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La Flamme

Sommaire:
Introduction
1ere partie: les instruments du déclin
Chapitre 1: le socialisme nouveau
Chapitre 2: le cosmopolitisme militant
Chapitre 3: le matérialisme triomphant
Chapitre 4: le totalitarisme larvé
2eme partie: les atouts du combat national
Chapitre 5: les mutations politiques
Chapitre 6: la question des valeurs
3eme partie: les leviers du renouveau
Chapitre 7: l’identité
Chapitre 8: la fraternité
Chapitre 9: les libertés
Chapitre 10: la puissance
Chapitre 11: l’action
Conclusion



Chapitre 10
La puissance

La puissance, c'est la vie! Rien cependant n'est plus éloigné de ce principe de force, de conquête et de volonté que la société molle d'aujourd'hui. Voilà sans doute pourquoi notre nation paraît actuellement frappée d'immobilisme et comme atteinte de sénilité. Subir plutôt qu'agir, telle semble être la devise de nos gouvernants. Pourtant, l'histoire - ne l'oublions pas - est d'abord le fruit de la volonté des hommes. Si nous renonçons à la puissance, nous cesserons d'exister en tant que peuple. La puissance est la clef de notre existence collective.

La dictature des événements

Aujourd'hui, le gouvernement ne gouverne plus: il se contente d'observer le déroulement des événements sur lesquels il n'exerce plus aucun contrôle. Son action est désormais toute verbale, d'essence incantatoire et symbolique. Dépourvu de grand dessein, comme de vision d'avenir, il a, par manque d'ambition, renoncé à intervenir sur l'état du monde. Il a perdu ce qui constitue le propre du politique: le sens de la décision.

Il se borne dorénavant à commenter les faits et se préoccupe essentiellement de dissimuler à l'opinion son incapacité à peser sur le cours des choses. Comme ces chefs incompétents qui courent derrière leur troupe pour ne pas perdre la face, la classe politicienne se presse derrière les événements pour masquer son impuissance. Elle choisit de considérer comme positif ce qu'elle pense ne pas pouvoir infléchir et laisse croire qu'elle a décidé ce qui est simplement arrivé. “ Quand les événements nous dépassent, feignons d'en être les organisateurs ”, disait Cocteau.

L'immigration se développe-t-elle avec l'ampleur d'une marée qu'il lui paraît impossible d'endiguer? Elle explique que c'est une chance pour notre pays. La natalité française est-elle en chute libre et un renversement du phénomène lui semble-t-il hors d'atteinte? Qu'à cela ne tienne: elle affirme que les naissances concernent la seule conscience des individus et qu'elles ne sont nullement l'affaire de la communauté nationale.

Certains vont encore plus loin dans ce processus de soumission aux événements. Si la consommation de la drogue se développe, ils en concluent qu'il faut en dépénaliser l'usage! Si l'on ne parvient pas à “ intégrer ” les immigrés, ils décrètent qu'il faut leur donner le droit de vote!

Face à l'impuissance, les événements sont les maîtres de notre destin.

La note en trois parties

Si le gouvernement est l'art de décider, alors notre pays n'est plus gouverné. “ On peut parler de nos jours d'un complot intellectuel contre la décision, précise d'ailleurs Julien Freund, comme s'il fallait ranger celle-ci parmi les concepts éthiquement impurs1. ”

On peut même dire que l'indécision est désormais instituée au cour même de l'appareil d'État. L'administration et les cabinets ministériels en sont devenus les techniciens scrupuleux. Lorsqu'un problème se présente, le conseiller du ministre rédige une note en trois parties. Première option: ne rien faire. Cette solution est déconseillée: comment l'opinion réagirait-elle devant l'inaction gouvernementale? Deuxième possibilité: engager un programme d'actions efficaces mais drastiques. Cette proposition est jugée dangereuse, car elle remettrait en cause des situations et des avantages acquis. Que diraient le président et le Premier ministre si des troubles en résultaient? Troisième solution: prendre quelques mesures douces. C'est la ligne qui est vivement recommandée et généralement retenue. Elle présente le double avantage de donner l'illusion de l'action sans rien déranger. Mais, alors même que cette mesure est adoptée, chacun sait qu'elle ne résoudra rien. Tout au plus aura-t-on repoussé les échéances de quelques mois ou, au mieux, de quelques années. Ainsi en est-il dans notre pays des interventions gouvernementales: par crainte de provoquer gêne ou trouble, on laisse les événements se dérouler. C'est l'application du vieil adage de la Ill' République finissante: “ Il ne s'agit pas de régler les problèmes, mais de faire taire ceux qui les posent. ”

Les innombrables plans de lutte contre le sous-emploi ne se présentent pas autrement. Aucun d'entre eux ne s'est réellement attaqué à la racine du mal, car tous visaient un autre objectif: réduire au seul plan comptable le taux de chômage. A cette fin ont été multipliés les stages de formation, les TUC et autres gadgets. On donne ainsi aux Français l'illusion que le gouvernement se préoccupe du problème et qu'il obtient des résultats. En réalité, les titulaires de TUC et autres stagiaires, bien que disparaissant des statistiques de l'INSEE en tant que demandeurs d'emploi, restent des chômeurs. D'ailleurs, interrogés sur ce point, ils répondent qu'ils se considèrent bien comme tels.

Comme un bouchon sur la mer

En politique étrangère, l'impuissance est totale. Notre pays, comme d'ailleurs la plupart des autres nations d'Europe occidentale, ne provoque plus l'événement sur la scène internationale. Il se contente de subir les effets des initiatives prises par les autres et d'y réagir, le plus souvent verbalement.

La France ne détermine plus sa conduite à l'égard des autres nations en distinguant ses amis de ses ennemis, mais en appréciant leur force ou leur faiblesse: elle s'incline devant les forts et méprise les faibles. Les pays isolés sur la scène internationale s'attirent notre vindicte, les puissants ou ceux qui ont le soutien des puissants ont droit à tous nos égards.

L'apartheid d'Afrique du Sud est condamné avec la plus extrême rigueur, alors que les pays totalitaires liés à Moscou ont toujours bénéficié de notre sollicitude. On refuse de recevoir des dirigeants sud-africains venus commémorer le sacrifice des leurs tombés à nos côtés lors de la Première Guerre mondiale, mais on aura reçu les uns après les autres tous les maîtres du Kremlin, sans compter le général Jaruzelski accueilli par M. Mitterrand alors qu'il réprimait sans indulgence le syndicat Solidarité!

Par impuissance encore, la France accepte tous les statu quo et épouse les évolutions politiques avec autant de docilité qu'un bouchon sur la mer suit les ondulations de la houle. Aujourd'hui, nos gouvernants se félicitent de l'ouverture du mur de Berlin. Mais les a-t-on entendus, dans le passé, refuser les accords de Yalta et remettre en cause le mur de la honte et le rideau de fer? Ont-ils, une seule fois, demandé à leurs visiteurs soviétiques leur démantèlement? Tout au contraire, ils sont allés à Helsinki signer des accords qui devaient légaliser la situation de l'Europe d'alors. Des événements historiques qui agitent l'est de notre continent, ils ne sont en définitive que les observateurs privilégiés; ils n'y ont pris aucune part, ils n'y jouent aucun rôle, c'est à peine s'ils peuvent prétendre les avoir souhaités.

Basse pression

Nous avons eu à l'égard du Liban le même comportement Lorsqu'une communauté amie, celle des chrétiens libanais, est attaquée et que son pays se trouve plongé dans la guerre, le gouvernement français envoie certes des soldats, mais il leur interdit de se battre et les laisse mourir dans de sanglants attentats. Rappelons-nous l'explosion du Drakkar et ses dizaines de morts! Effarouché par cette violence, le gouvernement rapatrie ses troupes et se contente d'envoyer des navires de guerre effectuer des “ missions humanitaires ”. C'est encore trop... Apeurées par les remontrances verbales de leurs ennemis, les autorités françaises, regrettant sans doute leur audace, affirment alors que cette entreprise charitable est destinée à tous, c'est-à-dire aussi bien aux agresseurs qu'aux agressés. Comment imaginer plus pitoyable manifestation d'impuissance que l'équipée de M. Kouchner au Liban? Le voilà parti avec La Rance secourir les victimes chrétiennes du bombardement syrien et, à son retour en France, on trouve dans les lits du navirehôpital plus de blessés du camp des assaillants que de celui des victimes qu'il était pourtant censé secourir!

Hier encore, il y avait dans notre pays, et dans toute l'Europe, comme un trop-plein d'hommes, d'énergie, de connaissances, d'idées et de projets qui se déversaient ensuite sur l'ensemble de la planète. Aujourd'hui, cette aire d'effervescence s'est transformée en une zone de basse pression où se précipitent les individus, les produits, les religions, les coutumes, les maladies de toutes sortes venus d'au-delà des mers. Hier encore, les petits Français apprenaient dans leurs écoles tout ce que la France avait offert au monde; désormais on leur enseigne tout ce que les étrangers apportent à leur pays. Hier acteur de l'histoire, notre nation en est devenue un sujet. Au lieu de l'écrire, elle la subit.

Le monde dans son ensemble est en mutation. Les peuples colonisés ont acquis leur indépendance, l'Extrême-Orient s'industrialise à marches forcées, l'islam se réveille, l'URSS s'engage dans une ère de profonds changements, l'Europe de l'Est se libère, l'Allemagne aspire à sa réunification. La plupart des nations prennent des initiatives. Seule la France paraît plongée dans une mortelle léthargie. Tétanisée devant l'événement, incapable de décider, de trancher, de prendre un risque ou une initiative, bref, frappée d'impuissance, elle est sans doute consciente de cette faiblesse mais seulement préoccupée de la dissimuler.

Le paradis café au lait

Il est vrai que l'idée même de force est aujourd'hui suspecte. “Aspirer à la puissance, c'est vouloir écraser les faibles, c'est déchaîner les conflits, c'est le retour de l'impérialisme, c'est du néo-colonialisme ou pire encore ”, s'écrie le choeur des belles âmes. Propos insensés. Instrument de la politique, la puissance en soi n'est ni bonne ni mauvaise: tout dépend de l'usage qu'on en fait. Un couteau peut certes tuer, mais il sert aussi à couper le pain. Il est vrai que la puissance peut servir des projets d'oppression et d'asservissement, alors mieux vaut disposer d'une force protectrice capable de la contrer.

Aujourd'hui, cependant, un tel argument ne convainc plus. Car le monde, nous dit-on, s'achemine vers la paix et les hommes vers leur unité. Les marxistes ont chanté en leur temps une semblable rengaine. L'histoire, nous disait Marx, conduit à la société sans classes, dans laquelle l'humanité pacifiée trouvera le bonheur et la prospérité. Chacun sait aujourd'hui que le paradis rouge n'est qu'un enfer, rouge, il est vrai, mais du sang de ses victimes.

Or les utopies sont vivaces, et la conception linéaire et déterministe de l'histoire chère aux marxistes n'a pas disparu avec eux. Elle a seulement été revue et corrigée par l'idéologie cosmopolite, qui conçoit dans le même esprit une transformation progressive et inévitable du monde en un nouvel éden. Ce n'est plus cette fois la dictature du prolétariat, mais le grand melting-pot, le brassage généralisé des cultures et des ethnies qui mettra fin à la guerre, à la haine et à la violence. Fini le paradis rouge, l'avenir vire au café au lait. Ce n'est plus la société sans classes qu'on nous promet, mais le monde sans races, sans nations, sans frontières.

Inutile, dans ces conditions, de se préoccuper de force et de puissance. Ce serait, nous dit-on encore, aller à l'encontre de cette évolution irréversible, ce serait même criminel puisque contraire au “ progrès ”.

La clef du destin

Comment ne pas comprendre que cette nouvelle utopie est de même nature que celle des marxistes? Sous une autre forme, elle conduirait aux mêmes drames. Car toutes les tentatives pour organiser la fin des antagonismes de l'histoire se sont généralement soldées par un redoublement de haine et de violence. Toutes les idéologies qui ont cru pouvoir assigner un sens à l'histoire ont toujours reçu des faits un démenti cinglant, voire sanglant.

Acceptons donc le monde tel qu'il est: l'histoire n'est pas déterminée, elle n'est pas une mécanique bien huilée qui conduirait inéluctablement l'humanité vers un progrès mythique. Elle n'obéit à aucune causalité unique, et l'incertitude qui la régit est la condition même de notre liberté. L'histoire est avant tout le fruit de la volonté des peuples et du rapport de forces qui s'établit entre eux.

On peut se lamenter sur cette dure réalité, on ne la changera pas pour autant, sauf à pratiquer la politique de l'autruche. Il convient donc de tirer les conséquences de cette situation: si le destin des nations se joue en vertu des rapports de forces, mieux vaut pour un pays détenir le maximum de puissance. Car celle-ci s'analyse comme un gage de survie et de liberté: elle permet de faire prévaloir son droit et ses intérêts et d'assurer son indépendance. En un mot, la puissance est pour un peuple la clef de son destin.

Les fous du dialogue

Aujourd'hui tout autant qu'hier, méconnaître la nécessité de la puissance conduit à de très graves déconvenues. Taraudés par l'idéologie cosmopolite, nos gouvernants le prouvent amplement. Avec eux, la France n'a plus de politique étrangère. Certes, l'action diplomatique demeure active, mais celle-ci, ne l'oublions pas, n'est que l'un des multiples instruments possibles de l'action internationale dont dispose une nation. Réduire la politique étrangère à la diplomatie, c'est-à-dire au dialogue et à la négociation, c'est comme jouer une symphonie avec les seuls violons, c'est confondre les moyens et les objectifs.

Une politique extérieure ne doit pas se fixer pour but le dialogue et la négociation. Son rôle consiste en réalité à permettre aux intérêts nationaux de l'emporter sur ceux, souvent opposés, des autres pays. Dès lors, il convient de faire évoluer en sa faveur la balance des forces en utilisant toute la palette des moyens auxquels une nation peut recourir dans ses relations avec les autres. La diplomatie intervient pour tirer les conséquences formelles de la situation, c'est-à-dire pour récolter les dividendes du rapport de forces existant. L'art de la négociation ne peut modifier que très marginalement et très exceptionnellement cette réalité fondamentale. Le meilleur diplomate ne fera pas d'un pays vaincu une nation victorieuse.

L'établissement semble avoir oublié ces principes. Nos gouvernants ne cherchent plus à modifier les rapports de forces au bénéfice de la France. Seule les anime une obsession frénétique de dialogue et de négociation. Comme si sa seule tâche était d'entretenir des contacts mondains avec les gouvernements des autres nations, le Quai d'Orsay n'avait-il pas pris, du temps de M. Cheysson, le nom de ministère des Relations extérieures! Croire que pour tout conflit il y a une solution négociable est une profonde erreur qui ne peut conduire qu'aux pires déboires. Lorsque le rapport de forces n'est pas favorable, le dialogue conduit à l'impasse, car l'adversaire ne concédera rien. Si aucune véritable solution négociée n'est possible au Liban, c'est précisément parce que la Syrie est en position de force et qu'elle sait pouvoir gagner davantage par la poursuite des actions sur le terrain que par une discussion diplomatique. Dès lors, refuser d'engager l'épreuve de force militaire avec elle, c'est à terme entériner sa victoire. De même, vouloir négocier avec les organisations ou les États terroristes sans prendre des gages, sans exercer de représailles, c'est s'exposer à subir les pressions de l'adversaire et à devoir finalement accepter ses conditions.

En politique étrangère, il n'est pas d'autre voie que la puissance.

Retour à l'indépendance

Cette nécessité ne s'impose d'ailleurs pas seulement vis-à-vis de nations adverses, mais aussi par rapport aux pays amis, n'en déplaise aux tenants du mondialisme! Il est vrai que des liens d'interdépendance se sont tissés, notamment par le biais des échanges économiques, entre les pays occidentaux. Certains en concluent que l'indépendance n'aurait plus de sens et que le jeu de la puissance serait donc caduc. Les tenants de l'économie mondialiste retrouvent ici l'idéologie cosmopolite pour annoncer le monde pacifié et unifié, fruit des marchés, du commerce et des entreprises transnationales.

Cette vision ne correspond pas à la réalité. Certes, il est aujourd'hui presque impossible à une nation industrialisée de trouver l'indépendance par l'autarcie et de prétendre pouvoir se couper du monde. Mais les liens d'interdépendance, s'ils existent bien, ne sont pas neutres pour autant: ils jouent en faveur des uns et au détriment des autres. Ainsi, les États-Unis peuvent allègrement creuser un déficit budgétaire considérable: la prédominance de leur monnaie leur permet de faire peser sur tous leurs partenaires la charge de cette politique laxiste. De même, la crise boursière de 1987 qui a pris naissance aux États-Unis a rapidement gagné les places européennes qui n'avaient pas les moyens de lui échapper.

Les liens d'interdépendance entre les économies occidentales sont en réalité des liens de dépendance à l'égard des États-Unis, et cette situation s'explique par la relative impuissance économique et monétaire de l'Europe. Aucune négociation au monde ne changera rien à cette réalité. Pour sortir de cette impasse, il n'est d'autre voie que de créer sur le vieux continent un pôle de puissance monétaire faisant de l'écu une monnaie d'échange et de réserve.

La peste blanche

Il convient de rendre sa puissance à la France. Mais rassurons tout de suite les bonnes âmes: la puissance n'est pas une conception exclusivement militaire. Elle est tout ce qui renforce la nation.

Au premier rang vient la population, car “ il n'est de richesse que d'hommes ”. La formule de Jean Bodin reste vraie pour demain: une nation puissante s'appuie nécessairement sur un peuple nombreux et jeune.

Or, aujourd'hui, la France, comme les autres pays d'Europe, est en régression démographique. Le taux de fécondité y est tombé dès 1974 à moins de 2, 1, seuil fatidique en dessous duquel un peuple ne renouvelle plus ses générations. Il est maintenant descendu chez les femmes françaises à 1,7. Certes, les conséquences de cet effondrement démographique ne sont pas encore sensibles. Par un effet mécanique, dû à l'importance des générations nées au lendemain de la guerre, la population française continue encore pour peu de temps à croître légèrement. Mais le mal a déjà atteint notre peuple dans sa substance. Il se développe comme le cancer: d'abord indolore, il passe inaperçu, mais, lorsque le malade commence à souffrir, il est généralement trop tard pour le guérir. Les projections effectuées montrent cependant déjà que, si rien ne change d'ici à l'an 2015, les Français ne seront plus que quarante-six millions et, ce qui est plus grave encore, le nombre d'enfants de moins de quinze ans passera de dix à six millions. La population aura brutalement vieilli, provoquant en retour une accélération du phénomène de dénatalité: c'est la “ boucle implosive ”, cercle vicieux de notre déchéance.

Un peuple est fait de chair et de sang, aussi l'effondrement démographique d'une nation sonne-t-il le glas de sa mort biologique. Un pays où la population est de moins en moins nombreuse et qui compte plus de vieillards que de jeunes gens ne pourra plus faire face aux défis du monde. Notre puissance et donc notre survie dépendent des courbes de la natalité française.

A l'inverse, le regain démographique, c'est le retour à la jeunesse, donc à l'esprit de conquête, c'est la vigueur, l'affirmation de soi, l'enthousiasme et l'ambition, bref, la vie et la puissance. La natalité n'est donc pas qu'une question personnelle, c'est aussi l'affaire de la communauté tout entière, et il est criminel de faire le silence sur ce mal qui nous menace, sur cette “ peste blanche ”, pour reprendre le titre du livre de Pierre Chaunu et de Georges Suffert. Une grande politique nataliste est urgente et vitale.

La guerre économique

La puissance repose aussi sur l'économie. Le plus souvent, les pays sont classés selon l'importance de leur produit national brut, car la richesse matérielle et la capacité de production ouvrent des possibilités d'action immenses et donnent des moyens d'expansion considérables.

Encore faut-il que les potentiels industriels et financiers ne soient pas les rouages d'une machine obéissant à une logique contraire à l'intérêt de la nation. De ce point de vue, l'enthousiasme pour le libéralisme transnational doit être sérieusement tempéré. La liberté économique constitue certes le moyen d'accroître la richesse individuelle, mais elle doit aussi être conçue comme un instrument permettant d'augmenter la puissance collective de notre pays. Aussi le “laissez faire, laissez passer” et le développement du commerce mondial sont-ils à encourager uniquement s'ils servent ces deux objectifs. Aujourd'hui, il n'est pas certain qu'il en soit ainsi, car la guerre économique fait rage entre les grandes nations. Et dans cette lutte, comme dans les autres, presque tous les coups sont permis. Les États-Unis, et surtout le Japon, n'hésitent pas à tricher avec les règles du commerce international et à rétablir insidieusement des barrières pour protéger leur marché tout en multipliant les artifices pour passer à travers celles de leurs concurrents.

Dans ce conflit économique généralisé, la Communauté européenne fait figure de grande naïve. Elle a ouvert quasi unilatéralement nos frontières, faisant du vieux continent un grand réceptacle de toutes les productions du monde. Si elle continue à se placer ainsi en situation d'infériorité face à ses principaux concurrents, elle court à la déroute économique. Pour échapper à ce destin funeste, elle doit impérativement protéger son marché intérieur au moyen d'un protectionnisme pragmatique dans tous les secteurs stratégiques, comme l'électronique par exemple, et développer des actions offensives en misant sur la constitution ou le développement de grandes entreprises européennes capables de concurrencer les sociétés d'Amérique du Nord et d'Extrême-Orient! Alain Gomez, P.-D.G. de Thomson, le souligne: “ ii faut se mettre en position de force... l'Europe ne peut se faire sans protection douanière2. ”

280 = 320 + 240

Enfin, la puissance est aussi militaire. Et, sous cette forme, elle est essentielle, car, en dernier ressort, c'est elle, et elle seule, qui est décisive. Or, en ce domaine aussi, la France et l'Europe se laissent affaiblir.

Certes, le choix que fit le général de Gaulle de quitter l'organisation militaire de l'OTAN et de créer une armée autonome autour de notre force nucléaire de dissuasion a permis à la France de conserver un certain degré d'indépendance que les autres nations européennes ont perdu. Mais ne nous leurrons pas: notre défense face à l'URSS est restée d'autant plus solide que notre territoire était géographiquement inclus dans la zone contrôlée par l'OTAN sous protection américaine. Notre indépendance est donc loin d'être aussi totale qu'on nous l'a dit.

Quant aux autres pays, leur engagement au sein de l'organisation du traité de l'Atlantique Nord a contribué à créer chez eux un sentiment de sécurité qui a complètement démobilisé leurs opinions publiques. A l'abri du parapluie nucléaire américain s'est opéré un véritable désarmement psychologique. Résultat: pendant quarante ans, 320 millions d'Européens ont fait appel à 240 millions d'Américains pour les protéger contre 280 millions de Soviétiques. Vit-on jamais situation plus humiliante et preuve plus éclatante de l'impuissance de la France et de l'Europe? Le vent d'Est


Aujourd'hui, nous dit-on, tout cela serait dépassé. La perestroika, la glasnost ont fait voler en éclats les anciens schémas. Le désarmement est en cours, les démocraties populaires deviennent de véritables démocraties, le mur de Berlin est ouvert, le rideau de fer se démantèle progressivement, les Soviétiques ne sont plus nos ennemis.

Nombreux sont ceux qui tirent déjà de cette nouvelle situation des conséquences militaires d'envergure. Les États-Unis réduisent le budget de leurs armées. Le gouvernement français limite le nombre de ses essais nucléaires dans le Pacifique et diminue les crédits de la Défense.

Cette précipitation est-elle bien raisonnable? Est-il prudent de prendre aussi rapidement des décisions d'une telle importance? Il faut, ne l'oublions pas, dix ans pour mener à bien un programme militaire. Aussi tous les armements dont la conception n'est pas décidée aujourd'hui feront défaut non pas demain, mais dans dix ans. Et qui, actuellement, peut garantir que la paix régnera alors?

Certes, la période qui s'ouvre est celle du dégel à l'Est. Et il convient de s'en réjouir, car tout est préférable au maintien du goulag. Ce vent de liberté qui souffle de Moscou et qui balaie les régimes des pays satellites est un vent d'espoir qui sent bon la paix. Mais, en termes politiques, ces changements marquent d'abord la fin d'un équilibre cinquantenaire et donc le début d'une période d'instabilité et d'incertitude.

Sur le chemin de Damas

Essayons de comprendre ce qui se passe et, tout d'abord, ne péchons pas par excès de naïveté. M. Gorbatchev n'a pas, tel saint Paul sur le chemin de Damas, été touché miraculeusement par la grâce de la liberté et de la démocratie. N'oublions pas que le numéro un soviétique est un pur produit du régime. Il a été formé dans le sérail du KGB dont il était l'un des principaux dirigeants et où il s'était spécialisé dans les techniques de la désinformation et de la manipulation de l'opinion. M. Gorbatchev n'a certainement pas pris l'initiative de ces transformations sans avoir en tête un but et sans disposer d'une stratégie. Et gageons que l'un et l'autre ont été conçus non pas pour le bien de l'humanité, mais dans l'intérêt supérieur de l'Union soviétique.

Quelles peuvent être les visées du maître du Kremlin? Deux hypothèses sont envisageables: l'une plus défensive, l'autre plus offensive.

Dans le premier cas, on peut penser que, l'URSS se pétrifiant dans un système de plus en plus fossilisé, de profondes réformes étaient devenues nécessaires. Mais, pour mener celles-ci à bien dans le climat de tension qui régnait alors entre l'Est et l'Ouest, il fallait lancer une offensive diplomatique de grande envergure capable de briser l'antagonisme hérité de la guerre froide et de desserrer l'étau d'hostilité dans lequel l'Union soviétique se sentait prisonnière.

Dans la seconde hypothèse, on peut imaginer un plan plus machiavélique visant à prendre le contrôle de l'Europe occidentale. Voici quelles pourraient en être les étapes. Le premier temps, celui de l'offensive de paix, viserait à faire admettre par les opinions publiques occidentales l'idée que l'URSS n'est plus un ennemi. Dans un deuxième temps, il s'agirait de provoquer le désengagement militaire des États-Unis et leur départ d'Europe, ainsi qu'un relâchement général des défenses des pays ouest-européens. Au cours de la troisième étape, l'Union soviétique, qui serait alors sur le continent la principale puissance, notamment militaire, pourrait organiser, sous le couvert de la “ maison commune ”, une forme de finlandisation ou de satellisation de l'Europe occidentale sous la houlette et pour le plus grand bénéfice de la puissance tutélaire de Moscou.

La fin d'un empire

Quelle que soit l'hypothèse, il est clair qu'un plan aussi audacieux exige pour réussir que son auteur donne des gages considérables. C'est ce qu'a osé faire M. Gorbatchev. Mais, par ce biais, il a affaibli l'Union soviétique et pris de gros risques. Des mouvements sociaux ont eu lieu, des oppositions se sont fait jour et, surtout, les nationalités se sont réveillées au sein de l'empire, contestant parfois avec violence la domination russe, comme dans les pays baltes ou dans le Caucase, et mettant en cause l'unité et la solidité du système.

Aujourd'hui, c'est incontestable, un ébranlement sans précédent s'est produit à l'Est, et M. Gorbatchev se trouve vraisemblablement engagé dans une course poursuite: la réalisation des effets bénéfiques de son plan contre le développement des forces centrifuges de l'Empire soviétique. Parfois, sans doute, les événements le dépassent. Il est alors amené à céder davantage qu'il ne l'aurait voulu. Mais ne sous-estimons pas la capacité de contrôle du régime soviétique. Il dispose d'une armée très puissante et d'une milice politique dont les effectifs ont été récemment considérablement renforcés; quant au peuple, il n'a jamais connu la liberté.

Dans le meilleur des cas, les récents événements peuvent être analysés comme les symptômes de la fin d'un empire. Mais l'histoire ne nous fournit pas d'exemples d'un vaste ensemble géopolitique se disloquant pacifiquement, progressivement et rapidement. On peut donc prévoir des avancées, des retours en arrière, des crispations, des accalmies, des périodes de tension, voire des conflits armés, des coups d'État ou même une guerre civile.

Aussi, face à ce formidable changement, convient-il de rester prudent et, une fois encore, de demeurer fidèle au principe de la puissance. Lorsque règne une certaine confusion, lorsque les équilibres anciens sont rompus, tout est possible, et l'intérêt national commande alors d'être fort pour parer à toute éventualité.

La guerre sainte

Ajoutons néanmoins une considération de caractère tendanciel. Quels que soient les soubresauts du système soviétique, il apparaît évident que le communisme est à l'agonie. Cette doctrine achève le cours de sa terrible et meurtrière existence. L'empire qu'il avait su créer disparaîtra en tant que tel tôt ou tard, d'une façon ou d'une autre: ce n'est pas la moindre conséquence des bouleversements actuels.

Est-ce à dire que la paix descendra sur la terre? Ceux qui le croient se trompent lourdement. Lorsque l'Allemagne nazie a été vaincue, la concorde générale ne s'est pas instaurée pour autant. Aussitôt, de nouveaux antagonismes sont apparus, cette fois entre l'Est et l'Ouest. En cette fin du XXe siècle, les mêmes phénomènes, hélas, se produiront en Europe. Telle est d'ailleurs l'analyse de l'IFRI, l'Institut français des relations internationales, dont le directeur adjoint, Dominique Moisi, déclarait: “ On n'a peut-être plus d'ennemi idéologique, mais on a encore des adversaires. La notion de rapport de forces est encore d'actualité et continue de jouer [...]. Nous ne sommes pas à la fin de l'histoire et l'usage de la force militaire comme moyen d'action diplomatique a encore de beaux jours devant lui3. ” Gageons que de nouveaux clivages succéderont aux anciens. Si la menace ne vient plus de l'Est, elle viendra du Sud. Si elle ne s'exprime plus par la. foi communiste, elle se manifestera par la foi islamique. Si elle ne prend plus la forme d'une tentative d'invasion militaire massive et brutale, elle se traduira par une invasion civile, par le terrorisme ou la guérilla urbaine, rendus possibles par l'immigration massive des années soixante-dix et quatre-vingt.

Certains, en lisant ces lignes, croiront y discerner la marque de l'excès. On ne peut cependant nier que l'histoire de l'humanité est faite aussi de grandes poussées vitales. Aujourd'hui, c'est l'islam qui constitue l'une des principales forces de mouvement et de conquête de cette fin de siècle. Une force qui, pour n'être pas économique, n'en dispose pas moins de deux atouts majeurs: une foi guerrière et un immense réservoir humain. N'oublions pas que, si l'Europe chrétienne a envoyé ses croisés à la conquête de Jérusalem, rien dans l'Évangile ne l'invitait explicitement à se lancer dans cette entreprise. Le Coran, pour sa part, est clair: il pousse à la guerre sainte! Et pour ceux qui ne connaissent pas l'état d'esprit qui règne dans certains milieux islamiques, voici ce que déclarait Fouad Saleh devant la justice française: “ Ce qui m'intéresse, ce sont les crimes commis par l'Occident pour lesquels vous serez sanctionnés sans pitié jusqu'à l'extermination du dernier Blanc de la planète: judéochrétien, gréco-romain, blanc et occidental. [...} Ce jourlà [...} ce sera l'islam qui dominera la France '. ” Ajoutons que M. Saleh, par ailleurs Tunisien de nationalité française, ne s'en tient pas aux menaces: il fut l'un des responsables des attentats terroristes commis à Paris en septembre 1986.

La décision est au Sud

Aussi convient-il d'être plus attentif aux nécessités de la puissance militaire et aux conditions géopolitiques de son déploiement.

Face à l'Union soviétique, l'Europe de l'Ouest devrait se doter des instruments d'une véritable défense européenne autonome. Sans doute n'y aurait-il pas lieu, en l'état actuel des choses, de procéder à un déploiement agressif en direction de l'Est. Cepen-dant, l'Europe, dont la capacité militaire est dérisoire au regard de celle des deux grands, se doit de rester en dehors des accords de désarmement qu'ils peuvent signer et de compenser par des forces européennes nouvelles le départ éventuel des forces américaines.

A cette défense continentale, il faut adjoindre une puissante force d'intervention extérieure capable de mener outre-mer, et principalement en Méditerranée, des actions militaires au bénéfice des intérêts de la France et de l'Europe.

N'oublions pas ces propos lumineux de Jordis von Lohausen, le maître de la géopolitique moderne: “ La décision est au sud. Toute la puissance du globe est concentrée dans l'hémisphère Nord, mais, pour neutraliser son adversaire, c'est au sud qu'il faut frapper. Le plus sûr moyen d'atteindre la Chine est de toucher à la Birmanie ou au Viêt-nam. Le point névralgique de la Russie est en Iran et en Turquie, celui des États-Unis est dans le golfe du Mexique et celui de l'Europe est en Afrique, et il est commandé autant par la Méditerranée que par le cap de Bonne-Espérance5”

Nous avons déjà indiqué qu'il convenait de considérer l'Afrique du Sud comme un allié objectif. Et, plutôt que de l'accabler, mieux vaudrait l'aider à surmonter, dans le respect de la dignité des hommes, les difficultés qui résultent pour elle de l'existence sur son sol de communautés ethniques radicalement différentes.

Quant à la Méditerranée, son rôle géopolitique ne va cesser de croître, en raison même du déplacement des menaces de l'Est vers le Sud. La France et l'Europe devraient donc y développer une politique de puissance s'appuyant principalement sur une importante flotte de guerre.

Cette politique méditerranéenne et africaine est à concevoir a priori dans un esprit de coopération visant à créer dans cette partie du monde un réseau d'alliances fondé sur l'intérêt commun: la France aide les pays africains à se développer et ceux-ci, en contrepartie, renoncent à toute émigration vers l'Europe et s'engagent à réinsérer chez eux leurs ressortissants à leur retour de France.

Pour le Smic, en avant !

Ainsi notre nation pourrait-elle, grâce à la puissance, résoudre les problèmes lancinants qui menacent sa survie. Encore faudrait-il qu'elle y soit psychologiquement prête, car la puissance possède aussi une dimension culturelle: on ne peut être fort si l'on doute de soi-même et si l'on ignore qui l'on est.

On mesure alors toute la nocivité des entreprises de culpabilisation dont la France et l'Europe ont fait l'objet à propos de la période coloniale et de la Seconde Guerre mondiale. Comme le souligne Jules Monnerot, “ tout se passe comme si avec ce phénomène on avait affaire à une historicisation du péché originel, mis au goût ou plutôt au dégoût du jour. Cette réactivation et cette laïcisation discrète d'une notion religieuse ont été dirigées, déviées et exploitées ”.

Il importe, aujourd'hui, que nous nous libérions de ce complexe de culpabilité qui, nous l'avons démontré, n'est nullement justifié. Soyons donc fiers de notre histoire et de nos ancêtres, et, plutôt que de nous couvrir la tête de cendres en exhumant sans cesse la période sombre de la dernière guerre, revivons dans notre mémoire les périodes fastes et glorieuses de notre peuple.

C'est d'ailleurs ainsi que nous pourrons retrouver la pleine conscience de notre identité, fondement indispensable de notre puissance. Que peut en effet valoir une armée si elle ne sait pas pour quel idéal se battre, ou si on lui demande de mourir pour la France de SOS-Racisme, celle “ du libre contrat et des droits respectés ”? Sensible à cette évidence, le dessinateur Sempé avait bien compris qu'on ne peut se sacrifier que pour des valeurs essentielles. Dans un de ces dessins dont il a le secret, il montrait une armée prête à la bataille, haranguée par son chef qui lui disait: “ Pour la retraite à soixante ans, pour les allocations chômage, pour le Smic, pour le RMI, soldats, la victoire ou la mort, en avant! ”

On ne meurt pas pour un système de Sécurité sociale, pas plus que pour un système juridique désincarné, fût-il fondé sur les droits de l'homme. On ne peut mourir que pour des réalités tangibles et sacrées: la liberté des siens et de son peuple, son sol, le droit de rester soi-même. Bref, on ne peut se battre et mourir que pour sa patrie. Identité et puissance sont liées.

Le moteur de l'histoire

La puissance est ainsi une donnée naturelle de la vie. Elle est pour les peuples le moteur de l'histoire et le fondement des civilisations, car c'est la volonté de puissance qui pousse les peuples à se dépasser, et il n'est pas de grandes civilisations sans volonté permanente de dépassement.

Les peuples et les nations sont comme les êtres vivants: en expansion ou en régression. Un être animé ne peut pas rester, comme les minéraux, dans un état stationnaire. Une plante germe, se développe, s'étiole et pourrit. Un être humain grandit, s'épanouit, vieillit et meurt. Sans doute les civilisations ne connaissent-elles pas ce cycle prédéterminé de naissance et de mort, mais elles sont en croissance ou en déclin. Et ceux qui pensent que notre nation doit avoir pour ambition de rester dans “ le peloton de tête des puissances moyennes ” n'ont pas compris cette vérité essentielle: si l'on ne cherche pas à se dépasser, on régresse. Vouloir maintenir notre pays à son niveau actuel, c'est le condamner à passer rapidement dans le peloton de tête des pays sous-développés. Refuser le déclin, c'est vouloir l'expansion et donc la puissance.

Tel doit être aujourd'hui l'objectif de la France et, avec elle, celui de l'Europe, car, comme l'écrit Denis de Rougemont, “ ce foyer fatalement s'éteindra si la puissance doit lui être interdite, car la puissance est mère des utopies exaltées, de la confiance en soi, du gaspillage des forces et aussi du sens de la mesure, toutes choses sans lesquelles on ne crée rien de grand6 ”.

Cessons donc d'annoncer partout dans le monde que nous n'avons plus aucun dessein d'expansion. Refaisons de l'Europe un grand pôle de puissance et, pourquoi pas? le premier du monde. Aujourd'hui, l'Europe des Douze est déjà plus puissante économiquement et démographiquement que l'URSS, sa population est plus nombreuse que celle des États-Unis et son PNB équivalant au leur. Elle est déjà, potentiellement, la première puissance mondiale. Sa faiblesse n'est donc inscrite que dans la tête de ses dirigeants.

La grande Europe

Les événements qui se produisent actuellement à l'Est ouvrent de nouvelles perspectives. Si l'Europe n'est plus divisée en deux camps, elle devient incontestablement le plus grand pôle de puissance du monde.

Encore conviendrait-il qu'elle s'organise, mais en évitant de recourir aux mécanismes institutionnels dont la CEE démontre qu'ils sont souvent stériles. Le plus important relève du domaine géopolitique: les rassemblements durables se réalisent autour de noyaux solides et non par agrégation d'éléments isolés.

Le couple France-Allemagne constituait jusqu'alors le noyau de l'Europe de l'Ouest. Que deviendra-t-il si l'Europe s'ouvre aux anciens satellites de Moscou? L'Allemagne tendra à sa réunification, et il ne serait ni réaliste, ni juste, ni souhaitable de vouloir l'en empêcher. Pour autant, une Allemagne unie ne peut prétendre être à elle seule le fédérateur de l'Europe. La France ne l'accepterait pas ni la plupart des autres nations. Il convient donc de maintenir le couple franco-allemand, à condition toutefois de consolider notre pays si notre partenaire doit devenir plus fort. La France devrait, dans cette perspective, prendre l'initiative de tisser des liens privilégiés avec la Belgique, l'Italie et l'Espagne afin de renforcer sa propre puissance.

Sur ces deux pôles, nécessairement solidaires, pourrait alors se restructurer la grande Europe. Forte de ses cinq cents millions d'hommes, de sa capacité économique et de sa civilisation multimillénaire, celle-ci ferait alors sa rentrée dans l'histoire.

La volonté de puissance

Les médiocres jugeront ces propos outranciers ou irréalistes. Pourtant, l'histoire n'est écrite nulle part et le champ des possibilités est immense, beaucoup plus ouvert en tout cas que ne nous le disent les frileux de l'établissement et leurs prétendus experts.

Nous sommes les héritiers d'une civilisation de conquête, qui eut, tout au long de l'histoire, le génie de refuser la superstition et l'obscurantisme. Les peuples européens ont su faire reculer les limites du possible comme ils ont repoussé les frontières du monde connu. Ranimons alors la flamme de nos ancêtres et renouons avec l'esprit prométhéen de notre culture. Notre avenir est dans notre volonté de puissance.


1. Julien Freund, Politique et Impolitique, Sirey, 1987.

2. Le Point, 18 décembre 1989.

3. Le Quotidien de Paris, 27 décembre 1989.

4. Le Point, 30 octobre 1989.

5. Jordis von Lohausen, les Empires et la Puissance, Livre Club du Labyrinthe, 1988.

6. Denis de Rougemont, “ l'Europe et la culture ”, dans Revue de Paris, novembre 1950.

 



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