La seule querelle qui vaille aujourd'hui
est celle de notre identité. Peut-on en effet
exister, durer, peser dans le monde si l'on n'a plus
la conscience et la fierté de soimême?
Soit les hommes et leurs communautés vivent
et affirment leur fidélité à
ce qu'ils sont, soit ils laissent leur personnalité
se diluer et alors ils s'effacent et se détruisent.
“ Être ou ne pas être ? ”
s'interrogeait Hamlet. Telle est en effet la vraie
question. En ces temps de cosmopolitisme débridé,
face aux sectateurs du mélange et du déracinement
universel, proclamons sans hésiter notre volonté
d'être et adoptons comme principe d'action la
promotion sans complexe de notre identité.
L'amnésie
hexagonale
Conflits, invasions, guerres
civiles, révolutions: la France a connu beaucoup
de crises majeures au cours de son histoire. Jamais
pourtant, même aux heures les plus sombres,
notre identité n'a souffert d'une éclipse
comparable à celle qui l'affecte actuellement.
Jamais la mémoire de ce que nous sommes n'avait
été à ce point pervertie.
Cette dangereuse amnésie touche
l'ensemble de notre peuple qui perd ainsi la conscience
de son histoire et abandonne progressivement ses valeurs
et ses traditions. Mais elle frappe plus durement
encore l'intelligentsia qui semble aujourd'hui avoir
oublié tout ce qu'a pu être et tout ce
que représente encore notre nation.
Écoutez les intellectuels,
les tenants de la classe politique ou ceux de la caste
médiatique! Comment parlent-ils de la France?
“ L'identité française, explique
M. Stasi, repose selon moi essentiellement sur un
certain nombre de valeurs partagées: les droits
de l'homme, la liberté, l'égalité,
la fraternité, la démocratie pluraliste,
la séparation de l'Église et de l'État'.
” La France réduite à un ensemble
de normes juridiques et définie par le seul
énoncé de ses principes constitutionnels!
Dans cet esprit, M. Devedjian, l'un des dirigeants
du RPR, est encore plus lapidaire: “ Les étrangers
doivent respecter les valeurs dominantes de la société
française, c'està-dire les droits de
l'homme'. ” Deux exemples parmi tant d'autres...
Ainsi, les hiérarques de l'établissement
paraissent ne plus avoir qu'une vision réductrice
et abstraite de notre pays: la France serait un territoire
soumis au seul empire moral et juridique des droits
de l'homme. Le peuple français? Les lignées
d'ancêtres et leurs sacrifices? Les héros?
Les mythes? La culture, les siècles d'histoire?
Ils n'en ont cure. Ils se contentent de reléguer
le passé dans un oubli respectueux, parmi les
toiles et les sculptures du Louvre. Ils ne savent
plus le nom de nos terroirs, ils ne contemplent plus
le visage de notre peuple: la France est devenue l'Hexagone
”. Dans leurs discours, ils parlent d'elle avec
la distance et la froideur des technocrates: “
ce pays ”, disent-ils pour désigner leur
patrie.
Qu'ils relisent donc - mais l'ont-ils
jamais lu? - ce passage de l'un de leurs illustres
prédécesseurs:
“ Vieille terre rongée
par les âges, rabotée de pluies et de
tempêtes, épuisée de végétation
mais prête indéfiniment à produire
ce qu'il faut pour que se succèdent les vivants.
“ Vieille France, accablée
d'histoire, meurtrie de guerres et de révolutions,
allant et venant sans relâche de la grandeur
au déclin mais redressée, de siècle
en siècle, par le génie du renouveau.
”
On est loin évidemment de la
formule branchée de M. Léotard: “
La France est un pays formidable: c'est la patrie
des droits de l'homme. ”
Maurras est-il français?
Comment expliquer cette amnésie
sinon par les ravages que le cosmopolitisme cause
chez les responsables de l'établissement qui
semblent s'interdire désormais la simple évocation
de l'identité de la France?
Leur définition de la nation
rejoint d'ailleurs celle du lobby mondialiste. Et
Harlem Désir donne le ton en affirmant: “
La France de SOS-Racisme est celle de 1789, celle
du libre contrat et des droits respectes2. ”
La formule exprime parfaitement la conception apatride
de la France.
La référence à
1789 fournit l'ancrage indispensable aux sources de
la nouvelle “ légitimité ”,
celle des droits de l'homme et de la Révolution
conçue comme mythe fondateur.
Le contrat social de Rousseau apporte
de son côté une réponse pratique
à la question posée par l'immigration.
Il suffit selon lui que les hommes concluent librement
un pacte à propos des règles communes
à respecter pour que se constitue une nation.
M. Finkielkraut, l'une des vedettes du prêt-à-penser
cosmopolite, précise la théorie: réduisant
la nationalité à cette seule dimension
contractuelle, il refuse dans le même temps
l'emprisonnement de la volonté individuelle
dans la culture dont elle est issue ”. Ainsi
n'y a-t-il plus selon lui la moindre contradiction
entre immigration et maintien de l'identité
nationale: si les étrangers qui s'installent
dans l' Hexagone ” adhèrent aux règles
du contrat, c'està-dire aux droits de l'homme,
ils pourront être “ intégrés
” à notre patrie.
Une telle définition permet
en outre d'exclure les adversaires de l'oligarchie.
Si la France est née en 1789, si la nationalité
française se définit par le seul attachement
aux droits de l'homme, que deviennent ceux qui rejettent
la Nouvelle Idéologie Socialiste? Sont-ils
même encore français ? La France d'avant
la Révolution est-elle encore la France? Et
Maurras, qui aurait combattu cette nouvelle conception
de notre patrie, demeure-t-il notre compatriote? Voici
donc à nouveau à l'oeuvre la technique
d'exclusion, désormais classique, du lobby
mondialiste: tous ceux qui n'acceptent pas ses idées
sur la nation ne sont plus français au regard
même de la définition qu'il en donne.
Un Beur, disciple de Harlem Désir, qui a voté
Mitterrand, qui boit du Coca et écoute du rai
ou de la salsa, devient, selon les mondialistes, plus
français qu'un partisan de l'Action française.
Le ridicule ne tue plus!
La démocratie
charnelle
Certes, les droits de l'homme
et du citoyen conçus comme des libertés
fondamentales appartiennent à notre patrimoine
culturel, juridique et politique, mais ils ne représentent
en tout état de cause qu'une faible partie
des valeurs qui ont façonné notre pays.
Quand on sait que les constructions juridiques ne
tiennent que si elles s'enracinent dans la tradition
d'un peuple, il est paradoxal de ne voir dans notre
identité nationale que ces droits abstraits
et d'ignorer les réalités plus charnelles
de notre patrie.
Ainsi la démocratie, présentée
aujourd'hui comme une conquête des droits de
l'homme, se définit-elle avant tout comme l'expression
de la souveraineté populaire. Comment, dans
ces conditions, pourrait-elle exister sans nation
et se trouver réduite à un simple jeu
de mécanismes électoraux et institutionnels
comme il en existe dans les assemblées générales
d'associations ou de sociétés anonymes?
Pour s'épanouir, elle a besoin d'une communauté
d'hommes et de femmes qui se reconnaissent une identité,
des origines, une histoire, une langue, une religion
communes, bref, un destin partagé. Sans ces
liens ancestraux, jamais les disciplines contraignantes
propres à la démocratie ne pourraient
être spontanément et librement respectées.
Un simple regard sur les nations du
monde permet de constater que la démocratie
ne s'exerce véritablement que dans les pays
où il existe un peuple dans la pleine acception
du terme. Certains s'étonnent que les États
du tiers monde vivent pour la plupart sous un régime
autoritaire. Cette situation ne tient pas principalement
à leur sous-développement, mais au fait
qu'étant constitués d'une mosaïque
de tribus ou d'ethnies ils ne peuvent pas observer
les règles exigeantes de la démocratie
au même titre qu'un peuple modelé et
uni par l'histoire. De façon analogue, les
grands empires comme l'Autriche-Hongrie, qui rassemblaient
sous leur tutelle des nationalités différentes,
n'ont jamais pu mettre en application les principes
démocratiques.
Il est donc absurde de réduire
la France aux valeurs de la démocratie et d'attenter
à l'identité de son peuple en lui imposant
la présence d'innombrables étrangers
inassimilables: l'éclatement de la nation française
mettrait en péril ses institutions.
Le contrat introuvable
Qui par ailleurs peut croire que les immigrés
qui s'installent sur notre sol adhèrent à
la vision juridique que donne Harlem Désir
de la France? Où se situe la signature symbolique
d'un tel document dans la procédure actuelle
d'acquisition automatique de la nationalité
fran-çaise? Lorsque les jeunes Beurs deviennent
citoyens à dix-huit ans, sans en avoir fait
la demande et souvent même sans le savoir, se
sentent-ils soudain liés par le contrat social
de Rousseau? Certainement pas. D'ailleurs, les faits
eux-mêmes le prouvent: si la population extra-européenne
présente un taux de délinquance beaucoup
plus élevé que celui des Français
de souche, n'est-ce pas le signe que les immigrés
ne se sentent pas réellement liés par
les lois de notre pays et qu'ils n'y respectent aucun
contrat?
On ne peut donc concevoir la France
en fonction du seul critère juridique du “
libre contrat et des droits respectés ”:
le contrat est introuvable et les droits, quant à
eux, sont à sens unique.
Fâcheusement réductionniste
également, cette manière de considérer
la France comme la patrie des droits de l'homme. Car
la Grande-Bretagne et les États-Unis peuvent
tout autant que nous revendiquer cette prérogative:
Mme Thatcher en fit d'ailleurs la remarque à
M. Mitterrand lors des fêtes du Bicentenaire.
Que peut valoir une définition
de notre pays qui ne le distingue pas des autres nations
occidentales? Manifestement insuffisante, elle n'est
en réalité qu'un artifice destiné
à légitimer l'érosion de notre
identité nationale et l'installation massive
d'immigrés extra-européens sur notre
territoire. Dommage qu'elle puisse abuser les naïfs
et les faibles!
Le chien devant la clôture
La nation est tout autre chose.
C'est une terre, un peuple et une culture. Sublimée
par le mythe, sacralisée par l'histoire, organisée
par l'État, elle est la mise en forme des trois
composants dont l'homme a besoin pour fonder son identité:
l'enracinement dans un sol, l'appartenance à
un groupe et l'identification à une culture.
Une nation s'établit sur un
territoire qu'elle s'appro-prie et qu'elle défend
contre tout agresseur. Comment imaginer une nation
qui ne revendiquerait pas une portion de la surface
du globe? De même qu'il n'y a pas de cellule
familiale sans domicile, il n'y a pas de nation sans
espace territorial. Mais, au contraire de la famille,
un peuple ne peut que très exceptionnellement
se choisir un autre emplacement que celui où
ont vécu ses ancêtres, et c'est en ce
sens qu'il est le détenteur d'une patrie.
Facteur déterminant de l'identité
d'un peuple, ce besoin impératif de posséder
un foyer national répond à cet instinct
territorial si profondément ancré dans
la nature humaine et que l'on retrouve d'ailleurs
chez de nombreuses espèces animales.
“ Un territoire, écrit
Robert Ardrey, est un espace vital terrestre, aquatique
ou aérien qu'un animal ou un groupe d'animaux
défend comme étant sa propriété
exclusive. Par "impératif territorial
", on entend l'impulsion qui portç tout
être animé à conquérir
cette propriété et à la protéger
contre toute violation [...]. Il semble qu'un mystérieux
influx d'énergie lui soit communiqué
sur son propre fief: l'agresseur est presque à
coup sûr vaincu, l'intrus repoussé. D'autre
part, ce dernier a parfaitement conscience de sa faute.
Il est retenu par une inhibition tellement marquée
qu'il est permis de se demander si toutes les espèces
territoriales n'ont pas un sens universel de la propriété
beaucoup plus profond qu'il ne l'aurait été
si elles l'avaient acquis par l'éducation [...].
Lorsque votre chien aboie en voyant passer un étranger
devant votre clôture, en quoi son mobile diffère-t-il
de celui qui vous a poussé à la construire3?
”
Le “ sanctuaire
”
Cet instinct territorial se
manifeste chez l'homme par le sens de la propriété:
il pousse les individus à acquérir leur
logement et à s'enraciner dans un coin de terre.
Dans les pays communistes, les entreprises
de collectivisation de l'agriculture ont échoué
parce qu'elles allaient à l'encontre de cette
donnée de la nature humaine. Le kolkhozien
soviétique a toujours - on le sait - consacré
l'essentiel de ses soins à sa petite concession
individuelle.
L'attachement au sol est si fort qu'on
le trouve dans l'histoire à l'origine d'innombrables
conflits. On se bat pour une terre autant que pour
les siens. Lorsque la guerre survient, c'est d'abord
en fonction de cet impératif que l'on établit
sa stratégie, et l'ère nucléaire
n'a pas bouleversé cette réalité
ancestrale. Si la “ bataille de l'avant ”
est prévue dans nos plans, la dissuasion nucléaire
ne peut jouer, quant à elle, que pour protéger
le territoire national, du reste appelé pour
la circonstance du terme révélateur
de “ sanctuaire ” par les militaires.
Si cette notion est si importante,
c'est parce que la possession d'une portion de sol
donne aux hommes leur place sur cette terre, assure
leur enracinement par le contact avec la nature et
leur offre la possibilité de perdurer par delà
les âges grâce aux marques tangibles qu'ils
y ont laissées. Le territoire est indispensable
à la survie d'un peuple, et ceux qui, comme
les juifs, en ont été privés
au cours de l'histoire n'ont pu conserver leur identité
que dans le souvenir de la terre de leurs ancêtres,
terre qui continuait de leur appartenir même
si elle leur était momentanément interdite.
“ L'an prochain à Jerusalem ” sonnait
comme un mot de passe pour la Diaspora.
Quant aux frontières, elles
sont donc légitimes et il n'y a pas lieu d'en
faire le symbole des conflits et des affrontements.
Bien au contraire: lorsque des limites naturelles
et incontestables entre les nations existent, les
guerres sont moins fréquentes. Inversement,
c'est par exemple dans le nord et l'est de la France,
là où la nature n'a pas fixé
de barrière, que, pour l'essentiel, se concentrèrent
les conflits dans lesquels fut engagé notre
pays. “ Il n'est de bon voisinage que de bonnes
clôtures ”, dit l'adage. Image de sécurité
et de paix, la frontière est aussi le sym-bole
de la diversité et de la richesse du monde.
Une terre sans frontières, celle dont rêvent
les cosmopolites, ne serait qu'une étendue
monotone et dangereuse.
L'ambiance tribale
La nation, c'est aussi un peuple, réalité
indispensable à l'épanouissement des
personnes, car il n'est pas d'identité sans
appartenance à un groupe. Tout autant que d'être
enraciné dans la nature par l'intermédiaire
d'un territoire, l'être humain a besoin de se
sentir ancré dans l'humanité au travers
de communautés privilégiées au
sein desquelles l'harmonie règne entre lui
et ses proches. De tels groupes lui permettent de
s'identifier aux siens, de se différencier
des étrangers et enfin de s'affirmer et de
savoir qui il est.
Sans doute ces communautés
d'appartenance sontelles nombreuses et variées,
et c'est bien grâce à leur complémentarité
que les individus peuvent façonner leur identité.
Certains groupes, comme la famille ou l'ethnie, se
fondent sur des liens très forts, comme ceux
du sang; d'autres sont caractérisés
par des attaches culturelles: partis politiques, associations,
par exemple. Tous cependant sont nécessaires
aux hommes qui trouvent en eux les références
indispensables à leur épanouissement.
Cela est si vrai que, lorsque les
structures sociales semblent détruites, des
communautés se reconstituent spontanément,
ainsi que l'a récemment analysé le sociologue
Michel Maffesoli4 ". En réaction à
la massification des opinions et des comportements,
notre société suscite une identification
à des groupes ou à des modes, provoquant
ainsi une multiplication de réseaux de connivence
et créant ce que Miche! Maffesoli appelle l'ambiance
tribale ”. Le sociologue constate par ailleurs
qu'il se produit un retour à des valeurs qu'il
juge “ archaïques ” et que, nous,
nous tenons pour “ éternelles ”:
l'enracinement dans un terroir, l'attachement à
un groupe, à la famille, en un mot le désir
d'identité.
C'est pour des raisons analogues que
des jeunes se rassemblent en groupes dans les banlieues
cosmopolites des grandes villes. Les bandes qu'ils
forment, dont les membres sont le plus souvent recrutés
en fonction de critères ethniques, portent
des noms exotiques, punks, mods, red skins, blacks,
skin heads, et s'attribuent un territoire qu'elles
défendent sauvagement contre les tribus adverses.
Rejetés par la société, dépourvus
d'attaches familiales et professionnelles, ces jeunes
gens se regroupent en communautés rudimentaires
pour se doter des signes sommaires qui leur permettront
de se reconnaître entre eux et de se différencier
des autres. La destruction des communautés
traditionnelles conduit, on le voit, à une
terrible régression: la société
se décompose en tribus et la bande éclipse
la famille.
De chair et d'os
Fondement de la nation, le peuple représente,
avec la famille, la communauté sans doute la
plus accomplie que les hommes aient pu constituer
à ce jour. Il n'est pas cette réalité
abstraite que croient percevoir les technocrates de
l'établissement mais bien une entité
vivante faite, comme le disait Barrès, “
de chair et d'os ”.
Ceux qui contestent la notion même
de peuple mettent en avant sa diversité ethnique.
Selon eux, il n'y aurait pas de peuple français
puisque cohabitent des Basques, des Bretons, des Alsaciens,
des blonds, des bruns et aujourd'hui des Beurs. Raisonnement
erroné: le peuple français existe bien
en tant que tel, mais il est composé de plusieurs
ethnies bien déterminées qui, au fil
des siècles, se sont mêlées et
fédérées et ont finalement donné
naissance à une réalité originale
ayant une unité et un caractère propres.
Comme d'autres nations de tradition ancienne, la France
s'est constituée autour d'une ethnie fédératrice
l'ethnie franque - qui a su imposer sa primauté
par son poids, son prestige et ses armes. C'est autour
d'elle que se sont formés le peuple français
et donc la nation française. Aussi Paris n'est-il
pas au centre de la France, mais au cour des pays
de langue d'oïl. Notre patrie ne se composait
initialement que de 1'Ile-de-France, de même
que la Grande-Bretagne était limitée
à l'Angleterre et les Pays-Bas à la
Hollande. C'est, notons-le en passant, en assimilant
le phénomène de l'immigration, tel que
nous le connaissons aujourd'hui, à cette genèse
de notre pays que certains tentent de justifier l'intégration
des étrangrs. Mais le rapprochement n'a pas
de sens, car le processus original de formation de
notre peuple s'est déroulé sous trois
conditions qui sont loin d'être toutes réunies
de nos jours.
Les ethnies constitutives de la nation
française étaient dans leur ensemble
installées sur leurs terres depuis longtemps
et n'étaient donc nullement déracinées.
Elles étaient par ailleurs
physiquement et culturellement très proches
les unes des autres, de sorte que l'amalgame a pu
se produire.
Enfin, les siècles ont ouvre
pour qu'une mystérieuse alchimie réalise
ce qui constitue aujourd'hui le peuple français,
peuple où se trouvent mêlés aussi
bien les membres les plus typés des diverses
ethnies que toute la palette des configurations intermédiaires.
“ Nous serons
ce que vous êtes ”
A ce jour, il existe à
l'évidence un peuple français et sa
réalité est si peu contestable qu'il
a produit une vaste culture, troisième fondement
de la nation.
La culture ne se compose d'ailleurs
pas seulement des arts et lettres, des musées
et des monuments historiques. Elle est aussi, fondamentalement,
le fruit d'une foi reli-gieuse, de valeurs transcendantes
qui déterminent notre perception du monde,
notre conception de l'homme, et orientent le sens
que nous pouvons donner à notre vie. Elle est
aussi l'ensemble des valeurs, des normes, des mythes
qui nous viennent de la nuit des temps, héritage
mille fois métamorphosé des lignées
dont nous sommes issus.
Mémoire de nos idées,
elle est également celle de nos gestes et de
notre savoir-faire: née de la science, notre
technologie doit tout au caractère prométhéen
de notre civilisation. Et puisque la culture est tout
ce qui s'ajoute à la nature, les modes, les
coutumes, les cérémonies qui entourent
la naissance et la mort en sont aussi partie intégrante.
La langue est par ailleurs le support
et le médium de la culture, comme celle-ci
en est aussi le produit. Molière existerait-il
sans la langue française, et celle-ci serait-elle
ce qu'elle est sans les grands auteurs de notre littérature?
La culture est enfin tout cet ineffable,
cet indicible qui fait qu'au tréfonds de son
être un Français est fier et sûr
de son appartenance et de sa différence.
Ainsi définie, la culture donne
une âme à la nation et en assure l'unité.
C'est par elle que le territoire devient lieu d'enracinement
et le peuple communauté de destin. Par ses
mythes, ses valeurs, par la mémoire qu'elle
conserve du passé, elle transfigure les réalités
quotidiennes pour leur donner une dimension dans l'histoire.
La nation, constituée, comme
on l'a dit, d'une terre, d'un peuple et d'une culture,
ne pourrait exister sans le travail du temps. Elle
ne vaut que par la marque imposée par une succession
de générations, fruit d'un héritage
multiséculaire. Prétendre, comme les
tenants du cosmopolitisme, que tout cet édifice
pourrait être modifié et reconstruit
sur de nouvelles bases pour y intégrer l'islam
et les populations d'Afrique et d'Asie relève
de l'absurdité. Lorsque l'Empire romain s'est
écroulé, il a fallu plusieurs siècles
pour qu'apparaisse une civilisation nouvelle. N'oublions
donc pas, comme nous le rappelle Henry de Lesquen,
que “ la nation est le rêve d'un peuple
qui veut durer dans l'histoire. Elle est constituée
des morts, des vivants et de ceux qui vont naître
au sein de la communauté. Elle ne se réduit
pas à une agglomération d'individus
[...]. Elle n'est pas non plus un simple vocable appliqué
à des réalités hétérogènes.
La nation est faite de chair et d'esprit, elle est
un être bioculturel qui, tant qu'il existe,
demeure identique à lui-même5 ”.
Nous existons parce que nos
ancêtres ont vécu et qu'ils nous ont
légué leurs oeuvres et leurs croyances.
Nos enfants existeront si nous leur transmettons notre
héritage. Comme dit le chant spartiate, “
nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce
que vous êtes ”.
Les graffiti dans le métro
Voilà pourquoi la nation représente
pour nous une valeur sans égale. C'est elle
qui nous donne notre personnalité collective.
C'est elle aussi qui répond le mieux aux aspirations
instinctives et naturelles de tout homme, à
son besoin d'enracinement dans un sol, d'identification
à un groupe et de références
culturelles. Elle est la réponse communautaire
au désir identitaire des individus.
Tenter de dissoudre la nation, c'est
donc s'en prendre à l'identité des hommes
et vouloir les briser: “ Nous cherchons l'identité
comme le soleil, dit Robert Ardrey, nous craignons
l'anonymat comme nous craignons l'obscurité6.
” Notre personnalité propre étant
liée à notre identité collective,
toute attaque portée contre celle-ci ne peut
que provoquer malaises individuels et troubles sociaux.
“ Quand un être jeune
a perdu l'héritage culturel de la civilisation
dans laquelle il a grandi, constate Konrad Lorenz,
il lui est impossible de s'identifier à qui
que ce
soit, il n'est effectivement rien ni personne, et
c'est ce que l'on peut voir aujourd'hui dans le vide
désespérant qui se lit sur le visage
de beaucoup de jeunes gens. Qui a perdu l'héritage
culturel de sa civilisation est véritablement
un déshérité. Rien d'étonnant
à ce qu'il cherche refuge dans l'attitude désespérée
d'un autisme obstiné qui fait de lui un ennemi
de la société7. ”
Sans doute est-ce pour la même
raison que ces jeunes gens désorientés,
privés de toute référence identitaire,
se dotent spontanément d'un arsenal culturel
succinct: quelques mots forgés de toutes pièces,
un ou deux signes de reconnaissance, une coiffure,
un “ look ” vestimentaire, un ennemi commun,
des graffiti dont ils maculeront les murs du métro.
Coupés de la civilisation qui était
la leur, ils se raccrochent à ce pitoyable
substitut qui leur permet au moins de répondre
à la question: qui es-tu?
Le déracinement est aussi l'une
des explications de la surdélinquance immigrée.
Privés de leurs racines, plongés dans
une civilisation qui n'est pas la leur, coupés
de leur monde et de ses lois, et ne comprenant pas
toujours les nôtres, les immigrés se
laissent aller à leur instinct.
En brassant peuples et cultures, le
cosmopolitisme détruit les identités
et fait des victimes aussi bien parmi les autochtones
que chez les migrants.
La nation malade
Comment ne pas prendre conscience du danger qui nous
menace? Les psychiatres savent bien quels troubles
majeurs peuvent provoquer chez un individu le doute
sur son identité ou le dédoublement
de sa personnalité. Une nation ne peut pas,
sans dommage, ne plus savoir qui elle est ou, plus
grave encore, assister à l'éclatement
de sa propre substance en plusieurs entités
distinctes. Une société multiculturelle
ne se conçoit pas plus qu'un homme qui posséderait
plusieurs personnalités. Pour les sociétés
comme pour les individus, il s'agit là d'une
maladie grave dont l'issue peut être fatale.
Une éclipse de l'identité
collective risque de conduire une nation à
la paralysie et au déclin. Pourquoi en effet
faire fructifier et rayonner la civilisation dont
on est dépositaire si l'on ne sait plus ce
qu'elle est, si l'on n'est plus sensible à
sa beauté et à sa valeur? Pourquoi vouloir
la transmettre à ses descendants? Et à
quoi bon prendre les armes pour la défendre
contre des envahisseurs si l'on croit que leur civilisation
est meilleure que la nôtre? Comme le dit le
professeur von Hayek, “ pour la science de l'anthropologie,
toutes les cultures et toutes les morales peuvent
être également bonnes, mais nous ne faisons
durer les nôtres qu'en traitant les autres comme
moins bonnes que les nôtres8 ”.
La survie passe par l'affirmation
de soi et par un certain refus des autres. Dans le
Regard éloigné, Claude Lévi-Strauss
reconnaît lui-même que l'ethnocentrisme
n'est pas condamnable, qu'il est même normal
et légitime qu'une société accorde
la préférence aux siens, à sa
propre culture et à ses propres valeurs, et
il ajoute: “ Si l'humanité ne se résigne
pas à devenir la consommatrice stérile
des seules valeurs qu'elle a su créer dans
le passé, capable seulement de donner le jour
à des ouvrages bâtards, à des
inventions grossières et puériles, elle
devra réapprendre que toute création
véritable implique une certaine surdité
à l'appel des autres valeurs pouvant aller
jusqu'à leur refus sinon même leur negation9.
”
Le marché cosmopolite
L'affirmation de notre identité
ne se limite cependant pas à l'expression de
sa seule dimension nationale. En réalité,
notre personnalité est façonnée
par ces multiples communautés auxquelles nous
appartenons: la famille comme l'entreprise, le terroir
comme l'ethnie. Ainsi n'y a-t-il pas contradiction
entre l'attachement à l'Europe et le sentiment
national, car la civilisation européenne est,
elle aussi, une composante de notre identité.
Encore faut-il avoir de l'organisation de notre continent
une vision identitaire, car deux conceptions radicalement
opposées de l'Europe s'affrontent aujourd'hui.
La première est fondée
sur l'idée que la planète a vocation
à s'homogénéiser et à
s'unifier, l'intégration européenne
n'étant, dans cette perspective, que la première
étape de cette évolution. Une telle
conception d'inspiration cosmopolite méprise
les principes fondateurs de notre identité.
Ainsi, la notion même de territoire
est ignorée puisque, au moment où l'on
supprime les frontières entre les pays européens,
on abaisse celles qui protègent l'Europe du
reste du monde.
En vérité, on ne cherche
pas à créer une communauté des
peuples européens. Les institutions bruxelloises
ne jouent-elles pas aujourd'hui comme un accélérateur
de l'immigration en provenance du tiers monde ? Et
n'est-ce pas le Parlement de Strasbourg qui s'est
prononcé à deux reprises pour le droit
de vote des étrangers10? Quant aux dispositions
sur la circulation des personnes et les contrôles
aux frontières, elles risquent de favoriser
la pénétration des immigrés clandestins.
L'identité culturelle de l'Europe
est de son côté systématiquement
ignorée. La candidature de la Turquie, pays
musulman et asiatique désirant adhérer
à la CEE, sera consciencieusement examinée
au même titre - on croit rêver - que celle
de l'Autriche, vieux pays européen. Aucun responsable
des institutions européennes, aucun ministre
du gouvernement français, aucun député
européen d'une des formations de la classe
politique n'ose dire clairement et honnêtement:
“ La Turquie n'est pas une nation européenne
et, bien qu'alliée et amie de ce continent,
elle n'y a donc pas sa place! ” Il est vrai
que la candidature des pays du Maghreb - comme le
Maroc - a été envisagée et qu'Israël,
pays du MoyenOrient, est considéré comme
européen pour certaines compétitions
sportives comme la coupe d'Europe de basket-ball et
le concours Eurovision de la chanson!
De même que la France est aujourd'hui
considérée comme un territoire régi
par les seuls droits de l'homme, de même l'Europe
bruxelloise n'est, selon les tenants du cosmopolitisme,
qu'un espace pour un marché unique. Il y a
manifestement antinomie entre cette conception réductrice
et l'idée même d'Europe: a-t-on seulement
songé que l'économie de type libéral
industriel avancé n'est pas propre à
notre seul continent? Si la Communauté a pour
unique objectif d'améliorer la prospérité
de ses États membrès grâce aux
seules vertus du grand marché, pourquoi ne
pas étendre celui-ci aux États-Unis
et au Japon? Selon cette logique, en effet, un marché
plus vaste pourrait encore accroître la prospérité,
et entraîner la dissolution de l'Europe!
Lépante et Poitiers
Nous récusons totalement
cette conception cosmopolite de l'avenir de notre
continent. Comme toute entreprise contaminée
par l'idéologie mondialiste, elle ne peut en
effet conduire qu'à la destruction de ce que
nous sommes. L'Europe n'a de sens que pensée
comme une authentique communauté de civilisation.
A l'échelle du monde, les peuples
européens constituent une même famille.
Ils partagent les mêmes origines ethniques,
la même religion chrétienne, la même
histoire, les mêmes coutumes, les mêmes
moeurs. Ils ont, chacun à leur tour, rayonné
sur les autres et sur le monde. Leurs cultures sont
proches: Aristote, saint Thomas d'Aquin, Shakespeare,
Dante, Racine ou Goethe, Michel-Ange, Vivaldi, Bach
ou Messiaen sont issus du même creuset, et chaque
Européen se reconnaît dans leurs oeuvres.
Osons même l'affirmer: notre civilisation européenne
est la plus grande qu'ait connue la planète.
L'Europe a découvert le monde entier sans jamais
avoir été découverte. Elle s'est
répandue sur toutes les terres où elle
a apporté au moins deux valeurs essentielles:
d'une part, la liberté et le respect des personnes;
d'autre part, la science et la technique. Sans elle,
le monde serait sans doute encore plongé dans
l'obscurantisme et l'obscurité!
Aujourd'hui, alors que les enjeux
sont planétaires et que les grandes civilisations
vont s'entrechoquer, il faut éviter toute méprise:
notre identité de Français n'est pas
menacée par celle des Allemands, en revanche
le monde afro-asiatique et musulman constitue un réel
danger pour le continent européen et chrétien.
Souvenons-nous de Salamine, des champs Catalauniques,
de Poitiers, de Saint-Jean-d'Acre, de Vienne et de
Lépantg: les peuples d'Europe ont déjà
scellé dans l'histoire, par le sang et la souffrance,
leur commune identité face aux autres civilisations.
Ne nous crispons pas sur notre passé
national et sur les anciennes querelles de l'histoire
du vieux continent. Sachons plutôt opposer à
la conception cosmopolite de l'Europe une vision identitaire.
La première détruit les nations, la
seconde assure leur survie. La première accélère
leur déclin, la seconde oeuvre à leur
renouveau. La première est la vision de l'oligarchie,
la seconde est la nôtre et celle des peuples
européens.
Ainsi notre attachement à la
nation exprime-t-il fondamentalement la fidélité
à ce que nous sommes. Cette fidélité
n'est pas figée, car notre identité
est riche des multiples communautés qui la
façonnent: la famille, communauté de
sang, le terroir, communauté d'enracinement,
la nation, communauté de destin, et l'Europe,
communauté de civilisation.
La boussole identitaire
Lorsque les menaces s'accumulent, lorsque l'horizon
s'obscurcit et qu'on croit ne plus comprendre le sens
de l'histoire, conservons comme boussole celle de
la fidélité à notre identité.
Elle ne peut se tromper, car rien n'est plus conforme
à notre intérêt que ce qui nous
a fait ce que nous sommes!
1. Valeurs actuelles, 17 juillet 1989.
2. Harlem Désir, SOS Désir,
1987.
3. Robert Ardrey, l'Impératif
territorial, Stock, 1967.
4. Miche! Maffesoli, le Temps des
tribus. Le déclin de l'individua-lisme dans
les sociétés de masse, Méridiens-Klincksieck,
1988
5. Henry de Lesquen, Qu'est-ce que
la nation ? CdH, 1989.
5. Robert Ardrey, op. cit.
6. Konrad Lorenz, op. cit.
8. Friedrich von Hayek, l'Ordre politique
d'un peuple libre, PUF, 1983.
9. Claude Lévi-Strauss, le
Regard éloigné, Gallimard.
10. Le 10mai1985 et le 14 février
1989.