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La Flamme

Sommaire:
Introduction
1ere partie: les instruments du déclin
Chapitre 1: le socialisme nouveau
Chapitre 2: le cosmopolitisme militant
Chapitre 3: le matérialisme triomphant
Chapitre 4: le totalitarisme larvé
2eme partie: les atouts du combat national
Chapitre 5: les mutations politiques
Chapitre 6: la question des valeurs
3eme partie: les leviers du renouveau
Chapitre 7: l’identité
Chapitre 8: la fraternité
Chapitre 9: les libertés
Chapitre 10: la puissance
Chapitre 11: l’action
Conclusion



Chapitre 7
L'identité

La seule querelle qui vaille aujourd'hui est celle de notre identité. Peut-on en effet exister, durer, peser dans le monde si l'on n'a plus la conscience et la fierté de soimême? Soit les hommes et leurs communautés vivent et affirment leur fidélité à ce qu'ils sont, soit ils laissent leur personnalité se diluer et alors ils s'effacent et se détruisent. “ Être ou ne pas être ? ” s'interrogeait Hamlet. Telle est en effet la vraie question. En ces temps de cosmopolitisme débridé, face aux sectateurs du mélange et du déracinement universel, proclamons sans hésiter notre volonté d'être et adoptons comme principe d'action la promotion sans complexe de notre identité.

L'amnésie hexagonale

Conflits, invasions, guerres civiles, révolutions: la France a connu beaucoup de crises majeures au cours de son histoire. Jamais pourtant, même aux heures les plus sombres, notre identité n'a souffert d'une éclipse comparable à celle qui l'affecte actuellement. Jamais la mémoire de ce que nous sommes n'avait été à ce point pervertie.

Cette dangereuse amnésie touche l'ensemble de notre peuple qui perd ainsi la conscience de son histoire et abandonne progressivement ses valeurs et ses traditions. Mais elle frappe plus durement encore l'intelligentsia qui semble aujourd'hui avoir oublié tout ce qu'a pu être et tout ce que représente encore notre nation.

Écoutez les intellectuels, les tenants de la classe politique ou ceux de la caste médiatique! Comment parlent-ils de la France? “ L'identité française, explique M. Stasi, repose selon moi essentiellement sur un certain nombre de valeurs partagées: les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité, la démocratie pluraliste, la séparation de l'Église et de l'État'. ” La France réduite à un ensemble de normes juridiques et définie par le seul énoncé de ses principes constitutionnels! Dans cet esprit, M. Devedjian, l'un des dirigeants du RPR, est encore plus lapidaire: “ Les étrangers doivent respecter les valeurs dominantes de la société française, c'està-dire les droits de l'homme'. ” Deux exemples parmi tant d'autres...

Ainsi, les hiérarques de l'établissement paraissent ne plus avoir qu'une vision réductrice et abstraite de notre pays: la France serait un territoire soumis au seul empire moral et juridique des droits de l'homme. Le peuple français? Les lignées d'ancêtres et leurs sacrifices? Les héros? Les mythes? La culture, les siècles d'histoire? Ils n'en ont cure. Ils se contentent de reléguer le passé dans un oubli respectueux, parmi les toiles et les sculptures du Louvre. Ils ne savent plus le nom de nos terroirs, ils ne contemplent plus le visage de notre peuple: la France est devenue l'Hexagone ”. Dans leurs discours, ils parlent d'elle avec la distance et la froideur des technocrates: “ ce pays ”, disent-ils pour désigner leur patrie.

Qu'ils relisent donc - mais l'ont-ils jamais lu? - ce passage de l'un de leurs illustres prédécesseurs:

“ Vieille terre rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée de végétation mais prête indéfiniment à produire ce qu'il faut pour que se succèdent les vivants.

“ Vieille France, accablée d'histoire, meurtrie de guerres et de révolutions, allant et venant sans relâche de la grandeur au déclin mais redressée, de siècle en siècle, par le génie du renouveau. ”

On est loin évidemment de la formule branchée de M. Léotard: “ La France est un pays formidable: c'est la patrie des droits de l'homme. ”

Maurras est-il français?

Comment expliquer cette amnésie sinon par les ravages que le cosmopolitisme cause chez les responsables de l'établissement qui semblent s'interdire désormais la simple évocation de l'identité de la France?

Leur définition de la nation rejoint d'ailleurs celle du lobby mondialiste. Et Harlem Désir donne le ton en affirmant: “ La France de SOS-Racisme est celle de 1789, celle du libre contrat et des droits respectes2. ” La formule exprime parfaitement la conception apatride de la France.

La référence à 1789 fournit l'ancrage indispensable aux sources de la nouvelle “ légitimité ”, celle des droits de l'homme et de la Révolution conçue comme mythe fondateur.

Le contrat social de Rousseau apporte de son côté une réponse pratique à la question posée par l'immigration. Il suffit selon lui que les hommes concluent librement un pacte à propos des règles communes à respecter pour que se constitue une nation. M. Finkielkraut, l'une des vedettes du prêt-à-penser cosmopolite, précise la théorie: réduisant la nationalité à cette seule dimension contractuelle, il refuse dans le même temps l'emprisonnement de la volonté individuelle dans la culture dont elle est issue ”. Ainsi n'y a-t-il plus selon lui la moindre contradiction entre immigration et maintien de l'identité nationale: si les étrangers qui s'installent dans l' Hexagone ” adhèrent aux règles du contrat, c'està-dire aux droits de l'homme, ils pourront être “ intégrés ” à notre patrie.

Une telle définition permet en outre d'exclure les adversaires de l'oligarchie. Si la France est née en 1789, si la nationalité française se définit par le seul attachement aux droits de l'homme, que deviennent ceux qui rejettent la Nouvelle Idéologie Socialiste? Sont-ils même encore français ? La France d'avant la Révolution est-elle encore la France? Et Maurras, qui aurait combattu cette nouvelle conception de notre patrie, demeure-t-il notre compatriote? Voici donc à nouveau à l'oeuvre la technique d'exclusion, désormais classique, du lobby mondialiste: tous ceux qui n'acceptent pas ses idées sur la nation ne sont plus français au regard même de la définition qu'il en donne. Un Beur, disciple de Harlem Désir, qui a voté Mitterrand, qui boit du Coca et écoute du rai ou de la salsa, devient, selon les mondialistes, plus français qu'un partisan de l'Action française. Le ridicule ne tue plus!

La démocratie charnelle

Certes, les droits de l'homme et du citoyen conçus comme des libertés fondamentales appartiennent à notre patrimoine culturel, juridique et politique, mais ils ne représentent en tout état de cause qu'une faible partie des valeurs qui ont façonné notre pays. Quand on sait que les constructions juridiques ne tiennent que si elles s'enracinent dans la tradition d'un peuple, il est paradoxal de ne voir dans notre identité nationale que ces droits abstraits et d'ignorer les réalités plus charnelles de notre patrie.

Ainsi la démocratie, présentée aujourd'hui comme une conquête des droits de l'homme, se définit-elle avant tout comme l'expression de la souveraineté populaire. Comment, dans ces conditions, pourrait-elle exister sans nation et se trouver réduite à un simple jeu de mécanismes électoraux et institutionnels comme il en existe dans les assemblées générales d'associations ou de sociétés anonymes? Pour s'épanouir, elle a besoin d'une communauté d'hommes et de femmes qui se reconnaissent une identité, des origines, une histoire, une langue, une religion communes, bref, un destin partagé. Sans ces liens ancestraux, jamais les disciplines contraignantes propres à la démocratie ne pourraient être spontanément et librement respectées.

Un simple regard sur les nations du monde permet de constater que la démocratie ne s'exerce véritablement que dans les pays où il existe un peuple dans la pleine acception du terme. Certains s'étonnent que les États du tiers monde vivent pour la plupart sous un régime autoritaire. Cette situation ne tient pas principalement à leur sous-développement, mais au fait qu'étant constitués d'une mosaïque de tribus ou d'ethnies ils ne peuvent pas observer les règles exigeantes de la démocratie au même titre qu'un peuple modelé et uni par l'histoire. De façon analogue, les grands empires comme l'Autriche-Hongrie, qui rassemblaient sous leur tutelle des nationalités différentes, n'ont jamais pu mettre en application les principes démocratiques.

Il est donc absurde de réduire la France aux valeurs de la démocratie et d'attenter à l'identité de son peuple en lui imposant la présence d'innombrables étrangers inassimilables: l'éclatement de la nation française mettrait en péril ses institutions.

Le contrat introuvable

Qui par ailleurs peut croire que les immigrés qui s'installent sur notre sol adhèrent à la vision juridique que donne Harlem Désir de la France? Où se situe la signature symbolique d'un tel document dans la procédure actuelle d'acquisition automatique de la nationalité fran-çaise? Lorsque les jeunes Beurs deviennent citoyens à dix-huit ans, sans en avoir fait la demande et souvent même sans le savoir, se sentent-ils soudain liés par le contrat social de Rousseau? Certainement pas. D'ailleurs, les faits eux-mêmes le prouvent: si la population extra-européenne présente un taux de délinquance beaucoup plus élevé que celui des Français de souche, n'est-ce pas le signe que les immigrés ne se sentent pas réellement liés par les lois de notre pays et qu'ils n'y respectent aucun contrat?

On ne peut donc concevoir la France en fonction du seul critère juridique du “ libre contrat et des droits respectés ”: le contrat est introuvable et les droits, quant à eux, sont à sens unique.

Fâcheusement réductionniste également, cette manière de considérer la France comme la patrie des droits de l'homme. Car la Grande-Bretagne et les États-Unis peuvent tout autant que nous revendiquer cette prérogative: Mme Thatcher en fit d'ailleurs la remarque à M. Mitterrand lors des fêtes du Bicentenaire.

Que peut valoir une définition de notre pays qui ne le distingue pas des autres nations occidentales? Manifestement insuffisante, elle n'est en réalité qu'un artifice destiné à légitimer l'érosion de notre identité nationale et l'installation massive d'immigrés extra-européens sur notre territoire. Dommage qu'elle puisse abuser les naïfs et les faibles!

Le chien devant la clôture

La nation est tout autre chose. C'est une terre, un peuple et une culture. Sublimée par le mythe, sacralisée par l'histoire, organisée par l'État, elle est la mise en forme des trois composants dont l'homme a besoin pour fonder son identité: l'enracinement dans un sol, l'appartenance à un groupe et l'identification à une culture.

Une nation s'établit sur un territoire qu'elle s'appro-prie et qu'elle défend contre tout agresseur. Comment imaginer une nation qui ne revendiquerait pas une portion de la surface du globe? De même qu'il n'y a pas de cellule familiale sans domicile, il n'y a pas de nation sans espace territorial. Mais, au contraire de la famille, un peuple ne peut que très exceptionnellement se choisir un autre emplacement que celui où ont vécu ses ancêtres, et c'est en ce sens qu'il est le détenteur d'une patrie.

Facteur déterminant de l'identité d'un peuple, ce besoin impératif de posséder un foyer national répond à cet instinct territorial si profondément ancré dans la nature humaine et que l'on retrouve d'ailleurs chez de nombreuses espèces animales.

“ Un territoire, écrit Robert Ardrey, est un espace vital terrestre, aquatique ou aérien qu'un animal ou un groupe d'animaux défend comme étant sa propriété exclusive. Par "impératif territorial ", on entend l'impulsion qui portç tout être animé à conquérir cette propriété et à la protéger contre toute violation [...]. Il semble qu'un mystérieux influx d'énergie lui soit communiqué sur son propre fief: l'agresseur est presque à coup sûr vaincu, l'intrus repoussé. D'autre part, ce dernier a parfaitement conscience de sa faute. Il est retenu par une inhibition tellement marquée qu'il est permis de se demander si toutes les espèces territoriales n'ont pas un sens universel de la propriété beaucoup plus profond qu'il ne l'aurait été si elles l'avaient acquis par l'éducation [...]. Lorsque votre chien aboie en voyant passer un étranger devant votre clôture, en quoi son mobile diffère-t-il de celui qui vous a poussé à la construire3? ”

Le “ sanctuaire ”

Cet instinct territorial se manifeste chez l'homme par le sens de la propriété: il pousse les individus à acquérir leur logement et à s'enraciner dans un coin de terre.

Dans les pays communistes, les entreprises de collectivisation de l'agriculture ont échoué parce qu'elles allaient à l'encontre de cette donnée de la nature humaine. Le kolkhozien soviétique a toujours - on le sait - consacré l'essentiel de ses soins à sa petite concession individuelle.

L'attachement au sol est si fort qu'on le trouve dans l'histoire à l'origine d'innombrables conflits. On se bat pour une terre autant que pour les siens. Lorsque la guerre survient, c'est d'abord en fonction de cet impératif que l'on établit sa stratégie, et l'ère nucléaire n'a pas bouleversé cette réalité ancestrale. Si la “ bataille de l'avant ” est prévue dans nos plans, la dissuasion nucléaire ne peut jouer, quant à elle, que pour protéger le territoire national, du reste appelé pour la circonstance du terme révélateur de “ sanctuaire ” par les militaires.

Si cette notion est si importante, c'est parce que la possession d'une portion de sol donne aux hommes leur place sur cette terre, assure leur enracinement par le contact avec la nature et leur offre la possibilité de perdurer par delà les âges grâce aux marques tangibles qu'ils y ont laissées. Le territoire est indispensable à la survie d'un peuple, et ceux qui, comme les juifs, en ont été privés au cours de l'histoire n'ont pu conserver leur identité que dans le souvenir de la terre de leurs ancêtres, terre qui continuait de leur appartenir même si elle leur était momentanément interdite. “ L'an prochain à Jerusalem ” sonnait comme un mot de passe pour la Diaspora.

Quant aux frontières, elles sont donc légitimes et il n'y a pas lieu d'en faire le symbole des conflits et des affrontements. Bien au contraire: lorsque des limites naturelles et incontestables entre les nations existent, les guerres sont moins fréquentes. Inversement, c'est par exemple dans le nord et l'est de la France, là où la nature n'a pas fixé de barrière, que, pour l'essentiel, se concentrèrent les conflits dans lesquels fut engagé notre pays. “ Il n'est de bon voisinage que de bonnes clôtures ”, dit l'adage. Image de sécurité et de paix, la frontière est aussi le sym-bole de la diversité et de la richesse du monde. Une terre sans frontières, celle dont rêvent les cosmopolites, ne serait qu'une étendue monotone et dangereuse.

L'ambiance tribale

La nation, c'est aussi un peuple, réalité indispensable à l'épanouissement des personnes, car il n'est pas d'identité sans appartenance à un groupe. Tout autant que d'être enraciné dans la nature par l'intermédiaire d'un territoire, l'être humain a besoin de se sentir ancré dans l'humanité au travers de communautés privilégiées au sein desquelles l'harmonie règne entre lui et ses proches. De tels groupes lui permettent de s'identifier aux siens, de se différencier des étrangers et enfin de s'affirmer et de savoir qui il est.

Sans doute ces communautés d'appartenance sontelles nombreuses et variées, et c'est bien grâce à leur complémentarité que les individus peuvent façonner leur identité. Certains groupes, comme la famille ou l'ethnie, se fondent sur des liens très forts, comme ceux du sang; d'autres sont caractérisés par des attaches culturelles: partis politiques, associations, par exemple. Tous cependant sont nécessaires aux hommes qui trouvent en eux les références indispensables à leur épanouissement.

Cela est si vrai que, lorsque les structures sociales semblent détruites, des communautés se reconstituent spontanément, ainsi que l'a récemment analysé le sociologue Michel Maffesoli4 ". En réaction à la massification des opinions et des comportements, notre société suscite une identification à des groupes ou à des modes, provoquant ainsi une multiplication de réseaux de connivence et créant ce que Miche! Maffesoli appelle l'ambiance tribale ”. Le sociologue constate par ailleurs qu'il se produit un retour à des valeurs qu'il juge “ archaïques ” et que, nous, nous tenons pour “ éternelles ”: l'enracinement dans un terroir, l'attachement à un groupe, à la famille, en un mot le désir d'identité.

C'est pour des raisons analogues que des jeunes se rassemblent en groupes dans les banlieues cosmopolites des grandes villes. Les bandes qu'ils forment, dont les membres sont le plus souvent recrutés en fonction de critères ethniques, portent des noms exotiques, punks, mods, red skins, blacks, skin heads, et s'attribuent un territoire qu'elles défendent sauvagement contre les tribus adverses. Rejetés par la société, dépourvus d'attaches familiales et professionnelles, ces jeunes gens se regroupent en communautés rudimentaires pour se doter des signes sommaires qui leur permettront de se reconnaître entre eux et de se différencier des autres. La destruction des communautés traditionnelles conduit, on le voit, à une terrible régression: la société se décompose en tribus et la bande éclipse la famille.

De chair et d'os

Fondement de la nation, le peuple représente, avec la famille, la communauté sans doute la plus accomplie que les hommes aient pu constituer à ce jour. Il n'est pas cette réalité abstraite que croient percevoir les technocrates de l'établissement mais bien une entité vivante faite, comme le disait Barrès, “ de chair et d'os ”.

Ceux qui contestent la notion même de peuple mettent en avant sa diversité ethnique. Selon eux, il n'y aurait pas de peuple français puisque cohabitent des Basques, des Bretons, des Alsaciens, des blonds, des bruns et aujourd'hui des Beurs. Raisonnement erroné: le peuple français existe bien en tant que tel, mais il est composé de plusieurs ethnies bien déterminées qui, au fil des siècles, se sont mêlées et fédérées et ont finalement donné naissance à une réalité originale ayant une unité et un caractère propres. Comme d'autres nations de tradition ancienne, la France s'est constituée autour d'une ethnie fédératrice l'ethnie franque - qui a su imposer sa primauté par son poids, son prestige et ses armes. C'est autour d'elle que se sont formés le peuple français et donc la nation française. Aussi Paris n'est-il pas au centre de la France, mais au cour des pays de langue d'oïl. Notre patrie ne se composait initialement que de 1'Ile-de-France, de même que la Grande-Bretagne était limitée à l'Angleterre et les Pays-Bas à la Hollande. C'est, notons-le en passant, en assimilant le phénomène de l'immigration, tel que nous le connaissons aujourd'hui, à cette genèse de notre pays que certains tentent de justifier l'intégration des étrangrs. Mais le rapprochement n'a pas de sens, car le processus original de formation de notre peuple s'est déroulé sous trois conditions qui sont loin d'être toutes réunies de nos jours.

Les ethnies constitutives de la nation française étaient dans leur ensemble installées sur leurs terres depuis longtemps et n'étaient donc nullement déracinées.

Elles étaient par ailleurs physiquement et culturellement très proches les unes des autres, de sorte que l'amalgame a pu se produire.

Enfin, les siècles ont ouvre pour qu'une mystérieuse alchimie réalise ce qui constitue aujourd'hui le peuple français, peuple où se trouvent mêlés aussi bien les membres les plus typés des diverses ethnies que toute la palette des configurations intermédiaires.

“ Nous serons ce que vous êtes ”

A ce jour, il existe à l'évidence un peuple français et sa réalité est si peu contestable qu'il a produit une vaste culture, troisième fondement de la nation.

La culture ne se compose d'ailleurs pas seulement des arts et lettres, des musées et des monuments historiques. Elle est aussi, fondamentalement, le fruit d'une foi reli-gieuse, de valeurs transcendantes qui déterminent notre perception du monde, notre conception de l'homme, et orientent le sens que nous pouvons donner à notre vie. Elle est aussi l'ensemble des valeurs, des normes, des mythes qui nous viennent de la nuit des temps, héritage mille fois métamorphosé des lignées dont nous sommes issus.

Mémoire de nos idées, elle est également celle de nos gestes et de notre savoir-faire: née de la science, notre technologie doit tout au caractère prométhéen de notre civilisation. Et puisque la culture est tout ce qui s'ajoute à la nature, les modes, les coutumes, les cérémonies qui entourent la naissance et la mort en sont aussi partie intégrante.

La langue est par ailleurs le support et le médium de la culture, comme celle-ci en est aussi le produit. Molière existerait-il sans la langue française, et celle-ci serait-elle ce qu'elle est sans les grands auteurs de notre littérature?

La culture est enfin tout cet ineffable, cet indicible qui fait qu'au tréfonds de son être un Français est fier et sûr de son appartenance et de sa différence.

Ainsi définie, la culture donne une âme à la nation et en assure l'unité. C'est par elle que le territoire devient lieu d'enracinement et le peuple communauté de destin. Par ses mythes, ses valeurs, par la mémoire qu'elle conserve du passé, elle transfigure les réalités quotidiennes pour leur donner une dimension dans l'histoire.

La nation, constituée, comme on l'a dit, d'une terre, d'un peuple et d'une culture, ne pourrait exister sans le travail du temps. Elle ne vaut que par la marque imposée par une succession de générations, fruit d'un héritage multiséculaire. Prétendre, comme les tenants du cosmopolitisme, que tout cet édifice pourrait être modifié et reconstruit sur de nouvelles bases pour y intégrer l'islam et les populations d'Afrique et d'Asie relève de l'absurdité. Lorsque l'Empire romain s'est écroulé, il a fallu plusieurs siècles pour qu'apparaisse une civilisation nouvelle. N'oublions donc pas, comme nous le rappelle Henry de Lesquen, que “ la nation est le rêve d'un peuple qui veut durer dans l'histoire. Elle est constituée des morts, des vivants et de ceux qui vont naître au sein de la communauté. Elle ne se réduit pas à une agglomération d'individus [...]. Elle n'est pas non plus un simple vocable appliqué à des réalités hétérogènes. La nation est faite de chair et d'esprit, elle est un être bioculturel qui, tant qu'il existe, demeure identique à lui-même5 ”. Nous existons parce que nos ancêtres ont vécu et qu'ils nous ont légué leurs oeuvres et leurs croyances. Nos enfants existeront si nous leur transmettons notre héritage. Comme dit le chant spartiate, “ nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes ”.

Les graffiti dans le métro

Voilà pourquoi la nation représente pour nous une valeur sans égale. C'est elle qui nous donne notre personnalité collective. C'est elle aussi qui répond le mieux aux aspirations instinctives et naturelles de tout homme, à son besoin d'enracinement dans un sol, d'identification à un groupe et de références culturelles. Elle est la réponse communautaire au désir identitaire des individus.

Tenter de dissoudre la nation, c'est donc s'en prendre à l'identité des hommes et vouloir les briser: “ Nous cherchons l'identité comme le soleil, dit Robert Ardrey, nous craignons l'anonymat comme nous craignons l'obscurité6. ” Notre personnalité propre étant liée à notre identité collective, toute attaque portée contre celle-ci ne peut que provoquer malaises individuels et troubles sociaux.

“ Quand un être jeune a perdu l'héritage culturel de la civilisation dans laquelle il a grandi, constate Konrad Lorenz, il lui est impossible de s'identifier à qui que ce
soit, il n'est effectivement rien ni personne, et c'est ce que l'on peut voir aujourd'hui dans le vide désespérant qui se lit sur le visage de beaucoup de jeunes gens. Qui a perdu l'héritage culturel de sa civilisation est véritablement un déshérité. Rien d'étonnant à ce qu'il cherche refuge dans l'attitude désespérée d'un autisme obstiné qui fait de lui un ennemi de la société7. ”

Sans doute est-ce pour la même raison que ces jeunes gens désorientés, privés de toute référence identitaire, se dotent spontanément d'un arsenal culturel succinct: quelques mots forgés de toutes pièces, un ou deux signes de reconnaissance, une coiffure, un “ look ” vestimentaire, un ennemi commun, des graffiti dont ils maculeront les murs du métro. Coupés de la civilisation qui était la leur, ils se raccrochent à ce pitoyable substitut qui leur permet au moins de répondre à la question: qui es-tu?

Le déracinement est aussi l'une des explications de la surdélinquance immigrée. Privés de leurs racines, plongés dans une civilisation qui n'est pas la leur, coupés de leur monde et de ses lois, et ne comprenant pas toujours les nôtres, les immigrés se laissent aller à leur instinct.

En brassant peuples et cultures, le cosmopolitisme détruit les identités et fait des victimes aussi bien parmi les autochtones que chez les migrants.

La nation malade

Comment ne pas prendre conscience du danger qui nous menace? Les psychiatres savent bien quels troubles majeurs peuvent provoquer chez un individu le doute sur son identité ou le dédoublement de sa personnalité. Une nation ne peut pas, sans dommage, ne plus savoir qui elle est ou, plus grave encore, assister à l'éclatement de sa propre substance en plusieurs entités distinctes. Une société multiculturelle ne se conçoit pas plus qu'un homme qui posséderait plusieurs personnalités. Pour les sociétés comme pour les individus, il s'agit là d'une maladie grave dont l'issue peut être fatale.

Une éclipse de l'identité collective risque de conduire une nation à la paralysie et au déclin. Pourquoi en effet faire fructifier et rayonner la civilisation dont on est dépositaire si l'on ne sait plus ce qu'elle est, si l'on n'est plus sensible à sa beauté et à sa valeur? Pourquoi vouloir la transmettre à ses descendants? Et à quoi bon prendre les armes pour la défendre contre des envahisseurs si l'on croit que leur civilisation est meilleure que la nôtre? Comme le dit le professeur von Hayek, “ pour la science de l'anthropologie, toutes les cultures et toutes les morales peuvent être également bonnes, mais nous ne faisons durer les nôtres qu'en traitant les autres comme moins bonnes que les nôtres8 ”.

La survie passe par l'affirmation de soi et par un certain refus des autres. Dans le Regard éloigné, Claude Lévi-Strauss reconnaît lui-même que l'ethnocentrisme n'est pas condamnable, qu'il est même normal et légitime qu'une société accorde la préférence aux siens, à sa propre culture et à ses propres valeurs, et il ajoute: “ Si l'humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu'elle a su créer dans le passé, capable seulement de donner le jour à des ouvrages bâtards, à des inventions grossières et puériles, elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l'appel des autres valeurs pouvant aller jusqu'à leur refus sinon même leur negation9. ”

Le marché cosmopolite

L'affirmation de notre identité ne se limite cependant pas à l'expression de sa seule dimension nationale. En réalité, notre personnalité est façonnée par ces multiples communautés auxquelles nous appartenons: la famille comme l'entreprise, le terroir comme l'ethnie. Ainsi n'y a-t-il pas contradiction entre l'attachement à l'Europe et le sentiment national, car la civilisation européenne est, elle aussi, une composante de notre identité. Encore faut-il avoir de l'organisation de notre continent une vision identitaire, car deux conceptions radicalement opposées de l'Europe s'affrontent aujourd'hui.

La première est fondée sur l'idée que la planète a vocation à s'homogénéiser et à s'unifier, l'intégration européenne n'étant, dans cette perspective, que la première étape de cette évolution. Une telle conception d'inspiration cosmopolite méprise les principes fondateurs de notre identité.

Ainsi, la notion même de territoire est ignorée puisque, au moment où l'on supprime les frontières entre les pays européens, on abaisse celles qui protègent l'Europe du reste du monde.

En vérité, on ne cherche pas à créer une communauté des peuples européens. Les institutions bruxelloises ne jouent-elles pas aujourd'hui comme un accélérateur de l'immigration en provenance du tiers monde ? Et n'est-ce pas le Parlement de Strasbourg qui s'est prononcé à deux reprises pour le droit de vote des étrangers10? Quant aux dispositions sur la circulation des personnes et les contrôles aux frontières, elles risquent de favoriser la pénétration des immigrés clandestins.

L'identité culturelle de l'Europe est de son côté systématiquement ignorée. La candidature de la Turquie, pays musulman et asiatique désirant adhérer à la CEE, sera consciencieusement examinée au même titre - on croit rêver - que celle de l'Autriche, vieux pays européen. Aucun responsable des institutions européennes, aucun ministre du gouvernement français, aucun député européen d'une des formations de la classe politique n'ose dire clairement et honnêtement: “ La Turquie n'est pas une nation européenne et, bien qu'alliée et amie de ce continent, elle n'y a donc pas sa place! ” Il est vrai que la candidature des pays du Maghreb - comme le Maroc - a été envisagée et qu'Israël, pays du MoyenOrient, est considéré comme européen pour certaines compétitions sportives comme la coupe d'Europe de basket-ball et le concours Eurovision de la chanson!

De même que la France est aujourd'hui considérée comme un territoire régi par les seuls droits de l'homme, de même l'Europe bruxelloise n'est, selon les tenants du cosmopolitisme, qu'un espace pour un marché unique. Il y a manifestement antinomie entre cette conception réductrice et l'idée même d'Europe: a-t-on seulement songé que l'économie de type libéral industriel avancé n'est pas propre à notre seul continent? Si la Communauté a pour unique objectif d'améliorer la prospérité de ses États membrès grâce aux seules vertus du grand marché, pourquoi ne pas étendre celui-ci aux États-Unis et au Japon? Selon cette logique, en effet, un marché plus vaste pourrait encore accroître la prospérité, et entraîner la dissolution de l'Europe!

Lépante et Poitiers

Nous récusons totalement cette conception cosmopolite de l'avenir de notre continent. Comme toute entreprise contaminée par l'idéologie mondialiste, elle ne peut en effet conduire qu'à la destruction de ce que nous sommes. L'Europe n'a de sens que pensée comme une authentique communauté de civilisation.

A l'échelle du monde, les peuples européens constituent une même famille. Ils partagent les mêmes origines ethniques, la même religion chrétienne, la même histoire, les mêmes coutumes, les mêmes moeurs. Ils ont, chacun à leur tour, rayonné sur les autres et sur le monde. Leurs cultures sont proches: Aristote, saint Thomas d'Aquin, Shakespeare, Dante, Racine ou Goethe, Michel-Ange, Vivaldi, Bach ou Messiaen sont issus du même creuset, et chaque Européen se reconnaît dans leurs oeuvres. Osons même l'affirmer: notre civilisation européenne est la plus grande qu'ait connue la planète. L'Europe a découvert le monde entier sans jamais avoir été découverte. Elle s'est répandue sur toutes les terres où elle a apporté au moins deux valeurs essentielles: d'une part, la liberté et le respect des personnes; d'autre part, la science et la technique. Sans elle, le monde serait sans doute encore plongé dans l'obscurantisme et l'obscurité!

Aujourd'hui, alors que les enjeux sont planétaires et que les grandes civilisations vont s'entrechoquer, il faut éviter toute méprise: notre identité de Français n'est pas menacée par celle des Allemands, en revanche le monde afro-asiatique et musulman constitue un réel danger pour le continent européen et chrétien. Souvenons-nous de Salamine, des champs Catalauniques, de Poitiers, de Saint-Jean-d'Acre, de Vienne et de Lépantg: les peuples d'Europe ont déjà scellé dans l'histoire, par le sang et la souffrance, leur commune identité face aux autres civilisations.

Ne nous crispons pas sur notre passé national et sur les anciennes querelles de l'histoire du vieux continent. Sachons plutôt opposer à la conception cosmopolite de l'Europe une vision identitaire. La première détruit les nations, la seconde assure leur survie. La première accélère leur déclin, la seconde oeuvre à leur renouveau. La première est la vision de l'oligarchie, la seconde est la nôtre et celle des peuples européens.

Ainsi notre attachement à la nation exprime-t-il fondamentalement la fidélité à ce que nous sommes. Cette fidélité n'est pas figée, car notre identité est riche des multiples communautés qui la façonnent: la famille, communauté de sang, le terroir, communauté d'enracinement, la nation, communauté de destin, et l'Europe, communauté de civilisation.

La boussole identitaire

Lorsque les menaces s'accumulent, lorsque l'horizon s'obscurcit et qu'on croit ne plus comprendre le sens de l'histoire, conservons comme boussole celle de la fidélité à notre identité. Elle ne peut se tromper, car rien n'est plus conforme à notre intérêt que ce qui nous a fait ce que nous sommes!


1. Valeurs actuelles, 17 juillet 1989.

2. Harlem Désir, SOS Désir, 1987.

3. Robert Ardrey, l'Impératif territorial, Stock, 1967.

4. Miche! Maffesoli, le Temps des tribus. Le déclin de l'individua-lisme dans les sociétés de masse, Méridiens-Klincksieck, 1988

5. Henry de Lesquen, Qu'est-ce que la nation ? CdH, 1989.

5. Robert Ardrey, op. cit.

6. Konrad Lorenz, op. cit.

8. Friedrich von Hayek, l'Ordre politique d'un peuple libre, PUF, 1983.

9. Claude Lévi-Strauss, le Regard éloigné, Gallimard.

10. Le 10mai1985 et le 14 février 1989.

 



   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

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