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La Flamme

Sommaire:
Introduction
1ere partie: les instruments du déclin
Chapitre 1: le socialisme nouveau
Chapitre 2: le cosmopolitisme militant
Chapitre 3: le matérialisme triomphant
Chapitre 4: le totalitarisme larvé
2eme partie: les atouts du combat national
Chapitre 5: les mutations politiques
Chapitre 6: la question des valeurs
3eme partie: les leviers du renouveau
Chapitre 7: l’identité
Chapitre 8: la fraternité
Chapitre 9: les libertés
Chapitre 10: la puissance
Chapitre 11: l’action
Conclusion



Chapitre 6
La question des valeurs

Les valeurs façonnent le monde. Elles orientent le devenir des hommes et des nations. Elles sont le fondement de toute politique.

Aujourd'hui, l'établissement se nourrit d'idées fausses qui ne peuvent produire que des fruits amers. Aussi, face à la Nouvelle Idéologie Socialiste, convient-il de s'appuyer sur les valeurs de notre civilisation, celles qui, au fil des siècles, nous ont faits ce que nous sommes. Il n'est pas de meilleur atout pour la renaissance de notre patrie.

La langue de bois

En politique, la question des valeurs est primordiale, et certains protagonistes de l'établissement semblent en avoir eu l'intuition. N'est-ce pas M. Chirac qui justifiait son rejet du mouvement national en proclamant: “ Nous n'avons pas les mêmes valeurs”? Affirmation pour le moins contestée dans les rangs du RPR et de l'UDF puisque, peu de temps avant les élections présidentielles de 1988, M. Pasqua, préférant manifestement “perdre son âme plutôt que les élections ”, lança à son tour une petite phrase qui ne fit pas moins de bruit: “ Nous partageons avec le Front national l'essentiel de nos valeurs. ”

Ces déclarations contradictoires auraient justifié un débat: quelles sont, en termes de valeurs, les différences de fond entre la droite nationale et la droite institutionnelle? La question semble avoir effarouché les responsables de l'établissement qui n'y ont jamais répondu autrement que par des invectives. L'établissement refuse la confrontation entre son système de valeurs et celui du mouvement national.

Les idéologies ringardes

Il est vrai qu'un tel débat n'est pas dans l'air du temps. L'époque n'est plus où les idéologies se combattaient à grand fracas avec, pour théâtre, la planète entière. “Les idéologies sont mortes et c'est très bien ainsi ”, nous explique-t-on de toutes parts. Les antagonismes doctrinaux auraient disparu et nous serions entrés dans l'ère du consensus. M. Giscard d'Estaing nous l'annonce: “ Nous observons année après année que des valeurs ou des attitudes nouvelles entrent dans le champ du consensus. Sur beaucoup de sujets, les esprits ont été jadis très partagés. Les enquêtes faites aujourd'hui montrent que le jugement ou les attitudes deviennent communs à deux Français sur trois et même davantage1• ”

C'est au nom du pragmatisme et du réalisme que les idéologies sont désormais disqualifiées: elles ne seraient que des constructions abstraites produites par des cerveaux doctrinaires dans d'obscures et archaïques officines coupées du monde, de la vie et de la lumière. Incapables de résoudre les problèmes importants de l'économie et de la gestion, elles auraient pour seul effet de broyer les individus, de provoquer des conflits et d'engendrer le sectarisme et le totalitarisme. Fort heureusement, elles seraient maintenant dépassées. Comme nous le dit Bernard-Henri Lévy, “les grandes idéologies sont devenues ringardes ”. Ceux qui leur restent attachés ne sont plus dans le coup. Et le luxueux magazine Globe, toujours soucieux de suivre la mode, explique à qui veut l'entendre que la gauche est supérieure à la droite, dans la mesure où elle aurait su, mieux que celle-ci, renoncer à ses mythes: “ Elle en a fini avec les dogmes et avec la fatalité de l'échec. Elle est même chic et choc [...]. Sans pour autant, comme disent certains, perdre son âme. A droite, par contre, sont réfugiés deux compagnons de route de la gauche: l'archaïsme et le dogme2. ” Sans commentaire.

Au cimetière des idées défuntes

Certaines doctrines politiques sont aujourd'hui, il est vrai, à l'agonie. Le marxisme-léninisme est désormais ignoré par l'opinion, délaissé par les intellectuels, contredit par les événements et même rejeté à l'Est par ceux-là même qui en sont les héritiers. Le communisme rejoint ainsi le fascisme et le nazisme au cimetière des idéologies défuntes où se retrouvent d'ailleurs toutes les constructions intellectuelles qui, en voulant façonner par la contrainte les hommes et l'histoire pour les mettre en conformité avec des dogmes abstraits, n'ont pu conduire qu'au totalitarisme.

Mais est-ce parce que les doctrines globalisantes et autoritaires sont tombées dans le discrédit que toute idéologie a pour autant cessé d'exister? On peut en douter, car une construction idéologique n'est rien d'autre, à y bien réfléchir, qu'un ensemble de normes, de mythes, une vision du monde ordonnée et idéalisée. Et, il faut nous en convaincre, ni les hommes ni les nations ne peuvent vivre sans de telles références. “ Les grandes idéologies existent, rappelle à juste titre Edgar Morin, nous possèdent autant que nous les possédons et cette existence mythique fait partie de l'existence sociale ainsi que de nos existences individuelles. Le problème n'est pas de vivre dans un pur réel débarrassé de mythes, car alors le réel s'effondrerait3. ”

Aujourd'hui, quoi qu'on puisse prétendre, des idéologies demeurent qui orientent et structurent les réflexes de l'intelligentsia et de l'oligarchie politico-médiatique. Mais elles se font plus implicites et moins structurées que celles d'autrefois. Elles ne sont pas diffusées par des écoles philosophiques et systématisées par des maîtres à penser, mais elles imprègnent incontestablement le discours officiel et le comportement de l'établissement, notamment par le truchement des médias et de la publicité.

Les fausses évidences

L'idéologie dominante est sans aucun doute la Nouvelle Idéologie Socialiste. Comme nous l'avons indiqué précédemment, elle avance masquée et recherche non pas le conflit, mais le consensus. Elle est parfaitement syncrétique: une gestion de droite et une morale de gauche, le social-libéralisme en matière économique et le cosmopolitisme pour les questions de société, la panacée en somme.

Son originalité consiste à refuser tout ce qui a trait au doctrinal. Elle s'entoure de flou et se veut simple référence à des faits qu'elle juge incontestables. Elle s'affiche comme un style de vie et semble ne se préoccuper que de bons sentiments. Malgré les dénégations de ses promoteurs, il s'agit bien toutefois d'une idéologie, d'une “ softidéologie ”, selon François-Bernard Huygue, d'ailleurs d'autant plus pernicieuse qu'elle travestit ses présupposés en fausses évidences. Pour elle, le thème du “ refus des exclusions ”, par exemple, n'est pas un choix doctrinal, mais relèverait plutôt de la nécessité morale. Pourtant, nous pensons l'avoir démontré, cette pétition de principe a une portée politique extrêmement grave, car elle conduit à détruire les communautés qui fondent notre identité. Adopter ce principe constitue donc un authentique choix idéologique lourd de conséquences.

Ce nouveau discours socialiste porte manifestement en lui une vision globale, celle d'un monde unifié où tout homme serait citoyen du monde. Il affirme des valeurs: le respect de l'autre et la solidarité. Il utilise les droits de l'homme comme ressort et désigne comme adversaire le “ raciste ”. Malgré la neutralité et l'innocence dont il prétend se parer, il s'apparente bien à une authentique idéologie dotée d'un mythe mobilisateur, d'une hiérarchie de valeurs, d'un principe moteur et d'un ennemi idéalisé. François-Bernard Huygue le confirme: “ Sa ruse la plus naïve est précisément d'énoncer comme des évidences incontournables ses choix les plus arbitraires, [mais] en dépit de toutes ses proclamations, le discours soft fonctionne bel et bien comme une idéologie de remplacement4 . ”

D'où parles-tu ?

Curieux retournement de situation: ceux qui affirmaient, il y a encore dix ans, que rien n'est neutre prétendent aujourd'hui prononcer un discours dépourvu de toute portée dogmatique. Rappelons-nous: hier, ils n'hésitaient pas à dénoncer l'économie, la culture, la justice, la science ou l'enseignement comme les vecteurs insidieux de l'idéologie “ bourgeoise ” dominante. “ D'où parles-tu ? ”, tel était le critère discriminant. “ Si tu es partie prenante du système, consciemment ou non tu distilles son discours. ” Et chacun de flétrir les présupposés et les arrière-plans doctrinaux de tout propos prétendument neutre et apolitique. Il s'agissait en réalité de déjouer la ruse suprême du capitalisme, celle qui consiste à présenter le “ système ” comme l'état normal et naturel du monde.

N'est-on pas aujourd'hui dans une position rigoureusement symétrique? Et n'est-ce pas au fond parce que l'établissement est désormais totalement contrôlé par la gauche que celle-ci présente ses positions et ses options comme naturelles et normales? Si l'enseignement n'est plus l'instrument honni de la reproduction sociale, c'est qu'il est devenu le serviteur zélé de la Nouvelle Idéologie Socialiste. Si les tribunaux n'appliquent plus une justice de classe, c'est qu'une large proportion des juges appartient désormais au syndicat de la magistrature, proche de la gauche, et que la loi comme la jurisprudence facilitent les menées du cosmopolitisme. Si le patronat, la Bourse et le monde de l'argent n'apparaissent plus comme les ennemis vilipendés, expressions abhorrées du grand capital, c'est que le socialisme a redéployé son système de pensée et pris une autre cible comme représentation du mal.

Les gauchistes de Mai 68 avaient raison: rien n'est neutre! Aujourd'hui détenteurs du pouvoir et auteurs du discours dominant, ils voudraient nous faire croire le contraire.

Les idéologies ne meurent pas, elles se transforment. Les thèmes de l'oligarchie néo-socialiste, malgré leurs incohérences, leurs contradictions et leur caractère flou, le montrent bien. Le discours doctrinal a changé: de triomphant, il est devenu consensuel. Il n'en est que plus opérant et plus présent.

Les mérites du Japon

Ne nous étonnons pas de la permanence des idéologies. Elles sont liées à l'existence même des cultures et des sociétés. Qu'est-ce en effet qu'une idéologie sinon avant tout un système, une hiérarchie de valeurs qui fournit aux hommes des clefs pour mieux comprendre le monde et des principes pour agir sur lui avec pertinence et efficacité?

Toute communauté humaine se structure autour de telles références. Celles-ci peuvent être plus ou moins affirmées, plus ou moins cohérentes, mais elles constituent toujours nécessairement la colonne vertébrale des sociétés. Elles ordonnent les actions humaines et les polarisent comme les particules dans un champ de force.

Une nation, une civilisation se reconnaissent aux valeurs qui dominent en leur sein. Si celles-ci privilégient l'esprit d'invention, ces nations inventeront; si elles valorisent le courage et les héros, elles se surpasseront dans des actions hors du commun; si les priorités reconnues sont celles de l'esprit d'entreprise, du sens de l'aventure, du goût du risque et de l'esprit communautaire, la nation sera naturellement portée à relever les défis, à contrer les menaces, à se dépasser. Si au contraire dominent des anti-valeurs comme l'hédonisme, l'égoïsme, le matérialisme, alors la nation sera inéluctablement portée au renoncement, menacée d'éclatement et précipitée vers le déclin.

De nombreuses études ont été consacrées aux mérites du Japon et aux causes de son extraordinaire réussite industrielle et commerciale. Les plus intéressantes toutefois ne réduisent pas les raisons de son succès aux performances de ses techniques économiques, financières ou de production. Car la formidable expansion japonaise ne s'explique pas d'abord par la priorité donnée à la recherche-développement, ni même par l'organisation des entreprises ou la discipline de leurs salariés. Son origine réside dans les valeurs dominantes de la société nip-pone et dans sa “ conception culturelle de la vie ” sur laquelle insistait Bruno Gollnisch5: un sens aigu du devoir, l'esprit de sacrifice envers la communauté, un patriotisme conçu comme une quasi-religion. Ces idéaux, intégrés par une organisation économique vécue comme une machine de guerre nationale, ont réussi à faire ce que l'argent et le profit n'ont pu réaliser à eux seuls dans les nations occidentales.

Les valeurs sont donc bien au cour des communautés humaines qu'elles déterminent autant qu'elles en sont les fruits: “ Dites-moi quelles sont vos valeurs, je vous dirai qui vous êtes ”, “ laissez-moi changer les valeurs, je changerai la société ”.

La question des valeurs se situe donc bien au centre du débat politique et MM. Chirac et Pasqua, s'ils ont eu tort de refuser d'en débattre, ont eu raison de poser le problème en ces termes.

Le match des valeurs

Relevons alors le gant et commençons la partie: les valeurs du mouvement national contre celles de l'établissement.

Pour éviter toute contestation, affrontons la classe politique sur son propre terrain. A quoi se résument ses idées-forces? Quelles sont celles qui lui donnent le sentiment de sa supériorité idéologique sur le mouvement national? Il en existe deux.

La première est celle du moralisme. “ Avec nous, disent-ils, la politique se plie enfin aux exigences de la morale; avec vous, c'est l'égoïsme et la force brutale qui l'emportent. ”

La seconde est celle de l'ouverture. “ Nous voulons libérer l'homme de sa peur de l'autre, des préjugés issus du passé, des normes et des tabous absurdes hérités de notre culture, nous voulons l'ouvrir au monde, refuser les exclusions et construire une société meilleure, alors que votre vision est frileuse, enracinée et passéiste. ”

Sur la question morale, la conception de l'établissement ne semble-t-elle pas marquer une nouvelle étape sur l'échelle du progrès humain? N'est-il pas préférable que les politiques se plient dorénavant aux impératifs du bien et rejettent la Realpolitik? Les droits de l'homme ne pourraient-ils guider les pas des gouvernants pour qu'ils ouvrent enfin avec le seul souci du bonheur de l'humanité? Quant à ceux qui contestent cette orientation, ils expriment une vision archaïque et cynique, à tout le moins moralement condamnable.

Mais est-ce bien sûr? Est-il certain que la moralité du politique réside dans l'adhésion à l'idéologie des droits de l'homme et non dans la préoccupation prioritaire de l'intérêt national?

Nous, nos amis, nos ennemis

Pour départager les protagonistes, posons-nous la question: qu'est-ce que le politique? Celui-ci ne constitue-t-il pas un domaine autonome répondant à des règles spécifiques? Relisons Carl Schmitt. Le politologue allemand explique en effet que, si la morale est l'ordre du bien et du mal, l'esthétique, celui du beau et du laid, de même l'essence du politique se trouve dans le couple ami-ennemi.

La politique est donc, par essence, conflictuelle! On peut le déplorer mais cette réalité est irrécusable, n'en déplaise aux naïfs et aux utopistes. Elle impose comme règle d'airain de se protéger contre son adversaire et par conséquent de le reconnaître. Refuser d'agir ainsi et traiter son ennemi en ami, c'est se placer en position de faiblesse et mettre en péril la communauté dont on a la charge. Rien n'est plus absurde que d'entendre les dirigeants français annoncer avec fierté que la France n'aurait que des amis. Et rien n'est plus faux: peut-on par exemple considérer comme tels la Libye ou l'Iran qui n'hésitent pas à commanditer des attentats terroristes sur notre sol? Refuser de les ranger parmi nos adversaires, c'est commettre une erreur politique majeure et lourde de conséquences!

Certes, il n'est pas question de procéder à des désignations publiques et de lancer des anathèmes. Il s'agit seulement de respecter cette triple hiérarchie, fondamentale, voire vitale, en politique: nous, nos amis, nos ennemis. D'abord défendre les siens, puis aider ses proches, et combattre ses adversaires. Contrevenir à cette règle, c'est trahir les intérêts dont on est comptable et finalement perdre sa légitimité. Mauvais point pour l'établissement qui ne la respecte pas!

Louis XI et Carter

La politique étant antagonisme, elle ne peut se fixer un objectif qui soit uniquement moral. Vouloir faire le bonheur du monde entier n'a pas de sens pour un homme public. En général, l'intérêt des uns s'oppose à l'intérêt des autres. Pour faire à la fois le bien des uns et celui des autres, il conviendrait de n'être d'aucun parti. Or, précisément, le propre du politique est d'être partisan, d'être engagé dans un camp. Dans l'action publique, on ne peut donc poursuivre que des objectifs limités: œuvrer efficacement pour le bénéfice des siens.

Louis XI était peut-être un homme sans scrupules, mais il fut un grand roi. Inversement, Jimmy Carter qui se voulait le champion des droits de l'homme fut l'un des plus mauvais présidents des États-Unis. Au nom d'une morale mal comprise, il retira le soutien américain au shah d'Iran. Résultat: l'ayatollah Khomeiny prit le pouvoir. Les droits de l'homme dans ce pays furent l'objet d'atteintes bien plus graves encore que sous le régime précédent, et l'Occident perdit dans cette région sensible du globe un allié fidèle pour y trouver à sa place un ennemi résolu.

A-t-on retenu les leçons de cette désastreuse politique iranienne? Il semble que non. Ainsi l'Europe et les ÉtatsUnis se refusent-ils à considérer l'Afrique du Sud comme un allié objectif et, loin de l'aider à surmonter le difficile problème de la coexistence des Noirs et des Blancs, la condamnent au nom de la morale et cherchent à l'affaiblir. Une telle attitude pourrait bien déboucher un jour sur la déstabilisation du régime de Pretoria avec, comme conséquences, une guerre civile sanglante, une violation des droits de l'homme et, à terme, l'instauration d'un régime hostile à l'Europe et à l'Occident. Ainsi, se fixer comme objectifs politiques des buts relevant du bien ou du mal, c'est courir à l'échec à la fois politique et moral.

De même convient-il de distinguer ce qui relève de la communauté de ce qui dépend des personnes. Méprisant cette règle, l'établissement prend en considération le seul point de vue des individus et se désintéresse du peuple. Il s'inquiète du sort personnel des immigrés sans se préoccuper des menaces que leur présence collective fait peser sur la nation française. Il accuse injustement le Front national de haïr l'étranger alors que le mouvement lepéniste dénonce seulement le danger potentiel que représentent les immigrés. L'établissement rejette la politique d'inversion des flux migratoires parce qu'elle contrarie la situation personnelle de ceux qui seraient amenés à partir, sans reconnaître qu'elle servirait l'intérêt collectif des Français. Dans tous les cas, l'oligarchie au pouvoir trahit les intérêts de ceux dont elle a la charge.

Le strass et les diamants

La politique, avec ses règles propres, ne relève pas de la morale. Mais elle ne doit pas être pour autant immorale. Reconnaître sa spécificité au politique ne signifie pas qu'il faille justifier les moyens par les fins, ou prétendre comme Ivan Karamazov6, et les marxistes après lui, que tout est permis. Car il existe une morale de la politique que chaque homme d'État se doit d'observer: c'est l'ensemble des devoirs qui le lient à son peuple.

Julien Freund le précise clairement: “ Je récuse la politique morale, parce qu'il appartient à la politique d'être politique et non point morale. En général, la politique morale est la pire des politiques parce qu'elle triche à la fois avec la politique et avec la morale. Par contre, il y a une morale de la politique et cette morale consiste à faire respecter la protection des citoyens à l'intérieur et à l'extérieur. La morale de la politique exige que l'État exerce, selon la finalité de la politique, les obligations et les responsabilités de la politique, tout comme un entrepreneur ou un professeur respectent la moralité de leur charge en accomplissant de la façon la plus correcte possible les obligations et les responsabilités de leur métier. Le professeur aura beau faire du moralisme, s'il ne fait pas des cours convenables, il blesse la morale de l'éducation7. ”

Pendant la campagne pour les élections au Parlement européen, un lobby européiste, l'AFEUR, pourtant composé de personnalités de haute compétence, avait posé cette curieuse question aux candidats: “ Soutenezvous une réforme de l'Alliance atlantique ayant... pour mission de défendre démocratie et droits de l'homme dans l'ensemble du monde et pas seulement dans la zone atlantique ? ” Velléités de politique morale absurdes. L'OTAN est une alliance militaire et la morale politique exige qu'elle assume son unique mission, c'est-à-dire qu'elle défende les nations membres de cette alliance.

Cet exemple illustre bien l'attitude de l'établissement. Ayant perdu le sens de la morale politique, il conduit de dangereuses politiques morales qui ne peuvent qu'être préjudiciables à la France. En appliquant une politique morale à l'égard des étrangers, l'établissement ne respecte pas la morale politique envers le peuple français.

De même, en menant, par souci prétendument moral, une politique laxiste en matière de sécurité, il s'écarte d'une élémentaire morale politique à l'égard des citoyens. Méfions-nous donc des valeurs qui scintillent sous le feu des médias: ce sont de fausses valeurs, du strass et non des diamants.

Disons-le avec force: la morale politique à laquelle se réfère le mouvement national vaut beaucoup mieux pour les Français que la politique morale de l'établissement!

Les malheurs du petit Victor

Examinons alors le deuxième enjeu: valeurs d'ouverture ou d'enracinement?

L'idéologie officielle veut libérer les hommes des peurs, des préjugés, des contraintes du passé, produits, selon elle, d'une société oppressive, frileuse et sclérosée.

La doctrine cosmopolite de l'établissement préconise ainsi l'ouverture à l'autre, l'enrichissement par la confrontation des cultures, l'instauration de la société pluri-ethnique comme chance et facteur de développement pour notre pays. En clair, elle organise le déracinement. Tout cela est-il bien raisonnable? Afin d'en avoir le cour net, examinons ces pétitions de principe au regard de la nature humaine telle que nous la connaissons aujourd'hui.

A la naissance, l'homme, chaos d'instincts et de potentialités hérités de son être biologique, est fondamentalement immature. C'est grâce à la culture qui lui sera apportée par son environnement social qu'il pourra maîtriser ses forces intérieures, puis se forger une personnalité et s'épanouir dans son identité propre. Cette dimension spirituelle et culturelle distingue l'homme de l'animal: “ L'homme est par nature un être de culture. ” Sa pensée ne peut se développer sans échanges culturels avec ses proches. S'il a sa marge de liberté, il ne peut se dissocier pour autant des groupes humains qui lui fournissent les références dont il a besoin. “ Un homme en soi n'est pas un homme, dit Arnold Gehien, car l'esprit humain est un phénomène supra-individuel. ” Aussi n'existe-t-il qu'au milieu de ses semblables et, de surcroît, enraciné dans une culture.

Pour nous en convaincre, songeons à la triste histoire du petit Victor sur laquelle anthropologues et linguistes se sont penchés. Abandonné dès son plus jeune âge, l'enfant survivait miraculeusement dans la nature avant d'être recueilli au mois de janvier 1800 par le docteur Itard. Ce dernier, malgré ses efforts, ne put jamais faire de lui un homme. Privé pendant ses douze premières années de famille, d'éducation, en un mot de culture, l'enfant ne parvint jamais à parler et resta plus proche de l'animalité que de l'humanité. Conclusion de Konrad Lorenz: “ Sans ce squelette de soutien que déterminent son appartenance à une civilisation et son droit à en partager le patrimoine, l'homme, de par sa nature même être de civilisation, ne pourrait purement et simplement pas exister8. ” Les entreprises cosmopolites de déracinement se révèlent éminemment dangereuses, car, en s'attaquant à la culture dans laquelle sont enracinés les individus, elles portent un coup à leur intégrité personnelle.

A la lumière de cette analyse, l'option cosmopolite n'apparaît pas comme une “ chance pour la France ”, mais plutôt comme un danger pour l'équilibre vital de l'homme.

L'homme et la méduse

Dans la foulée de cette croisade contre les prétendus préjugés, tabous et contraintes sociales, l'intelligentsia cultive la permissivité, l'abandon des normes et des traditions, le rejet des exigences de la morale individuelle et le refus des contraintes du sacré. Elle se délecte de softidéologie.

Cette fois encore, elle joue contre l'homme. Celui-ci, nous l'avons vu, ne pouvant exister sans règles de civilisation, il est donc essentiel de cultiver ces disciplines sociales qui permettent aux individus de façonner leur personnalité. L'homme libre n'est pas celui qui se livre à ses instincts, n'en déplaise aux sectateurs de l'état de nature, mais tout au contraire celui qui a acquis la maîtrise de soi-même. Aussi les institutions, les hiérarchies de valeurs, les traditions constituent elles des normes de caractère positif, et leur disparition, loin d'être un facteur de libération, est bien plutôt une cause de dégénérescence.

Comme l'écrit Arnold Gehlen, “ la civilisation exige l'effort. La culture, c'est notamment les moeurs, la discipline, la suprématie de l'éthique. Mais une culture trop riche et trop différenciée dans le sens du déracinement apporte avec elle une permissivité qui est poussée trop loin et que l'homme ne supporte pas. Quand les charlatans, les dilettantes, les intellectuels superficiels tiennent le haut du pavé, lorsque le vent de la facilité se lève et emporte tout, alors les institutions les plus anciennes et les organisations professionnelles les plus sérieuses se relâchent: le droit devient élastique, l'art nerveux, la religion sentimentale. Alors, à travers l'écume, l'oeil aperçoit la tête de la méduse, l'horreur incarnée: l'homme devient "naturel" et tout devient permis E...] la civilisation dite "progressiste" nous montre la faiblesse de la nature humaine lorsqu'elle n'est plus protégée par des formes sociales dites d'encadrement ”.

Les Diafoirus de la pensée

Si l'établissement socialiste prétend libérer l'homme de ses peurs, de ses préjugés et des contraintes sociales, c'est parce qu'il reste attaché à l'idée que l'homme est

naturellement bon et que c'est la société qui le pervertit. D'où la nécessité, selon lui, de réformer cette société ou encore de la reconstruire afin de forger un homme nouveau. Ni plus ni moins...

Cette démarche était déjà celle du marxisme dont on sait qu'il a conduit au totalitarisme. Les socialistes ne se réfèrent plus explicitement à cette idéologie, mais ils n'ont pas pour autant renoncé à cette folle utopie. Ils ont simplement changé de modèle et, ce faisant, ils ont reculé de cent cinquante ans. De Marx ils sont passés à Rousseau. Le mythe du bon sauvage a remplacé dans l'air du temps celui de la dictature du prolérariat. Pour autant, les fondements philosophiques restent les mêmes. Si Marx a engendré le goulag, Rousseau a provoqué la Terreur de 1793. Comme l'écrit François Furet, “ le goulag conduit à repenser la Terreur en vertu d'une identité dans le projet. Les deux révolutions restent liées9 .”

Rappelons alors à ces Diafoirus de la pensée ces propos d'Arnold Gehlen: “ Il est grand temps qu'un antiRousseau apparaisse et enseigne un certain pessimisme sur le sérieux de la vie. Retour à la nature signifiait pour Rousseau: la culture aliène l'homme, l'état de nature le présente dans sa naïveté originelle, dans son état de justice et de pureté de l'âme. Au contraire, il nous apparaît aujourd'hui que l'état de nature chez l'homme est un chaos10”

Ajoutons que l'homme ne peut pas être manipulé, transformé, façonné comme argile à poterie. Il n'est pas possible de pétrir la pâte humaine, car chaque homme est un être unique. Son identité ne se réduit pas à son milieu social car elle s'enracine dans son devenir biologique. De même qu'il n'y a pas deux empreintes digitales identiques sur plusieurs milliards d'individus, il n'y a pas non plus deux électro-encéphalogrammes comparables.

Son originalité irréductible confère à tout être humain une personnalité propre qu'il importe de respecter. Et si la culture permet à chacun de développer ses propres potentialités, elle ne lui offre que la possibilité de devenir ce qu'il est. A l'école de musique, on ne fera pas un petit Mozart d'un élève qui n'est pas doué. Contrairement à ce qu'écrivait Lénine, la boulangère ne peut pas remplacer l'ingénieur ni le soudeur l'avocat.

Ainsi se trouvent par là même contrebattues les conceptions égalitaristes des socialistes: tous différents, les hommes ne peuvent être nivelés ni dans leurs talents ni dans leur identité.

La mutilation culturelle

Vouloir construire un monde nouveau en modifiant de fond en comble l'environnement, les règles, les traditions, les coutumes et les moeurs d'une société est une entreprise contraire à la nature humaine qui ne peut qu'entraîner les pires catastrophes. “ Les peuples survivent aux changements de régime. Mais en vidant une nation de sa culture, c'est-à-dire de sa mémoire et de son originalité, on la condamne à mort ”, affirme Milan Kundera.

Les axes majeurs de l'idéologie socialiste d'hier et d'aujourd'hui, qu'il s'agisse du cosmopolitisme, de l'idéologie de la table rase, du constructivisme, de l'égalitarisme ou du laxisme de la société permissive, procèdent tous de la même démarche, le déracinement, c'est-à-dire la rupture des liens entre les hommes et leur culture. Dans tous les cas, cette cassure s'analyse comme une mutilation. Ceux qui en sont victimes subissent ainsi une véritable amputation, car ils ne peuvent exister sans ces racines qui les relient à leurs proches et à leurs ancêtres.

Aussi les valeurs d'enracinement préconisées par le mouvement national apparaissent-elles de beaucoup préfé- rabies à celles prônées par l'établissement, tout simplement parce qu'elles sont conformes à la nature de l'homme, alors que les secondes ont pour résultat de la détruire.

Les héritiers

Ajoutons que les valeurs ont d'autant plus de légitimité qu'elles sont le fruit des âges écoulés, car nous n'existons pas indépendamment des millénaires qui nous précèdent. Nous sommes les fils des siècles de culture qui nous ont façonnés à travers nos ancêtres et nous sommes riches de la multitude des expériences qu'ils ont connues et qu'ils nous ont transmises sous forme de coutumes, de normes et de foi. C'est de ces valeurs que le mouvement national se veut aujourd'hui le défenseur, non pas comme le dépositaire pétrifié d'une relique intangible, mais comme l'héritier entreprenant d'un legs à faire fructifier. Comment en effet concevoir l'avenir sans nous référer à l'héritage que nous a légué la civilisation de nos pères?

Ceux qui, tels les tenants de l'établissement, ont voulu instaurer un système en rupture avec les traditions ont toujours échoué. Échafaudages abstraits relevant du constructivisme dénoncé par le professeur von Hayek, leurs inventions sans référence et sans ancrage, dépourvues de la volonté de s'harmoniser avec l'identité des peuples, ont toujours conduit au même résultat le totalitarisme.

Ni le langage, ni la morale, ni le droit, ni la famille, ni l'entreprise n'ont jamais été le produit d'une invention rationnelle. Ces manifestations de la civilisation se sont dégagées par un long processus de sélection des traditions les plus fécondes. Aussi sont-elles mieux adaptées à la nature d'un peuple et plus fondées que toutes celles qui peuvent jaillir du cerveau d'un maître penseur dans le bureau d'un ministère ou dans les commissions d'un parti politique.

Faisons donc confiance aux siècles de maturation, et comme le dit Friedrich von Hayek, aux “ règles que l'homme n'a pas délibérément choisies, mais qui se sont répandues parce que certaines pratiques accroissaient la prospérité des groupes qui les suivaient ”.

Enracinées dans les siècles de notre histoire, les valeurs du courant national sont donc plus fortes et plus sûres que toutes celles contenues dans les idéologies de rupture préconisées par l'établissement.

La nature avec nous

Si la politique est un combat de valeurs, une confrontation entre deux visions du monde antagonistes, nous ne redoutons rien, car nos références sont celles de notre peuple et elles s'accordent avec les lois de la nature et celles de l'histoire.

Nous avons sur nos ennemis un avantage considérable, car nous pouvons nous fonder sur la nature des hommes et des nations.

Nos adversaires veulent combattre le réel, celui-ci est notre meilleur allié.

Nous avons raison, car la nature est avec nous!

1. Valéry Giscard d'Estaing, Deux Français sur trois, Flammarion, 1984.

2. Globe, n° 4.

3. Edgar Morin, Pour sortir du XX siècle, Nathan, 1984.

4. François-Bernard Huygue, op. cit..

5. Identité, n° 3, sept.-oct. 1989.

6. “ Il n'y aura alors plus rien d'immoral. Tout sera autorisé ”, in Dostoïevski, les Frères Karamazov, Gallimard, rééd. 1985.

7. Julien Freund, colloque des Comités d'action républicaine, “ La droite de conviction, l'avenir de la droite”, 21 juin 1986.

8. Konrad Lorenz, l'Envers du miroir, Flammarion, 1975.

9. François Furet, Penser la Révolution française, Gallimard, rééd. 1989.

10. Anthropologische Forschung, cité par Y. Blot, in les Racines de la liberté, op. cit.



   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

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