Accueil   Réflexions d'actu   Lu, vu, entendu   Côté Privé   Côté public   Tout savoir   Écrits 
     
A la une
 Qui est Bruno Mégret
 Son parcours politique
 Ses options de A à Z
 Son autobiographie
 Ses ouvrages
 Découvrez le site du MNR

  Contacter Bruno Mégret

Le chagrin et l'espérance

Sommaire :
Prologue: Pour tourner la page
Chapitre 1: Le précédent inacceptable
Chapitre 2: Les dérives suicidaires
Chapitre 3: La purge à tout prix
Chapitre 4: Le sursaut salvateur
Chapitre 5: L'épreuve nécessaire
Chapitre 6: Le nouveau départ



Chapitre 6
Le nouveau départ

Du scrutin européen au comité national du 2 octobre 1999

Après le résultat décevant des européennes, votre mouvement ne s'est-il pas retrouvé dans une situation de blocage ?

Je ne le crois pas. Le scrutin européen marque pour notre mouvement la fin de la crise et donc l'opportunité d'un nouveau départ. Comme je l'ai dit, les élections de juin 1999 ont été la dernière étape et la dernière épreuve liée à la scission de l'ancien Front national. Aujourd'hui, la page est définitivement tournée, et ce que je ressens, ce n'est pas un blocage mais plutôt une libération. Après la difficile campagne des européennes qui fut une parenthèse inévitable, notre mouvement va enfin pouvoir se consacrer à ce qui aurait dû constituer la suite logique du congrès de Marignane : la construction de sa personnalité politique propre, en rupture avec les caricatures extrémistes.

Vous voulez dire que votre mouvement doit se distinguer du Front national ?

Oui, il est clair que notre mouvement n'a plus rien à voir avec l'organisation résiduelle qui subsiste autour de Le Pen. Et il est même à bien des égards très différent de l'ancien Front national. Ce dernier, avec ses références implicites, appartient à une étape dépassée de notre combat. Le Mouvement national républicain n'entend pas se placer dans cette filiation. Il ne se situe pas au centre de gravité de l'électorat de l'ancien FN, mais au cœur de l'ensemble de l'électorat de la droite nationale et républicaine qui souhaite la renaissance de la France1.

Concrètement, où vous situez-vous sur l'échiquier politique ?

Notre mouvement a vocation à rassembler tous les Français qui veulent le renouveau de notre pays et qui représentent sans doute 30 % de la population. De ce point de vue, notre mouvement se veut à la fois national et républicain. Il entend défendre les idées nationales qui sont les siennes, en pleine compatibilité avec les institutions républicaines de notre pays. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, conformément à la décision prise par le comité national à La Baule le 2 octobre dernier, notre mouvement est désormais baptisé Mouvement national républicain (MNR)2. Ce mouvement a évidemment vocation à rassembler l'électorat de l'ancien FN, mais aussi l'électorat volatile de Pasqua, Villiers, Millon, celui des chasseurs et même, celui de la branche droitière du RPR ou de l'UDF dont l'incroyable dérive vers la gauche ne manquera pas de désarçonner nombre de partisans. Sans oublier les patriotes de gauche qui se sentent trahis par le virage ultralibéral et mondialiste du PS.

La création du Mouvement national républicain, est-ce votre façon à vous de prendre en compte la recomposition du paysage politique ?

Non, notre positionnement ne répond pas à une situation conjoncturelle. Il exprime au contraire une aspiration profonde. A l'inverse d'hommes comme Le Pen ou Pasqua, je ne cherche pas à "faire des coups" mais à inscrire mon action dans la durée, en pleine harmonie avec mes convictions et selon une stratégie cohérente. Mon objectif consiste à rassembler l'ensemble des Français qui souhaitent une renaissance de la France. Mais, bien entendu, pour parvenir à ce but, il faut prendre en compte la situation politique présente et je ne suis donc pas indifférent à la recomposition actuellement en cours.
A l'issue des élections européennes, c'est en effet toute l'opposition, du FN à l'UDF, qui s'est trouvée remise en question. Toutes les forces politiques de droite ont pour ainsi dire éclaté. La liste UDF de M. Bayrou, qui représente elle-même une coalition, s'est séparée du RPR. La liste Sarkozy, qui était quant à elle déjà constituée d'une alliance RPR-DL, a subi la sécession de M. Pasqua. La liste conduite par ce dernier n'était qu'un attelage hétéroclite avec M. de Villiers. Quant à l'ancien FN, il a éclaté en deux mouvements, le FN résiduel et le MNR. Toutes ces formations se sont donc retrouvées, quels que soient leurs potentiels, leurs idées, leur histoire et leurs élus respectifs, sur une nouvelle ligne de départ. Le paysage politique de droite a perdu toute lisibilité pour les Français et chaque parti se trouve en réalité devant la même obligation de se repositionner, de redéfinir une stratégie et de récrire un programme.
Et, de ce point de vue, contrairement aux apparences, le Mouvement national républicain est le mieux placé. Car ce travail, il l'a déjà fait. Ayant une claire conscience de ses valeurs, de son programme et de ses objectifs, il ne souffre, à l'inverse de ses concurrents, d'aucune crise d'identité. Il sait qui il est et où il va.

Est-ce que vous n'enterrez pas un peu vite vos adversaires ? Ni le RPR ni l'UDF ne sont encore morts.

Il est évident qu'ils n'ont pas disparu et je ne sous-estime pas leur capacité à donner encore le change pour quelques années. Mais il en est du RPR et de l'UDF comme de ces astres dont la lumière continue de nous parvenir alors même qu'ils sont déjà éteints. Leurs difficultés sont immenses et leur déclin patent. L'UDF, qui a voulu prendre son indépendance aux européennes, a réalisé un score pour le moins modeste, s'agissant du parti de l'ancien président Giscard d'Estaing3. Un score qui prouve en tout cas que cette formation ne peut pas être autonome ni avoir des élus par elle-même. M. Bayrou se trouve donc confronté à l'éternel dilemme des centristes qui est de constituer une force d'appoint soit pour la droite soit pour la gauche. Quant au RPR, il est tellement déstabilisé qu'au lendemain des européennes, il a consacré l'essentiel de son temps à se chercher un nouveau président. Et il ne sait toujours pas s'il doit s'opposer aux socialistes ou soutenir la politique de cohabitation de Chirac.

Dans ce tableau, quel regard portez-vous sur vos concurrents les plus proches, le FN et le RPF ?

Du côté du RPF, le lendemain des européennes est apparu, c'est vrai, beaucoup plus brillant. Mais, là aussi, il faut prendre la juste mesure des choses. MM. Pasqua et de Villiers n'ont somme toute réalisé ensemble qu'un score équivalent à celui obtenu par le second tout seul aux européennes de 19944. Or, si le RPF créé au lendemain de l'élection de 1999 connaît le même sort que le MPF issu du scrutin de 1994, l'entreprise de MM. Pasqua et de Villiers n'aura été au bout du compte qu'un coup pour rien.
De plus, j'en suis convaincu, le RPF ne peut pas sortir de la contradiction majeure qui est la sienne. Ou il rompt avec le système de la droite parlementaire ou il s'y intègre. Le choix de la rupture aurait le mérite de la cohérence, mais il est peu confortable car MM. Pasqua et de Villiers devraient alors présenter partout des hommes nouveaux contre le RPR et l'UDF, ce qui est contradictoire avec la démarche de leur parti qui prétend faire du neuf avec du vieux et se construire avec d'anciens élus RPR-UDF. Pis, en se plaçant en situation de concurrence brutale avec la droite parlementaire, ils ne manqueraient pas de provoquer les représailles de celle-ci et risqueraient d'être rejetés, voire de perdre leurs mandats, comme par exemple la présidence de leurs conseils généraux respectifs. A l'inverse, rester dans le système pour constituer la quatrième composante de la droite parlementaire RPR-UDF-DL-RPF n'est pas non plus une position très avantageuse. En effet, sans élus sortants, les responsables du RPF auraient peu de chances d'obtenir de nombreuses investitures pour leurs candidats aux différentes échéances électorales.
La situation est donc périlleuse pour les dirigeants de cette formation qui ont donc à choisir entre la marginalité et la normalisation. Confrontés à ce dilemme, MM. Pasqua et de Villiers pourraient bien continuer à ne pas trancher et rester dès lors dans une ambiguïté de fond qui ne permet pas de construire dans la durée.

Et le Front national ?

Le Front national quant à lui est en pleine involution. Ayant refusé la voie de la maturité et de la croissance sur laquelle mes amis et moi-même voulions l'emmener, il va revenir d'où il vient, à un groupuscule régi par le culte du chef. La triste destinée du Front national résiduel est maintenant de retourner à la marginalité. Dépourvu d'un appareil digne de ce nom et privé de toute perspective, il va peu à peu se transformer en un club de supporters de Le Pen qui ne peut que disparaître avec lui.
Déjà, les querelles de personnes s'enveniment et contribuent à le miner. Alors que la scission aurait dû ramener la paix dans le FN résiduel, il n'en a rien été et les guerres de clans ont repris de plus belle. Il ne faut d'ailleurs pas s'en étonner, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Si donc la crise continue chez Le Pen alors que les "mégrétistes" ont été purgés, cela prouve bien que mes amis et moi-même n'étions pas responsables de ce qui s'est passé. Chacun peut constater que ceux qui nous ont si violemment pris à parti se déchirent maintenant entre eux. Maréchal s'en prend à Gollnisch et Lang, J.-C. Martinez à Maréchal, et Le Pen continue à dresser les uns contre les autres, à favoriser sa famille et à interdire tout avenir au Front national.
Un Front national qui commence d'ailleurs à se vider de toute sa substance. Non seulement ses troupes sont démotivées et abandonnent le combat mais, plus grave encore, Le Pen renonce progressivement à ce qui faisait sa raison d'être, la lutte contre l'immigration. Il accepte désormais le caractère multiconfessionnel de la France et ne cesse de mettre de l'eau dans son vin sur cette question essentielle5. Le Front national n'est plus aujourd'hui qu'un radeau à la dérive.

Pour autant, le Mouvement national républicain n'apparaît pas dans un bien meilleur état ?

Au sortir des européennes, nous avions, il est vrai, deux handicaps importants : notre score et nos dettes. Celui de notre résultat est bien sûr indéniable mais il doit être relativisé car le Mouvement national républicain tel qu'il est et tel qu'il va devenir n'a pu être sanctionné par les électeurs qui ne le connaissaient pas encore. Dès lors ce score ne doit pas être considéré comme une référence absolue, d'autant que la plupart des Français ont très vite oublié l'élection européenne et les résultats obtenus par les différentes listes.
Notre handicap financier était, lui, beaucoup plus réel. Nos frais de campagne n'étant pas pris en charge par l'État, notre mouvement s'est retrouvé dans une situation financière inquiétante. Mais, comme vous l'avez vu, nous avons largement surmonté cette épreuve. Grâce à deux souscriptions lancées auprès de nos adhérents et sympathisants, le compte de campagne de la liste que je conduisais aux européennes a pu être approuvé en équilibre et nous nous efforçons d'honorer le reste de nos dettes6. Cet épisode qui a constitué un handicap représente en fait une grande victoire politique. En effet, il y a peu de partis qui pourraient ainsi mobiliser des sommes aussi importantes sur les seuls deniers personnels de leurs élus, de leurs cadres, de leurs adhérents et de leurs sympathisants. J'y vois pour ma part une preuve de l'extraordinaire vitalité de notre mouvement et j'en suis très reconnaissant à tous ceux qui contribuent ainsi à le rendre aussi dynamique.

Ne me dites pas que le résultat des élections n'a entraîné aucune démobilisation ni aucun état d'âme dans vos rangs !

Si, je l'affirme ! A part quelques exceptions, qui se comptent d'ailleurs sur les doigts d'une main, notre mouvement n'a connu ni vagues de défection ni troubles majeurs. Les cadres de nos fédérations et de nos sections sont restés d'une détermination sans faille. D'ailleurs, l'université d'été qui s'est tenue à la rentrée de septembre près de Beaune7, à peine trois mois après le scrutin européen, a rassemblé plus de quatre cents cadres motivés et optimistes qui ont impressionné les journalistes présents par leur bonne humeur et leur moral.
Et, c'est là une réalité essentielle dont on n'a pas pris pleinement conscience, les militants du Mouvement national républicain sont des combattants politiques exceptionnels, dotés d'une trempe sans égal dans la classe politicienne. Songez en effet aux épreuves qu'ils ont traversées ! En l'espace de seulement six mois, ils ont, par leur seule force de caractère, surmonté une crise politique majeure, construit sans moyens un nouveau mouvement, mené une campagne électorale dans les pires conditions, dominé leur déception face au résultat des européennes et assumé par leurs seules ressources les dettes qui nous accablaient. Soumis aux mêmes épreuves que le MNR, les partis de l'établissement auraient tous volé en éclats. Les démissions auraient succédé aux règlements de comptes. Les abandons auraient fait suite aux états d'âme et l'ensemble des troupes se serait débandé dans une cacophonie et un désordre indescriptible. Mais, au Mouvement national républicain, il n'y a rien eu de tel. Et c'est, j'en suis intimement convaincu, le signe de la force du courant que nous incarnons. Car, en venant à bout de pareilles épreuves, notre mouvement a démontré qu'il avait la capacité d'accomplir de grandes choses pour notre pays. A l'évidence, le MNR, parce qu'il est composé d'hommes et de femmes désintéressés, courageux et déterminés, constitue une véritable élite civique animée par un grand idéal. A la différence de nos concurrents, nous détenons les deux atouts sans lesquels aucune grande victoire politique n'est possible : les hommes et les idées.

En quoi vos idées sont-elles différentes de celles de vos concurrents ?

Nos idées sont les seules qui soient compatibles avec l'objectif de renaissance nationale que nous nous sommes fixé. Je veux dire par là qu'elles sont à la fois suffisamment ancrées dans les valeurs traditionnelles de notre civilisation pour constituer le vecteur d'un changement profond et suffisamment adaptées au monde d'aujourd'hui pour pouvoir peser sur la réalité et être effectivement mises en œuvre. En d'autres termes, il s'agit d'une synthèse entre les exigences de notre idéal national et les impératifs du monde dans lequel nous vivons.
Il n'est pas question de renoncer à nos idées et de pratiquer comme l'établissement une politique de soumission à la réalité ou plutôt à ce qui est présenté comme la réalité inéluctable du monde contemporain. Mais nous ne voulons pas non plus nous couper de l'époque actuelle et empêcher dès lors nos idées d'avoir le moindre impact sur le monde réel. Nous ne sommes pas plus les esclaves de l'avenir tout tracé qu'on veut nous imposer que des réfugiés frileux fuyant dans le passé un monde qu'ils ont renoncé à maîtriser. Nous sommes un mouvement résolument contemporain, qui vit de plain-pied dans la réalité du monde d'aujourd'hui, avec l'ambition de le changer pour le rendre plus conforme à notre idéal. Pour cela, nous entendons adapter nos idées aux réalités de notre époque de façon à ce qu'elles puissent transformer la société et la remettre en conformité avec les valeurs propres à notre civilisation. En clair, à l'instar de tous les mouvements qui ont marqué leur temps, nous voulons opérer la synthèse entre un certain nombre d'idéaux intemporels et universels et les contingences du moment. Nous voulons faire la synthèse entre tradition et modernité. Nous voulons rendre nos idées contemporaines.

Est-ce là la signification de votre emblème : la feuille de chêne dans le drapeau tricolore ?

La référence au chêne a été choisie parce qu'elle est sans doute la plus belle représentation charnelle du concept d'identité. Le chêne symbolise l'enracinement, la pérennité et, comme on le trouve dans toutes les régions françaises, il incarne bien l'identité de notre pays. J'ajoute qu'il représente aussi la force, la droiture, la noblesse et la justice - le chêne de Saint Louis. Sous la Rome antique, la couronne de chêne servait à honorer les vertus civiques. Et le chêne figure aussi dans beaucoup des armoiries de la monarchie comme de la république. Je crois que c'est un très bel emblème pour un mouvement qui défend la nation.

Ne pensez-vous pas qu'à l'heure de la mondialisation, l'idée nationale est dépassée ?

Non, pas du tout. La nation est au contraire l'instrument qui doit nous permettre de relever les défis de la mondialisation. Car, sur cette question, il faut être clair. Il existe aujourd'hui des techniques, comme Internet, l'aviation à réaction ou les satellites de télécommunication, qui concourent en quelque sorte à rapetisser la planète. Il s'agit de facteurs objectifs de mondialisation que nous acceptons bien évidemment comme des aspects de la réalité contemporaine. Dès lors, la question n'est pas de savoir si l'on est pour ou contre la mondialisation, mais s'il faut la développer sans retenue ou la maîtriser avec discernement.
Dans les sphères de l'établissement, chacun considère béatement que tout ce qui va dans le sens de l'échange et du mélange est bon en soi. Et c'est cette attitude empreinte de sectarisme, expression d'une idéologie que l'on peut qualifier de mondialiste, que nous condamnons. Pour notre part, nous considérons que, pour le bien des Français et de tous les peuples du monde, il faut se donner les moyens d'être en mesure de réguler cette mondialisation afin d'en limiter les effets néfastes. Et, pour cela, il est essentiel de maintenir et de renforcer les nations.
Quand on sera revenu de la pensée magique sur la mondialisation, vous verrez que la nation redeviendra une idée à la mode. D'ailleurs, l'impératif identitaire va s'affirmer de plus en plus au fur et à mesure que se développeront les échanges, car à quoi servirait-il demain de continuer à échanger si tout devient semblable partout ? Loin de rendre la nation caduque, la mondialisation la rend au contraire plus nécessaire que jamais. Il n'y a donc pas à nos yeux de contradiction entre la défense de notre identité et la prise en compte des évolutions du monde moderne. De la même manière, il est parfaitement possible de refuser l'immigration tout en respectant les droits et la dignité des personnes. Quant à la souveraineté de la nation, elle peut aller de pair avec une certaine forme d'organisation de l'Europe, de même que le maintien de frontières protectrices n'empêche pas le développement harmonieux des échanges. En les enracinant dans la réalité, le Mouvement national républicain entend libérer les idées nationales et les faire entrer au grand jour dans la vie politique de notre pays. Alors que, dans le passé, elles étaient trop souvent stérilisées, je veux qu'elles puissent maintenant féconder l'ensemble de la société.

Est-ce que cette rupture avec le passé dont vous vous prévalez passe par une modification de vos propositions en matière d'immigration ou d'insécurité ?

Absolument pas. Il n'est pas question de faiblir sur les idées de fond qui sont les nôtres, car elles sont indispensables au redressement de la France. En matière d'immigration, ma position restera d'ailleurs d'autant plus ferme que ce phénomène prend maintenant la forme d'une colonisation à rebours s'accompagnant d'un début d'islamisation de notre pays. Il s'agit là d'une évolution extrêmement grave qui met en péril l'identité de notre nation et l'équilibre de notre société. Nous entendons donc la combattre avec la plus grande détermination8. Que cela soit clair : pour nous, la France ne saurait se transformer en une mosaïque de communautés. Comme nous l'enseignent l'histoire et l'actualité la plus récente, les sociétés multiculturelles sombrent toujours dans la violence et le chaos. Ce sont là des malheurs que je veux épargner à notre peuple. Pour autant, je suis convaincu que ce problème pourra trouver sa solution dans le respect de la dignité des individus et conformément aux valeurs humanistes de notre civilisation. L'inversion des flux migratoires passera ainsi notamment par une politique de coopération étroite avec les pays d'origine.

Êtes-vous toujours partisan de la préférence nationale ?

Oui, et je le suis d'autant plus que j'ai moi-même été l'artisan de sa mise en œuvre à Vitrolles-en-Provence, ville dans laquelle la municipalité a tenté d'instaurer une prime de naissance au bénéfice des familles françaises et européennes. La préférence nationale est en effet une expression toute naturelle de la fraternité qui doit lier entre eux les membres d'une même communauté nationale. La préférence nationale est aussi un principe républicain puisqu'elle consiste à établir une distinction juridique entre les citoyens et les étrangers, distinction qui existe d'ailleurs déjà par exemple pour l'accès à la fonction publique ou pour le droit de vote. Notons en effet que, si les étrangers bénéficiaient des mêmes droits que les citoyens, cela signifierait alors qu'il n'y aurait en fait plus de citoyenneté et donc plus de république. Ce que nous demandons, c'est donc que cette préférence nationale soit étendue à d'autres domaines que ceux où elle est déjà en vigueur, de façon à consolider la citoyenneté et, par là même la république et la nation.

L'inscription du terme "républicain" dans le nom même de votre mouvement a suscité un certain étonnement chez les observateurs. La république n'est-elle pas un concept typiquement de gauche ?

Non, c'est la gauche qui veut faire croire cela. Mais, c'est inexact. Certes, elle a cherché, à plusieurs reprises dans notre histoire, à confisquer cette notion, mais, à d'autres époques, ce ne fut pas le cas. Ainsi, dans les années soixante et soixante-dix, la gauche, fortement imprégnée de marxisme, considérait même la république comme un concept bourgeois qu'il fallait abattre pour lui substituer celui de "démocratie populaire". Aujourd'hui, il est vrai, les socialo-communistes se sont réapproprié la république, mais il s'agit là d'une imposture. Car, pour eux, la république c'est la philosophie des Lumières, le dévoiement des droits de l'homme ou la Révolution française conçue comme pacte fondateur de la France. Or, telle n'est pas notre conception de la république, d'autant que celle-ci ne se résume pas à la Révolution française, puisque c'est aussi Rome et l'Antiquité, Venise et l'Europe médiévale.
Mais l'imposture est encore plus visible dans la manière dont les "valeurs républicaines" sont quotidiennement détournées par la gauche. Ainsi, ceux-là même qui, dans l'établissement, se réclament sans cesse de la république sont justement ceux qui la mettent en cause. Car enfin, quels sont les vrais principes républicains ? La république, c'est la souveraineté du peuple. Or, jamais le décalage n'a été aussi important entre la volonté des Français et les politiques mises en œuvre par les gouvernements. Pis, la classe politicienne soumet la France à une autorité fédérale européenne qui prive le peuple de sa souveraineté ! La république, c'est aussi la liberté et, notamment, la liberté de pensée, d'expression, de recherche et de réunion. Or, jamais la chape de plomb du politiquement correct n'a pesé aussi lourdement sur la vie intellectuelle et politique de notre pays.
La république, c'est l'égalité des droits entre citoyens. Lorsque l'on met en place des quotas par catégorie ethnique, sociale ou sexuelle, comme c'est actuellement le cas pour les femmes lors des scrutins de liste, on met en cause ce principe. Et, lorsque l'on assure la préférence aux étrangers par rapport aux Français, comme pour certains droits sociaux, c'est encore une mise en cause de l'égalité.
La république, c'est aussi l'unité et l'indivisibilité de la nation. Quand les politiciens laissent s'instaurer un véritable communautarisme pour satisfaire aux exigences des populations immigrées, ils violent également les principes républicains. La république, c'est l'autorité de la loi. Or, qui peut prétendre aujourd'hui que la loi est respectée alors même que l'on désigne certaines banlieues avec le terme, ô combien révélateur, de zones de non-droit ? Enfin, la république ce sont les vertus civiques. Et de ce point de vue, là encore, c'est la classe politique largement gangrenée par la corruption qui la met en cause.
En réalité, nous sommes les défenseurs de la république quand nos adversaires, qui s'en réclament pourtant, en sont les fossoyeurs. Et c'est pour rétablir cette vérité que j'ai souhaité inscrire la république dans le nom de notre mouvement. Ce terme n'est pas pour moi un ornement. Il correspond au contraire à une réalité profonde. D'ailleurs, l'idée de république m'a accompagné tout au long de mon action politique. Avant de rejoindre le Front national, j'avais créé une association baptisée Comités d'action républicaine et, au Front national même, j'avais un temps réussi à insuffler le principe d'une refondation républicaine avec l'idée de VIe République9.

Pour autant, votre république ne ressemble guère à celle de l'établissement politicien ?

Je n'ai pas l'intention de m'approprier la république et de parler de "ma république", mais il est vrai que j'en ai une conception très différente de la plupart des membres de la classe politicienne. Et cela n'est pas étonnant car la gauche entend en fait substituer la république à la nation. Elle se sert de la république comme d'une arme contre la nation alors qu'à mon sens il ne peut y avoir de république sans nation. La république n'est d'ailleurs pas pour moi un objectif en soi et elle ne se situe pas au même plan que la nation. Autant celle-ci constitue une réalité charnelle essentielle à notre identité, autant la république ne représente qu'un cadre institutionnel. En clair, la nation peut exister sans république mais l'inverse n'est pas vrai. La république est donc par essence nationale, car elle doit s'appuyer sur un peuple dont elle organise la souveraineté. Elle ne saurait donc fonctionner avec une collection d'individus déracinés et cosmopolites comme le prétendent les socialistes. Il lui faut, pour s'épanouir, le substrat d'un peuple sur une terre, uni par des valeurs partagées.

Quelles sont justement ces valeurs partagées par tous que vous entendez promouvoir ?

Ce sont tout simplement les valeurs de notre civilisation française, européenne et chrétienne. Nous savons en effet qu'il n'y a pas d'action politique profonde sans référence à des valeurs d'un ordre supérieur. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai souhaité formaliser cette démarche essentielle par la rédaction d'une charte des valeurs. Quand nous sommes pris dans le feu du combat quotidien, ce texte fondamental, qui unit tous les membres du MNR, nous permet de distinguer l'essentiel du contingent. Il proclame notre attachement à l'idéal de civilisation qui est le nôtre.

Quels sont précisément les principes énoncés par cette charte des valeurs ?

Notre charte s'ouvre par "notre volonté de nous engager au service de la communauté française dans la recherche du bien commun". Elle énonce ensuite notre conception de l'homme et des rapports qui doivent exister dans une communauté harmonieuse. Nous pensons que "l'homme est un être libre, responsable de lui-même et de ses actes, dont la vie et la dignité doivent être respectées, de la conception à la mort naturelle. Mais, à rebours des individualistes, nous savons que l'homme ne s'épanouit qu'enraciné dans des communautés naturelles au premier rang desquelles figurent la famille et la nation, communauté des morts, des vivants et des générations à venir, installée sur la terre de ses ancêtres et unie par une langue, une histoire et une culture qui font d'elle une communauté de destin".

Quels sont les liens qui, selon vous, doivent régir les rapports entre l'individu et la communauté nationale ?

La nation et ses lois n'est pas pour nous un carcan qui contraint mais un cadre qui protège. Je suis convaincu que la liberté est la condition de l'épanouissement des personnes, mais aussi des communautés. Sans liberté de penser, de s'exprimer et d'agir, il n'y a pas d'initiative ni de responsabilité et donc pas d'harmonie pour la communauté.

Vous refusez donc formellement tout modèle de type totalitaire ?

Oui, notre charte le proclame d'ailleurs solennellement : "Nous récusons toutes les formes de totalitarisme." Mais, à la différence des membres de l'établissement, je ne me contente pas de dénoncer les totalitarismes les plus grossiers comme le national-socialisme ou le communisme. Je refuse également la dictature, plus douce en apparence, du politiquement correct ou de la pensée unique. Dans le même esprit, j'entends combattre l'asservissement qu'impose aux citoyens un État tentaculaire et omnipotent qui réduit les hommes à la condition d'assistés, au mépris de leur dignité et de leur libre arbitre.
Mais, attention, cette liberté ne se confond pas avec le "laisser faire, laisser passer" des libéraux les plus absolus. Je sais en effet que c'est l'anarchie qui tue la liberté quand l'ordre la préserve. Il n'y a pas de communauté harmonieuse sans ordre, sans autorité et sans hiérarchie. Loin de tout égalitarisme, je souhaite que chacun puisse donner la pleine mesure de ses capacités. C'est en cultivant l'esprit d'émulation, en encourageant le mérite et le talent que se formeront de véritables élites au service de la communauté tout entière.

En quoi ces principes sont-ils républicains ?

Ces principes ne se jaugent pas à l'aune de la république. Ils expriment, je crois, un idéal politique universel et intemporel. Sans être spécifiquement républicains, ils s'intègrent cependant parfaitement dans le cadre institutionnel de la VIe République que nous appelons de nos vœux et au sein de laquelle tous ces principes et toutes ces valeurs trouveront à s'épanouir. C'est là toute la démarche du Mouvement national républicain qui n'entend pas célébrer stérilement des valeurs, mais les mettre en œuvre pour agir sur le réel. Il n'entend pas chanter les louanges d'un âge d'or mythique, mais peser sur le présent pour préparer l'avenir. Il ne rassemble pas des nostalgiques, mais des réalistes qui veulent agir ici et maintenant pour leur pays.

Votre stratégie passe donc toujours par la conquête du pouvoir ?

Oui, plus que jamais. J'estime d'ailleurs que la recherche du pouvoir est la seule finalité légitime du combat politique. Un mouvement qui se complairait dans une éternelle opposition et se contenterait de toujours critiquer quand d'autres cherchent à construire serait en effet totalement illégitime et même nuisible. Le MNR ne fuira pas les responsabilités du pouvoir. Il cherchera au contraire à les exercer et n'éprouve aucune gêne à l'affirmer, car il ne veut pas le pouvoir pour le pouvoir, mais pour servir la France et les Français.

Cette volonté de conquête du pouvoir passe-t-elle par des stratégies d'alliance avec des formations de la classe politique ?

Des alliances politiques, certainement pas ! Car notre stratégie n'est pas de diluer notre mouvement dans je ne sais quel conglomérat politicien, mais passe au premier chef par le rassemblement des Français. Totalement étrangère aux combinaisons d'états-majors, notre démarche s'adresse directement à nos compatriotes parce que nous savons que c'est du peuple que viendra la renaissance de notre pays. Notre objectif principal consiste donc à élargir progressivement notre assise à l'ensemble des électeurs qui partagent nos idées et qui peuvent représenter en France près de 30 % de la population.
Cela étant, pour atteindre ce but, il ne faut pas se replier sur soi-même et se couper totalement des partis pour lesquels certains de nos futurs électeurs votent actuellement. C'est pourquoi le Mouvement national républicain s'affirme par principe favorable à des accords électoraux ponctuels avec les formations qui sont le plus proches de lui, comme par exemple le FN ou le RPF. Quels que soient leurs défauts et leurs lacunes, ces partis recueillent les voix de Français qui, sur des modes divers, aspirent tous au renouveau de la France. Il me paraît donc légitime et naturel que puissent s'établir avec eux des accords électoraux ponctuels. Mais en aucune façon des alliances.

Est-ce au mécanisme de désistement national, que vous aviez déjà proposé, que vous pensez ?

Ce mécanisme demeure d'actualité, car le Mouvement national républicain entend inscrire son action dans une hiérarchie très claire de ses adversaires. Et, pour nous, l'adversaire principal, c'est le socialo-communisme et, plus globalement, l'ensemble de la gauche actuellement au pouvoir, celle qui détruit progressivement notre pays. Tenants d'une idéologie socialo-mondialiste, ses responsables sapent systématiquement toutes les valeurs auxquelles nous sommes attachés. Ils détruisent notre pays en le diluant par l'immigration et en le soumettant à l'étranger à travers l'eurofédéralisme. Ils détruisent la famille en sapant ses fondements et les valeurs morales. Ils appliquent le schéma classique de l'étatisme et du fiscalisme qui ruinent notre économie. Ils appliquent le schéma classique de l'étatisme et du fiscalisme qui ruinent notre économie. Ils abattent une à une les institutions traditionnelles qui fondent notre civilisation. Aussi, pour nous, il n'y a pas d'ambiguïté : les auteurs de tous ces méfaits ne peuvent qu'être nos ennemis prioritaires.
Certes, les tenants du RPR et de l'UDF sont aussi des adversaires, mais seulement dans la mesure où ils se laissent subjuguer par la gauche au point d'en venir à pratiquer la même politique qu'elle. On peut évidemment considérer que leur attitude de trahison et de lâcheté est moralement plus vile que celle des politiciens de gauche, lesquels ne font qu'accomplir ce en quoi ils croient. Mais nous ne nous posons pas en justiciers de la morale et nous devons combattre en priorité ceux qui causent les plus grands dommages à notre pays. De ce point de vue, il est clair que le Mouvement national républicain peut proposer des accords électoraux ponctuels à la droite dès lors que cela est utile à la France pour faire battre la gauche.

Cela signifie-t-il que vous tendez la main aux partis de la droite parlementaire ? Pourtant, ils ne veulent pas de vous !

Je ne leur tends pas la main. Je dis simplement que nous ne sommes pas opposés par principe comme l'était Le Pen à des accords électoraux. A condition bien entendu qu'ils soient ponctuels, équilibrés et réciproques. Encore une fois, notre position est simple : le MNR pourra proposer des accords à ceux qui sont le moins éloignés de lui afin de faire échec à ceux qui le sont le plus. Je rappelle en effet qu'il est possible de passer des accords ponctuels avec tel ou tel groupe ou telle ou telle personnalité, sans pour autant approuver ses positions politiques. C'est là que se situe la différence entre des accords électoraux ponctuels et des alliances politiques. Les uns se font dans le respect de l'intégrité politique de chacun, les autres exigent un minimum de compromis. Or, nous ne voulons aucune compromission.
Alors, vous me dites que les dirigeants du RPR et de l'UDF ne veulent pas entendre parler de nous ? C'est leur problème. Mais ils ne pourront plus, comme du temps de Le Pen, affirmer que nous faisons le jeu des socialo-communistes. S'ils nous rejettent et si, de ce fait, dans telle ou telle circonscription, dans telle ou telle municipalité, c'est la gauche qui passe, ce sont eux qui en porteront toute la responsabilité. Et je suis convaincu que leurs sympathisants leur en tiendront rigueur et que, si le RPR et l'UDF adoptent de pareilles attitudes politiciennes et sectaires, nombre de leurs électeurs se tourneront vers nous. Il faut donc comprendre que cette position de principe favorable à l'ouverture n'est pas à interpréter comme une attitude tactique. Il s'agit d'un autre état d'esprit qui montre que nous ne sommes pas des politiciens seulement préoccupés de leur boutique, mais des patriotes avant tout concernés par le bien commun de la France.

Ne craignez-vous pas, en agissant de la sorte, de brouiller la lisibilité de votre position ?

Non, c'est au contraire en refusant de faire barrage aux socialistes et aux communistes, voire en les favorisant carrément comme le font les lepénistes, que nous ne serions pas compris. En politique, il est essentiel de désigner clairement ses adversaires et de prendre ses responsabilités. De plus, de tels accords électoraux ponctuels et réciproques ne sont pas seulement utiles à la France, ils le sont aussi à notre mouvement.
Rappelez-vous, la proposition qui avait été faite sous mon impulsion par l'ancien Front national à la droite parlementaire lors de l'élection des présidents de conseils régionaux. Cela avait été un grand succès. Nous avions pu éviter dans quatre régions que la gauche minoritaire ne dirige le conseil régional. Notre mouvement avait de surcroît été placé au cœur de l'actualité. Les accords qui en étaient résultés avaient amorcé pour nous un début de dédiabolisation et provoqué une crise majeure dans les rangs du RPR et de l'UDF.
Il s'agit donc de rompre avec la politique du pire et avec la méthode de la terre brûlée pratiquée par Le Pen. Nous voulons au contraire mener une action de séduction en direction de l'électorat. C'est pourquoi nous voulons changer de méthode. Du temps de Le Pen, le FN menait une guerre de tranchées en passant d'ailleurs le plus clair de son temps à subir passivement les bombardements de l'adversaire. Avec le Mouvement national républicain, nous voulons retrouver notre liberté de manœuvre et adopter une grande mobilité tactique. Nous voulons mener une guerre de mouvement en lançant des offensives, en faisant des incursions chez nos adversaires et en retournant leurs armes contre eux. En réalité, nous voulons mettre toutes les chances de notre côté pour rassembler le plus largement possible afin de parvenir aux responsabilités du pouvoir.

Vous ne manquez pas d'audace ! Vous avez fait 3,5 % aux européennes de 1999 et vous parlez d'arriver au pouvoir ?

Oui, telle est bien notre ambition et je suis convaincu que cela n'a rien d'utopique. Car nous disposons, pour réussir, de plusieurs atouts majeurs. Le Mouvement national républicain est en effet le mieux placé pour rassembler demain les 30 % de Français qui partagent fondamentalement nos idées. Il existe en effet une droite nationale et républicaine, représentant sans doute un tiers des Français, qui n'a jamais pu se cristalliser en une force unique et cohérente. Or, nous, nous sommes placés au centre de gravité de cet électorat et nous avons donc la capacité de l'étreindre demain dans sa globalité.
Qui d'autre pourrait le faire ? Certainement pas Le Pen, Pasqua ou Villiers qui, chacun à leur façon, se situent à la périphérie de cet espace. L'un s'est claquemuré dans un ghetto et les autres n'ont jamais osé sortir de l'établissement et refusent toujours de combattre l'immigration. D'ailleurs, ceux qui pourront organiser cette grande force de droite nationale et républicaine, ce ne sont pas ceux qui se réveilleront au dernier moment pour faire un coup politicien et tenter de rafler la mise. Ce sont ceux qui, patiemment, auront su l'organiser et exprimer ce qu'elle ressent. Ce sont ceux qui auront su, dans la durée, incarner ce qu'elle est pour se retrouver au bon moment au bon endroit.
Et, si nous réussissons à rassembler cet électorat, nous serons alors, je crois, aux portes du pouvoir parce qu'à 30 % du corps électoral on atteint le seuil à partir duquel on peut obtenir une majorité politique. Or, c'est possible parce que nous nous sommes placés dans une situation stratégique privilégiée. En effet, de par notre positionnement, nous pouvons être en dehors de l'établissement sans en être en marge et donc incarner une grande alternative de renouveau. Or, nous sommes à l'extérieur du système, puisque nous sommes "national" et qu'il ne l'est pas. Mais nous ne sommes pas pour autant marginalisés par rapport à lui parce que l'établissement est républicain et que nous le sommes également. En clair, nous avons la capacité, par notre force, nos idées et notre positionnement, d'incarner, face à un système impuissant et corrompu, un recours crédible et acceptable pour les Français.

Mais cette conquête du pouvoir ne risque-t-elle pas de prendre des années ? N'a-t-il pas fallu près de vingt ans au Front national pour émerger ?

La situation de notre mouvement est en réalité totalement différente de celle du Front national à ses débuts. Car nous sommes entourés d'un électorat représentant 15 à 20 % de Français qui se sentent extrêmement proches de nous et qui n'attendent pour nous rejoindre que de mieux nous connaître. Et, si l'ancien Front national semblait incapable de jamais dépasser la barre des 15 %, rien n'indique qu'il en ira de même pour le Mouvement national républicain car, justement, nous avons rompu avec toutes les dérives qui bloquaient le développement de l'ancien FN. Il n'y a pas chez nous de jeux de mots faciles et blessants ni d'attitudes gratuites propres à susciter l'inquiétude ou la haine.
Alors, c'est vrai, le développement qui, j'en suis convaincu, attend le Mouvement national républicain ne se produira pas, à l'image de tous les grands bouleversements politiques, en quelques semaines ni même en quelques mois. Mais la situation de décomposition avancée où se trouve aujourd'hui plongé l'établissement est de celles qui précèdent les recompositions de grande ampleur. Voilà pourquoi je suis confiant dans l'avenir de notre mouvement, dès lors que nous suivons notre route sans impatience, avec une volonté et une ardeur sans faille. Nous subirons encore beaucoup d'attaques. Les uns continueront contre toute raison à nous accuser de trahir nos idées ; les autres persisteront en toute injustice à lancer contre nous des anathèmes comme ils le faisaient avec l'ancien Front national. Mais je ne changerai pas de cap, je resterai sourd à ces critiques et je suis convaincu qu'alors les Français nous découvriront tels que nous sommes et que, d'ici à quelques années, sans doute d'ici à 2002, ils n'éprouveront plus aucune réticence à nous rejoindre en masse.

Pourtant, cet électorat dont vous parlez, cette partie de la population que vous qualifiez de droite nationale et républicaine, est le seul à n'être jamais parvenu à s'ériger en force politique ?

Effectivement, c'est bien là le cruel paradoxe de la vie politique française de ces dix dernières années. Alors même que nos compatriotes attachés à la renaissance de la France représentent certainement le tiers de la population et sont donc au moins aussi nombreux que les électeurs du parti socialiste, ils n'ont pas jusqu'ici été en mesure de peser politiquement sur le cours de l'histoire. Cette triste situation a néanmoins une explication très simple : ces Français n'ont jamais trouvé une formation politique qui corresponde pleinement à leurs aspirations et qui soit capable de les rassembler autour d'un projet cohérent et crédible. Cela explique d'ailleurs pourquoi ces électeurs sont pour beaucoup politiquement très instables. Jusqu'à présent, ils votaient tantôt pour Villiers, tantôt pour Le Pen, voire pour Pasqua ou Millon, quand certains ne retournaient pas carrément au RPR ou à l'UDF avant d'en repartir et sans jamais être pleinement satisfaits. Et, d'une certaine façon, je comprends leur insatisfaction. Voter pour Villiers ou Pasqua, c'était voter pour des hommes aux convictions fluctuantes. Voter pour Le Pen, c'était donner l'impression de cautionner ses dérives et ses provocations. Et, dans tous les cas, c'était toujours voter sans espoir de construire une force politique capable d'accéder au pouvoir pour changer vraiment les choses.
Voilà pourquoi l'émergence de notre mouvement va progressivement modifier de fond en comble la donne politique. Le MNR n'est pas un mouvement parmi d'autres au sein de cette mouvance. Il est le mouvement qui rendra possible le rassemblement de tous ces électeurs insatisfaits qui aspirent à être représentés avec force pour assurer le redressement de notre pays. Il est le mouvement qui permettra aux Français d'exprimer leur amour de la France sans avoir le sentiment d'abattre la république ou de tourner le dos à l'Europe. Il est le mouvement qui offrira à nos compatriotes la possibilité d'être en accord avec leurs idées profondes tout en pouvant les assumer et en être fiers. Il est le mouvement qui saura mettre à la mode les valeurs traditionnelles dont ils ont la nostalgie. Sans doute les Français l'ignorent-ils encore, mais le Mouvement national républicain incarne la grande force politique généreuse et conquérante à laquelle ils aspirent au fond d'eux-mêmes. Voilà pourquoi la naissance du MNR est une bonne nouvelle pour tous les Français. Voilà pourquoi j'ai, pour ma part, une confiance inébranlable dans notre destin. Demain, nous allons accomplir notre mission : la renaissance française et européenne.

NOTES

1. Ce positionnement a notamment été développé lors du discours de clôture prononcé par Bruno Mégret lors de l'université d'été de Beaune, le 29 août 1999.
2. Le bureau national a approuvé à l'unanimité cette nouvelle dénomination. Le comité national l'a adoptée à la majorité des 110 membres présents ou représentés, moins 4 voix contre et 6 abstentions.
3. La liste de l'UDF conduite par François Bayrou a totalisé 9,28 % des voix.
4. En 1999, la liste Pasqua-Villiers a totalisé 13,05 % des voix, soit à peine 0,75 % de plus que la liste Villiers qui avait atteint le score de 12,3 % en 1994.
5. le Monde, 11 juin 1999 et 5 septembre 1999, le Figaro et Libération, 4 septembre 1999 ainsi que le Monde.
6. Le 8 octobre 1999, la commission nationale des comptes de campagne a approuvé le compte de campagne de la liste "Européens d'accord, Français d'abord, Mégret l'avenir".
7. Un article de Valeurs actuelles consacré à cette université d'été soulignait : "On pouvait s'attendre à ce que la déception des européennes entraîne états d'âme et règlements de comptes. Il n'en a rien été."
8. Suite aux déclarations d'Alain Juppé sur la nécessité d'accueillir de nouveaux immigrés, le MNR a lancé une grande campagne sur le thème "Immigration, le courage de dire : non !"
9. Le thème de la VIe République avait même été retenu par le FN pour la campagne présidentielle de 1995.


   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

   www.Bruno-Megret.com > Ecrits > Ouvrages Remonter en haut de page