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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 1
La voie unique

Une nation n'existe que si elle est souveraine, si elle écrit l'histoire et maîtrise son destin. Telle a été de tout temps l'attitude de la France qui, face aux menaces, aux revers ou aux coups du sort, a toujours su trouver en elle-même les ressources nécessaires pour surmonter les épreuves qu'elle a rencontrées. Jamais elle ne s'est laissé dicter durablement sa conduite car, chaque fois que ce fut nécessaire, le peuple français a été capable de faire prévaloir sa volonté pour, finalement, choisir lui-même son avenir.
Aujourd'hui, comme accablé par la fatalité, il chemine sur une voie qu'on lui impose et qu'on lui présente comme la seule possible. Cette voie unique est celle tracée par les contraintes de l'Europe de Maastricht. La France doit en sortir pour retrouver sa liberté de nation et sa capacité à surmonter les défis qui lui sont lancés.

Rien ne peut changer

En cette fin du vingtième siècle, notre pays paraît en effet ne plus avoir de destin. Son peuple n'a plus confiance en lui-même ni en l'avenir, il n'a plus la fierté de ce qu'il est et n'éprouve plus que mépris pour ses dirigeants. Tout se passe comme si la résignation avait gagné l'ensemble des couches de la société et que les responsables de notre nation eussent cessé d'être des chefs qui décident pour n'être plus que des hommes de médias qui observent et commentent. Comment d'ailleurs en serait-il autrement ? La situation de la France s'est en effet profondément dégradée : inversion des valeurs, effondrement démographique, déliquescence de l'État, explosion du chômage, régression sociale, montée de l'immigration et de l'insécurité, poids du fiscalisme, corruption généralisée. Tous les secteurs de la vie nationale semblent affectés par une forme larvée de décomposition et de régression.
Mais le pire n'est pas là, car en d'autres temps notre pays a connu des situations comparables, sinon même autrement plus graves. Le pire réside dans ce constat qu'apparemment rien ne peut changer, qu'il n'y a pas de redressement possible et que le chemin suivi, aussi néfaste soit-il, est le seul qui existe. À observer les politiciens, tout semble désormais déterminé. Alors qu'ils devraient s'opposer aux évolutions funestes que subit notre pays, ouvrir de nouvelles voies et redonner un avenir à nos compatriotes, ce sont eux au contraire qui conduisent inexorablement notre peuple sur cette voie sans espoir de la résignation.

Le tunnel sans sortie

Certes, ils multiplient les bonnes paroles, mais la réalité ne s'en trouve pas modifiée pour autant. Il y a vingt ans déjà, nos dirigeants annonçaient la fin de la crise et la sortie du tunnel, mais rien n'est venu et les Français ne sont plus dupes. Ils pensent avoir tout essayé : ils ont voté pour la gauche, ils ont voté pour la droite et à nouveau pour la gauche et la politique suivie est restée globalement la même. Les gouvernements changent, mais rien ne change, et les Français se laissent lentement convaincre du caractère inéluctable de la situation. D'ailleurs, pour s'exonérer de leurs échecs, les politiciens s'emploient à les fortifier dans cette idée. Il n'y a qu'une seule politique sérieuse, nous n'avons pas le choix, affirment les uns. Tout ce qui peut être fait a été tenté, renchérissent les autres. Bref, tout se passe comme s'il n'y avait qu'un seul chemin possible, celui que suivent, dans une parfaite continuité, les gouvernements de droite comme de gauche.

La politique correcte

Quant aux médias, ils adoptent sans aucune retenue cette vision réductrice de la réalité, étouffant les vrais débats et diabolisant ceux qui ne rentrent pas dans le schéma préétabli. Ainsi, sur chaque grande question, il n'y a qu'une opinion possible à laquelle tout le monde doit se rallier. Et malheur à ceux qui refusent de rester dans le rang, leurs convictions seront dénoncées comme irréalistes, fantaisistes ou, pire encore, comme extrémistes ! Qu'il s'agisse par exemple de l'immigration, de la guerre du Golfe, du traité de Maastricht, de l'euro ou de la mondialisation, tout le monde doit adopter la même attitude et formuler le même jugement. Telle est la pensée unique, forme sournoise de conformisme totalitaire, qui non seulement menace nos libertés, mais neutralise l'idée même de politique.
Rappelons en effet que le politique s'exprime principalement, qu'on le veuille ou non, par le combat entre des conceptions contradictoires. Combat pour le pouvoir que la démocratie permet de trancher pacifiquement. C'est pourquoi le propre des partis politiques est de prendre parti entre des voies différentes sur lesquelles le peuple doit se prononcer par le jeu des élections. Si donc il n'y a plus qu'une voie possible, c'est que le politique a disparu, avec, comme conséquence dramatique, l'émergence d'une forme de fatalité qui conduit à la résignation. Dans ce cas, en effet, le pouvoir n'est plus qu'une illusion, car l'essence du pouvoir consiste à peser sur la réalité, à contrarier les évolutions funestes, à changer le cours des choses, bref à maîtriser le destin. Si rien de tout cela n'existe plus, il ne reste qu'à subir. Sans politique au sens noble du terme, il n'y a plus que le politiquement correct.
Telle est sans doute la caractéristique majeure de la situation que nous vivons aujourd'hui en France. Et comment, dans ces conditions, ne pas comprendre le fatalisme des Français ? La situation se dégrade, mais les responsables de l'établissement suivent tous la même voie et affirment qu'il n'y en a pas d'autres. Un déterminisme quasi totalitaire que rien ne paraît pouvoir ébranler pèse sur notre vie publique.

Les contraintes artificielles

Pourtant, cette pensée unique n'est qu'apparence, car le champ du réel, qui semble se réduire à une seule politique possible, est en réalité artificiellement limité. Cette voie que chacun décrit et que tous ont empruntée n'est unique que parce que la France s'est elle-même mutilée en réduisant de son propre chef l'étendue de ses possibilités d'action. La classe politique qui dirige notre pays n'a pas été prise dans l'étau d'une réalité incontournable, elle s'est elle-même soumise à toute une série de contraintes qui, dès lors, limitent véritablement le domaine des politiques qu'elle peut mener. Si par exemple on doit maintenir quoi qu'il arrive les frontières grandes ouvertes, si l'on ne peut pas organiser le départ des immigrés, s'il faut accepter, les uns après les autres, tous les traités européens, alors, effectivement, la seule politique possible est sans doute celle de la pensée unique. Mais rien n'oblige nos dirigeants à se fixer de telles contraintes. Qu'ils les rejettent et ce sont d'autres chemins qui s'offriront à eux ! Telle est d'ailleurs la démarche du Mouvement national républicain qui, en refusant le politiquement correct et ses absurdes tabous, voit s'ouvrir devant lui un champ de possibilités beaucoup plus vaste.

Le virus de l'impuissance

Encore faut-il, pour pouvoir les rejeter, identifier clairement les contraintes que s'impose l'établissement au nom du politiquement correct. Interrogés à ce sujet, les penseurs de la classe politique évoqueraient sans doute la complexité croissante des problèmes liée à la sophistication du monde moderne. Ils citeraient aussi la fragilité grandissante des sociétés contemporaines urbanisées et, surtout, l'interconnexion de plus en plus poussée des économies nationales. Sans doute certains mentionneraient-ils également les difficultés nouvelles rencontrées dans la pratique de la démocratie et l'exigence toujours plus poussée en matière de droits de l'homme. Cependant, aucun de ces facteurs n'est réellement déterminant et c'est ailleurs qu'il faut rechercher la véritable origine de cette pensée unique adoptée par l'établissement. Phénomène inquiétant, qui n'est d'ailleurs pas propre à la France, mais commun aux pays d'Europe, la pensée unique trouve son point de départ précisément dans la "construction européenne".
C'est en effet le processus d'intégration mené depuis quarante ans sous l'égide du traité de Rome, de l'Acte unique et du traité de Maastricht qui a progressivement réduit le champ du possible dans notre pays. L'Europe de Bruxelles a pris, en effet, une telle dimension dans le domaine économique et juridique qu'elle détermine pratiquement la politique unique suivie désormais par tous nos gouvernements.
Pour s'en convaincre, il suffit de constater la progression de cette pensée unique qui a pris corps à mesure que l'Europe bruxelloise se renforçait, avec une accélération du processus depuis l'Acte unique et surtout depuis les traités de Maastricht et d'Amsterdam. Il suffit également d'observer la zone géographique dans laquelle elle s'est développée. Avec la France, elle concerne principalement les pays touchés par le processus d'intégration européenne et nullement les pays du tiers monde, ceux de l'Asie ou de l'ancienne URSS.
L'Europe de Maastricht agit en réalité comme un dissolvant du politique et comme un virus d'impuissance. C'est elle qui a fait mûrir le fruit amer de la pensée unique.

Le primat de l'économie

Comment d'ailleurs s'en étonner alors qu'elle a été conçue et s'est développée sur le principe du primat de l'économie ? En effet, l'Europe de Bruxelles, c'est d'abord une union douanière et une politique agricole, c'est ensuite un marché unique et une devise commune et c'est maintenant une politique budgétaire et une monnaie unique. Quant aux principes qui la sous-tendent, ce sont ceux de l'économie libérale : libre circulation des produits, des travailleurs et des capitaux et destruction de toutes les entraves à la concurrence. Depuis quelques années, ce sont aussi les exigences ultralibérales de désétatisation qui interdisent toute intervention des gouvernements et poussent à la dérégulation des services publics. Tout a donc été soumis aux impératifs économiques, y compris l'harmonisation des législations qui n'a été menée que pour assurer l'égalité des conditions de concurrence, tant pour les normes techniques que pour les dispositions sociales ou fiscales.

L'occultation du politique

Construite selon le seul objectif de l'efficacité économique, l'Europe de Maastricht est par essence marchande et n'est fondée que sur des valeurs mercantiles. En prenant du poids, elle a donc joué un rôle déterminant dans la montée en puissance de la société de consommation et dans l'épanouissement du matérialisme en Europe. Et, en imposant en France comme chez nos voisins la prééminence de l'économique, elle a entraîné l'occultation du politique selon un mécanisme bien connu.
Dans une société européenne harmonieuse, les trois fonctions, politique, militaire et économique, doivent en effet être équilibrées pour pouvoir jouer chacune leur rôle avec mesure et efficacité. Au politique de déterminer les normes et de les faire appliquer, au militaire d'assurer la défense et la sécurité du pays, à l'économique, enfin, de produire ce qui est nécessaire à la population. Chaque fonction a sa mission et doit rester à sa place. Que l'une d'elles empiète sur le domaine des autres et c'est la société toute entière qui s'en trouve affectée. Si le politique envahit tout, c'est le totalitarisme qui s'instaure. Si la fonction guerrière devient dominante, c'est la dictature militaire qui s'établit. Mais, si l'économie s'immisce partout, c'est la société qui dégénère. Sans direction politique véritable et sans force militaire effective, elle devient vulnérable et, surtout, elle perd la capacité de décider, de choisir sa voie et d'assurer sa liberté. Dominée par les valeurs marchandes, la société ne peut plus que subir les forces aveugles de l'économie. Les voies du possible se réduisent à un chemin unique.

La convergence partisane

Et tel est bien le processus dans lequel l'Europe bruxelloise a entraîné la France. Si notre pays semble enfermé dans une politique unique que suivent tous les gouvernements successifs, c'est parce qu'il a laissé Bruxelles lui imposer le primat de l'économie, lequel se révèle d'une force extraordinaire pour détruire le politique, niveler les idées et contraindre le pouvoir. Ainsi, il aura réussi en France à supprimer les antagonismes politiques traditionnels.
La pensée unique issue de Bruxelles sera parvenue en effet à modifier du tout au tout l'idéologie du parti socialiste. Celui-ci combattait naguère les forces d'argent, s'opposait au capitalisme et refusait les lois du libéralisme économique. Aujourd'hui, en se ralliant à l'Europe bruxelloise, il a adopté les vues ultralibérales de celle-ci. Il est désormais pour la concurrence et la liberté du marché, il accepte la dérégulation des services publics, il s'incline devant la destruction des obstacles aux échanges. S'il n'est pas question ici de regretter l'abandon par le PS des thèses économiques du marxisme, force est de constater en revanche le rapprochement qui s'opère dès lors avec les partis de la droite classique. Ceux-ci, il est vrai, sont depuis longtemps partisans de ces thèses libérales, mais ils n'ont plus le courage politique de les mettre en œuvre par eux-mêmes à l'échelle nationale. Ils ont donc adhéré avec délectation au processus européen qui les contraint à laisser se réaliser ce qu'ils n'osaient plus faire par eux-mêmes.
Cette convergence des forces partisanes autrefois antagonistes est encore plus spectaculaire dans l'enceinte du Parlement européen de Strasbourg où les affrontements politiques ont pratiquement disparu. En dehors de quelques éléments marginaux, les deux forces dominantes que constituent le groupe socialiste et le groupe chrétien-démocrate ne se combattent plus selon l'antagonisme classique majorité-opposition, mais coopèrent entre eux, assurant à coups de compromis et de consensus la prééminence du politiquement correct. Ainsi annihilés par le recul du politique et subjugués par le primat de l'économique, les partis traditionnels se sont rejoints pour accepter de subir les contraintes marchandes de l'Europe maastrichienne et mener ainsi la politique unique qu'elle leur impose.

Le paravent du mondialisme

Cette soumission aux vues de Bruxelles est d'ailleurs d'autant plus complète que le schéma économiste de l'Europe communautaire ne puise pas sa force dans les seuls textes des traités, mais dans le processus mondialiste qui le dépasse et dans lequel il s'insère. La doctrine économique des textes fondateurs de l'Europe de Maastricht, et surtout la manière dont ils sont mis en œuvre par ses instances, correspond totalement au projet du nouvel ordre mondial tel qu'il est diligenté par les États-Unis d'Amérique à travers le GATT et l'OMC. Suppression des obstacles aux échanges, développement systématique du commerce, concurrence sans frontières, le libre-échangisme mondial coïncide en tout point avec le projet européen. Le second s'adosse au premier et se nourrit de lui.
C'est ainsi que les institutions de Bruxelles ont certes supprimé tous les droits de douane entre les pays de l'Union européenne, mais qu'elles les ont aussi presque entièrement abrogés pour les échanges entre l'Europe et le reste du monde. En effet, dans la négociation sur la réduction des taxes douanières, qui n'est plus de la compétence des États, la Commission européenne est même allée au-delà des exigences du GATT, puisqu'au fil des tractations, les protections européennes se sont trouvées littéralement démantelées. Ainsi, les droits de douane entre l'Europe et le reste du monde ont été réduits en moyenne de 50 p. cent après les cycles Dillon et Kennedy, de 33 p. cent après celui de Tokyo et environ de 37 p. cent à la suite des négociations du cycle de l'Uruguay, si bien que le tarif douanier commun atteint aujourd'hui le chiffre dérisoire d'à peine 4 p. cent. Dans ce contexte, l'Europe s'affirme en quelque sorte comme le paravent du mondialisme.

La voie resserrée

Par le biais de Bruxelles, la France et ses voisins sont entrés de plain-pied dans le processus de mondialisation à tout va. Aucune régulation commerciale n'a été mise en œuvre à l'échelle de l'Europe. Aucune protection n'existe du genre de celle que les Américains ou les Japonais ont astucieusement et subrepticement introduite dans leurs mécanismes commerciaux. De ce fait, à travers l'Europe et à cause de ses instances décisionnaires, la France subit aujourd'hui de plein fouet la terrible contrainte de la mondialisation. Or, chacun sait combien la concurrence est sauvage sur les marchés mondiaux et combien la pression est forte sur les économies qui doivent affronter sans la moindre régulation ce type de compétition.
On mesure dès lors à quel point ce choix stratégique effectué par l'Europe a encore réduit mécaniquement la marge de manœuvre des gouvernants français. Les voilà en effet impliqués dans un système où l'économie est non seulement dominante mais de surcroît soumise aux contraintes implacables de la mondialisation. La voie unique qui reste ouverte aux dirigeants de la classe politique s'en trouve resserrée d'autant.

La perte de souveraineté

Toutefois, dans ce processus de resserrement, l'occultation du politique face à l'imperium économique n'est sans doute pas le facteur le plus important. La perte de souveraineté en constitue un autre plus déterminant encore. Souveraineté nationale et souveraineté populaire, ces principes pourtant fondamentaux de notre constitution sont en effet bafoués par la montée en puissance de l'Europe de Maastricht.
Ainsi la démocratie qui assure concrètement la souveraineté du peuple est-elle gravement mise en cause par les mécanismes bruxellois. Chacun d'ailleurs le reconnaît : la démocratie représentative subit dans notre pays une crise très profonde qui se manifeste notamment par le désintérêt croissant des Français pour la politique et s'exprime par des taux d'abstention record lors des consultations électorales.
A cette crise, il y a bien sûr de multiples explications, parmi lesquelles on peut citer le rejet des politiciens compromis dans les affaires de corruption et le discrédit des partis politiques de l'établissement. Mais tout ceci n'est peut-être que l'écume de la réalité, car la cause principale du déclin de la démocratie réside à n'en pas douter dans la distance qui ne cesse de se creuser entre les citoyens et ceux qui prennent les décisions à leur place. Et, là encore, c'est à l'Europe que l'on doit l'aggravation de ce dangereux phénomène.

<Des responsables sans visage

Aujourd'hui, en effet, le principal acteur de notre destin n'est plus le parlementaire ou le membre du gouvernement, mais le technocrate de Bruxelles. Le député ne vote plus qu'une faible partie des lois qui nous régissent et le ministre a de moins en moins de latitude pour décider de ce qui nous concerne. Résultat : le pouvoir s'est déplacé à Bruxelles, là où les responsables n'ont pas de visage et ne vont jamais à la rencontre de leurs concitoyens Certes, il existe un parlement européen, mais qui sait ce qui se passe dans cette enceinte dont les médias se désintéressent totalement ? En se déplaçant de Paris vers Bruxelles, le pouvoir se désincarne et s'éloigne, la démocratie s'affaiblit et la souveraineté disparaît. Alors qu'ils sont aux prises avec des difficultés majeures, les Français n'ont plus en face d'eux un gouvernement et des élus responsables, mais des gens impuissants soumis à un pouvoir anonyme et lointain.
Lorsque les agriculteurs, menacés de disparaître par les nouvelles dispositions de la Politique agricole commune, demandent à être reçus par le ministre de l'Agriculture, ils ne trouvent plus en face d'eux qu'un homme compréhensif qui leur promet d'être leur meilleur défenseur auprès des instances européennes. Ce dernier cesse d'être le représentant du pouvoir exécutif pour n'être plus qu'un super-syndicaliste ou un simple lobbyiste. Quant aux agriculteurs, ils peuvent bien aller manifester à Bruxelles, lorsqu'ils s'y rendent, ils ne trouvent devant eux que les façades de verre des immeubles standard. Et, s'ils sont reçus, c'est par un homme en gris dont personne ne connaît le nom et qui ne se présente jamais à aucune élection.

Le président et le multimédia

Comment, dans ces conditions, s'étonner que rien ne change et que la politique suivie soit celle de la pensée unique ? Ceux qui décident ne sont soumis à aucun vote et ceux pour qui l'on vote ne décident plus, ou de moins en moins. Avec Bruxelles, ce sont donc la démocratie et la souveraineté populaire qui s'estompent, mais c'est aussi la souveraineté nationale qui se trouve progressivement entamée. Soumis de plus en plus à des décisions prises par des étrangers, notre pays a cessé d'être indépendant. Ce n'est donc pas simplement le peuple français qui ne peut plus choisir sa voie, mais la France dans son entier qui en est empêchée.
Ainsi, lorsque le président de la République en personne annonce, lors d'une grande émission de télévision, qu'il veut favoriser l'usage grand public des technologies de pointe et que, pour ce faire, il a décidé une baisse de la TVA sur les produits multimédia, il apprend quelques jours plus tard qu'il n'en a pas le pouvoir. Une telle décision ne peut en effet être prise qu'à Bruxelles avec l'accord unanime des quatorze partenaires de la France ! Le chef de la République française ne peut donc plus décréter souverainement une disposition aussi mineure. En revanche, les instances bruxelloises mettent en œuvre quasi quotidiennement des mesures de ce type qu'elles contraignent notre pays à adopter, parfois même alors que le gouvernement français y est opposé.
Beaucoup des textes concoctés par la machine bruxelloise s'imposent en effet directement dans l'ordre juridique de notre nation. Ainsi, des règlements adoptés contre l'avis de la France par une majorité d'États membres sont-ils directement applicables dans notre pays et jouissent de ce fait d'une autorité supérieure à nos propres lois. Or, comme l'indique le Conseil d'État lui-même, "la Communauté introduit chaque année dans notre corpus juridique plus de règles que le gouvernement français"1. Cela signifie donc que plus de la moitié des lois et règlements auxquels sont soumis nos compatriotes ne sont plus adoptés par les instances constitutionnelles du peuple français. La perte de souveraineté est d'ores et déjà considérable.

Tel un homme asservi

Or, la souveraineté du peuple n'est pas une simple question de principe, car elle correspond en réalité à sa liberté. Un pays qui n'est plus souverain, tel un homme asservi, ne peut que subir de graves préjudices, car tout ce qui le concerne est décidé non plus à son profit, mais à celui de ses maîtres. Si, en effet, les mesures visant nos compatriotes ne sont plus édictées à Paris par des Français, mais à Bruxelles, Francfort ou Strasbourg par une majorité d'étrangers, comment s'étonner qu'elles ne soient plus prises dans l'intérêt de notre peuple ? On comprend dans ces conditions pourquoi la perte de souveraineté nationale va de pair avec l'aggravation des problèmes des Français. Les mesures adoptées, parce qu'elles s'inscrivent dans une logique européiste, ne sont plus conçues pour résoudre les difficultés rencontrées par nos compatriotes. Dès lors, celles-ci ne sont jamais résolues et la situation désespérante se prolonge et s'aggrave non pas comme l'effet d'une fatalité, mais comme la conséquence logique d'une montée en puissance de l'Europe de Maastricht.

La dictature expliquée

Le transfert de souveraineté de Paris à Bruxelles explique donc entièrement la dictature de la pensée unique que nous subissons aujourd'hui en France. Parce qu'ils disposent de moins en moins de pouvoir, les dirigeants de la classe politique sont tous contraints de suivre grosso modo cette même voie unique qui leur est imposée de Bruxelles. Parce qu'elles sont, pour l'essentiel, prises à l'échelon européen, dans une perspective européenne, les décisions ne résolvent pas les problèmes français et laissent subsister les difficultés que traverse notre peuple. Enfin, parce qu'il est d'essence oligarchique, le pouvoir bruxellois se perpétue égal à lui-même, indépendamment de l'opinion des peuples, et la voie unique qu'il impose demeure la même, quoi qu'il arrive.
L'Europe bruxelloise se trouve donc bien à l'origine de ce mécanisme totalitaire qui soumet la France depuis des années à une politique unique et la prive ainsi de l'espace nécessaire pour pouvoir choisir son destin. C'est cette Europe qui rend dérisoire, puisqu'inutile, le jeu de la démocratie dans notre pays et qui transforme notre classe politique en une troupe d'acteurs juste bons à jouer la comédie du pouvoir, mais désormais incapables de l'exercer. Et cette démission des gouvernants fait penser à la trahison des clercs qui, manipulant le roi Charles VI, l'avaient conduit à déshériter le dauphin pour confier le royaume de France à Henri V d'Angleterre. Comme au temps du honteux traité de Troyes, notre pays semble à nouveau, en cette fin du XXe siècle, menacé de dissolution.

Le mécanisme infernal

Bruxelles a d'ailleurs tellement subjugué les dirigeants de notre nation que ceux-ci semblent ne pas être conscients de cette dégénérescence et que les Français eux-mêmes paraissent l'ignorer totalement. Mais tout n'est-il pas fait pour qu'il en soit ainsi ? Et chacun de laisser croire que la politique unique est la bonne, qu'elle a été délibérément choisie en conséquence et qu'elle va effectivement résoudre les problèmes de nos compatriotes. Mais, comme rien de tel ne se produit, les responsables de la classe politique, zélés serviteurs du projet bruxellois, expliquent à qui veut l'entendre qu'il faut en rajouter.
La politique imposée à notre pays par l'Europe conduit depuis des années à un chômage croissant. C'est pourquoi, en 1992, les politiciens ont expliqué à nos compatriotes que, pour enrayer ce phénomène, il fallait adopter le traité de Maastricht, lequel renforçait encore le poids et les prérogatives de Bruxelles. Depuis lors, ce texte a été ratifié, il est entré en application et rien ne s'est amélioré. Cela n'a pas empêché les mêmes, six ans plus tard, d'annoncer aux Français qu'il fallait aller encore plus loin et accepter le traité d'Amsterdam. Tel est le mécanisme infernal de la politique unique : c'est elle qui favorise les graves fléaux auxquels notre peuple est confronté, mais on prétend que, pour les combattre, il faut encore la renforcer. Elle est la cause du mal et on la propose comme remède ! Les dirigeants de l'établissement se comportent comme ces chauffeurs ivres qui, voyant leur voiture sortir de la route, appuient sur l'accélérateur au lieu de freiner.

Changer d'Europe

Le moment est donc venu de comprendre qu'il n'y a aucune fatalité à la situation que subit notre pays et de sortir de ce cercle vicieux. Si la politique unique est le produit de l'Europe de Bruxelles, cela signifie qu'elle n'est pas l'effet d'un déterminisme aveugle, mais d'une entreprise humaine dont le processus peut donc être inversé. La dictature de la pensée unique n'a dès lors rien d'irréversible et il est possible de suivre d'autres chemins que la voie unique imposée à notre pays. Encore faut-il que les Français comprennent l'origine du mal qui les frappe et décident de l'attaquer à sa racine en mettant en cause l'Europe de Maastricht.
Il n'y a aucune fatalité au maintien du carcan qui semble immobiliser notre pays. La France peut retrouver une nouvelle marge de manœuvre, reprendre la maîtrise de son destin et suivre une autre politique qui, cette fois, serve ses intérêts. Mais, pour changer de politique, elle doit changer d'Europe.



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