapage publicitaire, le traitement social du chômage en distribuant aux sinistrés suffisamment d'argent pour éviter l'explosion sociale, tout en s'efforçant de dissimuler le nombre réel de chômeurs. Ainsi, outre l'indemnisation du chômage proprement dite, ont-ils inventé la préretraite, les stages de toute sorte, les TUC, les SIVP ou les CES, autant de formules qui permettent à la fois de rémunérer les personnes et de les faire disparaître des statistiques du chômage. Et le contrat initiative emploi de M. Juppé ne fait d'ailleurs pas exception à la règle. Sur le fond, la classe politique n'a rien entrepris. Par veulerie et impuissance, elle fait sienne la version selon laquelle la destruction des emplois existants et l'incapacité de notre économie à créer suffisamment de postes nouveaux constitueraient une réalité incontournable qui s'impose aux pays comme une fatalité. Bref, nos gouvernants ont traité les effets du chômage mais non les causes, ils ont donné de l'aspirine au malade pour faire tomber la fièvre, mais ne lui ont administré aucun antibiotique apte à combattre l'infection.
Aussi est-il urgent de mener enfin une vraie politique de l'emploi et de renouveau économique de la nation. A cet égard, il est possible de rétablir le plein emploi, à condition, bien sûr, de briser les tabous qui paralysent actuellement la classe politique. Si l'on n'ose pas remettre en cause le libre-échangisme mondial, examiner la question de l'emploi féminin, résoudre celle de l'immigration, si l'on n'a pas le courage de s'attaquer au problème de l'Éducation nationale et du poids excessif de l'État, on ne jugulera jamais le chômage. En revanche, si l'on accepte d'aborder toutes ces questions à partir du seul critère de l'intérêt national, il devient possible d'offrir dans un délai relativement bref un emploi à chaque Français. Comment ? En menant une politique de bon sens qui s'articule selon quatre axes majeurs.
Il convient d'abord de protéger notre économie de la concurrence sauvage à laquelle l'a livrée l'ouverture des frontières car il ne sert à rien de vouloir créer des emplois nouveaux si, dans le même temps, on laisse les effets funestes du mondialisme économique détruire ceux qui existent.
En second lieu, il faut réduire le nombre des demandeurs d'emploi. Celui-ci est en effet artificiellement élevé en raison notamment de la forte présence immigrée sur notre sol. Un allègement de la pression migratoire diminuera donc le nombre de personnes sur le marché du travail et provoquera en conséquence une baisse du chômage.
La troisième priorité consiste à améliorer la formation de ceux qui postulent un emploi de telle sorte qu'il y ait meilleure adéquation entre les demandes et les offres de travail. N'est-il pas en effet absurde qu'en période de chômage, des employeurs ne puissent embaucher, faute de trouver des personnes ayant une formation appropriée ?
Enfin, le quatrième objectif vise à la création d'emplois nouveaux. Il importe, pour l'atteindre, de libérer les entreprises des contraintes et des charges qui les handicapent et les dissuadent de recruter.
Avant toute chose, il faut s'en prendre au dogme du libre-échangisme mondial sous l'empire duquel nous vivons et en dénoncer les funestes conséquences. L'ouverture des frontières, la suppression des droits de douane, l'intensification du commerce mondial et la division internationale du travail ne représentent pas les conditions sine qua non du progrès et de la prospérité. Si le mondialisme économique a pu provoquer une augmentation des richesses dans certains pays du monde, il n'a pas servi la croissance et le plein emploi en France et en Europe. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer l'évolution au cours des années écoulées. En 1949, au lendemain de la guerre, la France jouissait d'une protection douanière dont les droits s'élevaient en moyenne pondérée à près de 20 p. cent. Progressivement, avec la ratification du traité de Rome, la mise en place du tarif douanier commun, la signature des accords du Gatt négociés dans le cadre du Kennedy Round, du Tokyo Round et récemment de l'Uruguay Round, notre économie s'est presque totalement ouverte aux échanges mondiaux avec un tarif douanier extérieur commun aux pays de l'Europe communautaire inférieur à 5 p. cent. Résultat : la croissance a diminué chaque année, passant de 5 p. cent à moins de 2 p. cent en moyenne, alors que le taux de chômage ne cessait d'augmenter, partant de 1 p. cent dans l'immédiat après-guerre pour atteindre aujourd'hui le chiffre officiel de près de 13 p. cent. La libération totale et incontrôlée du commerce international n'a donc pas conduit au plein emploi dans notre pays. On peut même considérer qu'elle constitue l'une des causes du chômage. Comment pourrait-il en être autrement ?
Les coûts de main-d'œuvre et de production sont beaucoup plus élevés en France que dans nombre de pays nouvellement industrialisés où il n'existe pas de lois sociales comparables aux nôtres, où le niveau de vie est beaucoup plus faible que chez nous et les préoccupations d'environnement inexistantes. En conséquence, lorsqu'une chemise coûte 30 F dans notre pays, son prix de fabrication ne dépasse pas 2 F à Macao. Mettre en concurrence directe l'entreprise installée en France avec celle de Macao, c'est donc condamner à mort la firme française qui ne pourra plus rien vendre et sera acculée à la faillite ou à la délocalisation. Dans les deux cas, les emplois sur notre sol seront supprimés. Répété des milliers de fois, ce mécanisme pervers a déjà conduit à l'effondrement de pans entiers de notre industrie : la construction navale, la sidérurgie, la machine-outil, le textile. Demain, si rien ne change, ce sera peut-être le tour de l'informatique, de l'électronique grand public ou de l'automobile.
Conséquence du formidable transfert de richesse et de puissance économique qui s'effectue de la France et de l'Europe vers d'autres régions du monde, la crise dont on nous rebat les oreilles n'a donc rien de conjoncturel ni de transitoire. Elle résulte en réalité directement de la mise en application du libre-échangisme, lequel agit en l'occurrence comme un système de vases communicants. Ouvrir les frontières entre deux pays inégalement développés, c'est comme mettre en communication deux récipients inégalement remplis de liquide : celui qui est plein se déverse dans celui qui est vide.
La généralisation de cette concurrence sauvage à l'échelle de la planète détruit les structures traditionnelles de notre économie et entraîne d'innombrables effets particulièrement néfastes. Selon la logique égalisatrice des vases communicants, non seulement elle crée le chômage, mais elle exerce une pression à la baisse sur les salaires et les prestations sociales. Ainsi le "SMIC jeune", que le gouvernement de M. Balladur tenta d'instaurer en 1994, ne répondait-il pas déjà au besoin de réduire le salaire d'embauche des plus jeunes, afin de limiter les coûts de production de nos entreprises livrées à une concurrence sans limite depuis l'ouverture des frontières ? Quant aux patrons, pour tenter de sauver leurs entreprises et leur personnel, ils sont de plus en plus souvent amenés à tenir à leurs employés un discours très brutal : si vous voulez éviter la faillite, il n'y a que deux solutions ; ou je mets certains d'entre vous au chômage, ou tout le monde accepte une réduction de salaire.
Telle est la logique implacable du libre-échangisme, logique qui conduit de surcroît à mettre en péril notre indépendance nationale. Comment, en effet, la France pourrait-elle demeurer une grande nation si elle ne produit plus qu'une faible fraction de ce qu'elle consomme ? Comment pourrait-elle conserver son autonomie si elle doit dépendre de l'étranger pour satisfaire ses besoins les plus essentiels, à commencer par son alimentation ?
Certes, le libre-échangisme présente pour le consommateur des avantages apparents que les sectateurs de l'ouverture des frontières ne manquent pas de souligner. N'est-il pas profitable, nous disent-ils, de pouvoir acheter son magnétoscope 500 F ou 1000 F moins cher qu'il ne coûterait s'il était fabriqué en France ? Bien sûr ! Mais à quoi bon si, dans le même temps, il faut verser 5 000 F ou 10 000 F de charges sociales et d'impôts supplémentaires pour indemniser les chômeurs qui ne réalisent plus les produits désormais importés ? Et si demain tout est fabriqué à l'extérieur, avec quels salaires achètera-t-on les biens, même bon marché, venus de l'étranger ? Sans doute ces raisonnements sont-ils poussés à l'extrême mais ils démontrent néanmoins de façon évidente que, pour le libre-échangisme, les individus ne sont que des consommateurs, alors que dans la réalité ils sont aussi des producteurs et des contribuables. Et s'il est bon qu'ils fassent des économies en tant que consommateurs, encore faut-il qu'ils ne voient pas leurs salaires réduits en tant que producteurs et leurs impôts augmentés au titre de contribuables. Aussi le libre-échangisme mondial est-il un dangereux mirage, car les avantages qu'il offre sont fallacieux, alors que les inconvénients qu'il présente sont bien réels et particulièrement nocifs.
Pour enrayer ce mécanisme absurde, il faut rétablir la protection de notre économie. C'est à nos yeux la première condition à remplir si l'on veut revenir au plein emploi. Si, en effet, on refuse cette nécessaire protection, tout ce qui pourra être entrepris pour lutter contre le chômage s'apparentera au travail de Sisyphe. Au fur et à mesure que des emplois nouveaux se créeront, des postes de travail existants disparaîtront. Un rapport très officiel du sénateur Arthuis prévoyait en effet qu'au rythme actuel, ce sont près de deux millions d'emplois qui étaient susceptibles d'être délocalisés dans les années à venir. Il est donc urgent de mettre un terme à ce processus désastreux et, pour ce faire, d'instaurer un nouveau protectionnisme.
Qu'on ne se méprenne cependant pas sur le sens des mots. La politique qui vise à rétablir les frontières économiques ne consiste pas à dresser des murailles destinées à isoler la France du monde extérieur, car l'objectif n'est pas d'interrompre le commerce mondial mais de le réguler. Aujourd'hui, en effet, les échanges internationaux sont soumis à la loi de la jungle et les entreprises contraintes de se battre à armes inégales dans le cadre d'une concurrence sauvage. Le Mouvement national républicain propose donc, pour assainir la situation, que soient créées des écluses douanières susceptibles de rétablir la loyauté dans la compétition économique. Si le coût de la main-d'œuvre incorporé dans un article d'importation est nettement inférieur à ce qu'il représenterait dans un produit fabriqué en France, pourquoi ne pas prélever une taxe qui compense cette différence ? Ainsi les productions nationales et étrangères pourront-elles rivaliser sur notre sol à armes égales et les deux économies de structures différentes continuer d'échanger sans se détruire mutuellement. Tel est le principe de la régulation commerciale qu'il paraît souhaitable d'instaurer à nos frontières.
Dans la pratique, ces protections peuvent prendre des formes juridiques diverses, à définir de façon pragmatique en fonction des produits et des pays d'origine : prélèvements, droits de douane, taxes, contingentements. De même, la frontière où doit s'appliquer la protection peut être celle de la France ou celle de l'Union européenne. Pour notre part, nous pensons que les pays européens dotés de niveaux de développement très proches les uns des autres peuvent parfaitement constituer un marché unique, à condition qu'il soit protégé des autres grands ensembles économiques internationaux, comme le propose d'ailleurs M. Maurice Allais.
La caution du Prix Nobel d'économie ne semble cependant pas suffire aux penseurs officiels de l'établissement qui voient rouge dès que l'on prononce le mot de protectionnisme. Faut-il qu'ils aient perdu toute conscience morale pour considérer comme néfaste le terme de protection ! N'est-ce pas en effet une obligation pour un gouvernement d'assurer la protection du peuple et de la nation qu'il dirige, comme pour une mère de protéger son enfant ? Quant à la frontière, sa notion même doit être réhabilitée. Loin d'être un facteur de guerre ou une cause d'affrontement, elle constitue au contraire un puissant instrument de paix et de sécurité. Il n'est de bon voisinage que de bonnes clôtures, dit l'adage populaire, et l'histoire nous enseigne que les frontières sûres et reconnues ont de tout temps favorisé la paix alors que les territoires aux contours incertains, contestés ou mouvants connaissaient des guerres incessantes. La frontière ne correspond d'ailleurs nullement à l'image de la muraille derrière laquelle on s'enferme dans la haine de l'étranger. Elle s'apparente plutôt à une porte, destinée à être ouverte aux amis et fermée aux importuns. En matière économique, elle doit fonctionner comme la membrane d'une cellule vivante : laisser passer ce qui est bénéfique pour l'organisme, empêcher de pénétrer ce qui lui est néfaste.
Le nouveau protectionnisme peut donc être instauré sans aucune réserve ni inquiétude. Pour s'en convaincre, il n'est que d'observer l'exemple du Japon et des États-Unis qui n'hésitent pas, pour leur plus grand profit, à protéger leur marché. Pratiquant chez eux le protectionnisme, ils prônent sans vergogne le libre-échangisme chez les autres. Chacun sait en effet qu'il est pratiquement impossible de pénétrer le marché intérieur nippon et personne n'a oublié les mesures de rétorsion douanières appliquées par les USA aux aciers plats européens, ou encore la brutalité du discours que le président Clinton tint devant les ouvriers de Boeing à propos des succès commerciaux d'Airbus ! N'hésitons pas à emprunter la voie que suivent déjà les deux grandes puissances commerciales du monde : elle est la première condition de la victoire sur le chômage en France.
La seconde mesure à prendre consiste à réduire substantiellement le nombre des demandeurs d'emploi qui pèsent indûment sur le marché du travail. Ce surcroît de chômeurs résulte surtout, à l'évidence, de l'immigration massive que notre pays subit depuis de nombreuses années.
Les immigrés chômeurs, dont les effectifs s'élèvent à près de cinq cent mille, devraient ainsi être amenés à rentrer chez eux. Il en va de même pour les immigrés qui occupent actuellement un emploi et dont le départ pourrait libérer des postes de travail susceptibles d'être offerts à des chômeurs français. Ceux des étrangers qui n'ont pas pénétré clandestinement dans notre pays y sont venus pour travailler à une époque où régnait le plein emploi. Aujourd'hui, alors que le chômage s'est massivement développé, il paraît normal qu'ils rentrent chez eux tant il est vrai que leur présence en France ne leur donne pas un droit imprescriptible à y rester définitivement. La politique de retour des immigrés dans leur pays d'origine préconisée de façon parfaitement légitime par le Mouvement national républicain constitue une condition impérieuse du retour vers le plein emploi. Croire que tous les immigrés occupent des postes que les Français refuseraient d'assurer est une grave erreur : parmi les immigrés travaillant légalement, un nombre de plus en plus grand exerce déjà des fonctions de cadre, de médecin ou de technicien supérieur, de plus, s'agissant des emplois de qualification inférieure, la situation est si grave que beaucoup de nos compatriotes les accepteraient volontiers. Le rapport Milloz, que personne n'a contesté, estime en effet qu'au vu des chiffres officiels, c'est environ un million d'emplois actuellement occupés par des étrangers qui pourraient être aussitôt pourvus par des chômeurs français.
Une action de cette envergure provoquerait non seulement une baisse considérable du chômage en France, mais servirait de surcroît les intérêts des pays d'émigration. Car, enfin, est-il normal que les immigrés ayant acquis des connaissances techniques chez nous n'en fassent pas profiter leur patrie ? Et ne vaut-il pas mieux qu'ils rentrent chez eux pour aider au développement de leur nation plutôt que de laisser la France envoyer là-bas des coopérants accomplir un travail qu'ils pourraient effectuer eux-mêmes?
Les effets, bénéfiques pour l'emploi, du départ des immigrés viendraient s'ajouter aux conséquences heureuses de l'instauration du revenu parental qui conduirait un nombre important de mères et de pères de famille à quitter leur activité professionnelle pour se consacrer à plein temps à leur mission éducatrice. Une disposition qui pourrait libérer beaucoup d'emplois, cinq cent mille dans un premier temps, selon nos estimations. La mise en œuvre de ces deux mesures permettrait, à elle seule, de réduire considérablement le taux de chômage. On prend conscience ici de la supériorité de la politique préconisée par le Mouvement national républicain sur celle des partis de l'établissement.
Aujourd'hui, en effet, la France se trouve aspirée, au plan économique, dans une sorte de spirale régressive : plus le chômage augmente, plus il faut taxer les entreprises pour l'indemniser. Plus les charges pèsent sur l'économie, moins celle-ci est compétitive et plus les licenciements se multiplient. Notre pays s'enfonce dès lors dans un cercle vicieux que les gouvernements de l'établissement se montrent incapables de briser. Avec la politique de réduction du nombre des demandeurs d'emploi, le Mouvement national républicain dispose en revanche de l'instrument qui permettra de trancher le nœud gordien. Plus les immigrés seront nombreux à rentrer chez eux et moins il y aura de chômeurs français. Plus le coût de l'indemnisation du chômage baissera et moins lourdes seront les charges des entreprises. Plus celles-ci seront compétitives et plus elles pourront produire, vendre et donc embaucher. Un cercle vertueux, créateur de travail, viendra ainsi se substituer aux mécanismes funestes qui détruisent notre économie.
Encore conviendra-t-il de renforcer ces effets bénéfiques par une réforme profonde du système de formation. L'Éducation nationale est en effet si peu efficace qu'en pleine période de chômage, beaucoup de chefs d'entreprise éprouvent des difficultés à embaucher par manque de personnes qualifiées. Facteur d'aggravation du chômage, cette inadéquation entre les offres et les demandes d'emploi doit donc être corrigée par une grande réforme de la formation. Ayant déjà évoqué les axes qui devraient déterminer une politique de renouveau de l'Éducation nationale, nous nous contenterons ici de souligner la nécessité de revaloriser de façon spectaculaire les métiers manuels.
Depuis déjà quelques décennies, le ministère de la rue de Grenelle et, dans son sillage, la société française n'ont que mépris pour les métiers manuels dont ils semblent méconnaître l'éthique et la culture qui s'y rattachent. Aussi voulons-nous rendre aux métiers manuels leur juste place dans la hiérarchie des valeurs collectives et leur offrir la possibilité de sécréter et de faire connaître aussi bien leurs élites que le caractère aristocratique de leur vocation. Pourquoi, dans cette perspective, ne pas créer une académie des métiers comme il existe une Académie des Sciences morales et politiques ? Le prestige qui en résulterait rejaillirait sur l'ensemble des professions concernées. Par ailleurs, il conviendrait de donner un rôle plus important aux organismes professionnels chargés de la protection, de l'organisation et de la déontologie des métiers. L'enseignement professionnel devrait, quant à lui, être piloté davantage par les organismes représentatifs des métiers et s'inscrire lui aussi dans une perspective élitiste visant, notamment par la mise en concurrence des établissements, à l'excellence et à la promotion des meilleurs. Quant à l'apprentissage, il ne peut plus rester, avec ses deux cent mille jeunes gens en formation, le parent pauvre de l'Éducation nationale. Il doit devenir un enseignement à part entière, comme en Allemagne où l'on compte deux millions d'apprentis, et constituer une priorité pour le monde économique. Cet effort considérable en faveur des métiers manuels, de l'apprentissage et de la formation professionnelle, permettrait d'améliorer assez rapidement l'adéquation entre l'offre et la demande d'emploi et contribuerait donc à la réduction du chômage, surtout parmi les plus jeunes de nos compatriotes.
Ce préalable étant acquis, la protection de notre économie assurée et la réduction du nombre de demandeurs d'emploi engagée, la bataille contre le chômage passe par la relance de l'activité et donc par la création d'emplois nouveaux. Pour atteindre cet objectif, il convient de faire reculer l'étatisme et le fiscalisme qui entravent les entreprises. La situation actuelle n'est-elle pas en effet totalement absurde ? Alors qu'on place les acteurs économiques face à une concurrence sauvage, on les accable de charges, de taxes et de règlements. Autant demander à un mulet écrasé sous le bât de faire la course comme un pur-sang.
Le poids des charges publiques sur l'économie est chez nous nettement plus élevé que chez nos voisins. Ainsi, en se limitant aux seuls prélèvements obligatoires, on constate que les ponctions publiques représentaient en moyenne sur les quatre premières années de la décennie 44 p. cent du PIB alors que ce chiffre ne dépassait pas 38 p. cent en Allemagne. La France est donc pénalisée d'au moins six points par rapport à son concurrent direct. Pire, la structure même de ces charges constitue un handicap supplémentaire puisque, dans notre pays, c'est aux entreprises que l'État impose le plus gros effort. Elles subissent en effet, en moyenne, une ponction de 24 p. cent du PIB contre 17 p. cent pour les firmes allemandes. Soit un écart de sept points. En francs, ce handicap se traduit pour nos entreprises par une charge de plus de cinq cents milliards, presque l'équivalent de l'épargne brute des sociétés. Avec de telles contraintes, il est miraculeux que l'économie et l'industrie françaises n'aient pas complètement disparu.
Pour alléger la charge qui pèse sur les entreprises, il est donc essentiel de diminuer les dépenses collectives, non pas en rognant à la marge comme tous les gouvernements prétendent le faire depuis des décennies, mais en réalisant de véritables coupes claires. A cet égard, il paraît nécessaire de viser comme objectif une réduction d'au moins trois cents et si possible de cinq cents milliards de francs dans les dix années à venir. Est-ce irréalisable ? Nous ne le pensons pas, car, en réalité, une telle diminution ramènerait les dépenses publiques au niveau qui était le leur dans un passé proche. Est-ce à dire que ce qui a été fait dans un sens ne pourrait être accompli dans l'autre ?
Au demeurant, de quoi s'agit-il ? Chaque année, le budget de l'État consacre des sommes considérables au financement, ou plutôt au renflouement, d'entreprises publiques telles que la SNCF ou Air France, ainsi qu'au versement de subventions de plus en plus nombreuses à une foule d'organismes et d'associations généralement dépourvus d'utilité réelle. Autant de crédits qui peuvent donc être considérablement réduits. De même, le fonctionnement général de l'administration doit pouvoir faire l'objet d'importantes économies. Ainsi, en 1989, celui du ministère de l'Économie et des Finances a coûté à lui seul plus cher au contribuable que les forces nucléaires stratégiques. Au ministère de l'Éducation nationale, le nombre des fonctionnaires administratifs n'a cessé d'augmenter par rapport à celui des enseignants. Cette inflation bureaucratique s'est-elle traduite par une amélioration de la qualité de l'enseignement? Certainement pas et, là encore, des réductions de crédit sont à opérer. D'autant qu'avec la décentralisation, de nouveaux services ont été créés par les collectivités territoriales, sans que les administrations centrales qui ont été dessaisies aient réduit à due proportion leurs dépenses. Par ailleurs, les engagements financiers contractés par notre pays auprès des organisations internationales comme l'Union européenne ne cessent de croître pour atteindre aujourd'hui des montants considérables : ils devraient être réduits à l'occasion de la renégociation des traités européens qu'il faudrait provoquer pour substituer l'Europe des nations à l'Europe de Maastricht.
Du côté de la protection sociale, il est possible de réaliser des économies sans toucher aux prestations. Les coûts de gestion de la Sécurité sociale, qui représentent une proportion excessive du budget total, doivent pouvoir être abaissés. Mais, surtout, la création de caisses séparées pour les immigrés, couplée avec la préférence nationale, peut entraîner une réduction importante des dépenses. Le retour des immigrés dans leur pays d'origine permettra d'ailleurs de faire de notables économies car le poids financier du chômage et des prestations sociales qui sont actuellement versées aux étrangers s'en trouvera sensiblement allégé.
Cette réduction massive des dépenses publiques permettra donc de diminuer d'autant le poids des prélèvements. Encore faut-il que la production, le travail et l'investissement puissent bénéficier des économies ainsi réalisées. Tel est en effet le deuxième impératif de notre politique économique, lequel implique une refonte complète de la doctrine en matière de prélèvements publics. Alors que ceux-ci portent aujourd'hui principalement sur le travail, ils devront demain taxer plutôt la consommation.
Les charges fiscales et sociales constituent pour le travail un lourd handicap. Dans l'entreprise, en effet, les cotisations sociales et la taxe professionnelle sont assises principalement sur la masse salariale et, à l'échelle des personnes, c'est encore la rémunération du travail qui est frappée par l'intermédiaire de l'impôt sur le revenu. Il s'agit là d'une situation malsaine car, à l'heure où le travail est devenu rare et fragile, il paraît peu judicieux de le pénaliser, d'autant que son coût désavantage nos entreprises dans le jeu de la concurrence internationale et qu'il est donc contreproductif de l'alourdir encore. Sur le plan fiscal, il se révèle tout aussi absurde d'asseoir les impôts et les charges sur les seuls actifs puisque ceux-ci, de moins en moins nombreux, constituent une base qui va en se rétrécissant. Notre système de prélèvement fiscal et social doit donc être réformé de telle sorte qu'il épargne le travail pour frapper plutôt la consommation et la spéculation. Une telle orientation est bénéfique à plus d'un titre. Les impôts sur la consommation rétablissent en effet une certaine justice puisqu'ils concernent tous les citoyens, y compris ceux qui fraudent ou qui spéculent. En revanche, ils ne touchent pas l'épargne, qui doit être encouragée et ne pénalisent pas non plus les fabrications françaises, les produits d'importation étant également taxés.
Dans le cadre de cette politique de redéploiement fiscal, il conviendra de transférer la charge des cotisations familiales actuellement payées par les entreprises sur le budget de l'État. Dans le même esprit, la taxe professionnelle devra être abrogée et l'impôt sur le revenu progressivement supprimé. Ces réductions de ressources fiscales seront gagées par les économies réalisées sur les dépenses publiques mais elles pourront aussi être compensées par le rétablissement des droits de douane et surtout par un alourdissement de la fiscalité sur la consommation. La TVA pourra encore être augmentée de quelques points sans bouleverser les grands équilibres, à condition bien sûr de procéder par étapes.
Ces mesures d'allégement fiscal sur le travail seront d'autant plus efficaces dans la lutte contre le chômage qu'elles seront appliquées prioritairement en faveur des artisans, des commerçants, des petites et moyennes entreprises. Or, si les grandes sociétés emploient encore souvent un personnel en surnombre, les PME, quant à elles, sont généralement en sous-effectif. Elles sont de plus très nombreuses et il suffirait que leurs charges soient réellement allégées pour qu'elles embauchent, ce qui entraînerait aussitôt la création d'emplois par centaines de milliers.
Protection de notre économie, réduction du nombre des demandeurs d'emploi, réformes de la formation, allégement massif des charges pesant sur les entreprises, les solutions pour résoudre le problème du chômage existent. Il suffit, pour les mettre en œuvre, de sortir de l'enclos des conformismes et de rompre avec les dogmes et le fatalisme.



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