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Le chagrin et l'espérance

Sommaire :
Prologue: Pour tourner la page
Chapitre 1: Le précédent inacceptable
Chapitre 2: Les dérives suicidaires
Chapitre 3: La purge à tout prix
Chapitre 4: Le sursaut salvateur
Chapitre 5: L'épreuve nécessaire
Chapitre 6: Le nouveau départ



Chapitre 2
Les dérives suicidaires

De mon arrivée au Front national jusqu'à l'université d'été de Toulon

A vous écouter, on a du mal à croire que les dérives que vous décrivez ne se soient révélées qu'à l'occasion du débat sur la tête de liste des européennes. De quand datent-elles exactement ?

Il est vrai que le Front national connaissait depuis malheureusement assez longtemps des problèmes dont l'existence explique pour une bonne part, me semble-t-il, l'impasse dans laquelle était engagé notre mouvement, et cela malgré ses scores électoraux de 15 %. La volonté de Le Pen de désigner son épouse comme tête de liste constitue cependant plus qu'un simple révélateur. Il s'agit d'une étape fondamentale dans l'aggravation de ces dérives, puisqu'à cette occasion, Le Pen a, pour la première fois, décidé d'imposer de façon autoritaire une décision qui allait dans le sens de ses intérêts personnels mais qui était totalement contraire à ceux du mouvement. Il a ainsi montré ouvertement qu'il considérait le Front national comme sa chose et qu'il s'octroyait sur lui le droit de vie ou de mort selon son bon plaisir. Un tel détournement de pouvoir, si lourd de conséquences, nous ne pouvions l'accepter.

Est-ce que ces dérives, et notamment le manque de démocratie interne, ne tiennent pas à l'idéologie même du Front national ?

Non … Enfin, oui et non ! Certainement pas en tout cas pour ce qui a trait au programme et à la ligne dont mes amis et moi-même étions les garants. En réalité, sur ce plan, nous étions même dans la situation exactement inverse. Je vous le rappelle, le projet politique que nous avions élaboré pour le Front national consistait justement à rendre la parole aux Français face aux féodalités1 et notre programme prévoyait très explicitement le recours au référendum d'initiative populaire, grâce auquel le peuple peut se prononcer sur les grandes questions qui le concernent et recouvrer ainsi la maîtrise de son destin. Mais il faut bien reconnaître que ces orientations démocratiques ne se retrouvaient absolument pas transposées dans la vie interne du mouvement. Et ce, pour la raison simple qu'elles entraient en contradiction avec les convictions profondes de son président et de tous ses proches. Convictions qui se traduisaient à l'intérieur du FN par un fonctionnement autocratique.

Pourtant, vu de l'extérieur, il semblait y avoir parfaite identité entre le Front national et Jean-Marie Le Pen ?

C'est précisément ce que voulait faire croire Le Pen en appliquant la formule "le FN, c'est moi !" Sans doute cette situation correspondait-elle aux premières années de l'émergence du Front national. Mais, dès 1986, avec la constitution d'un groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, ce n'était plus le cas. Au fil des ans et, je crois pouvoir le dire, largement grâce à mon action et à celle de mes amis, le Front national est devenu un grand mouvement politique organisé, structuré, doté d'une vie propre, rassemblant des millions d'électeurs, quarante mille adhérents et plusieurs centaines d'élus enracinés. Et surtout un mouvement dont la majorité de ses cadres voulait s'ancrer dans le réel pour faire triompher leurs idées et parvenir à gouverner notre pays. Or, Le Pen n'avait absolument pas pris la mesure de cette évolution. Il y avait un énorme décalage entre la réalité du Front et la perception qu'en avait son président. A vrai dire, Le Pen n'a pas vu grandir le mouvement, il n'a pas vu ce qu'il était devenu ou, plus exactement, il n'a pas pris la mesure de ce qu'un tel changement impliquait pour lui. Il pensait pouvoir continuer à le diriger comme il agissait jadis à la tête des étudiants de la Corpo de droit et à lui assigner des objectifs secondaires compatibles avec sa mentalité et son confort personnel. Et, lorsqu'il a compris sa méprise, il a pris peur parce que cette évolution remettait en cause sa prééminence. Les cadres n'avaient plus les mêmes objectifs que lui, le Front national connaissait une existence autonome et ils pouvaient donc un jour lui échapper. Pareille perspective lui était totalement insupportable. C'est l'explication profonde de la crise que nous avons vécue.

Comment expliquez-vous qu'une telle évolution ait pu échapper à Jean-Marie Le Pen ?

Vous savez, cette évolution ne s'est pas faite brutalement. Le Front national ne s'est pas construit en un jour. Lorsque je l'ai rejoint, il était encore un petit parti qui venait tout juste d'émerger sur la scène politique. Grâce notamment à Jean-Pierre Stirbois que l'on oublie trop facilement, il avait accompli, lors des européennes de 1984, une formidable percée électorale, mais il ne comptait alors que quelques milliers d'adhérents et ses structures comme son fonctionnement étaient encore ceux d'un groupuscule reposant sur le culte du chef. Ainsi, les réunions du comité central, organe censé définir les grandes orientations du mouvement, se déroulaient sans aucun ordre du jour et dans un désordre et une improvisation inimaginables. Le Pen réunissait ses cadres dans une salle. Il leur infligeait un exposé magistral que suivait un débat souvent confus. Et puis, c'était fini. Chacun s'en retournait dans sa province sans trop savoir ce qu'il devait mettre en œuvre.
Cette période-là est celle de la totale adéquation entre Le Pen et son mouvement. Mais c'est dans cette structure que vont entrer les cadres et les militants nouveaux animés de la volonté de bâtir progressivement un grand parti apte à gouverner.

Quelles ont été selon vous les grandes étapes de la croissance du Front national ?

Si l'émergence du Front national s'est accomplie à l'occasion des européennes de 1984, c'est à l'évidence lors des législatives de 1986 qu'il est véritablement entré dans la "cour des grands". Cette élection s'est en effet révélée doublement importante. Elle a démontré que la percée de 1984 n'était pas une simple poussée de fièvre, mais l'expression d'un nouveau courant politique. Surtout, à travers la stratégie dite du "rassemblement national", elle a permis au Front national d'accueillir en son sein un nombre considérable de personnalités nouvelles.
Le Front est alors en pleine expansion et, paradoxalement, son problème consiste à se doter de structures capables de mobiliser ce soudain afflux de forces nouvelles. C'est à cette tâche que je me consacrerai prioritairement en tant que directeur de la campagne présidentielle de 1988. Ceux qui ont participé à cette campagne s'en souviennent : pour la première fois, le Front national est allé à la bataille avec une stratégie et une organisation à la hauteur de l'enjeu. Cette élection nous a permis de rivaliser avec les grands partis de l'établissement. Ensuite, ayant été nommé délégué général, je me suis efforcé de pérenniser les ingrédients qui avaient rendu possible ce succès. Et, franchement, tout restait alors à construire.

Qu'entendez-vous par là ?

Le mouvement s'était constitué un peu de bric et de broc et chacun croyait pouvoir y développer ses propres idées, à sa guise et sans grand souci de cohérence, en fonction de son appartenance à telle ou telle chapelle. Nous avons alors entrepris un énorme travail de formation des cadres et des militants, mission dont je me suis personnellement chargé. Puis, nous nous sommes attelés à la rédaction du programme des 300 Mesures. Nous avons également lancé des campagnes construites et faciles à orchestrer qui ont permis aux fédérations et aux sections de se structurer et de se développer. Le Front national s'est ainsi doté peu à peu d'une identité cohérente, d'autant que, grâce à la création d'un atelier de propagande, il réalisait désormais lui-même l'ensemble de ses documents, avec des slogans et une ligne graphique qui lui étaient propres.
Avec la mise en place du Conseil scientifique et des Éditions nationales, nous avons permis par ailleurs au mouvement d'acquérir une existence intellectuelle. Quant à la revue Identité, dirigée par Jean-Claude Bardet, elle a joué un grand rôle pour élaborer la pensée nationale et en faire apparaître la cohérence et l'actualité. Doué d'une culture idéologique et d'un sens politique très sûrs, Bardet et son équipe ont réussi à lancer un certain nombre de grands débats de société et, par exemple, à mener avec succès la bataille du vocabulaire. C'est ainsi qu'au fil des ans et au prix d'investissements personnels proprement incroyables tant nos moyens étaient faibles, s'est construit l'appareil politique performant que nous avons connu.

Comment les membres historiques du FN ont-ils vécu cette transformation ?

Beaucoup d'anciens compagnons de Le Pen ont vu tout cela d'un mauvais oeil et n'ont au fond jamais vraiment accepté que des gens comme mes amis et moi-même, qu'ils jugeaient étrangers à la famille, se permettent de modifier ce qu'ils considéraient comme leur propriété. Pourtant, certains de ceux qui ont porté le Front national sur les fonts baptismaux reconnaissent le rôle majeur que nous avons joué dans l'édification du Front. Ainsi François Brigneau a-t-il tenu à souligner ce que nous avions "apporté en rigueur, sérieux, formation, documentation, organisation au mouvement national2." Écrites au plus fort de la crise, ces lignes font partie du dernier article que National Hebdo ait accepté de publier sous sa signature. Car, en représailles, le journal lepéniste lui a ensuite honteusement fermé ses colonnes.

Mais cette modernisation du Front national ne s'est quand même pas accomplie contre la volonté de Jean-Marie Le Pen ?

Non, bien sûr. Mais elle ne s'est pas faite non plus sous son impulsion. Je vais peut-être vous étonner, mais Le Pen considérait que tout cela était somme toute secondaire. Il n'aimait rien tant que les "coups" : coups politiciens, coups médiatiques, pour lesquels il pouvait aller jusqu'à saborder la ligne politique de son mouvement. Car ce qui l'intéressait avant tout, c'était sa propre personne. Doté d'un orgueil excessif, il estimait que les succès du Front national tenaient exclusivement à ses talents oratoires et à sa notoriété médiatique personnelle. En conséquence, il jugeait subsidiaires tous ces efforts de construction. Il n'en prenait donc que très rarement l'initiative. Cela va sans doute vous paraître surprenant, mais, lorsque je lui proposais d'entreprendre tel ou tel projet, je n'obtenais presque jamais de réponse. Le Pen restait évasif et dubitatif. Si bien que j'ai fini par mettre en œuvre la modernisation du mouvement en me contentant d'un acquiescement implicite, car c'était là le seul moyen d'aller de l'avant. Ce n'est qu'une fois les projets menés à bien qu'il se prononçait, approuvant ou critiquant selon ce qu'on lui en avait dit ou selon son humeur. "Faire et défaire, disait-il, c'est toujours travailler." Certaines innovations ont même été acquises à son corps défendant.
Ainsi, Le Pen estimait inutile et même néfaste la rédaction d'un programme complet. "Moins on en dit et mieux c'est !" disait-il. Dans son esprit, se réclamer de son nom était pour les candidats du Front une profession de foi suffisante en soi. Il ne percevait pas du tout l'importance que pouvaient avoir l'implantation et la notoriété de nos candidats. C'est d'ailleurs pourquoi, lors des commissions d'investiture, il donnait souvent sa préférence à des candidats serviles et parachutés plutôt qu'à des cadres efficaces et enracinés. "De toute façon, confiait-il à ses proches avec le mépris souverain qui pouvait être le sien, si je soutenais une vache, elle obtiendrait le même score que votre type !"

Pourtant, la force qui a été celle du Front national tenait aussi à la capacité de ses candidats à établir un rapport direct avec la population ?

Sans aucun doute. Et nos adversaires l'avaient d'ailleurs parfaitement perçu puisqu'ils reconnaissaient eux-mêmes que, pour nous contrer, "ils devraient retrouver le chemin des cages d'escalier". Mais cette réalité échappait totalement à Le Pen, qui d'ailleurs depuis longtemps ne se livrait plus à cet exercice. Pour lui, un candidat devait coller des affiches et répercuter les mots d'ordre nationaux, mais ne devait avoir aucune existence propre. A vrai dire, il considérait les élections comme de vastes campagnes de promotion du nom de Le Pen. Ainsi, il entrait dans des rages folles lorsqu'un candidat remplaçait sur les documents électoraux la mention du soutien de Le Pen par celui du Front national. Et si de surcroît un élu du mouvement mettait en avant son propre nom, alors là, c'était pire que tout. C'était déjà de la trahison ! Voilà pourquoi il lui arrivait souvent de barrer la route à de bons cadres et et de bons militants pour leur préférer des individus médiocres mais à son entière dévotion. Ceux-là, effectivement, devaient tout à Le Pen. Et c'est ainsi qu'il les appréciait.

Vous voulez dire que Jean-Marie Le Pen entretenait une relation de méfiance avec ses propres cadres ?

Tout à fait. Lorsque des cadres du mouvement parvenaient à acquérir un poids politique propre, son mépris se transformait en méfiance, voire en franche hostilité. Chaque fois que tel ou tel candidat a remporté des succès électoraux, il en a pris ombrage. Ce fut le cas avec Yann Piat, seul député du FN en 1988, qu'il n'a jamais félicitée et dont il a souhaité le départ. Même chose avec Marie-France Stirbois. Quand elle a été élue député à Dreux, elle s'est trouvée en butte à la défiance et à l'hostilité sourde de Le Pen. C'est également ce qui s'est passé avec Jacques Peyrat. Car il faut rendre justice à ce dernier. Il n'a quitté le Front national que parce que Le Pen refusait de lui accorder les moyens nécessaires à la victoire. Peyrat demandait à faire campagne sur son seul nom pour rassembler au-delà des électeurs habituels du mouvement, comme le font tous les maires de grandes villes. Cette autorisation lui a été refusée et on connaît la suite : Jacques Peyrat a été élu et la mairie de Nice a échappé au Front national. Mais, dans le fond, Le Pen s'en souciait peu. Quand bien même Peyrat était l'un de ses vieux amis, il ne pouvait supporter de le voir réussir, de surcroît dans la ville où lui-même s'était déjà présenté.
En réalité, Le Pen entretenait avec ses proches des relations de vassalité. Exister par soi-même, c'était perdre sa confiance. Le même processus s'est d'ailleurs reproduit quelques années plus tard avec Jean-Marie Le Chevallier, qui était lui aussi l'un de ses plus proches amis. Du jour où celui-ci a remporté la mairie de Toulon, leurs relations se sont tendues. Quand Le Pen a déclaré récemment que "la démission de Le Chevallier l'affectait moins que la perte de son chat3", il se révélait comme un homme à la personnalité volontiers cynique qui ne supporte que ceux qu'il considère avoir fait et qui dès lors, implicitement, les mésestime.

Dans ces conditions, comment Jean-Marie Le Pen a-t-il accueilli la conquête de la municipalité de Vitrolles ?

Les personnes qui étaient à ses côtés le soir de cette victoire pourront vous dire combien cette bonne nouvelle pour le Front national n'en a pas été une pour lui. D'abord parce que c'était celle de son lieutenant et non la sienne, mais aussi parce qu'elle mettait notre mouvement sur une trajectoire de conquête des responsabilités du pouvoir qui n'entrait pas du tout dans sa stratégie. Aussi, ce succès le gênait et l'ulcérait, au point d'ailleurs qu'il n'a même pas trouvé la force de féliciter mon épouse par un coup de téléphone ou une gerbe de fleurs. Catherine, qui n'était pas vraiment au fait des arcanes du lepénisme, en avait été très profondément choquée. Il faut pourtant se souvenir de l'immense espoir que cette victoire apportait aux militants du Front national. Pour la première fois, avec près de 53 p. cent des voix, nous remportions une ville de quarante mille habitants à la majorité absolue, face à la coalition de tous les partis de la classe politicienne. Le front dit républicain était défait et l'ensemble des observateurs voyait, dans la conquête de Vitrolles, un événement politique de portée nationale, et même internationale puisque la nouvelle a fait le tour du monde.
Seul Le Pen s'attachait à en minimiser la portée, soulignant dès le lendemain le caractère local de l'élection et livrant complaisamment son dernier bon mot en me qualifiant de "maire consort de Vitrolles". Pis encore, au lendemain de cette victoire, il voulait m'obliger à honorer moi-même les 180 000 F de frais de la première campagne de Vitrolles, frais que l'État refusait de me rembourser après la décision de justice qui m'avait scandaleusement rendu inéligible. Étant dépourvu de fortune personnelle, je me trouvais dans l'incapacité totale de rassembler une telle somme. Pourtant, Le Pen, qui n'avait accordé aucun subside de la part du mouvement à ces deux campagnes de Vitrolles, manifestait une extrême réticence à faire prendre en charge par le Front national ces dépenses impayées. Au point qu'il ne m'a finalement concédé cette aide financière qu'après m'avoir fait signer une reconnaissance de dette personnelle. Reconnaissance qu'il a d'ailleurs utilisée ensuite pour me faire saisir en plein été. Pour lui, la victoire de Vitrolles ne méritait même pas que le mouvement dépense 180 000 F sur les soixante-dix millions de son budget annuel.

A ce propos, on conserve encore à l'esprit l'attitude qui fut la sienne lors des élections législatives de 1993. Pensez-vous qu'en soutenant Tapie, Jean-Marie Le Pen ait cherché à vous faire battre ?

Oh ! que oui ! J'en suis aujourd'hui persuadé. Mais cette affaire est encore plus grave que vous ne le pensez. Car, par cette manœuvre, il a ruiné, je crois délibérément, toute chance pour notre mouvement d'obtenir des députés lors des législatives de 1993. Entre les deux tours, Le Pen a en effet annoncé à la surprise générale qu'il refusait de faire battre Tapie et qu'il maintenait notre candidat, pourtant arrivé en troisième position, au motif ahurissant que Tapie nous serait plus utile à l'intérieur de l'Assemblée qu'à l'extérieur. En sauvant ainsi Tapie qui pourtant avait insulté les électeurs du FN en les traitant de "salauds", il a littéralement brisé l'élan de notre mouvement, puisque tous les électeurs RPR-UDF, scandalisés de voir le Front national préférer un affairiste de gauche à l'un des leurs, ont refusé de voter pour nos amis restés seuls au second tour face à un représentant socialo-communiste. Il est clair que plusieurs de nos candidats, comme par exemple Mme Stirbois, ont dû leur échec à cette décision absurde. Pour moi-même, c'était encore pire puisque j'étais engagé dans la circonscription voisine de celle de M. Tapie. J'ai dû, je m'en souviens, consacrer la semaine du second tour à répondre aux électeurs de droite qui me demandaient, indignés, pourquoi nous ne faisions pas battre Tapie. J'avais d'ailleurs exprimé publiquement mon désaccord avec cette stratégie. Mais cela n'a pas suffi. J'ai été battu avec 49,5 % des voix.

Pensez-vous qu'à cette occasion Bernard Tapie et Jean-Marie Le Pen aient eu des contacts, comme l'affirme Lorrain de Saint-Affrique, son ancien conseiller en communication ?

Écoutez, je n'étais pas dans ces secrets-là, mais je pense que ce qu'a révélé M. de Saint-Affrique est tout à fait plausible. J'avais moi-même fait l'objet de sollicitations en provenance de M. Tapie, mais je n'y avais naturellement donné aucune suite favorable. Infructueuses avec moi, ces approches ont dû aboutir avec Le Pen, puisque ce dernier lui a donné entière satisfaction en ordonnant que notre candidat se maintienne au second tour dans la circonscription de Gardanne. C'est donc bien Le Pen qui a fait élire Tapie alors même que celui-ci était le symbole du mitterrandisme et de la classe politicienne affairiste que nous combattions. Et je vous rappelle que nous faisions alors campagne sur le slogan "Tête haute et mains propres" !

Jean-Marie Le Pen éprouvait-il, comme le prétendent certains, une sorte de fascination pour Tapie ?

Oui, sans aucun doute. Ils étaient tous deux classés comme populistes et je pense que Le Pen se reconnaissait un peu dans le côté grande gueule, beau gosse et roublard de Tapie. En quelque sorte, Tapie avait réussi à l'époque ce que Le Pen aurait voulu réaliser : être un franc-tireur qui enfreint les règles tout en étant reconnu par le système comme l'un des siens. De surcroît, les deux hommes avaient en commun le même goût pour l'argent. D'une certaine manière, Tapie et Le Pen partageaient la même conception de la vie et de la politique et ils le sentaient instinctivement. C'est pourquoi, lorsque Paul Amar avait organisé un débat télévisé qui s'annonçait comme le match du siècle et qu'il avait voulu le symboliser en exhibant en début d'émission une paire de gants de boxe, il ne s'est en définitive rien passé. Les deux protagonistes prétendaient se livrer un combat à mort, mais, en coulisses, comme dans les combats de catch, tout était calibré d'avance.

Comment se fait-il que vous n'ayez pas diagnostiqué plus tôt ce goût de Jean-Marie Le Pen pour l'argent ?

Les relations particulières de Le Pen avec l'argent, son attirance pour le luxe surtout, n'étaient plus un secret pour personne depuis longtemps. Notamment depuis une certaine émission de France 24 où il s'était complaisamment prêté à un reportage le présentant sous les traits du "châtelain" de Saint-Cloud. Cette émission tombait d'ailleurs au plus mauvais moment car c'était l'époque où le Parti communiste développait la thématique "Le Pen le milliardaire". Mais il s'en moquait. Je crois qu'il était flatté.
Par contre, nous étions loin de penser que ce goût pouvait le pousser à franchir la ligne rouge. Les questions financières relevaient au Front national de son domaine réservé. La gestion économique échappait totalement aux instances régulières du mouvement. Le pauvre Jean-Pierre Reveau, trésorier du mouvement, ne pouvait l'ignorer. Le Pen utilisait les fonds pour favoriser les uns au détriment des autres. Alors que son gendre, Maréchal, pouvait dépenser sans compter, j'étais moi-même sous le coup d'une asphyxie financière permanente. Je devais négocier mes crédits au coup par coup. Les collaborateurs qui travaillaient avec moi au sein de la délégation générale percevaient des salaires nettement inférieurs à ceux qui se pratiquaient dans les autres services du mouvement. De même, j'ai toujours effectué mes déplacements au moyen de ma voiture personnelle. Et mes frais n'ont été pris en charge que du jour où Gollnisch, nommé secrétaire général, s'est vu remettre une voiture de fonction. Comme à la cour des "rois fainéants", les fonds du mouvement servaient à entretenir les courtisans, quand les cadres actifs et les fédérations se démenaient dans le plus grand dénuement.
Il a donc fallu attendre la crise pour que les langues se délient, pour que nous apprenions combien cette dérive était allée loin, puisqu'un arrêt de la Cour administrative d'appel de Paris du 12 mai 1998 a même établi qu'à une époque certains dons versés par des militants au Front national arrivaient en réalité sur le compte personnel de Le Pen. Et bien qu'il ait prétendu le contraire, il n'a pas convaincu la justice. L'argent n'était donc pas seulement pour lui un instrument de sa domination à l'intérieur du parti, mais aussi un but en soi. Et, dans tous les cas, il n'était plus utilisé au seul service de notre combat, car la conquête du pouvoir n'était plus le but ultime pour Le Pen.

Vous affirmez que Jean-Marie Le Pen ne souhaitait plus vraiment accéder au pouvoir ?

Effectivement. Je vais peut-être vous surprendre, mais c'est de Le Pen lui-même que je l'ai appris. Chaque fois que nous évoquions cette perspective, il marquait une sorte de scepticisme qui confinait à l'angoisse. Je le revois encore nous disant : "Dieu nous préserve d'un tel fardeau !" De ce point de vue, il était d'ailleurs vraiment un homme sur qui l'échec et la décadence exerçaient une forme de fascination morbide. Et je crois que cette attitude explique bien des dérives et des dérapages. Car si la décadence est irrémédiable et que tout est perdu, alors il n'y a plus qu'à se faire plaisir !
Voilà pourquoi Le Pen se moquait de toute stratégie politique de conquête du pouvoir. Pour lui, la vie était devenue un théâtre sur la scène duquel il aimait d'ailleurs à se contempler. Et cette préoccupation narcissique occupait une grande place dans son action politique. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Le Pen voulait être aimé. Et je pense qu'il souffrait même énormément de ne pas être reconnu par ses pairs de la classe politique.

Vous n'allez quand même pas nous dire qu'il aspirait à réintégrer l'établissement ?

Non, mais Le Pen entretenait avec l'établissement une relation ambivalente. Bien sûr, il détestait les membres du système qui l'attaquaient et le diabolisaient. Mais, en même temps, il ne rêvait que d'être reconnu comme l'un des leurs. Pour comprendre Le Pen, il faut se souvenir qu'il a commencé sa carrière comme député sous la IVe République et que c'était à ses yeux la période la plus faste de sa vie. Il y faisait sans cesse référence et nourrissait pour cette époque une profonde nostalgie empreinte d'un certain narcissisme puisqu'il parlait alors de lui à la troisième personne !
En ce temps-là, le jeune Le Pen était le benjamin de l'Assemblée nationale, celui que ses collègues considéraient comme un enfant terrible mais pour lequel ils avaient de l'indulgence, voire de la sympathie. Je crois que c'est à ce statut de chahuteur bien considéré que Le Pen aspirait au fond. Et, s'il s'est rapproché des socialistes, jusqu'à se prêter à leurs jeux politiciens, c'est aussi par dépit. Il en voulait énormément aux gens de droite de l'avoir rejeté et de le mépriser. D'où son obsession à vouloir faire battre systématiquement le RPR et l'UDF. De la sorte, Le Pen n'exprimait pas seulement une condamnation politique, il se livrait à une vendetta personnelle qui ne correspondait à aucune stratégie positive.

Cette question de l'attitude à adopter vis-à-vis de la droite parlementaire n'était-elle pas devenue l'une de vos principales divergences ?

Je considère effectivement que le choix du positionnement "ni droite, ni gauche" développé par Maréchal sur instruction de Le Pen constituait une grave erreur. C'était d'abord la porte ouverte à une dérive politique, car mettre la droite et la gauche sur le même plan revient à favoriser mécaniquement la gauche. Très rapidement, cette stratégie s'est d'ailleurs transformée en préférence affichée pour la gauche, Le Pen lançant dès 1995 : "Chirac, c'est Jospin en pire5 !" Or, je considère que l'adversaire prioritaire reste la gauche socialiste et mondialiste. Cette gauche qui est "favorable au droit de vote des immigrés et à la régularisation des clandestins", avais-je été contraint de rappeler. Certes, le RPR et l'UDF sont aussi des adversaires politiques, mais seulement dans la mesure où, subjugués par la gauche, ils mènent la même politique que les socialistes.
De plus, ce positionnement révélait pour le Front national une volonté de retour à la marginalité et un refus de s'engager dans une stratégie de conquête des responsabilités du pouvoir. Dans un paysage politique qui reste bipolaire en raison du mode de scrutin, ignorer le clivage droite-gauche, c'est se condamner à l'impuissance et à l'échec. Lorsqu'en 1997, Le Pen a fait de la surenchère contre le RPR et l'UDF, allant jusqu'à déclarer la veille du vote sur Europe 1, "je préfère une Assemblée de gauche à une Assemblée de droite6", cela revenait surtout à condamner tous ceux des nôtres qui pouvaient l'emporter au second tour face à la gauche. Comment espérer en effet le moindre soutien de la part des électeurs de droite, si, dans le même temps, on souhaitait ouvertement la victoire de la gauche ?

En infligeant en 1997 une défaite à la droite, ne lui démontrait-on pas qu'elle avait besoin du Front national et qu'elle devait cesser de le diaboliser ?

Une défaite comme celle infligée à la droite à l'occasion de la dissolution de 1997 pouvait effectivement avoir de hautes vertus pédagogiques dans la mesure où elle montrait aux états-majors RPR-UDF les conséquences de leur politique d'ostracisme à l'égard du Front national. Mais, malheureusement, la consigne de vote meurtrière donnée par Le Pen ne répondait pas à cette démarche. En effet, lorsqu'au lendemain de la débâcle de la droite, j'ai proposé dans un entretien au journal le Monde l'instauration d'une politique de "discipline nationale", équivalent à droite de la "discipline républicaine" pratiquée à gauche, Le Pen et les siens se sont empressés de s'en démarquer, assimilant déjà mon initiative à une trahison7. Pourtant, cette notion de discipline nationale n'avait rien que de très banal. Il s'agissait simplement d'établir un désistement réciproque entre candidats opposés au socialo-communisme. Ce mécanisme simple, qui n'implique aucune soumission ni accord politique, s'apparente à celui qu'appliquaient déjà socialistes et communistes à l'époque où ils se combattaient et avant même qu'ils n'aient établi un programme commun. En clair, le recours à la discipline nationale représentait pour le Front national un moyen d'avoir des élus et donc de peser davantage sur la vie politique de notre pays.

Mais, en proposant ce désistement réciproque, est-ce que vous ne rendiez pas surtout service à la droite ?

Au contraire ! Car la discipline nationale permettait de prendre au mot les dirigeants du RPR et de l'UDF qui clamaient partout que nous étions responsables du retour des socialistes au pouvoir. Tendre la main à ces partis, c'était les mettre dans une situation intenable. Soit ils acceptaient notre proposition, et le Front national sortait instantanément du ghetto politique, soit ils la refusaient, et ils apparaissaient alors aux yeux de leurs électeurs comme les seuls responsables de leurs échecs. Dans les deux cas, le Front national sortait grandi et renforcé. Mais ce cruel dilemme n'a été pour la droite que de courte durée, puisque c'est Le Pen lui-même qui y a mis fin en se démarquant de ma proposition. De la sorte, sans même peut-être s'en rendre compte, il a rendu un fieffé service au RPR et à l'UDF dont il a retardé l'inéluctable éclatement.

Un an plus tard, il semble cependant que Jean-Marie Le Pen se soit rallié à votre idée puisqu'à l'occasion des régionales, il a appuyé votre proposition de soutenir la droite pour l'élection des présidents de région ?

C'est là un épisode très révélateur du fonctionnement interne du Front national, car il faut savoir que cette stratégie ne l'a emporté qu'au prix d'un rapport de force au sein du mouvement. Dans la période qui a suivi les législatives, j'ai en effet multiplié les prises de position en faveur d'accords électoraux ponctuels avec la droite, sans me soucier des critiques que cela me valait de la part de Le Pen et de son entourage. Et c'est uniquement parce que mes positions recueillaient un écho favorable auprès de nos cadres, de nos militants et de nos électeurs, que Le Pen s'y est finalement rallié. Et, là encore, son attitude à mon encontre s'est retournée contre lui car, faute d'avoir soutenu cette stratégie dès l'origine, les effets bénéfiques de celle-ci ont été portés à mon seul crédit, ce qui l'a rendu furieux. Or, chacun sait que nous avons obtenu à cette occasion une très belle victoire politique. Non seulement nous avons été placés au cœur du débat, mais nous avons aussi connu un début de dédiabolisation en même temps que nous semions la division au sein des états-majors RPR-UDF.

Mais d'autres personnalités du FN, comme Mme Stirbois ou M. Gollnisch, ont cependant participé de bon cœur à la mise en œuvre de cette stratégie ?

C'est vrai et c'est là une profonde ironie du sort que de voir ceux-là même qui critiquaient ma démarche, au point de la comparer à une trahison, s'y rallier prestement dès lors qu'ils ont vu l'intérêt qu'ils pouvaient en retirer personnellement dans leurs régions respectives. Et je dois dire que j'ai éprouvé une certaine satisfaction à voir M. Gollnisch se flatter publiquement d'avoir rédigé le texte des conditions que nous posions à notre soutien, alors que, quelques semaines plus tôt, il l'aurait certainement dénoncé. Quant à Le Pen, faute d'avoir préparé cette initiative dans sa propre région et parce qu'il ne pouvait envisager qu'un autre que lui soit candidat à la présidence de la Provence, il a fini par refermer brutalement la porte à ces accords, rendant de la sorte un service, involontaire mais réel, aux états-majors de la droite parlementaire.

Vous oubliez de dire qu'à l'instar de M. Peyrefitte, qui avait pourtant répondu favorablement à votre proposition de désistement réciproque, une partie de la droite jugeait impossibles des accords avec le FN tant que Jean-Marie Le Pen en serait le chef.

Non, je ne l'oublie pas. Mais, de la sorte, M. Peyrefitte exprimait brutalement ce que nous commencions à comprendre sans pouvoir l'affirmer, à savoir que les prétendus dérapages de Le Pen "n'étaient en fait que des dérobades devant les responsabilités du pouvoir8". Je pense effectivement que Le Pen a été le complice de sa propre diabolisation et que ses provocations à répétition répondaient à une stratégie délibérée de sa part. Je crois qu'il y voyait un moyen de marginaliser le Front national, de l'isoler totalement du système et de renforcer la cohésion autour de lui. Contrairement à ce que l'on peut penser, Le Pen est en effet tout à fait capable de se contrôler lorsqu'il le souhaite. Ses dérapages étaient surtout des dérapages contrôlés. D'ailleurs, nombre de déclarations ont été mûries par lui de longue date. Ni le "Durafour crématoire" ni bien sûr sa seconde déclaration sur le "détail" prononcée à Munich n'ont été de véritables faux pas. Il s'agissait de provocations destinées à resserrer les rangs du Front national autour de son chef attaqué. Et, peut-être, on peut se poser la question, y avait-il la volonté, au moins inconsciente, de freiner délibérément la progression de notre mouvement.
Il faut en effet se souvenir du caractère systématique de ces provocations. En 1987, nous avons eu droit au premier "détail", en 1988 à "Durafour crématoire", en 1989 aux "internationales juives", en 1993 au coup de pouce à Tapie, en 1995 à "Chirac, c'est Jospin en pire !", en 1996 à "l'inégalité des races" et enfin, en 1997, à la tête de Catherine Trautmann sur un plateau, à la réédition du "détail" et à la rixe de Mantes-la-Jolie ! Et comment expliquer, autrement que par son goût de la provocation, son obstination à soutenir contre toute raison des hommes tels que Vladimir Jirinovski, voire à se faire représenter officiellement par son épouse lors de la réception donnée à l'ambassade d'Iran pour le vingtième anniversaire de la révolution islamique ! Si le Front national a eu tant de difficultés à franchir ce fameux seuil des 15 % et si un nombre croissant de Français se refusaient à voter pour lui alors même qu'ils approuvaient son programme, on comprend bien que c'est aussi aux provocations de Le Pen que nous le devons.

Permettez-moi de vous rappeler qu'à l'époque on ne vous a pas beaucoup entendu critiquer un dérapage tel que le "détail".

Concernant le premier "détail", celui de 1987, je pensais vraiment que Le Pen était tombé dans un piège tendu pour lui nuire en pleine campagne présidentielle. Ce n'est que lorsqu'il a sciemment réitéré sa déclaration à Munich, en compagnie de Franz Schœnhuber, que j'ai compris qu'il s'agissait d'une provocation délibérée. Quant à mon silence d'alors, il s'explique par la discipline de loyauté qui a de tout temps été la mienne. Je me suis toujours abstenu de critiquer publiquement d'autres membres du mouvement. Il s'agit là d'une règle de solidarité qui me paraît tout à fait légitime. C'est pourquoi j'ai constamment défendu Le Pen, en mainte occasion, et même lorsque j'estimais qu'il avait une fois de plus donné des verges pour se faire battre.
Cela ne signifie pas pour autant que je l'approuvais. Il est même clair que je ne cautionnais pas ses propos et je ne me suis pas privé de le faire savoir à l'intérieur du mouvement. Ainsi, lors du bureau politique qui a suivi le "détail" de Munich, Gollnisch avait proposé que l'ensemble des responsables du FN défient la justice et ses condamnations et contresignent les déclarations de Le Pen en une sorte de suicide politique collectif. C'est parce que mes amis et moi-même avons très clairement signifié notre refus d'endosser ces déclarations que cette initiative n'a pas abouti. Heureusement, car une telle démarche revenait à faire du "détail" un nouvel élément du programme du FN, ce qui n'a jamais été le cas.

Vous désapprouvez donc les déclarations de Jean-Marie Le Pen sur le détail ?

Oui, je les désapprouve totalement. Mais, attention, cela ne signifie pas que j'accepte pour autant les condamnations dont Le Pen a été victime en retour, car il s'agit d'atteintes à la liberté d'expression. Cela dit, sur le fond, je contestais ces provocations. Pour moi, la politique ne consiste pas à jeter l'anathème sur tel ou tel, ni à blesser inutilement les gens, ni à revenir obsessionnellement sur le passé. Face à l'attitude de Le Pen, je dois dire que je partageais l'agacement des cadres et des militants du Front national qui voyaient leur patient travail d'implantation et de persuasion ruiné en quelques secondes pour le plaisir d'un pseudo-bon mot. Ceux-ci en venaient même à redouter ses passages à la radio ou à la télévision tant ils craignaient ses saillies de langage. Les dérapages de Le Pen ont d'ailleurs grandement contribué à saper son prestige au sein du mouvement. Il n'a pas perçu la lassitude de nos militants face à ses frasques à répétition. C'est là une nouvelle preuve du profond fossé qui se creusait entre Le Pen et son mouvement. Alors qu'il faisait de la politique pour se faire plaisir, l'immense majorité des cadres et des militants se battaient pour faire triompher nos idées.

A vous entendre, Jean-Marie Le Pen n'avait que des défauts. Pourtant, dans votre livre la Flamme, vous dites avoir été séduit par le personnage ?

C'est exact, et je n'ai jamais dit qu'il n'avait que des défauts. Nous parlons ici des dérives qui divisaient le mouvement et qui ont lentement conduit à la crise. Je dois donc évoquer les aspects négatifs de la personnalité de Le Pen qui expliquent cette situation. Les aspects positifs, je ne les ai pas oubliés et je ne les sous-estime pas. Sans eux d'ailleurs, le Front national n'aurait jamais pu émerger ni se développer. En dehors du talent d'orateur que tout le monde lui reconnaît, il avait un sens politique indéniable servi par sa grande culture et un courage qui n'est pas si commun au sein du monde politique. Il savait aussi, quand il le voulait, être d'un commerce agréable. On pouvait donc être séduit par ses qualités, à condition toutefois de ne pas l'approcher de trop près.

Mais comment avez-vous pu rester aussi longtemps auprès de lui sans réagir ? Est-ce qu'au fond vous ne regrettez pas votre engagement au sein du Front national ?

Non, pas du tout. Je ne dis pas que cet engagement a été de tout repos et que la vie quotidienne était sereine et facile. Mais, entre nous, cela a été pour moi un formidable apprentissage politique. Car, si vous savez survivre et vous imposer à côté d'un homme comme Le Pen, je crois que vous savez surmonter toutes les difficultés politiques.
Cela étant, je ne suis pas resté sans réagir face à ce qui m'apparaissait comme néfaste pour le mouvement. Au cours des années passées au Front national, il m'est souvent arrivé de m'opposer à Le Pen sur tel ou tel point. Mais j'ai toujours pris garde à ce que ces désaccords ne mettent pas en cause la cohésion du Front national. Dans la vie interne de notre mouvement j'ai ainsi supporté beaucoup d'injustices, parfois même semblé endosser des décisions qui me paraissaient mal venues, mais je l'ai fait pour préserver l'intérêt supérieur du Front. Dès lors que les décisions en cause n'étaient pas rédhibitoires, il me paraissait nécessaire de les accepter pour préserver l'unité de notre mouvement et l'efficacité de notre combat.
Car il ne faut quand même pas oublier tout ce que le Front national a apporté. Il a atteint des scores électoraux exceptionnels. Il a su s'ériger en une grande force politique qui a redonné du poids à nos idées et rendu l'espoir à des millions de Français. Je ne renie nullement tout ce que j'ai fait en son sein et je suis fier d'avoir contribué, avec tous ses militants, à son essor.
A la vérité, d'ailleurs, il y avait deux "Front national" à l'intérieur du même parti. L'un, que Le Pen a progressivement incarné, était passéiste et uniquement préoccupé de lui-même. Ses membres recherchaient avant tout le confort, celui que procurent les postes et l'argent, mais aussi celui des idées que l'on affiche comme une décoration sans chercher à en convaincre les Français. L'autre Front national, celui dont je suis devenu peu à peu le porte-parole et le chef de file, était tout entier tourné vers la réussite et vers l'avenir, sans pour autant rien renier de son idéal. C'était la composante moderne et active du mouvement. Je me sentais évidemment très mal à l'aise dans le premier et très heureux dans le second.
Et si la crise est survenue, c'est précisément parce que ces deux Fronts ne pouvaient plus rester ensemble, parce que Le Pen affichait son mépris du second tout en le redoutant et parce qu'il voulait à tout prix l'empêcher d'accomplir sa mission de conquête progressive des responsabilités du pouvoir.

Vous pensez vraiment qu'il est possible de faire triompher les idées par une conquête progressive du pouvoir ?

Oui, je le crois profondément. En réalité, c'était Le Pen et ses proches qui développaient cette idée selon laquelle seules des circonstances exceptionnelles et l'irruption du chaos nous permettraient d'accéder aux responsabilités du pouvoir. Il faut dire que Le Pen se voyait volontiers dans le rôle de l'homme providentiel. Mais je crois qu'il s'agissait là d'un moyen facile de justifier ses propres carences. Car cette théorie de l'homme providentiel n'est autre qu'une théorie de la paresse, selon laquelle il suffit d'attendre que les événements vous servent sans se soucier d'agir pour les provoquer. C'est la passivité érigée au rang de stratégie politique. En agissant de la sorte, Le Pen se comportait comme un sportif qui pense qu'il va remporter la victoire depuis le banc de touche.
Comment s'étonner alors qu'au fil des années, il ait fini par refuser le combat ? Il a d'abord renoncé à se présenter aux élections municipales, dont il ne percevait absolument pas l'intérêt, puis il a déserté, comme en 1997, le terrain des législatives. Or, ma conception du combat politique n'est pas du tout celle-là. Je considère au contraire que le chemin des responsabilités passe par la conquête de pouvoirs intermédiaires tels que les municipalités. C'est pourquoi Le Pen a reçu la victoire de Vitrolles comme un double camouflet. Non seulement les efforts de l'un de ses lieutenants se voyaient récompensés par une réussite incontestable, mais une stratégie radicalement antagoniste de la sienne se trouvait ainsi couronnée de succès.

Jean-Marie Le Pen devait cependant bien percevoir les effets bénéfiques d'une telle victoire sur le Front national tout entier ?

(Sourire.) Si Le Pen avait jugé cet événement en fonction des avantages que pouvait en retirer le Front national, il s'en serait effectivement félicité. Mais telle n'a pas été sa réaction. C'est, je crois, à ce moment qu'il a commencé à comprendre que le mouvement changeait de nature et risquait de lui échapper. Quant aux journalistes et aux politologues, ils ne s'y sont pas trompés, puisqu'ils ont salué cette victoire comme la preuve que le Front national existait désormais par lui-même et survivrait donc à la disparition de son fondateur. Or, cette bonne nouvelle pour nos idées n'en était vraisemblablement pas une pour Le Pen, puisque, le soir de la victoire de Vitrolles, il ne cessait de répéter dans les médias "qu'il n'y avait pas de numéro deux au FN".

Mais, vous-même, est-ce que vous n'avez pas considéré la victoire de Vitrolles comme le signe que votre heure était venue ?

Non, pas du tout. Je n'étais pas dans cet état d'esprit. J'étais évidemment fier de cette victoire et des perspectives qu'elle offrait au Front national. J'étais heureux pour tous les militants, ceux de Vitrolles bien sûr, mais à travers eux tous ceux, au Front, qui voyaient leurs efforts enfin récompensés. Mais j'étais loin d'imaginer l'extraordinaire retentissement que cette conquête municipale allait avoir dans le mouvement. Et ce n'est qu'à l'occasion du congrès de Strasbourg, en mars 1997, que j'ai pu mesurer l'ampleur de ce que les observateurs allaient appeler "l'effet Vitrolles9". Quelques semaines après les élections, le Front national tenait en effet ses assises et je dois dire que mon épouse et moi-même avons été surpris par l'ovation avec laquelle nous avons été accueillis lors de notre arrivée au Palais des congrès. Durant ces deux jours, à plusieurs reprises, les cris de "Vitrolles ! Vitrolles !" ont été scandés dans l'amphithéâtre. Cet enthousiasme s'est ensuite traduit dans les urnes, puisqu'à l'occasion du vote pour le comité central, j'ai été élu premier et de très loin. De plus, le second n'était plus, comme c'était l'usage, le secrétaire général, Bruno Gollnisch, mais l'un de mes amis les plus proches, Jean-Yves Le Gallou. Président du groupe FN au conseil régional d'Ile-de-France, Jean-Yves Le Gallou incarnait en effet une certaine conception de l'avenir du Front national. Doté d'une grande force de travail et d'un remarquable courage politique, Jean-Yves Le Gallou est la preuve vivante qu'un homme peut parfaitement concilier la passion et la compétence. Premier homme à théoriser la notion de préférence nationale, il n'en était pas moins convaincu de la nécessité d'adopter une démarche politique dédiabolisante pour sortir le Front national du ghetto politique dans lequel il s'enfermait chaque jour davantage. La signification de ce vote dépassait donc le seul succès électoral de Vitrolles. Ce que les délégués du Front national avaient plébiscité, c'était la démarche politique que mes amis et moi-même incarnions.

Comment Jean-Marie Le Pen a-t-il accueilli les résultats de ce vote ?

Il était furieux du résultat et ne cherchait même pas à le dissimuler. Alors qu'il venait lui-même d'être plébiscité et réélu président du mouvement par acclamation, il s'est comporté comme s'il s'agissait d'un affront personnel, parlant déjà à ses proches d'une tentative de putsch. Lors de la réunion à huis clos du nouveau comité central, il a immédiatement mis en cause la validité et la régularité du vote au motif que des listes de candidats à promouvoir auraient circulé parmi les congressistes. Or, s'il est exact que de telles listes ont été diffusées, elles ne traduisaient rien d'autre qu'une forme de campagne électorale, au demeurant tout à fait équilibrée puisque ces listes étaient d'origine différente et généralement contradictoires, les proches de Le Pen ne se privant pas de m'attaquer et colportant à mon encontre les pires rumeurs pour dissuader les délégués de voter pour moi.
Un peu plus tard, Le Pen me reprochera d'avoir obtenu ce résultat par une campagne de déjeuners auprès des cadres et fera faire une enquête discrète pour savoir qui payait mes frais de repas ! On nageait en plein délire ! En vérité, il était totalement abasourdi par ce scrutin qu'il ne comprenait pas car, outre ma position personnelle, ce vote établissait un classement des personnalités du mouvement qui ne correspondait pas à ses propres critères. Pour lui, les gens importants étaient ceux qui venaient le voir à Montretout, mais il ne savait pas que ceux-ci, les courtisans, n'existaient pas aux yeux des militants, lesquels, en revanche, voyaient à l'oeuvre les cadres actifs. Le Pen connaissait le Front des flatteurs et des anciens camarades, il ignorait tout du Front des combattants d'aujourd'hui.

Vous pensez qu'il s'agissait d'un premier vote contre Jean-Marie Le Pen ?

Mais non ! Ce vote n'était pas dirigé contre Le Pen, mais il constituait cependant un avertissement pour certains courtisans. Sa fille Marine, qui s'était présentée au comité central sans jamais avoir été militante, a été battue. Pour la première fois, le seul fait de porter le nom de Le Pen ne suffisait plus à provoquer la vénération des adhérents. Dans le même temps, sa sœur aînée Marie-Caroline, reconnue comme une militante de premier plan, était, elle, élue sans difficulté. Ce vote envoyait donc un message clair : le mouvement refuserait de cautionner une quelconque dérive népotique. Malheureusement, Le Pen n'a pas tenu compte de ce signal.
Au contraire, comme à son habitude, il s'est arc-bouté sur ses certitudes, refusant la réalité et allant jusqu'à remettre en cause la validité du scrutin. Il a alors déclaré que sa fille était victime d'une défaillance du système électronique de dépouillement des votes et qu'elle était en réalité élue. Selon le responsable informatique de l'époque, il s'apprêtait même à effectuer une rectification des résultats en replaçant celle-ci parmi les premiers. Ce sont les mises en garde insistantes de ses proches qui l'en ont dissuadé, car ces derniers redoutaient les effets psychologiques désastreux d'une telle manœuvre. Si bien que Le Pen s'est finalement contenté de coopter sa fille au comité central, comme les statuts lui en donnaient le droit.

Ne pensez-vous pas que cette volonté de "démégrétiser" date du congrès de Strasbourg ?

C'est bien possible. L'idée devait en tout cas commencer à faire son chemin puisque, quatre mois plus tard, j'ai été victime d'une tentative d'éviction. Les 14, 15 et 16 juillet, l'ensemble des membres du bureau politique avaient été convoqués en séminaire à Obernai, en Alsace. Il s'agissait officiellement de débattre de notre programme sur l'immigration et l'insécurité. Roger Holeindre avait d'ailleurs rédigé dans ce but un volumineux rapport10. Mais cette question a tout de suite été mise de côté pour en régler une autre : la place de Mégret dans le parti ! Comme de bien entendu, c'est Jean-Claude Martinez qui a ouvert le feu. A peine avait-il pris la parole qu'il se lançait dans un interminable réquisitoire contre moi. Il ne s'agissait pas pour lui d'un exercice d'improvisation, car son propos était étayé d'un épais dossier d'une vingtaine de pages, photocopié et distribué à chacun. Œuvre collective, ce document était co-signé par Antony, Lehideux et Stirbois. Quant à Maréchal, qui en avait été l'un des principaux inspirateurs, il avait jugé plus prudent de ne pas le signer. En fait de séminaire, il s'agissait donc d'un véritable traquenard dont Jean-Pierre Schénardi m'avait heureusement prévenu.

Que réclamaient ceux que vous avez appelés plus tard les "conjurés d'Obernai" ?

Que voulez-vous qu'ils réclament ? C'est ma tête qu'ils étaient venus demander. Pour J.-C. Martinez, le piétinement électoral du Front national s'expliquait par une cause unique : la place prise dans l'appareil par Mégret et ses amis. Or, nous sortions d'une campagne législative impromptue mais très bien organisée qui avait démontré l'efficacité de notre mouvement. Le même Martinez réclamait néanmoins la dissolution de la délégation générale que je dirigeais, mais aussi, pour donner le change, celle du secrétariat général de Gollnisch qui se trouvait ainsi sacrifié par ses amis pour les besoins de la cause. Le tout devant être remplacé par un collège d'une vingtaine de secrétaires nationaux rattachés directement à Le Pen. Bref, une armée mexicaine ! Pareille structure correspondait parfaitement aux aspirations de Le Pen : éviter que n'existent à ses côtés de fortes personnalités et diluer toutes les responsabilités pour que ne puisse subsister qu'une seule autorité, la sienne. Toujours le fameux principe "diviser pour régner".
Qu'un tel système soit totalement inadapté à la direction d'une grande organisation, il n'en avait cure. Peu lui importait le mouvement et son efficacité, seule comptait sa personne. Étant donné l'énormité de la proposition, une solution de rechange avait été prévue par les conjurés et, en second ressort, Jean-Claude Martinez devait proposer la création d'une troisième structure calquée prétentieusement sur le shadow cabinet britannique et dont les attributions empiétaient sur celles de la délégation générale. L'alternative était donc la suivante : soit on me coupait la tête, soit on me mettait Jean-Claude Martinez dans les pattes.

Après ce réquisitoire prononcé contre vous, comment se sont déroulés les débats ?

Contre toute attente, le débat a tourné à la confusion de Jean-Claude Martinez. D'emblée, Jean-Yves Le Gallou et d'autres de mes amis ont taillé en pièces son argumentation, tandis qu'une grande partie des membres du bureau politique restait dans l'expectative. Le Pen n'ayant pas donné son sentiment, ils ne voulaient pas s'engager. De surcroît, J.-C. Martinez ne jouissait pas d'une grande considération parmi ses pairs et ses arguments étaient tellement fallacieux, tendancieux et malhonnêtes qu'ils mettaient tout le monde un peu mal à l'aise. La gêne a d'ailleurs atteint son comble quand ce dernier a avoué qu'il avait été heureux de ma non-élection aux législatives de 1997.
Pour ma part, j'ai laissé chacun intervenir et ce n'est qu'au cours de l'après-midi que j'ai dévoilé ma riposte en concentrant le feu sur J.-C. Martinez. Ma contre-attaque a certainement été efficace, car l'intéressé, littéralement anéanti, n'a plus pris une seule fois la parole de tout le week-end. Quant à Marie-France Stirbois, Martine Lehideux et Bernard Antony, leur soutien à J.-C. Martinez aura été très modéré. Tirant les conclusions de cette situation, Le Pen, qui ne sera pas intervenu une seule fois dans les débats autrement que pour faire la police de la séance, conclura par des propos à la fois alambiqués et lénifiants sur la nécessité pour tous de s'entendre, donnant à la fois raison aux uns et aux autres. L'offensive ayant tourné court, il ne la soutiendra pas.

Vous pensez que Jean-Marie Le Pen était au courant du traquenard qui vous était tendu ?

Non seulement il était au courant, mais il faisait à n'en pas douter partie des conjurés. En tant que président, c'est lui qui avait convoqué cette réunion exceptionnelle du bureau politique. Or ce séminaire n'avait pas d'autre objet que de me régler mon compte.

Sinon, comment expliquer que Le Pen ait laissé Jean-Claude Martinez distribuer son dossier et parler si longtemps ? Comment expliquer qu'il l'ait laissé violer allégrement un ordre du jour qui ne sera même pas traité ?

C'est là un épisode très révélateur des méthodes habituellement employées par Le Pen, lequel utilise son entourage pour mener l'attaque et attend de voir comment tourne l'offensive pour se dévoiler. En la circonstance, constatant la débâcle du quarteron de conjurés, il a fait marche arrière ou, plutôt, il a feint de faire marche arrière. Car, à l'issue de l'université d'été du Front national qui devait se tenir fin août à Orange, Le Pen a annoncé la création d'un gouvernement virtuel du Front national, pompeusement appelé pré-gouvernement et confié à... Jean-Claude Martinez.

Quel était le rôle assigné à ce pré-gouvernement ?

Officiellement, il devait définir et faire connaître la position du Front national sur les débats parlementaires qui se déroulaient à l'Assemblée nationale et au Sénat où nous n'étions pas représentés. Mais il est très vite apparu qu'il s'agissait en réalité d'une machine de guerre lancée contre la délégation générale dont j'avais la charge. Car ce pré-gouvernement, qui ne comportait pratiquement aucun de mes amis, n'a pas tardé à afficher sa prétention à lancer des campagnes de communication, à éditer du matériel de propagande et à donner des consignes politiques aux fédérations, toutes choses qui relevaient pourtant de ma responsabilité.
Puisque Le Pen ne pouvait supprimer purement et simplement la délégation générale, il fallait la vider progressivement de sa substance. Puisqu'il ne pouvait me couper la tête, il essayait de me couper les mains. Jean-Claude Martinez étant incapable de mener à bien un tel projet, le pré-gouvernement a fait long feu. Mais les moyens considérables dont a bénéficié cette structure fantôme démontrent par ailleurs combien Le Pen était déterminé à mettre tout en œuvre pour me marginaliser, moi-même et, avec moi, tous ceux qui constituaient ce FN moderne désireux de voir notre mouvement triompher. En cela, l'épisode du pré-gouvernement a certainement été la répétition générale de ce qui allait se passer un an plus tard.

Vous affirmez donc que la "démégrétisation" était planifiée de longue date ?

Oui, j'en suis aujourd'hui persuadé. Sans doute la forme et le calendrier de cette entreprise suicidaire n'étaient-ils pas encore décidés. Mais, plusieurs mois avant le déclenchement de la purge, Le Pen avait déjà planté le décor et mis en piste les protagonistes du drame. Dès lors, il ne lui restait plus qu'à donner le signal. C'est ce qu'il a fait le 28 septembre 1998 en nommant l'inénarrable Jean-Claude Martinez à la direction de la campagne européenne.

NOTES 1. Le programme du FN proclamait notamment : "Le recours au référendum d'initiative populaire constitue l'arme absolue contre la dictature" in 300 Mesures pour la renaissance de la France, Editions nationales, p. 397.
2. National Hebdo, 17 décembre 1998.
3. Déclaration faite lors de la convention du FN "Le printemps de la France", Le Bourget, 28 mars 1999.
4. Envoyé spécial, 5 novembre 1992.
5. Cette déclaration a été faite le 1er mai 1995, lors du discours de clôture du défilé de Jeanne d'Arc.
6. Club de la presse, 12 mai 1997.
7. Le Monde, 11 juin 1997.
8. Alain Peyrefitte in le Monde, 17 juin 1997.
9. Le Xe congrès du FN s'est déroulé à Strasbourg les 29 et 30 mars 1997.
10. Rapport sur "la nouvelle citoyenneté" où il s'agissait déjà de remettre en cause la ligne du FN sur l'immigration pour s'ouvrir à l'électorat beur.


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