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La Flamme

Sommaire:
Introduction
1ere partie: les instruments du déclin
Chapitre 1: le socialisme nouveau
Chapitre 2: le cosmopolitisme militant
Chapitre 3: le matérialisme triomphant
Chapitre 4: le totalitarisme larvé
2eme partie: les atouts du combat national
Chapitre 5: les mutations politiques
Chapitre 6: la question des valeurs
3eme partie: les leviers du renouveau
Chapitre 7: l’identité
Chapitre 8: la fraternité
Chapitre 9: les libertés
Chapitre 10: la puissance
Chapitre 11: l’action
Conclusion



Chapitre 3
Le matérialisme triomphant

La société française est devenue marchande. L'objet y est roi et le matérialisme triomphant. Il en résulte une érosion des valeurs, un relâchement des disciplines sociales et un affaiblissement des institutions. Les citoyens se détachent de leurs références, le déracinement s'accentue. L'homme devient individu et le narcissisme dissout les communautés.

Prenons garde à ces évolutions car, lorsque seuls comptent les biens matériels et le bonheur individuel, la nation se défait et le destin des hommes s'en trouve compromis.

Les cent marks et le Coca

Nous vivons dans une société d'abondance. Malgré les restrictions que peuvent subir certains de nos compatriotes, jamais notre pays n'a été globalement aussi riche de biens matériels. Les rues de nos villes et les allées de nos supermarchés regorgent de produits, tout se vend et tout s'achète. La consommation triomphe, elle est partout. Elle ne touche plus seulement les vivres, les vêtements et tout ce qui est indispensable à la vie quotidienne. Elle concerne maintenant l'ensemble des domaines de l'activité humaine. On consomme des images, des sons, des sensations, de l'information, des loisirs.

La société en est bouleversée, car l'avènement de l'abondance ne s'est pas traduite uniquement par un accroissement quantitatif du nombre des biens disponibles. Elle a hissé les objets au premier rang de nos préoccupations individuelles et collectives. Notre environnement culturel s'en est trouvé progressivement transformé sous la pression de cette “chosification de l'homme'”, selon l'expression du sociologue Jean Baudrillard. La consommation détermine dorénavant l'organisation sociale et l'imaginaire collectif. “ Il y a aujourd'hui, tout autour de nous, une espèce d'évidence fantastique de la consommation et de l'abondance, constituée par la multiplication des objets, des services, des biens matériels, et qui constitue une sorte de mutation fondamentale dans l'écologie de l'espèce humaine2. ”

La conclusion est alors simple: le matérialisme s'est abattu sur la société. L'homme d'aujourd'hui tend à substituer à un environnement humain un univers composé de produits à acquérir. Le dialogue avec nos proches cède peu à peu la place à la manipulation des claviers électroniques et à la contemplation des écrans cathodiques. Les biens matériels deviennent nos références culturelles par le truchement de la publicité toutepuissante. Le “jingle ” de Darty, le “ logo ” de Citroën nous marquent désormais plus que les opéras ou les sculptures des grands maîtres! Les modèles humains ne sont plus ceux des romanciers, ils nous sont présentés dans les “ clips” publicitaires par référence aux objets à promouvoir. Lorsque le mur de Berlin s'ouvre et que les Allemands de l'Est s'engouffrent à l'Ouest, que leur offret-on en signe de bienvenue? Une somme de cent marks et une bouteille de Coca-Cola! N'avons-nous donc plus rien d'autre à offrir comme symbole de notre civilisation? Serions-nous devenus ce que Renan pressentait et redoutait: “ une foule matérialiste, uniquement attentive à ses grossiers appétits3”?

Il est vrai que la société de consommation ne date pas d'hier. C'est contre elle que s'étaient dressées les barricades de Mai 68. Constatons alors que cette poussée de fièvre n'était pas le symptôme du rejet mais plutôt le malaise qui précède, chez le drogué, l'accoutumance et la dépendance. Signe révélateur: les gauchistes d'alors, après avoir contribué à saper les valeurs de la société traditionnelle, dernier rempart contre la montée du matérialisme, sont devenus quinze ans plus tard les hérauts de cette même société de consommation. N'est-ce pas dans l'intelligentsia cosmopolite qu'on les retrouve aujourd'hui? Publicitaires, chefs d'entreprise ou politiciens, ils sont les gestionnaires quotidiens de la société marchande. Comme le leur reprochait avec véhémence un de leurs anciens amis, Guy Hocquenghem4, ils sont passés du col Mao au Rotary.


Les valeurs par-dessus bord

Il est vrai que tout semble maintenant déterminé par les seules préoccupations marchandes et que notre pays se comporte comme un malade atteint de boulimie: peu lui importe ce qu'il mange, son obsession est d'ingurgiter le plus de nourriture possible. La quantité prime désormais la qualité. L'objectif est de produire toujours plus de biens matériels, et tant pis si les impératifs de production bousculent au passage les structures sociales, les valeurs communautaires, la qualité de la vie. Comme le souligne Philippe Saint-Marc, “ une lutte économique sans cesse plus impitoyable conduit à jeter par-dessus bord tout ce qui freine la course aux richesses matérielles et donc toutes les valeurs qui s'opposent au culte de l'argent; elle réduit l'homme à l'état de machine à produire et à consommer5 ”.

La logique est parfois poussée jusqu'à l'absurde. Ainsi, la politique agricole commune concoctée par les eurocrates bruxellois a tout planifié en fonction de l'augmentation des rendements. Pour cela, on a spécialisé les productions, organisé le départ des agriculteurs jugés trop nombreux, encouragé le regroupement des exploitations, arraché les haies, abandonné à la friche les terres de qualité médiocre et multiplié les engrais et les machines coûteuses. Le résultat n'est pas brillant: le revenu relatif des agriculteurs n'a pas augmenté, la qualité de la production a baissé, les surplus se sont accumulés, l'autosuffisance alimentaire a disparu et nos campagnes se sont désertifiées. Dans beaucoup d'autres domaines, la loi de la production matérielle quantitativement maximale conduit à une inversion des valeurs. C'est ainsi qu'au nom de la liberté du commerce le gouvernement américain se fait le champion de la viande aux hormones au mépris des règlements sanitaires européens et, il faut bien le dire, de la santé des consommateurs. Dans notre pays, les soucis légitimes de l'écologie concernant la propreté des rivières, la qualité de l'air ou le respect de la beauté des sites sont souvent ignorés par les impératifs de l'économie marchande.

Ne jetons pas cependant la pierre au seul libéralisme. La société marchande est tout autant l'apanage de la social-démocratie et même, selon d'autres schémas, des pays marxistes. La caractéristique commune de ces “ systèmes ” est de considérer l'ensemble des activités humaines au travers des lunettes de l'économisme.

La vie au Club

Si tout se réduit à cette seule approche mercantile, alors, naturellement, le matérialisme finit par l'emporter et avec lui l'objectif hédoniste du bonheur individuel. Tel est bien aujourd'hui l'aimant qui détermine nombre de nos concitoyens dans la conduite de leur existence personnelle.

La poursuite du bonheur est certes inhérente à la condition humaine, mais la vie ne peut se réduire à cette quête, et nous pensons qu'il y a décadence à vouloir rechercher le bonheur pour soi seul et par la seule jouissance de biens matériels. Or, c'est cette funeste orientation qui se dessine actuellement sous la poussée de la société marchande: l'homme est désormais réduit à l'état d'un consommateur dont l'objectif serait - pour paraphraser le jargon des économistes - de maximiser sa jouissance. Ainsi voit-on les individus se lancer avec frénésie dans la possession d'objets en une quête éternellement inassouvie.

C'est le fun système que décrivait encore Jean Baudrillard. Et il est vrai que l'évolution des techniques et du système économique laisse à l'homme occidental de plus en plus de loisirs. A telle enseigne que des gouvernants peu inspirés avaient créé il y a quelques années un ministère du Temps libre.

En ce sens, le moteur de la société n'est plus la création ou le dépassement de soi mais l'impératif du plaisir. C'est lui qui détermine les ressorts de la publicité et de toutes les techniques de vente.

L'archétype du bonheur matérialiste modèle 1990 ? C'est au Club Méditerranée qu'on le trouve. Là, toutes les contraintes, toutes les entraves sont levées. Le Club supprime racines, différences, appartenances, et construit la société “ idéale ”, ébauche de Cosmopolis exotique, égalitaire et insipide, où tout est facile et gen-til... bien sûr. L'individu, débarrassé de ses attaches sociales, devenu anonyme, doit y trouver le bonheur par la consommation à l'état pur: manger, dormir, courir! “ Mon rêve personnel, déclarait Gilbert Trigano, c'est qu'un jour l'individu découvre qu'il est asservi onze mois sur douze et qu'il ait brusquement envie de transposer la vie qu'il a menée avec nous pendant son douzième mois à sa vie quotidienne6, ” Faire des loisirs hors du temps et de l'espace un modèle de vie: les vacances éternelles, voilà, croqué par la caricature, l'idéal du bonheur matérialiste qui semble obséder notre société.

La France, grand magasin?

Comment, dans ces conditions, notre nation pourraitelle encore prétendre écrire l'histoire? Déjà, elle semble ne plus savoir ce qu'est le politique. C'est là un autre signe de l'emprise matérialiste: les préoccupations économiques priment les impératifs de la chose publique.

Comme l'écrit Jean-Claude Bardet, “ tout se passe comme si le politique avait été absorbé par l'économique ou comme s'il avait été marginalisé au point de ne plus représenter qu'un appendice de ce dernier7”. Dominique Jamet fait le même constat: “ L'horizon se limite à la ligne bleue des montants compensatoires, aux graphiques en dents de scie de l'indice des prix, au volume de la production, aux fluctuations monétaires, aux ondulations du serpent européen. ” Et il conclut en posant la question: “ La France est-elle un grand magasin8 ? ”

Faut-il s'étonner d'une telle évolution? Si les hommes de la classe politique ont pour seule préoccupation l'économie et le social, c'est qu'ils sont déjà contaminés par le modèle matérialiste et qu'ils ne conçoivent plus la nation autrement que comme un marché. “ Le passage de l'État-protecteur à l'État-providence, remarque Pierre Rosanvallon, traduit au niveau des représentations de l'État le mouvement dans lequel la société cesse de se penser comme un corps pour se concevoir comme un marche9. ” N'est-ce pas d'ailleurs ainsi qu'a d'emblée été conçue l'Europe bruxelloise, le “ grand marché ” semblant avoir remplacé dans les esprits de la technocratie la réalité charnelle et spirituelle de la vieille Europe?

Si seules importent les valeurs marchandes et les impératifs économiques, le politique, au sens noble du terme, est naturellement rejeté. L'idée de pouvoir, de puissance et de rapport de forces est incongrue lorsque seuls comptent l'échange et la jouissance. La politique est ainsi discréditée parce que vécue comme une source de conflits et de passions qui ne peuvent que contrarier la quête du bonheur individuel. Ohne mich, “ sans moi ”, tel était le mot d'ordre des pacifistes allemands dans les années soixante-dix. “ Je ne veux pas être impliqué par l'histoire, par la politique, par le mouvement des peuples et des idées, laissez-moi en dehors, je veux être heureux tout seul ”, tel était le sens de cette formule lapidaire.

Là se trouve en partie l'explication d'un certain désintérêt de nos concitoyens pour la chose publique: “Si la violence politique est devenue le péché suprême, note François-Bernard Huygue, c'est avant tout parce qu'elle est politique. Le politique, voilà l'ennemi10! ” Mais si le politique est le gouvernement des nations, l'art d'assurer leur survie et leur épanouissement, le souci de leur donner un destin, quel avenir le matérialisme ambiant nous prépare-t-il ? Et comment ne pas se poser la question que se posait déjà Saint-Exupéry avant la guerre: “ Que faut-il espérer d'un peuple qui n'aspire plus qu'à la possession d'un réfrigérateur ? ”

Le matérialisme, voilà l'ennemi! faudrait-il affirmer. C'est lui en effet qui est aux sources de bien des maux dont nous sommes frappés. La société marchande est celle où tout se vend et où tout s'achète. Tout y a un prix, mais plus rien n'y a de valeur. Car seuls les biens matériels peuvent être vendus. Veut-on acheter l'amitié, l'amour, ou l'honneur qu'aussitôt on les détruit. Comment alors s'étonner que, dans le monde matérialiste qui est le nôtre, les valeurs soient érodées et les institutions affaiblies? “Lorsque la nuit descend sur les dieux, seul Mammon, le dieu de l'argent, brille d'un incomparable éclat11”

La beauté est morte

“ Tout est relatif”, entend-on comme un leitmotiv. “ Tout dépend du point de vue auquel on se place ”, bien évidemment! Mais que valent un système de références instable et des principes qui changent en fonction de l'heure, du lieu ou des circonstances? Rien, sans doute, et c'est pourquoi, à notre époque, les valeurs sont incertaines. Elles semblent toutes équivalentes dans la mesure où l'on refuse de les classer et de les hiérarchiser.

Ainsi, dans le domaine de l'art, Jack Lang, le sémillant ministre de la Culture socialiste, a pu s'exclamer: “La beauté est morte.” Affirmation provocatrice de cette nouvelle conception officielle de l'art qui tend à démontrer qu'au fond tout est également acceptable. Pour Jack Lang, il ne peut y avoir de faute de goût puisque toute création est art et que tout homme est créateur. On ne rêve pas; d'ailleurs, François Léotard ne disait pas autre chose lorsqu'il affirmait, de peur d'être en reste: “Je souhaite faire des Français non pas des consommateurs de culture, mais des créateurs, faire de la France un pays de cinquante-cinq millions de créateurs12 ” Par delà ce discours, c'est la distinction entre artiste et amateur d'art qui se trouve supprimée, de même qu'est niée a priori la différence entre ce qui est art et ce qui ne l'est pas.

Voilà pourquoi, désormais, on peut admirer une toile blanche au même titre qu'un tableau de maître ou présenter comme sculpture une concrétion de voiture; et la foule des “ branchés ” de s'ébaudir! Au musée Groeninge de Bruges, on offre à la contemplation des visiteurs trois bâtons posés contre un mur, mais c'est devant les toiles de Bruegel que l'on appose l'étiquette “primitif flamand”!

Les missionnaires sur le parvis

Il en va de même au plan moral. Certes, nous ne sommes plus au temps de l'immoralisme provocateur des années d'après-guerre, époque où l'on cherchait, par révolte, à transgresser la “ morale bourgeoise dominante” pour en briser les tabous. A présent, c'est dans une période d'amoralisme que nous entrons. Désormais, en effet, prédomine simplement l'idée que les règles éthiques et les interdits traditionnels sont démodés: la notion même de bien et de mal devient une incongruité, à moins qu'elle ne serve les intérêts de la Nouvelle Idéologie Socialiste.

Dans le même esprit, beaucoup de nos concitoyens pensent que toutes les religions se valent, chacune incarnant, nous dit-on, une forme de la croyance dans le divin. Rien de choquant donc pour l'Église catholique de Mgr Decourtray à ce qu'un Français se convertisse à la religion musulmane. Il fut pourtant une époque où l'Église catholique envoyait en Afrique ou ailleurs des milliers de missionnaires qui, souvent au péril de leur vie, tentaient de convertir les “ incroyants ”. Aujourd'hui, les immigrés musulmans se trouvent par millions à quelques pas du parvis de nos cathédrales, mais ils ne font l'objet d'aucun prosélytisme ecclésial. Pour les dignitaires de l'Église, la conversion n'est plus de mise!

Mais nous, pauvres naïfs, nous continuons à croire qu'il est difficile de prétendre détenir la vérité révélée par Dieu et de ne pas chercher à la transmettre à ceux qui sont dans l'erreur. Comment d'ailleurs à la fois s'affirmer religion universelle et admettre que les autres religions se situent sur le même plan? Si toutes se valent, plus aucune ne peut incarner une vérité absolue et transcendante.

Notons au passage que l'islam, quant à lui, ne s'est pas laissé gagner par le doute. C'est la raison pour laquelle il s'affirme aujourd'hui avec autant de force et que des frères prêcheurs musulmans parcourent l'Europe de part en part.

La valse des étiquettes

Dans le débat politique officiel, sur le terrain des idées et des opinions, l'établissement est en proie au flottement. On assiste à la valse des étiquettes et au chassécroisé des hommes et des partis.

Comme le souligne François-Bernard Huygue13, les personnalités interrogées par Actuel" n'arrivent plus à décider si le libéralisme est de droite ou de gauche. Jean Daniel se déclare “ libéral-libertaire” mais prosocialiste15. Yves Montand se dit “de gauche tendance Reagan16”, Alain Minc17 s'en prend au tabou égalitaire au nom de la gauche. Quant à Louis Pauwels18 qui, dans le passé, a flirté avec la Nouvelle Droite et Alain de Benoist, il se sent désormais des affinités avec l'ex-maoïste Bernard-Henri Lévy.

Les programmes politiques suivent des évolutions parallèles et Laurent Fabius peut ainsi définir le sien comme le tout et le contraire de tout: “ Le risque et la sécurité, l'individu et la collectivité, l'économique et le social, l'économique et le culturel: nous tenons les deux bouts de la chaîne19. ” Comprenne qui peut...

Les partis ne sont pas en reste: PS, RPR et UDF professent peu ou prou les mêmes ambiguïtés, distillent le même discours et arborent la même apparence. M. Mitterrand adopte le style gaullien pendant que le RPR introduit dans ses instances les courants, les motions et les synthèses propres aux congrès socialistes.

Le beau, le bien, le vrai

La vérité, dans ces conditions, devient une notion contingente que les médias manipulent au gré de leurs besoins. Le vrai, c'est tout simplement ce dont on parle. Tel événement mineur, sans portée réelle dans la vie de la communauté nationale, sera brusquement sorti de l'ombre pour être étalé à la une des journaux. En contrepoint, telle réalité d'importance capitale restera occultée. Une conversation, certes contestable, de Claude AutantLara portant sur Mme Veil sera, contre la volonté de son auteur, extraite de son contexte privé pour devenir un événement politique majeur, alors que dans le même temps la publication des chiffres de la dénatalité, autrement plus funestes pour notre pays, sera reléguée en bas de page. Les médias marchent-ils sur la tête?

Ainsi sommes-nous entrés dans une ère d'incertitude: les échelles de valeur et les valeurs elles-mêmes se désagrègent. Tout est en effet possible dans l'univers matérialiste. Les membres du FLNKS, preneurs d'otages et assassins de gendarmes, sont libérés le jour même où le Parquet laisse inculper un juge d'instruction spécialisé dans la lutte antiterroriste! Les gardiens de prison en grève sont chargés par les CRS à coups de matraque et de grenades lacrymogènes et leurs revendications sont rejetées. Mais, dans le même temps, le rapport du député socialiste Bonnemaison annonce de coûteuses mesures pour améliorer les conditions de vie des détenus! Ceux qui, comme les gendarmes, défendent la loi et la société ne sont plus mis à l'honneur. Et ceux qui bafouent l'ordre et la justice ne subissent pas l'opprobre médiatique.

Le désordre est général: on désignera les couples homosexuels comme des couples ordinaires et on envisagera de les marier comme au Danemark. On ouvrira un grand débat sur la vente libre de la drogue, qui pourrait ainsi devenir, comme en Espagne ou aux Pays-Bas, un simple produit de consommation. Dans le même esprit, on finira par trouver normal que les étrangers revendiquent les droits civiques attachés à la nationalité française, tandis que la “ civilisation” kanak sera hissé au même rang que la civilisation européenne. Les différences s'estompent; les contraires se confondent! On ne sait plus distinguer le beau du laid, le vrai du faux, le bien du mal.

Comment s'étonner de cette situation alors que, sous la pression du matérialisme, notre société se trouve progressivement coupée de ses attaches les plus essentielles?

L'éclipse du sacré

Jamais notre pays n'aura accordé aussi peu de place au sacré. La religion est en effet aujourd'hui pratiquement exclue de la vie sociale. Les grands moments de l'existence que personne ne concevait sans la présence de l'Église ont été banalisés. La naissance, le mariage, la mort ont perdu de leur dimension sacrée. Le blasphème s'étale sur les affiches de cinéma pendant que les prêtres déambulent au milieu de la foule sans signe distinctif. Certes, les évêques sont présents dans notre vie publique, ils apparaissent dans les émissions de télévision, mais le rôle qui leur est assigné n'est plus réellement celui du sacerdoce, émanation d'un pouvoir divin en marge de la vie temporelle. Ils sont désormais considérés comme des autorités morales au même titre que les ligues de vertu et le lobby de l'immigration.

D'ailleurs, n'ont-ils pas dans cette dérive une part de responsabilité? Lorsque les représentants de l'Église catholique furent conviés à s'exprimer sur le code de la nationalité devant la Commission des lois de l'Assemblée nationale, ils se contentèrent de faire un exposé juridique auquel ils ne donnèrent pas le moindre éclairage religieux. N'ont-ils pas, par concession à l'esprit du temps, contribué eux aussi au recul du sacré? Lorsqu'on écoute Mgr Gaillot, n'a-t-on pas le sentiment que l'Église s'aligne sur l'idéologie des droits de l'homme et réduit la foi à sa seule dimension morale? Dans ces conditions, ce n'est sans doute pas un hasard si les anciennes terres d'enracinement catholique, comme celles de l'Ouest, sont devenues les zones privilégiées de la gauche. L'Église et le parti socialiste sont allés à la rencontre l'un de l'autre: le PS en transformant le discours politique en incantation moralisante, et certains prêtres en sécularisant la religion.

Pour notre peuple, cette éclipse du sacré équivaut à une mutilation, car les hommes ont besoin de références qui les transcendent et les dépassent.

Le corps brûlé de la chevalerie

Les liens avec le ciel se distendent, ceux qui nous rattachent au passé également. La mémoire de notre peuple se vide des images, des mythes et des légendes qui le reliait à ses origines. Les figures emblématiques de notre histoire sont tournées en dérision. La fête de Jeanne d'Arc? Ringard, ricanent les gogos déculturés! Pourtant, si l'on y réfléchit bien, il est peu de personnages médiévaux aussi modernes qu'elle. Jeanne, jeune femme parmi les hommes de guerre, avec ses cheveux courts et son insolence, bravant les coutumes et les conformismes. Jeanne qui a inspiré à Mairaux ces lignes sublimés: “De ce qui avait été la forêt de Brocéliande jusqu'aux cimetières de Terre sainte, la vieille chevalerie morte se leva dans ses tombes. Dans le silence de la nuit funèbre, écartant les mains jointes de leurs gisants de pierre, les preux chevaliers de la Table ronde et les compagnons de Saint Louis, les premiers combattants tombés à la prise de Jérusalem et les derniers fidèles du petit roi lépreux, toute l'assemblée des rois de la chrétienté regardait, de ses yeux d'ombre, monter les flammes qui allaient traverser les siècles vers cette forme immobile qui devenait le corps brûlé de la chevalerie.”

Qui, de nos jours, contemple encore ces flammes? Coupé de ses références, notre peuple a perdu le sentiment exaltant d'être issu d'une lignée perdurant au travers des âges: il vit dans le seul présent. Les repères disparaissent, ceux d'hier comme ceux que l'on place aujourd'hui pour disposer dans l'avenir d'un passé dont on se souvient. La notion de durée s'estompe, nous vivons dans une société de l'instant et de l'éphémère. Les objets qu'on nous propose ne sont pas conçus pour être transmis aux générations futures, on les jette après usage, du rasoir Bic, bien sûr, jusqu'aux bâtiments d'habitation dont beaucoup n'ont qu'une “ durée de vie ” limitée. N'a-t-on pas déjà commencé à détruire les HLM des années cinquante?

De la même façon, tout engagement qui s'étend sur une longue période est devenu insupportable à nos contemporains. Il n'est plus possible de concevoir le mariage sans le divorce, d'infliger des peines pénales sans remise de peine. Tout ce qui est irrévocable paraît insupportable: la peine de mort, la mort elle-même, les serments et la fidélité. Tout ce qui est source de continuité, de pérennité à travers les générations est suspect aux yeux de nos maîtres penseurs: l'héritage n'est plus qu'un frein à l'égalité et les traditions des obstacles au progrès!

Ce déracinement, cette occultation du passé sont également à l'origine du relâchement des institutions et des disciplines sociales.

“ Je veux être commandé ”

Ainsi, l'on constate que les hiérarchies sont insidieusement remises en cause, non seulement les plus naturelles comme celles des parents et des professeurs, mais aussi celles qui prévalent dans l'entreprise, dans l'administration, dans la société en général. Certains s'en réjouissent, persuadés d'y voir une forme de libération individuelle. Laissons alors ce jeune délinquant de dixhuit ans envoyé “ se réinsérer” dans un village de vacances leur répliquer par cette phrase terrible: “ Depuis cinq ans, je veux être commandé20. ”

Ce mal a atteint aussi les pouvoirs publics. Ayant perdu son autorité, l'État n'est plus l'instrument de la puissance souveraine de la nation capable d'imposer la volonté nationale. Tantôt il se fait l'arbitre des lobbies et des féodalités et se contente de consacrer le fruit de leurs négociations. Ainsi procéda M. Séguin, ministre des Affaires sociales de 1986 à 1988: transformés en projets de loi, les accords patronat-syndicats étaient votés par le Parlement, ravalé par ce biais à un simple rôle notarial. Tantôt il se réfugie derrière des commissions de sages ou des juridictions administratives pour ne pas avoir à décider lui-même: c'est ce que fit M. Jospin à l'automne 1989, lorsqu'il saisit le Conseil d'État sur la question du tchador à l'école.

Dans tous les cas, il s'agit d'une dégénérescence du pouvoir. Georges Pompidou disait: “ Gouverner, c'est contraindre21. ” Quant au politologue Julien Freund, il précise: “ C'est agir contre la loi même de la politique que d'exclure d'emblée l'exercice de la puissance en faisant par exemple d'un gouvernement un simple lieu de concertation ou une simple instance d'arbitrag22. ”

Dans ce contexte, la loi n'apparaît plus comme l'expression souveraine de la volonté du peuple mais comme un ensemble de règles juridiques traduisant l'état actuel des relations sociales. La transgresser n'est donc plus une atteinte à l'intérêt général. Est-ce encore moralement condamnable? Pour beaucoup, il s'agit d'une simple tricherie du genre de celle que l'on commet dans les jeux de société. Mais la conclusion s'impose alors d'elle-même: la loi perd de sa force et de sa rigueur.

Les héros oubliés

Dès lors faut-il s'étonner si les grandes institutions voient pâlir leur prestige et leur autorité? Chacune d'elles incarne pourtant une valeur fondatrice de notre société, le savoir, la justice, le courage ou le sacrifice. Si celles-ci s'effacent, ce sont l'école, l'institution judiciaire et l'armée qui s'en trouveront affaiblies.

En réalité, l'école n'est plus le lieu incontesté et respecté de la transmission du savoir. Les maîtres et les professeurs, il est vrai sous-payés et prolétarisés, ont laissé l'empire syndical de la FEN développer dans le monde de l'enseignement des entreprises politiques partisanes et des projets pédagogiques délétères. Résultat: ils ont perdu de leur ascendant et l'école n'assure plus la mission qui devrait être la sienne dans la société française.

La justice impose de moins en moins le respect, la crainte et la confiance. En diminuant la sévérité des condamnations, en atténuant les effets de la responsabilité des criminels et des délinquants, en déniant toute signification sacrée de réparation aux peines, la justice a perdu de son autorité. S'agit-il encore de dire le droit, d'énoncer des principes fondateurs, de défendre la société et ses valeurs ou de se borner à gérer les conflits et les antagonismes de la société?

Quant à l'armée et à la gendarmerie, également sousrémunérées, dépourvues des moyens nécessaires à l'accomplissement de leurs missions, elles ne sont plus reconnues pour le rôle qu'elles sont censées jouer ni pour les qualités qu'elles se doivent d'incarner.

Aussi, lorsque les valeurs se diluent et que les institutions se relâchent, le monde devient trouble. Les individus le parcourent, délivrés, nous dit-on, en réalité désorientés comme des naufragés sur l'océan qui ne distinguent plus le ciel de la mer et ne savent plus où se diriger.

A quoi bon l'honnêteté si celle-ci n'est pas honorée et si le voleur n'est pas sévèrement puni? Pourquoi le courage, quand la société est organisée pour s'en passer? A quoi bon le dévouement à la communauté si cette dernière n'existe plus ? A quoi bon aussi le sens de l'honneur quand celui-ci est désormais volontiers tourné en dérision? D'autres exemples pourraient illustrer ce propos: pourquoi respecter les institutions si celles-ci se dégradent d'elles-mêmes? Comme reconnaître ses supérieurs et se faire obéir de ses subordonnés lorsque le discrédit est partout jeté sur les relations hiérarchiques? Pourquoi, enfin, les jeunes gens rêveraient-ils de devenir des héros si les hommes glorieux qui les ont précédés sont à présent oubliés de la plupart de nos contemporains?

Le complexe de Narcisse

Que reste-t-il de la nation, de ses valeurs, de ses normes et de ses institutions lorsque le matérialisme triomphant est passé, tel un rouleau compresseur? Une société déstructurée et affaiblie d'où émerge l'individu roi. Non pas la personne, expression achevée de l'homme européen, personnalité unique et enracinée dans sa communauté, mais un élément issu de la masse, un être indifférencié noyé dans un ensemble sans lien ni fraternité. Se développe alors une “ foule solitaire ”, selon l'expression du sociologue américain David Riesman23, c'est-à-dire l'agrégation d'individus qui, bien que regroupés sur un même sol, demeurent étrangers les uns aux autres.

C'est le triomphe du narcissisme, du “ moi je” sans scrupules et sans retenue qui se détourne de l'intérêt du groupe et de ses membres. Bernard Kouchner notait avec justesse que notre quart monde est plus malheureux que les pauvres du tiers monde, car “ là-bas, il n'y a pas de protection sociale, mais les connivences claniques, les solidarités familiales, les initiatives individuelles protègent les hommes. On se soutient plus, on se reconnaît. Ici, malgré les manques, la protection sociale reste efficace, mais on se méfie les uns des autres, on reste à distance24 ”.

Chez nous, la montée du matérialisme a en quelque sorte suscité un hédonisme radical qui pousse les individus à ne se reconnaître que des droits et à se détourner des devoirs. Il en résulte une dislocation sociale: l'idéologie narcissique ne reconnaît une communauté que réduite à des atomes sociaux et des individus que s'ils sont préoccupés de leur bonheur individuel. C'est ainsi qu'une enquête publiée dans l'Express sous le titre révélateur de “ Génération cocon ” montre que la “réussite professionnelle et familiale constitue désormais l'idéal majoritaire de la jeuness25 ”.

L'individualisme narcissique ouvre ainsi la voie à la société d'indifférence, et il n'est donc pas étonnant, dans ce contexte, que nos pauvres du quart monde soient psychologiquement plus malheureux que ceux du tiers monde. Si les hommes perdent le sentiment d'appartenir à une communauté, ils abandonnent dans le même temps l'ordre de valeurs qui lui est rattaché. Et plus rien ne s'oppose à la montée d'un égoïsme total. Faut-il dès lors s'étonner de la chute de la natalité? Le repli sur soi, le désintérêt pour la patrie conduisent au refus de donner la vie. Et que dire de l'avortement qui amène beaucoup de femmes à interrompre une grossesse sans s'interroger sur la nature de l'acte qu'elles commettent?

Paris à Singapour

Derrière cet individualisme excessif réapparaît en filigrane l'idéologie socialiste officielle. “ Après avoir défendu le citoyen, puis le travailleur, quel droit voulons-nous faire reconnaître?” s'interroge le sociologue de gauche Alain Touraine avant de fournir la réponse: “ la defense de l'individu26 ”.

Certains alors objecteront: comment peut-on faire à la gauche à la fois le grief du collectivisme et celui de l'individualisme? Ne faut-il pas au contraire se réjouir qu'elle prenne en compte l'échelon individuel? En réalité, le narcissisme que nous décrivons va de pair avec la massification de la société. Qui dit collectivisation dit destruction des communautés naturelles et de leur système de valeurs. Dès lors, l'homme n'a plus d'attache et se trouve réduit à l'état d'atome social. Le decrescendo de M. Touraine est à cet égard très révélateur. Le citoyen renvoie à la nation, le travailleur à l'entreprise, mais l'individu, à quelle communauté renvoie-t-il?

Paradoxalement, comme l'explique Alexandre Zinoviev, c'est précisément dans les sociétés communistes que l'homme, totalement déraciné, adopte un comportement individualiste outrancier au point de devenir un rat pour ses congénères, hargneux et indifférent. Le marxisme, en voulant systématiquement casser toutes les structures sociales afin de faire naître l'homme nouveau, pousse en effet à l'abrasion des valeurs et au dénigrement des institutions traditionnelles. Il dénie aux individus leur passé, leur identité, il les pousse en un réflexe d'autodéfense au repli égoïste sur eux-mêmes.

Notons, pour une parfaite objectivité, que certaines déviations du libéralisme conduisent également au même résultat. Certes, celui-ci ne porte pas atteinte aux libertés ni n'engendre le totalitarisme, mais, mal compris, conçu non seulement comme une doctrine économique, mais plus globalement comme une vision de la société, il suscite la dissolution des cadres traditionnels de vie. Prônant la prééminence de l'économique, dévalorisant ce qui n'est pas quantifiable et tendant par là même à réduire les relations sociales à des transactions commerciales, il assure l'avènement de la société marchande et le règne du narcissisme.

Aujourd'hui, le cosmopolitisme crée des situations similaires. Rien d'étonnant à cela, car, en supprimant toute référence à ce qui constitue l'identité nationale, le mondialisme laisse les individus seuls en face d'euxmêmes. Sans quitter son domicile, en continuant d'habiter la maison de ses ancêtres, on peut aujourd'hui devenir progressivement étranger là où l'on vit : c'est le cas de ces Français du quartier Barbès qui se retrouvent à Alger sans même avoir déménagé ou de ceux du XIIIe arrondissement de Paris propulsés à Singapour sans être sortis de chez eux. Que peuvent faire ces personnes, sinon se replier sur elles-mêmes, c'est-à-dire opérer une sorte de rapatriement des valeurs à l'intérieur du cercle limité de la bulle familiale? On comprend alors mieux pourquoi Jacob Burckhardt définit le cosmopolitisme comme “l'un des degrés les plus élevés de l'individualisme27 ”.

Le défi du XXe siècle

Le matérialisme triomphant et ses oeuvres, la société marchande, l'érosion des valeurs, le relâchement des institutions et la montée d'un individualisme outrancier menacent notre société. Ils brisent les nobles élans du peuple et de la nation, qui perdent ainsi le sens de la survie et la volonté de se donner un destin dans l'histoire.

Sans doute sont-ils au cour de ce déclin dont certains se demandent s'il n'a pas déjà saisi de son étreinte mortelle la France et sa civilisation.

Le XXIe siècle sera spirituel ou ne sera pas, d'autres l'ont déjà dit.

Avec notre peuple, relevons ce défi!


1. Jean Baudrillard, le Système des objets, Gallimard, 1968.

2. Jean Baudrillard, la Société de consommation, Gallimard, rééd. 1986.

3. Ernest Renan, Dialogues philosophiques, II, p. 66.

4. Guy Hocquenghem, Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary, Albin Michel, 1987.

5. Le Figaro, 18 octobre 1989.

6. Le Nouvel Observateur, juillet 1969.

7. Identité, n° 3, sept.-oct. 1989.

8. Dominique Jamet, Lettre ouverte à la droite la plus mal à droite

du monde, Albin Miche!, 1983.

9. Pierre Rosanvallon, la Crise de l'État-providence, éd. du Seuil, 1981.

10. François-Bernard Huygue, la Soft-Idéologie, Laffont, 1987.

11. François Perroux, le Capitalisme, PUF, coll. “ Que sais-je ? ”.

12. François Léotard, intervention à l'Assemblée nationale, 23 octobre 1986.

13. François-Bernard Huygue, op. cit.

14. Actuel, n° 74.

15. L'Événement du Jeudi, 12-18 décembre 1985.

16. Paris-Match, n° 2533.

17. Alain Mmc, la Machine égalitaire, Grasset, 1987.

18. Le Figaro-Magazine, 19 octobre 1985.

19. Le Monde, 7 janvier 1986.

20. Le Monde, 13juillet 1982.

21. Georges Pompidou, le Noeud gordien, Pion, 1973.

22. Julien Freund, préface à la Notion de politique, Caimann-Lévy, 1972.

23. David Riesman, la Foule solitaire, Arthaud, 1971.

24. Le Monde, 11 janvier 1989.

25. L'Express, 30 décembre 1988.

26. Le Monde, 17 janvier 1989.

27. Cité par Alain Laurent, De l'individualisme, PUF, 1985.



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