Les valeurs façonnent le monde.
Elles orientent le devenir des hommes et des nations.
Elles sont le fondement de toute politique.
Aujourd'hui, l'établissement
se nourrit d'idées fausses qui ne peuvent produire
que des fruits amers. Aussi, face à la Nouvelle
Idéologie Socialiste, convient-il de s'appuyer
sur les valeurs de notre civilisation, celles qui,
au fil des siècles, nous ont faits ce que nous
sommes. Il n'est pas de meilleur atout pour la renaissance
de notre patrie.
La langue de bois
En politique, la question des valeurs est primordiale,
et certains protagonistes de l'établissement
semblent en avoir eu l'intuition. N'est-ce pas M.
Chirac qui justifiait son rejet du mouvement national
en proclamant: “ Nous n'avons pas les mêmes
valeurs”? Affirmation pour le moins contestée
dans les rangs du RPR et de l'UDF puisque, peu de
temps avant les élections présidentielles
de 1988, M. Pasqua, préférant manifestement
“perdre son âme plutôt que les élections
”, lança à son tour une petite
phrase qui ne fit pas moins de bruit: “ Nous
partageons avec le Front national l'essentiel de nos
valeurs. ”
Ces déclarations contradictoires
auraient justifié un débat: quelles
sont, en termes de valeurs, les différences
de fond entre la droite nationale et la droite institutionnelle?
La question semble avoir effarouché les responsables
de l'établissement qui n'y ont jamais répondu
autrement que par des invectives. L'établissement
refuse la confrontation entre son système de
valeurs et celui du mouvement national.
Les idéologies
ringardes
Il est vrai qu'un tel débat
n'est pas dans l'air du temps. L'époque n'est
plus où les idéologies se combattaient
à grand fracas avec, pour théâtre,
la planète entière. “Les idéologies
sont mortes et c'est très bien ainsi ”,
nous explique-t-on de toutes parts. Les antagonismes
doctrinaux auraient disparu et nous serions entrés
dans l'ère du consensus. M. Giscard d'Estaing
nous l'annonce: “ Nous observons année
après année que des valeurs ou des attitudes
nouvelles entrent dans le champ du consensus. Sur
beaucoup de sujets, les esprits ont été
jadis très partagés. Les enquêtes
faites aujourd'hui montrent que le jugement ou les
attitudes deviennent communs à deux Français
sur trois et même davantage1• ”
C'est au nom du pragmatisme et du
réalisme que les idéologies sont désormais
disqualifiées: elles ne seraient que des constructions
abstraites produites par des cerveaux doctrinaires
dans d'obscures et archaïques officines coupées
du monde, de la vie et de la lumière. Incapables
de résoudre les problèmes importants
de l'économie et de la gestion, elles auraient
pour seul effet de broyer les individus, de provoquer
des conflits et d'engendrer le sectarisme et le totalitarisme.
Fort heureusement, elles seraient maintenant dépassées.
Comme nous le dit Bernard-Henri Lévy, “les
grandes idéologies sont devenues ringardes
”. Ceux qui leur restent attachés ne
sont plus dans le coup. Et le luxueux magazine Globe,
toujours soucieux de suivre la mode, explique à
qui veut l'entendre que la gauche est supérieure
à la droite, dans la mesure où elle
aurait su, mieux que celle-ci, renoncer à ses
mythes: “ Elle en a fini avec les dogmes et
avec la fatalité de l'échec. Elle est
même chic et choc [...]. Sans pour autant, comme
disent certains, perdre son âme. A droite, par
contre, sont réfugiés deux compagnons
de route de la gauche: l'archaïsme et le dogme2.
” Sans commentaire.
Au cimetière
des idées défuntes
Certaines doctrines politiques
sont aujourd'hui, il est vrai, à l'agonie.
Le marxisme-léninisme est désormais
ignoré par l'opinion, délaissé
par les intellectuels, contredit par les événements
et même rejeté à l'Est par ceux-là
même qui en sont les héritiers. Le communisme
rejoint ainsi le fascisme et le nazisme au cimetière
des idéologies défuntes où se
retrouvent d'ailleurs toutes les constructions intellectuelles
qui, en voulant façonner par la contrainte
les hommes et l'histoire pour les mettre en conformité
avec des dogmes abstraits, n'ont pu conduire qu'au
totalitarisme.
Mais est-ce parce que les doctrines
globalisantes et autoritaires sont tombées
dans le discrédit que toute idéologie
a pour autant cessé d'exister? On peut en douter,
car une construction idéologique n'est rien
d'autre, à y bien réfléchir,
qu'un ensemble de normes, de mythes, une vision du
monde ordonnée et idéalisée.
Et, il faut nous en convaincre, ni les hommes ni les
nations ne peuvent vivre sans de telles références.
“ Les grandes idéologies existent, rappelle
à juste titre Edgar Morin, nous possèdent
autant que nous les possédons et cette existence
mythique fait partie de l'existence sociale ainsi
que de nos existences individuelles. Le problème
n'est pas de vivre dans un pur réel débarrassé
de mythes, car alors le réel s'effondrerait3.
”
Aujourd'hui, quoi qu'on puisse prétendre,
des idéologies demeurent qui orientent et structurent
les réflexes de l'intelligentsia et de l'oligarchie
politico-médiatique. Mais elles se font plus
implicites et moins structurées que celles
d'autrefois. Elles ne sont pas diffusées par
des écoles philosophiques et systématisées
par des maîtres à penser, mais elles
imprègnent incontestablement le discours officiel
et le comportement de l'établissement, notamment
par le truchement des médias et de la publicité.
Les fausses évidences
L'idéologie dominante
est sans aucun doute la Nouvelle Idéologie
Socialiste. Comme nous l'avons indiqué précédemment,
elle avance masquée et recherche non pas le
conflit, mais le consensus. Elle est parfaitement
syncrétique: une gestion de droite et une morale
de gauche, le social-libéralisme en matière
économique et le cosmopolitisme pour les questions
de société, la panacée en somme.
Son originalité consiste à
refuser tout ce qui a trait au doctrinal. Elle s'entoure
de flou et se veut simple référence
à des faits qu'elle juge incontestables. Elle
s'affiche comme un style de vie et semble ne se préoccuper
que de bons sentiments. Malgré les dénégations
de ses promoteurs, il s'agit bien toutefois d'une
idéologie, d'une “ softidéologie
”, selon François-Bernard Huygue, d'ailleurs
d'autant plus pernicieuse qu'elle travestit ses présupposés
en fausses évidences. Pour elle, le thème
du “ refus des exclusions ”, par exemple,
n'est pas un choix doctrinal, mais relèverait
plutôt de la nécessité morale.
Pourtant, nous pensons l'avoir démontré,
cette pétition de principe a une portée
politique extrêmement grave, car elle conduit
à détruire les communautés qui
fondent notre identité. Adopter ce principe
constitue donc un authentique choix idéologique
lourd de conséquences.
Ce nouveau discours socialiste porte
manifestement en lui une vision globale, celle d'un
monde unifié où tout homme serait citoyen
du monde. Il affirme des valeurs: le respect de l'autre
et la solidarité. Il utilise les droits de
l'homme comme ressort et désigne comme adversaire
le “ raciste ”. Malgré la neutralité
et l'innocence dont il prétend se parer, il
s'apparente bien à une authentique idéologie
dotée d'un mythe mobilisateur, d'une hiérarchie
de valeurs, d'un principe moteur et d'un ennemi idéalisé.
François-Bernard Huygue le confirme: “
Sa ruse la plus naïve est précisément
d'énoncer comme des évidences incontournables
ses choix les plus arbitraires, [mais] en dépit
de toutes ses proclamations, le discours soft fonctionne
bel et bien comme une idéologie de remplacement4
. ”
D'où parles-tu
?
Curieux retournement de situation:
ceux qui affirmaient, il y a encore dix ans, que rien
n'est neutre prétendent aujourd'hui prononcer
un discours dépourvu de toute portée
dogmatique. Rappelons-nous: hier, ils n'hésitaient
pas à dénoncer l'économie, la
culture, la justice, la science ou l'enseignement
comme les vecteurs insidieux de l'idéologie
“ bourgeoise ” dominante. “ D'où
parles-tu ? ”, tel était le critère
discriminant. “ Si tu es partie prenante du
système, consciemment ou non tu distilles son
discours. ” Et chacun de flétrir les
présupposés et les arrière-plans
doctrinaux de tout propos prétendument neutre
et apolitique. Il s'agissait en réalité
de déjouer la ruse suprême du capitalisme,
celle qui consiste à présenter le “
système ” comme l'état normal
et naturel du monde.
N'est-on pas aujourd'hui dans une
position rigoureusement symétrique? Et n'est-ce
pas au fond parce que l'établissement est désormais
totalement contrôlé par la gauche que
celle-ci présente ses positions et ses options
comme naturelles et normales? Si l'enseignement n'est
plus l'instrument honni de la reproduction sociale,
c'est qu'il est devenu le serviteur zélé
de la Nouvelle Idéologie Socialiste. Si les
tribunaux n'appliquent plus une justice de classe,
c'est qu'une large proportion des juges appartient
désormais au syndicat de la magistrature, proche
de la gauche, et que la loi comme la jurisprudence
facilitent les menées du cosmopolitisme. Si
le patronat, la Bourse et le monde de l'argent n'apparaissent
plus comme les ennemis vilipendés, expressions
abhorrées du grand capital, c'est que le socialisme
a redéployé son système de pensée
et pris une autre cible comme représentation
du mal.
Les gauchistes de Mai 68 avaient raison:
rien n'est neutre! Aujourd'hui détenteurs du
pouvoir et auteurs du discours dominant, ils voudraient
nous faire croire le contraire.
Les idéologies ne meurent pas,
elles se transforment. Les thèmes de l'oligarchie
néo-socialiste, malgré leurs incohérences,
leurs contradictions et leur caractère flou,
le montrent bien. Le discours doctrinal a changé:
de triomphant, il est devenu consensuel. Il n'en est
que plus opérant et plus présent.
Les mérites du
Japon
Ne nous étonnons pas
de la permanence des idéologies. Elles sont
liées à l'existence même des cultures
et des sociétés. Qu'est-ce en effet
qu'une idéologie sinon avant tout un système,
une hiérarchie de valeurs qui fournit aux hommes
des clefs pour mieux comprendre le monde et des principes
pour agir sur lui avec pertinence et efficacité?
Toute communauté humaine se
structure autour de telles références.
Celles-ci peuvent être plus ou moins affirmées,
plus ou moins cohérentes, mais elles constituent
toujours nécessairement la colonne vertébrale
des sociétés. Elles ordonnent les actions
humaines et les polarisent comme les particules dans
un champ de force.
Une nation, une civilisation se reconnaissent
aux valeurs qui dominent en leur sein. Si celles-ci
privilégient l'esprit d'invention, ces nations
inventeront; si elles valorisent le courage et les
héros, elles se surpasseront dans des actions
hors du commun; si les priorités reconnues
sont celles de l'esprit d'entreprise, du sens de l'aventure,
du goût du risque et de l'esprit communautaire,
la nation sera naturellement portée à
relever les défis, à contrer les menaces,
à se dépasser. Si au contraire dominent
des anti-valeurs comme l'hédonisme, l'égoïsme,
le matérialisme, alors la nation sera inéluctablement
portée au renoncement, menacée d'éclatement
et précipitée vers le déclin.
De nombreuses études ont été
consacrées aux mérites du Japon et aux
causes de son extraordinaire réussite industrielle
et commerciale. Les plus intéressantes toutefois
ne réduisent pas les raisons de son succès
aux performances de ses techniques économiques,
financières ou de production. Car la formidable
expansion japonaise ne s'explique pas d'abord par
la priorité donnée à la recherche-développement,
ni même par l'organisation des entreprises ou
la discipline de leurs salariés. Son origine
réside dans les valeurs dominantes de la société
nip-pone et dans sa “ conception culturelle
de la vie ” sur laquelle insistait Bruno Gollnisch5:
un sens aigu du devoir, l'esprit de sacrifice envers
la communauté, un patriotisme conçu
comme une quasi-religion. Ces idéaux, intégrés
par une organisation économique vécue
comme une machine de guerre nationale, ont réussi
à faire ce que l'argent et le profit n'ont
pu réaliser à eux seuls dans les nations
occidentales.
Les valeurs sont donc bien au cour
des communautés humaines qu'elles déterminent
autant qu'elles en sont les fruits: “ Dites-moi
quelles sont vos valeurs, je vous dirai qui vous êtes
”, “ laissez-moi changer les valeurs,
je changerai la société ”.
La question des valeurs se situe donc
bien au centre du débat politique et MM. Chirac
et Pasqua, s'ils ont eu tort de refuser d'en débattre,
ont eu raison de poser le problème en ces termes.
Le match des valeurs
Relevons alors le gant et commençons la partie:
les valeurs du mouvement national contre celles de
l'établissement.
Pour éviter toute contestation,
affrontons la classe politique sur son propre terrain.
A quoi se résument ses idées-forces?
Quelles sont celles qui lui donnent le sentiment de
sa supériorité idéologique sur
le mouvement national? Il en existe deux.
La première est celle du moralisme.
“ Avec nous, disent-ils, la politique se plie
enfin aux exigences de la morale; avec vous, c'est
l'égoïsme et la force brutale qui l'emportent.
”
La seconde est celle de l'ouverture.
“ Nous voulons libérer l'homme de sa
peur de l'autre, des préjugés issus
du passé, des normes et des tabous absurdes
hérités de notre culture, nous voulons
l'ouvrir au monde, refuser les exclusions et construire
une société meilleure, alors que votre
vision est frileuse, enracinée et passéiste.
”
Sur la question morale, la conception
de l'établissement ne semble-t-elle pas marquer
une nouvelle étape sur l'échelle du
progrès humain? N'est-il pas préférable
que les politiques se plient dorénavant aux
impératifs du bien et rejettent la Realpolitik?
Les droits de l'homme ne pourraient-ils guider les
pas des gouvernants pour qu'ils ouvrent enfin avec
le seul souci du bonheur de l'humanité? Quant
à ceux qui contestent cette orientation, ils
expriment une vision archaïque et cynique, à
tout le moins moralement condamnable.
Mais est-ce bien sûr? Est-il
certain que la moralité du politique réside
dans l'adhésion à l'idéologie
des droits de l'homme et non dans la préoccupation
prioritaire de l'intérêt national?
Nous, nos amis, nos ennemis
Pour départager les protagonistes, posons-nous
la question: qu'est-ce que le politique? Celui-ci
ne constitue-t-il pas un domaine autonome répondant
à des règles spécifiques? Relisons
Carl Schmitt. Le politologue allemand explique en
effet que, si la morale est l'ordre du bien et du
mal, l'esthétique, celui du beau et du laid,
de même l'essence du politique se trouve dans
le couple ami-ennemi.
La politique est donc, par essence,
conflictuelle! On peut le déplorer mais cette
réalité est irrécusable, n'en
déplaise aux naïfs et aux utopistes. Elle
impose comme règle d'airain de se protéger
contre son adversaire et par conséquent de
le reconnaître. Refuser d'agir ainsi et traiter
son ennemi en ami, c'est se placer en position de
faiblesse et mettre en péril la communauté
dont on a la charge. Rien n'est plus absurde que d'entendre
les dirigeants français annoncer avec fierté
que la France n'aurait que des amis. Et rien n'est
plus faux: peut-on par exemple considérer comme
tels la Libye ou l'Iran qui n'hésitent pas
à commanditer des attentats terroristes sur
notre sol? Refuser de les ranger parmi nos adversaires,
c'est commettre une erreur politique majeure et lourde
de conséquences!
Certes, il n'est pas question de procéder
à des désignations publiques et de lancer
des anathèmes. Il s'agit seulement de respecter
cette triple hiérarchie, fondamentale, voire
vitale, en politique: nous, nos amis, nos ennemis.
D'abord défendre les siens, puis aider ses
proches, et combattre ses adversaires. Contrevenir
à cette règle, c'est trahir les intérêts
dont on est comptable et finalement perdre sa légitimité.
Mauvais point pour l'établissement qui ne la
respecte pas!
Louis XI et Carter
La politique étant antagonisme, elle ne peut
se fixer un objectif qui soit uniquement moral. Vouloir
faire le bonheur du monde entier n'a pas de sens pour
un homme public. En général, l'intérêt
des uns s'oppose à l'intérêt des
autres. Pour faire à la fois le bien des uns
et celui des autres, il conviendrait de n'être
d'aucun parti. Or, précisément, le propre
du politique est d'être partisan, d'être
engagé dans un camp. Dans l'action publique,
on ne peut donc poursuivre que des objectifs limités:
œuvrer efficacement pour le bénéfice
des siens.
Louis XI était peut-être
un homme sans scrupules, mais il fut un grand roi.
Inversement, Jimmy Carter qui se voulait le champion
des droits de l'homme fut l'un des plus mauvais présidents
des États-Unis. Au nom d'une morale mal comprise,
il retira le soutien américain au shah d'Iran.
Résultat: l'ayatollah Khomeiny prit le pouvoir.
Les droits de l'homme dans ce pays furent l'objet
d'atteintes bien plus graves encore que sous le régime
précédent, et l'Occident perdit dans
cette région sensible du globe un allié
fidèle pour y trouver à sa place un
ennemi résolu.
A-t-on retenu les leçons de
cette désastreuse politique iranienne? Il semble
que non. Ainsi l'Europe et les ÉtatsUnis se
refusent-ils à considérer l'Afrique
du Sud comme un allié objectif et, loin de
l'aider à surmonter le difficile problème
de la coexistence des Noirs et des Blancs, la condamnent
au nom de la morale et cherchent à l'affaiblir.
Une telle attitude pourrait bien déboucher
un jour sur la déstabilisation du régime
de Pretoria avec, comme conséquences, une guerre
civile sanglante, une violation des droits de l'homme
et, à terme, l'instauration d'un régime
hostile à l'Europe et à l'Occident.
Ainsi, se fixer comme objectifs politiques des buts
relevant du bien ou du mal, c'est courir à
l'échec à la fois politique et moral.
De même convient-il de distinguer
ce qui relève de la communauté de ce
qui dépend des personnes. Méprisant
cette règle, l'établissement prend en
considération le seul point de vue des individus
et se désintéresse du peuple. Il s'inquiète
du sort personnel des immigrés sans se préoccuper
des menaces que leur présence collective fait
peser sur la nation française. Il accuse injustement
le Front national de haïr l'étranger alors
que le mouvement lepéniste dénonce seulement
le danger potentiel que représentent les immigrés.
L'établissement rejette la politique d'inversion
des flux migratoires parce qu'elle contrarie la situation
personnelle de ceux qui seraient amenés à
partir, sans reconnaître qu'elle servirait l'intérêt
collectif des Français. Dans tous les cas,
l'oligarchie au pouvoir trahit les intérêts
de ceux dont elle a la charge.
Le strass et les diamants
La politique, avec ses règles propres, ne relève
pas de la morale. Mais elle ne doit pas être
pour autant immorale. Reconnaître sa spécificité
au politique ne signifie pas qu'il faille justifier
les moyens par les fins, ou prétendre comme
Ivan Karamazov6, et les marxistes après lui,
que tout est permis. Car il existe une morale de la
politique que chaque homme d'État se doit d'observer:
c'est l'ensemble des devoirs qui le lient à
son peuple.
Julien Freund le précise clairement:
“ Je récuse la politique morale, parce
qu'il appartient à la politique d'être
politique et non point morale. En général,
la politique morale est la pire des politiques parce
qu'elle triche à la fois avec la politique
et avec la morale. Par contre, il y a une morale de
la politique et cette morale consiste à faire
respecter la protection des citoyens à l'intérieur
et à l'extérieur. La morale de la politique
exige que l'État exerce, selon la finalité
de la politique, les obligations et les responsabilités
de la politique, tout comme un entrepreneur ou un
professeur respectent la moralité de leur charge
en accomplissant de la façon la plus correcte
possible les obligations et les responsabilités
de leur métier. Le professeur aura beau faire
du moralisme, s'il ne fait pas des cours convenables,
il blesse la morale de l'éducation7. ”
Pendant la campagne pour les élections
au Parlement européen, un lobby européiste,
l'AFEUR, pourtant composé de personnalités
de haute compétence, avait posé cette
curieuse question aux candidats: “ Soutenezvous
une réforme de l'Alliance atlantique ayant...
pour mission de défendre démocratie
et droits de l'homme dans l'ensemble du monde et pas
seulement dans la zone atlantique ? ” Velléités
de politique morale absurdes. L'OTAN est une alliance
militaire et la morale politique exige qu'elle assume
son unique mission, c'est-à-dire qu'elle défende
les nations membres de cette alliance.
Cet exemple illustre bien l'attitude
de l'établissement. Ayant perdu le sens de
la morale politique, il conduit de dangereuses politiques
morales qui ne peuvent qu'être préjudiciables
à la France. En appliquant une politique morale
à l'égard des étrangers, l'établissement
ne respecte pas la morale politique envers le peuple
français.
De même, en menant, par souci
prétendument moral, une politique laxiste en
matière de sécurité, il s'écarte
d'une élémentaire morale politique à
l'égard des citoyens. Méfions-nous
donc des valeurs qui scintillent sous le feu des médias:
ce sont de fausses valeurs, du strass et non des diamants.
Disons-le avec force: la morale politique
à laquelle se réfère le mouvement
national vaut beaucoup mieux pour les Français
que la politique morale de l'établissement!
Les malheurs du petit Victor
Examinons alors le deuxième enjeu: valeurs
d'ouverture ou d'enracinement?
L'idéologie officielle veut
libérer les hommes des peurs, des préjugés,
des contraintes du passé, produits, selon elle,
d'une société oppressive, frileuse et
sclérosée.
La doctrine cosmopolite de l'établissement
préconise ainsi l'ouverture à l'autre,
l'enrichissement par la confrontation des cultures,
l'instauration de la société pluri-ethnique
comme chance et facteur de développement pour
notre pays. En clair, elle organise le déracinement.
Tout cela est-il bien raisonnable? Afin d'en avoir
le cour net, examinons ces pétitions de principe
au regard de la nature humaine telle que nous la connaissons
aujourd'hui.
A la naissance, l'homme, chaos d'instincts
et de potentialités hérités de
son être biologique, est fondamentalement immature.
C'est grâce à la culture qui lui sera
apportée par son environnement social qu'il
pourra maîtriser ses forces intérieures,
puis se forger une personnalité et s'épanouir
dans son identité propre. Cette dimension spirituelle
et culturelle distingue l'homme de l'animal: “
L'homme est par nature un être de culture. ”
Sa pensée ne peut se développer sans
échanges culturels avec ses proches. S'il a
sa marge de liberté, il ne peut se dissocier
pour autant des groupes humains qui lui fournissent
les références dont il a besoin. “
Un homme en soi n'est pas un homme, dit Arnold Gehien,
car l'esprit humain est un phénomène
supra-individuel. ” Aussi n'existe-t-il qu'au
milieu de ses semblables et, de surcroît, enraciné
dans une culture.
Pour nous en convaincre, songeons
à la triste histoire du petit Victor sur laquelle
anthropologues et linguistes se sont penchés.
Abandonné dès son plus jeune âge,
l'enfant survivait miraculeusement dans la nature
avant d'être recueilli au mois de janvier 1800
par le docteur Itard. Ce dernier, malgré ses
efforts, ne put jamais faire de lui un homme. Privé
pendant ses douze premières années de
famille, d'éducation, en un mot de culture,
l'enfant ne parvint jamais à parler et resta
plus proche de l'animalité que de l'humanité.
Conclusion de Konrad Lorenz: “ Sans ce squelette
de soutien que déterminent son appartenance
à une civilisation et son droit à en
partager le patrimoine, l'homme, de par sa nature
même être de civilisation, ne pourrait
purement et simplement pas exister8. ” Les
entreprises cosmopolites de déracinement se
révèlent éminemment dangereuses,
car, en s'attaquant à la culture dans laquelle
sont enracinés les individus, elles portent
un coup à leur intégrité personnelle.
A la lumière de cette analyse,
l'option cosmopolite n'apparaît pas comme une
“ chance pour la France ”, mais plutôt
comme un danger pour l'équilibre vital de l'homme.
L'homme et la méduse
Dans la foulée de cette
croisade contre les prétendus préjugés,
tabous et contraintes sociales, l'intelligentsia cultive
la permissivité, l'abandon des normes et des
traditions, le rejet des exigences de la morale individuelle
et le refus des contraintes du sacré. Elle
se délecte de softidéologie.
Cette fois encore, elle joue contre
l'homme. Celui-ci, nous l'avons vu, ne pouvant exister
sans règles de civilisation, il est donc essentiel
de cultiver ces disciplines sociales qui permettent
aux individus de façonner leur personnalité.
L'homme libre n'est pas celui qui se livre à
ses instincts, n'en déplaise aux sectateurs
de l'état de nature, mais tout au contraire
celui qui a acquis la maîtrise de soi-même.
Aussi les institutions, les hiérarchies de
valeurs, les traditions constituent elles des normes
de caractère positif, et leur disparition,
loin d'être un facteur de libération,
est bien plutôt une cause de dégénérescence.
Comme l'écrit Arnold Gehlen,
“ la civilisation exige l'effort. La culture,
c'est notamment les moeurs, la discipline, la suprématie
de l'éthique. Mais une culture trop riche et
trop différenciée dans le sens du déracinement
apporte avec elle une permissivité qui est
poussée trop loin et que l'homme ne supporte
pas. Quand les charlatans, les dilettantes, les intellectuels
superficiels tiennent le haut du pavé, lorsque
le vent de la facilité se lève et emporte
tout, alors les institutions les plus anciennes et
les organisations professionnelles les plus sérieuses
se relâchent: le droit devient élastique,
l'art nerveux, la religion sentimentale. Alors, à
travers l'écume, l'oeil aperçoit la
tête de la méduse, l'horreur incarnée:
l'homme devient "naturel" et tout devient
permis E...] la civilisation dite "progressiste"
nous montre la faiblesse de la nature humaine lorsqu'elle
n'est plus protégée par des formes sociales
dites d'encadrement ”.
Les Diafoirus de la pensée
Si l'établissement
socialiste prétend libérer l'homme de
ses peurs, de ses préjugés et des contraintes
sociales, c'est parce qu'il reste attaché à
l'idée que l'homme est
naturellement bon et que c'est la
société qui le pervertit. D'où
la nécessité, selon lui, de réformer
cette société ou encore de la reconstruire
afin de forger un homme nouveau. Ni plus ni moins...
Cette démarche était
déjà celle du marxisme dont on sait
qu'il a conduit au totalitarisme. Les socialistes
ne se réfèrent plus explicitement à
cette idéologie, mais ils n'ont pas pour autant
renoncé à cette folle utopie. Ils ont
simplement changé de modèle et, ce faisant,
ils ont reculé de cent cinquante ans. De Marx
ils sont passés à Rousseau. Le mythe
du bon sauvage a remplacé dans l'air du temps
celui de la dictature du prolérariat. Pour
autant, les fondements philosophiques restent les
mêmes. Si Marx a engendré le goulag,
Rousseau a provoqué la Terreur de 1793. Comme
l'écrit François Furet, “ le goulag
conduit à repenser la Terreur en vertu d'une
identité dans le projet. Les deux révolutions
restent liées9 .”
Rappelons alors à ces Diafoirus
de la pensée ces propos d'Arnold Gehlen: “
Il est grand temps qu'un antiRousseau apparaisse et
enseigne un certain pessimisme sur le sérieux
de la vie. Retour à la nature signifiait pour
Rousseau: la culture aliène l'homme, l'état
de nature le présente dans sa naïveté
originelle, dans son état de justice et de
pureté de l'âme. Au contraire, il nous
apparaît aujourd'hui que l'état de nature
chez l'homme est un chaos10”
Ajoutons que l'homme ne peut pas être
manipulé, transformé, façonné
comme argile à poterie. Il n'est pas possible
de pétrir la pâte humaine, car chaque
homme est un être unique. Son identité
ne se réduit pas à son milieu social
car elle s'enracine dans son devenir biologique. De
même qu'il n'y a pas deux empreintes digitales
identiques sur plusieurs milliards d'individus, il
n'y a pas non plus deux électro-encéphalogrammes
comparables.
Son originalité irréductible
confère à tout être humain une
personnalité propre qu'il importe de respecter.
Et si la culture permet à chacun de développer
ses propres potentialités, elle ne lui offre
que la possibilité de devenir ce qu'il est.
A l'école de musique, on ne fera pas un petit
Mozart d'un élève qui n'est pas doué.
Contrairement à ce qu'écrivait Lénine,
la boulangère ne peut pas remplacer l'ingénieur
ni le soudeur l'avocat.
Ainsi se trouvent par là même
contrebattues les conceptions égalitaristes
des socialistes: tous différents, les hommes
ne peuvent être nivelés ni dans leurs
talents ni dans leur identité.
La mutilation culturelle
Vouloir construire un monde nouveau en modifiant de
fond en comble l'environnement, les règles,
les traditions, les coutumes et les moeurs d'une société
est une entreprise contraire à la nature humaine
qui ne peut qu'entraîner les pires catastrophes.
“ Les peuples survivent aux changements de régime.
Mais en vidant une nation de sa culture, c'est-à-dire
de sa mémoire et de son originalité,
on la condamne à mort ”, affirme Milan
Kundera.
Les axes majeurs de l'idéologie
socialiste d'hier et d'aujourd'hui, qu'il s'agisse
du cosmopolitisme, de l'idéologie de la table
rase, du constructivisme, de l'égalitarisme
ou du laxisme de la société permissive,
procèdent tous de la même démarche,
le déracinement, c'est-à-dire la rupture
des liens entre les hommes et leur culture. Dans tous
les cas, cette cassure s'analyse comme une mutilation.
Ceux qui en sont victimes subissent ainsi une véritable
amputation, car ils ne peuvent exister sans ces racines
qui les relient à leurs proches et à
leurs ancêtres.
Aussi les valeurs d'enracinement préconisées
par le mouvement national apparaissent-elles de beaucoup
préfé- rabies à celles prônées
par l'établissement, tout simplement parce
qu'elles sont conformes à la nature de l'homme,
alors que les secondes ont pour résultat de
la détruire.
Les héritiers
Ajoutons que les valeurs ont
d'autant plus de légitimité qu'elles
sont le fruit des âges écoulés,
car nous n'existons pas indépendamment des
millénaires qui nous précèdent.
Nous sommes les fils des siècles de culture
qui nous ont façonnés à travers
nos ancêtres et nous sommes riches de la multitude
des expériences qu'ils ont connues et qu'ils
nous ont transmises sous forme de coutumes, de normes
et de foi. C'est de ces valeurs que le mouvement national
se veut aujourd'hui le défenseur, non pas comme
le dépositaire pétrifié d'une
relique intangible, mais comme l'héritier entreprenant
d'un legs à faire fructifier. Comment en effet
concevoir l'avenir sans nous référer
à l'héritage que nous a légué
la civilisation de nos pères?
Ceux qui, tels les tenants de l'établissement,
ont voulu instaurer un système en rupture avec
les traditions ont toujours échoué.
Échafaudages abstraits relevant du constructivisme
dénoncé par le professeur von Hayek,
leurs inventions sans référence et sans
ancrage, dépourvues de la volonté de
s'harmoniser avec l'identité des peuples, ont
toujours conduit au même résultat le
totalitarisme.
Ni le langage, ni la morale, ni le
droit, ni la famille, ni l'entreprise n'ont jamais
été le produit d'une invention rationnelle.
Ces manifestations de la civilisation se sont dégagées
par un long processus de sélection des traditions
les plus fécondes. Aussi sont-elles mieux adaptées
à la nature d'un peuple et plus fondées
que toutes celles qui peuvent jaillir du cerveau d'un
maître penseur dans le bureau d'un ministère
ou dans les commissions d'un parti politique.
Faisons donc confiance aux siècles
de maturation, et comme le dit Friedrich von Hayek,
aux “ règles que l'homme n'a pas délibérément
choisies, mais qui se sont répandues parce
que certaines pratiques accroissaient la prospérité
des groupes qui les suivaient ”.
Enracinées dans les siècles
de notre histoire, les valeurs du courant national
sont donc plus fortes et plus sûres que toutes
celles contenues dans les idéologies de rupture
préconisées par l'établissement.
La nature avec nous
Si la politique est un combat de valeurs, une confrontation
entre deux visions du monde antagonistes, nous ne
redoutons rien, car nos références sont
celles de notre peuple et elles s'accordent avec les
lois de la nature et celles de l'histoire.
Nous avons sur nos ennemis un avantage
considérable, car nous pouvons nous fonder
sur la nature des hommes et des nations.
Nos adversaires veulent combattre
le réel, celui-ci est notre meilleur allié.
Nous avons raison, car la nature est
avec nous!
1. Valéry Giscard d'Estaing,
Deux Français sur trois, Flammarion, 1984.
2. Globe, n° 4.
3. Edgar Morin, Pour sortir du XX
siècle, Nathan, 1984.
4. François-Bernard Huygue,
op. cit..
5. Identité, n° 3, sept.-oct.
1989.
6. “ Il n'y aura alors plus
rien d'immoral. Tout sera autorisé ”,
in Dostoïevski, les Frères Karamazov,
Gallimard, rééd. 1985.
7. Julien Freund, colloque des Comités
d'action républicaine, “ La droite de
conviction, l'avenir de la droite”, 21 juin
1986.
8. Konrad Lorenz, l'Envers du miroir,
Flammarion, 1975.
9. François Furet, Penser la
Révolution française, Gallimard, rééd.
1989.
10. Anthropologische Forschung, cité
par Y. Blot, in les Racines de la liberté,
op. cit.