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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 2
Les deux Europe

L'Europe n'est pas une idée, c'est une réalité. Loin d'être un projet politique imaginé par des idéologues ou une entreprise juridique concoctée par des ingénieurs sociaux, elle existe, telle une entité charnelle, depuis la nuit des temps. Aussi, quoi de plus absurde que de chercher à établir un quelconque antagonisme entre certains que l'on qualifierait d'opposants à l'Europe et d'autres que l'on présenterait comme ses partisans ? On ne peut pas être pour ou contre ce qui est. On ne peut que constater la réalité et lui témoigner plus ou moins d'intérêt. Le vrai débat se situe donc ailleurs. Portant sur l'organisation du vieux continent, il oppose les tenants de l'Europe mondialiste aux promoteurs de l'Europe des nations, ceux qui veulent utiliser la construction européenne pour détruire les patries à ceux qui veulent en faire un instrument de renaissance.

La famille, le terroir et la nation

Partisan de cette seconde conception, le Mouvement national républicain est sans doute, parmi toutes les forces politiques françaises, le mouvement le plus attaché à la réalité européenne. Champion de la défense de ce que nous sommes, il s'affirme en effet comme l'expression politique du courant identitaire. A ce titre, l'Europe est pour lui une précieuse composante de notre personnalité qui vient enrichir les entités essentielles que sont notamment la famille, les terroirs et la nation.
Au-delà du patrimoine génétique qui nous est transmis par nos parents, la personnalité de chacun d'entre nous se trouve en effet façonnée par les différentes communautés auxquelles nous appartenons. La famille d'abord, au sein de laquelle chacun prend conscience de l'espace et du temps, du bien et du mal, et reçoit, avec son éducation, un premier legs du formidable héritage de civilisation que nos ancêtres ont accumulé pour nous au fil des siècles. Le terroir ensuite, c'est-à-dire le pays, la ville, la province où l'on a grandi, où nos aïeux sont enterrés et où se forgent ces traits de la personnalité souvent indéfinissables qui font qu'un Alsacien et un Breton, bien que français, se reconnaissent comme différents. La nation, enfin, sans doute la communauté d'identification la plus accomplie. Celle qui permet à un peuple d'exister à l'échelle de l'histoire et de traverser les siècles, celle qui procure la force collective nécessaire pour survivre et s'imposer dans le monde.

Une commune civilisation

La nation n'est cependant pas l'ultime cercle d'appartenance, car, au-delà, nous sommes aussi partie prenante dans la communauté de civilisation que constitue l'ensemble des nations européennes. Communauté très forte qui établit, entre les Européens et les autres peuples qu'ils n'ont pas engendrés, une distance beaucoup plus grande que celle qui peut les séparer. Les peuples européens sont en effet unis par une même civilisation fondée par une histoire, une religion, une origine commune. Ils ont tour à tour dominé le monde, ils se sont battus les uns contre les autres, mais ils ont aussi cheminé côte à côte, se sont influencés mutuellement et ont créé, chacun avec son génie propre, une culture qui n'aurait jamais pu éclore coupée des autres. L'Europe constitue donc d'ores et déjà une réalité tangible, celle d'une famille de peuples unis par une commune civilisation.
Ainsi la personnalité de chacun d'entre nous provient-elle pour une large part de cet enchevêtrement de communautés d'appartenance. Toutes, à des degrés divers, jouent un rôle d'enracinement et d'enrichissement des individus, mais la dernière, la plus vaste, n'est pas la moindre, car les Français, comme d'ailleurs les autres peuples du vieux continent, cesseraient d'exister en tant que tels s'ils perdaient leur caractère européen.
Si, en effet, la France n'était plus demain la patrie d'un peuple européen, au sens où le définit le général De Gaulle, c'est-à-dire "d'abord et avant tout un peuple de race blanche, de religion chrétienne et de culture grecque et romaine"1, elle cesserait d'être elle-même. Indissociable de l'Europe, notre pays n'existe qu'en tant que nation européenne. On peut même affirmer que la France est un concentré d'Europe. Au carrefour des influences celtes, romaines, germaniques et scandinaves, notre patrie est par excellence une nation européenne. C'est pourquoi on ne peut défendre nos identités sans être attaché à cette réalité essentielle que constitue notre continent. On ne peut se faire le chantre de nos familles, de nos provinces et de notre nation et ignorer l'Europe qui correspond en quelque sorte au couronnement de ce magnifique édifice identitaire. On ne peut se prévaloir des communautés de sang, d'enracinement et d'histoire et s'abstraire de la communauté de civilisation. Aussi, défenseur exigeant de nos identités, le Mouvement national républicain, loin d'être hostile à l'Europe, se définit au contraire comme un farouche partisan de la préservation et de l'épanouissement de tout ce qu'elle représente depuis des siècles.

Le grand malentendu

Et là se situe le formidable malentendu délibérément entretenu par l'établissement sur la question européenne : parce qu'il combat les initiatives bruxelloises et maastrichiennes, le Mouvement national républicain est accusé d'être contre l'Europe. Or, rien n'est plus faux et, en proférant un tel mensonge, les tenants de la classe politico-médiatique occultent complètement le véritable enjeu.
Car il ne s'agit pas d'opposer les partisans de l'Europe à ses détracteurs, mais de départager les zélateurs de l'Europe de Maastricht et les partisans d'une autre conception de l'organisation européenne. En dépit de la désinformation qui prévaut en cette matière, il n'y a donc pas, d'un côté, les constructeurs éclairés et généreux d'une Europe unie et radieuse et, de l'autre, les défenseurs frileux et haineux d'une France coupée du monde et repliée sur elle-même. La question n'est pas de savoir qui est pour et qui est contre l'Europe, mais quelle est la meilleure façon de l'organiser.
Force est alors de constater qu'il y a bien deux conceptions radicalement différentes de l'organisation du continent : celle initiée avec la CECA dès le début des années cinquante par Jean Monnet et mise en œuvre progressivement avec l'Acte unique et le traité de Maastricht et l'autre, qui n'existe pas encore, mais que tous les nationaux français et européens appellent de leurs vœux.

L'entreprise bruxelloise

La première, l'Europe de Bruxelles, est une construction marchande, utopique et dangereuse qui veut dissoudre les nations européennes dans un ensemble lui-même ouvert à tous les vents. Il s'agit pour elle de détruire les frontières entre les États, mais aussi de supprimer celles qui séparent l'Europe du reste du monde. L'entreprise bruxelloise détruit la souveraineté des peuples sans leur offrir une puissance nouvelle. Elle menace leur identité sans promouvoir celle commune à tous les Européens. Elle est un moyen d'abolir les patries sans pour autant créer une super-nation. En réalité, elle n'est qu'une étape vers le gouvernement mondial dont Jean Monnet rêvait dans ses Mémoires : "La Communauté elle-même, écrit-il, n'est qu'une étape vers les formes d'organisation du monde de demain"2. Aussi n'est-il pas étonnant que cette Europe bruxelloise ne cherche nullement à s'opposer aux volontés hégémoniques des États-Unis d'Amérique. Ne s'inscrit-elle pas pleinement dans le processus de mondialisation et dans le projet de nouvel ordre mondial qui en est l'expression politique ? Cette Europe-là est une Europe mondialiste.

L'Europe des nations

La nouvelle Europe, au contraire, veut rendre aux peuples européens la puissance qu'ils ont perdue et leur permettre ainsi de mieux défendre leurs intérêts et leur identité. Il s'agit d'organiser la famille des vieilles nations du continent autour de leur commune civilisation pour leur redonner la fierté de ce qu'elles sont et la volonté de s'affirmer de nouveau dans le monde. Cette Europe-là veut offrir un avenir aux nations et aux peuples, leur permettre de rester ce qu'ils sont et de redevenir maîtres d'eux-mêmes.
Elle constitue pour les nations européennes un moyen de relever les défis du vingt-et-unième siècle et d'affronter les dangers de la mondialisation, sans perdre leur liberté ni leur âme. Ainsi conçue, l'Europe peut faire contrepoids aux États-Unis d'Amérique et proposer aux peuples du monde un autre avenir que celui du grand melting-pot planétaire. Opposée au matérialisme et au déracinement, elle s'appuie sur les valeurs de notre civilisation pour rendre aux nations européennes leur prestige et leur grandeur. Cette Europe-là est l'Europe des nations.

Les deux visions

Ainsi y a-t-il deux conceptions antagonistes de l'organisation du vieux continent, l'Europe mondialiste qui veut niveler, mélanger et dissoudre, et l'Europe des nations qui veut préserver, transmettre, combattre et conquérir. Alors que l'une se soumet aux forces aveugles de la mondialisation, l'autre veut les dompter et les réguler. Pendant que l'une plonge les peuples dans le mercantilisme, l'autre veut leur redonner la puissance. Et, si l'une représente la fin de l'histoire pour les nations, l'autre vise à leur rendre un destin digne de ce qu'elles sont.
Il s'agit là de deux visions de l'Europe totalement antinomiques et c'est entre elles que les Français doivent aujourd'hui choisir leur destin. Dans notre pays, la classe politique, et l'établissement en général considèrent que la question est définitivement tranchée et qu'il n'y a d'ailleurs pas d'alternative, le seul avenir possible étant celui de la voie unique tracée par l'Europe bruxelloise. Le Mouvement national républicain, quant à lui, refuse ce déterminisme et fait, pour la France, le choix clair de l'Europe des nations.
Cette option résulte bien sûr de son attachement à la nation française et à la civilisation européenne, mais elle se fonde aussi sur l'analyse politique des avantages et des inconvénients comparés de chacune des deux conceptions. L'Europe des nations constitue en effet une perspective bénéfique et féconde pour la France et pour les Français, alors que l'Europe de Maastricht représente une très grave menace pour notre pays et un danger majeur pour nos compatriotes.

Elle est trop petite

L'Europe bruxelloise va non seulement détruire notre nation, mais mettre en péril l'identité, la liberté, la prospérité et la sécurité de notre peuple.
Elle tend en effet à annihiler toute identité : non seulement les personnalités nationales sont systématiquement gommées, mais la spécificité européenne est par ailleurs totalement ignorée. Ainsi les sectateurs de l'Europe de Bruxelles ont-ils entrepris de dissoudre l'Union douanière de la Communauté dans un ensemble euro-méditerranéen, créant ainsi une zone de libre-échange englobant l'Europe et tous les pays du pourtour de la Méditerranée. Quant au Marché unique, à peine est-il réalisé que le commissaire européen Leon Brittan propose de passer à la phase suivante : le marché unique transatlantique euro-américain. Pour les responsables bruxellois, l'Europe est trop petite et ne peut être qu'une étape. Il faut, au plus vite et dans toutes les directions, dépasser les frontières du vieux continent, car ce qui est visé c'est le monde.
On comprend dès lors que l'objectif consiste non pas à substituer une réalité européenne à des entités nationales, mais à détruire les identités quelles qu'elles soient pour les dissoudre dans un ensemble plus vaste à l'échelle de la planète.

Le diamètre des cigarettes

Pour parvenir à cet objectif, la structure bruxelloise s'attaque d'abord à toutes les spécificités nationales au nom de l'unification européenne. Il s'agit donc d'harmoniser à outrance la réglementation des pays de l'Union et, pour ce faire, d'utiliser les institutions européennes comme une gigantesque machine à rédiger des règlements sans aucune limite de compétence : finances, industrie, agriculture, commerce, consommation, social, santé, éducation, formation, environnement, recherche, mais aussi affaires étrangères, politique d'immigration, frontières, défense, police, justice. Tout y passe et il n'est pratiquement pas un domaine, aussi spécialisé soit-il, qui échappe à la frénésie unificatrice de Bruxelles : diamètre des cigarettes, dimension des cages pour poules pondeuses, agencement des salles de repos dans les usines, spécifications techniques concernant les dispositifs de protection à monter sur les tracteurs.
L'intégration avance dans tous les secteurs, tel un rouleau compresseur, au point qu'il y aura bientôt moins de différences juridiques entre les pays européens qu'entre les États des États-Unis. Ainsi, la suppression de la peine de mort a-t-elle été imposée par l'échelon européen à tous les pays de l'Union, alors qu'en Amérique, il est des États qui l'ont abrogée et d'autres qui continuent de l'appliquer.
Cette uniformisation juridique et ce refus manifeste de prendre en compte la spécificité continentale conduisent à supprimer toute dimension identitaire dans le projet d'Union européenne. Or, ne l'oublions pas, l'identité est aux nations ce que la personnalité est aux hommes. Tels des individus frappés de troubles de la personnalité, les peuples privés d'identité peuvent connaître des difficultés considérables. En ce sens, l'Europe de Maastricht apparaît particulièrement dangereuse pour l'harmonie et l'équilibre des Français et de la communauté qu'ils constituent.

Menace pour la République

Les méfaits de l'Europe maastrichienne sont d'ailleurs d'autant plus redoutables que celle-ci conduit le processus de déracinement de façon oligarchique, en se passant de l'assentiment des peuples et en mettant en cause la liberté des Français. Aussi l'entreprise bruxelloise revêt-elle un caractère totalitaire qui constitue une menace de première grandeur pour la République. Celle-ci se trouve gravement compromise dans l'un de ses principes fondateurs : la souveraineté populaire. Les députés en effet ne contrôlent plus que la moitié des textes régissant la vie des Français et les lois qu'ils votent peuvent être rendues inopérantes par un règlement européen adopté en dehors d'eux. Or, la constitution dispose clairement dans son article 3 que "la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par voie de référendum". Mais l'Union n'en a cure : selon la Cour européenne de justice, les textes constitutionnels eux-mêmes sont juridiquement inférieurs au droit européen 3 ! Nullement menacée par un fantasmagorique "danger fasciste", la République et donc la démocratie sont en réalité bafouées par l'Europe bruxelloise. Le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple laisse la place au gouvernement de la Commission par les technocrates contre la nation.

Un carcan totalitaire

< Pire encore, le système européen est verrouillé par un terrible dispositif répressif qui place le peuple et la République sous le joug d'un totalitarisme feutré. Toute velléité de résistance aux diktats de l'Union entraîne aussitôt de lourdes sanctions telles que prévues dans les traités. Ainsi la Communauté peut-elle condamner les États membres à payer des amendes prohibitives pour les obliger à exécuter les décisions communautaires, y compris celles contre lesquelles ils avaient voté.
Plus grave encore, l'article 7 du traité d'Amsterdam prévoit de suspendre les droits d'un État membre, et jusqu'à son droit de vote aux Conseil des ministres, en cas de violation des principes énoncés à l'article 6. Or, quels sont ces principes ? "La liberté, la démocratie, le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'État de droit." Noble exigence et légitime impératif, assurément ! Mais comment sera interprétée, le moment venu, pareille disposition ? La démocratie étant déjà largement mise en cause par les institutions européennes, ce n'est donc pas le critère de la souveraineté du peuple qui sera pris en compte, mais, à n'en pas douter, la référence au politiquement correct. Ainsi, par exemple, un État qui voudrait rétablir la peine de mort ou organiser le retour chez eux des immigrés pourrait-il être condamné au regard de cet article et privé de ses droits au sein de l'Union. Comme de surcroît aucun traité ne prévoit le droit de sécession, c'est-à-dire la possibilité pour une nation de sortir de la Communauté, la boucle se trouve bouclée et l'édifice bruxellois s'affirme donc bien comme un carcan totalitaire qui fait de l'Europe de Maastricht une menace pour la liberté des Français.

Le chômage et la jachère

Et tout cela, pour quel avantage ? Aucun, puisque cette Europe, loin de résoudre les problèmes concrets de nos compatriotes, ne contribue en réalité qu'à les aggraver. Le chômage atteint-il en France des taux record ? Les instances de Maastricht portent à cet égard une lourde responsabilité. En ouvrant les frontières de notre pays, tout en démantelant celles qui séparent la Communauté du reste du monde, Bruxelles livre nos entreprises à une concurrence sauvage et déloyale qui les conduit trop souvent au dépôt de bilan ou à la délocalisation, c'est-à-dire, dans les deux cas, à l'augmentation du nombre des chômeurs.
Qui n'a pas entendu la plainte de ces dirigeants de petites ou moyennes sociétés, pris au piège des décisions contradictoires de l'Europe bruxelloise ? Contraints d'augmenter leur coût de fabrication pour financer les lourds investissements exigés par Bruxelles afin de mettre leur outil de production aux normes européennes, ils sont obligés dans le même temps de baisser leurs prix de vente pour faire face à l'arrivée massive de produits étrangers vendus à bas prix sur le marché français par des entreprises qui ne respectent aucune des normes imposées par ailleurs aux sociétés nationales. Et que dire des agriculteurs de notre pays, condamnés à vendre leurs productions à des prix proches des cours mondiaux alors que ceux-ci sont inférieurs à leurs prix de revient ? Placés eux aussi dans une situation insupportable, ils ne survivent que grâce aux subventions qu'ils reçoivent de l'Europe, jusqu'à ce que celles-ci soient progressivement supprimées et que leurs terres soient mises en jachère.

L'immigration et l'insécurité

Quant à l'immigration, elle se trouve facilitée et encouragée par la suppression pure et simple des frontières intra-européennes et par le principe de libre circulation des étrangers à l'intérieur de la Communauté. Sans compter que le traité d'Amsterdam prévoit que les États doivent transmettre aux instances bruxelloises leur compétence en matière d'immigration, ce qui pourrait empêcher définitivement les Français de décider eux-mêmes qui peut entrer sur leur territoire et y résider. Les frontières extérieures de l'Union, déjà fort peu étanches, s'ouvriront encore davantage sous l'impulsion des dirigeants européens totalement soumis, sur ce sujet comme sur d'autres, aux conceptions laxistes du politiquement correct. Le flux de l'immigration ira donc croissant, parallèlement d'ailleurs à la montée de la délinquance et de la criminalité, elles aussi favorisées par la disparition des frontières. Déjà, le trafic de drogue en provenance des Pays-Bas a pris des proportions considérables et la recherche des terroristes et des clandestins s'est faite beaucoup plus difficile. N'oublions pas en effet que les bénéficiaires de la suppression des contrôles aux frontières ne sont pas les honnêtes citoyens qui n'ont rien à redouter du poste de douane, mais tous ceux qui sont en infraction avec la loi et qui ont reçu de ce fait un avantage considérable.
Par son objectif mondialiste et par les moyens contraignants qu'elle utilise pour l'atteindre, l'Europe de Maastricht ne contribue qu'à compliquer et à amplifier les problèmes des États membres. Véritable cheval de Troie des intérêts étrangers, elle facilite l'entrée sur notre territoire des hommes et des produits, provoquant ainsi la destruction de notre agriculture, l'aggravation du phénomène de l'immigration, l'augmentation du chômage et de l'insécurité. L'Europe de Bruxelles est néfaste pour les Français.

l'Union fait la faiblesse

Améliore-t-elle pour autant la puissance, l'indépendance et la sécurité collective des nations européennes face au reste du monde ? Nullement, puisque cette Europe ne songe pas à s'ériger en grande puissance ni à s'imposer face aux États-Unis ou au Japon. Effarouchée par la puissance, elle se montre encore plus impotente que chaque nation prise isolément. Lors du conflit yougoslave, les pays européens se seront engagés en vain pour trouver une issue à la guerre et celle-ci n'aura cessé que le jour où les Américains s'y sont impliqués en envoyant des troupes sur place, au cœur même de notre continent. Face aux États-Unis, l'Europe se comporte en vassale d'autant plus docile qu'elle ne s'oppose jamais à leurs intérêts, comme on a pu le constater par exemple lors des négociations du cycle de l'Uruguay.
Cette incapacité congénitale à exiger l'indépendance et à rechercher la puissance est d'ailleurs ouvertement revendiquée par les instances communautaires. L'Europe n'a pas vocation à devenir une superpuissance ni une forteresse, entend-on régulièrement dans la bouche des ministres, des députés ou des fonctionnaires européens. Mais, dès lors, à quoi sert-il de construire cette Europe-là ? L'union fait la force, dit-on parfois pour justifier l'entreprise, mais de quelle union peut-il bien s'agir si l'on rassemble des faiblesses pour fuir la puissance ?

Pour les bureaucrates et les marchands

L'Europe bruxelloise détruit les nations européennes, compromet l'avenir de leurs peuples, met en cause la civilisation qu'ils ont édifiée, et tout cela pour ne rien construire à la place. S'il s'agissait de bâtir sur ces bases une super-nation, on aurait pu comprendre la démarche, car les abandons de souveraineté se trouveraient compensés par la création d'une nouvelle entité souveraine. Abandonner les nations affaiblies pour fonder un puissant empire, tel aurait pu être le projet européen, lequel aurait eu au moins le mérite de la cohérence et celui d'offrir aux Européens un but élevé et enthousiasmant. Mais il n'y a rien de tel dans le projet de l'Europe mondialiste.
Et pour cause ! L'Europe bruxelloise n'est animée que par des considérations mercantiles, elle n'a de sens que pour accélérer la marche forcée vers la mondialisation. Derrière tout l'édifice politico-administratif, il n'y a qu'un but, celui d'insérer ce que furent les nations européennes dans le nouvel ordre mondial. Loin de constituer un projet, l'Europe de Maastricht n'est qu'un instrument au service des penseurs de l'économie globale. Ces penseurs qui conçoivent l'avenir sous la forme d'un grand marché mondial où domineront les forces de l'argent enfin libérées des contraintes, à leurs yeux dépassées, que représentent encore les nations, les peuples et les civilisations.
L'Europe de Bruxelles, parce qu'elle est d'essence mondialiste, n'effectue qu'une entreprise de destruction et ne sert aucun travail de construction. Elle détruit une œuvre historique pour n'aménager sur ses décombres qu'un grand espace économique. Elle remplace les conquérants, les génies et les bâtisseurs de nos anciennes nations par les technocrates de Bruxelles et les banquiers de Francfort. L'Europe de Maastricht, c'est la flamme d'une immense civilisation confiée à des bureaucrates et à des marchands !

Identité et la puissance

Au-delà de la propagande européiste distillée au nom du politiquement correct, l'Europe bruxelloise se révèle donc particulièrement nocive pour la France et les Français. Nos compatriotes risquant d'y perdre leur prospérité, leur sécurité, leur liberté et leur âme, le Mouvement national républicain s'oppose à l'entreprise maastrichienne et se bat résolument pour une autre forme d'organisation de notre continent : l'Europe des nations. A l'inverse du schéma mondialiste de Bruxelles, ce projet est conçu pour servir les peuples et améliorer leur condition, tout en préservant ce qui assure leur dignité et leur grandeur. Il s'agit donc d'une démarche féconde et bénéfique qui, loin de chercher à détruire, veut préserver et construire.
L'Europe des nations se conçoit en effet comme l'expression politique de cette communauté de civilisation que constitue la famille des nations d'Europe. Elle n'a pas pour objectif de dissoudre les entités nationales, mais, dans le monde dangereux du début du vingt-et-unième siècle, de les rassembler pour leur donner les moyens d'être fortes, de survivre et de s'épanouir dans le respect de ce qu'elles sont. N'étant donc pas d'abord économique, cette Europe-là se fonde sur ce qui fait le patrimoine commun des nations européennes. Son ciment n'est pas le marché, mais l'identité, celle de chaque nation qu'il convient de préserver, celle de l'Europe qu'il faut promouvoir.
Son but est de rendre aux peuples européens la puissance qu'ils ont perdue pris isolément pour qu'ils puissent faire prévaloir, non seulement leurs intérêts, mais aussi le modèle de civilisation qui est le leur. Loin de fuir la puissance, l'Europe des nations doit au contraire la rechercher, car c'est l'essentiel de ce qu'elle peut apporter de salutaire aux pays qui la composent. Avec elle, la famille des nations européennes peut redevenir une force majeure qui pèse dans le monde et se fasse respecter, une force qui assure de nouveau l'indépendance des États.

>L'Europe européenne

Fondée sur les principes d'identité et de puissance, l'Europe des nations n'a donc de sens que si elle se limite au monde européen et si elle rassemble toutes les nations européennes, mais elles seulement. La Turquie, quelle que soit la qualité des relations géopolitiques qui peuvent être nouées avec elle, n'a pas vocation à en faire partie. Pas plus d'ailleurs que les pays du Maghreb ou du Moyen-Orient, en dépit des liens historiques qui peuvent exister entre eux et certains États du vieux continent. L'Europe des nations, parce qu'elle n'est pas mondialiste, ne peut être qu'européenne.
De même, elle n'a de sens que fondée sur le principe de souveraineté nationale. A rebours du système fédéraliste de Bruxelles, elle n'a pas vocation à amputer la liberté des États et à leur imposer des règles juridiques qu'ils ne peuvent que subir. Dans l'Europe des nations, le retour à la souveraineté passe par le refus du vote à la majorité et par le rétablissement de la suprématie du droit national sur le droit européen. Ce n'est qu'en prenant les décisions à l'unanimité et en transformant en lois ou en règlements nationaux les dispositions européennes librement acceptées par la France que l'Europe des nations pourra agir avec efficacité sans pour autant obérer la souveraineté de notre pays.

Subsidiarité et coopération

Cette vision plus restrictive du fonctionnement des institutions européennes n'est évidemment possible que si les compétences dévolues à l'échelon européen sont rigoureusement limitées. Le principe de la subsidiarité véritable doit donc être invoqué pour circonscrire les prérogatives de l'Europe aux seuls domaines où celle-ci peut être utile aux nations. Il s'agit en l'occurrence de ceux où les États, pris individuellement, manquent de puissance pour se faire respecter et faire prévaloir leurs intérêts, c'est-à-dire principalement les domaines économique, militaire et culturel. Inutile dès lors de chercher à tout uniformiser selon une procédure bureaucratique et totalitaire, l'objectif n'étant pas de contraindre les nations, mais de leur donner, avec la puissance, de nouveaux instruments d'épanouissement et d'expansion.
Dans cet esprit de plus grande liberté, l'Europe des nations entend substituer au principe d'intégration celui de coopération. Plus question d'intégrer les nations les unes aux autres pour les passer au moule d'une même contrainte bureaucratique, le but est d'organiser le plus harmonieusement possible la coopération entre les États. Coopération dont la mise en œuvre a d'ores et déjà débouché, avec Airbus, Eurocopter et Ariane, sur les plus belles réalisations économiques et stratégiques de l'Europe. Fondée sur le libre partenariat entre des nations souveraines, la nouvelle Europe offrira à chaque État la possibilité de coopérer avec les autres dans le domaine de son choix.
Se créeront ainsi librement des secteurs de coopération différenciés constitués à partir d'objectifs précis et ne réunissant que des nations concernées et motivées. Ainsi pourra s'édifier, selon la belle formule des Danois, une Europe en cercles olympiques permettant de concilier l'efficacité de la coopération européenne avec la souveraineté des États. Dans cette organisation, ne participent que ceux qui en ont la volonté. De la sorte, les décisions peuvent êtres prises à l'unanimité pour préserver la souveraineté de chacun sans que le dynamisme de l'ensemble s'en trouve le moins du monde freiné.

Des frontières pour l'Europe

Dans le même esprit, les frontières doivent par ailleurs être impérativement maintenues, frontières entre l'Europe et le reste du monde, mais aussi frontières entre les pays européens eux-mêmes. L'Europe des nations ne peut en effet assurer le respect de la souveraineté des États membres et leur puissance collective qu'en s'appuyant sur le principe de la frontière, notion essentielle à l'intégrité de la France comme de l'Europe. Les frontières entre le vieux continent et le reste du monde doivent donc être strictement contrôlées de façon à y réguler le passage des hommes et des produits. Mais les frontières intra-européennes doivent être également rétablies pour assurer une fonction de sécurité comparable à celle dévolue en cas d'avarie aux cloisons étanches d'un navire évitant que l'eau ne l'envahisse totalement et ne le fasse couler. Avec le rétablissement des frontières, ce sont donc les intérêts et la sécurité des nations qui peuvent de nouveau être défendus, ceux des pays qu'elles délimitent comme ceux de l'Europe toute entière.

Les Européens d'abord

Ces frontières sont d'ailleurs également nécessaires à la mise en application du principe de préférence, principe sans lequel aucune communauté ne peut exister ni survivre. De même, en effet, que la préférence nationale est indispensable au maintien des nations, la préférence européenne est la condition sans laquelle l'Europe ne peut avoir d'existence politique. La préférence européenne, qui figurait d'ailleurs dans le traité de Rome, doit donc être mise en œuvre pour les personnes, notamment en ce qui concerne leurs droits sociaux et leur aptitude à entrer et à résider sur le territoire des États. Elle doit aussi être instaurée pour les produits, ce qui implique un minimum de régulation des échanges aux frontières extérieures de l'Europe afin d'assurer la priorité sur le marché européen aux produits fabriqués en Europe. Le principe de préférence européenne se révèle essentiel pour donner corps à l'idée d'Europe des nations. Celle-ci n'existe en effet que comme une communauté, qui, à ce titre, doit défendre son identité et assurer la promotion de ses valeurs. Elle exige que les Européens soient prioritaires chez eux et défendent d'abord leurs intérêts. Il ne peut y avoir d'Europe des nations sans la mise en application du mot d'ordre : les Européens d'abord !

Tel l'Empire romain

Retour de la puissance, défense des identités, respect de la souveraineté nationale, limitation des compétences par la subsidiarité, coopération entre les États, protection des frontières, préférence européenne, tels sont donc les principes fondateurs de l'Europe des nations. Projet qui s'inscrit d'emblée dans une perspective historique totalement opposée aux conceptions utopiques de l'Europe bruxelloise et de la vision mondialiste qui la sous-tend.
Contrairement, en effet, à ce que prétendent les thuriféraires de l'entreprise maastrichienne, celle-ci n'est pas la première tentative historique de dissolution des peuples dans un ensemble mondial. Ainsi, la situation actuelle présente, par certains côtés, des analogies avec celle de l'Empire romain qui, après avoir vaincu Carthage et les monarchies de l'Orient grec, a tenté d'unifier, sous son égide, l'ensemble du monde connu. De la même façon aujourd'hui, les États-Unis d'Amérique, après avoir gagné deux guerres mondiales et une guerre froide, semblent ne plus rencontrer de concurrents et cherchent à placer la planète entière sous leur autorité.
Or, la tentative de mondialisation menée par Rome dans l'antiquité a échoué face à la résistance des peuples et à la montée du christianisme. Tout laisse à penser que les Américains qui, contrairement aux Romains, ne peuvent de surcroît prétendre à aucun rôle civilisateur, se trouveront eux aussi contraints de renoncer à leur projet mondialiste face à l'opposition culturelle et politique qu'ils vont rencontrer et dont l'Europe des nations peut être le pôle principal.

Pour la paix et l'harmonie

Le projet conconcté à Bruxelles n'est donc pas, comme le présentent ses auteurs, un facteur d'équilibre et de paix. Tenter d'imposer à des nations, profondément ancrées dans leur identité et leur souveraineté, le carcan euro-mondialiste et la tutelle américaine peut conduire à des crises violentes beaucoup plus sûrement que le processus de libre coopération propre à l'Europe des nations. Dans l'histoire, d'ailleurs, toutes les entreprises de constitution d'entités fédérales n'ont pu échapper au recours à la force. Les États-Unis résultent d'une guerre civile qui a laissé un million de morts sur le sol américain. L'unité allemande a été scellée dans le sang lorsqu'elle a été imposée à la Bavière par la bataille de Sadowa. Même la Confédération helvétique, pourtant si pacifique, a écrasé par les armes la tentative de sécession des cantons catholiques au siècle dernier. Il apparaît dès lors clairement que l'intégration européenne et la dissolution des nations dans un ensemble mondial dominé par les États-Unis ne peut déboucher à terme que sur une épreuve de force alors que le projet d'Europe des nations constitue un instrument de paix et d'harmonie sur le continent comme dans le reste du monde.

Sur la scène de l'histoire

Aux antipodes des funestes schémas de Bruxelles, la nouvelle Europe s'affirme donc comme un projet bénéfique de rééquilibrage du monde et de régénérescence des nations européennes. Loin de chercher à les asservir et à les faire disparaître, elle offre à celles-ci le moyen de résoudre leurs difficultés concrètes et de retrouver, avec la conscience de ce qu'elles sont, le destin qui est le leur depuis leur fondation. L'Europe des nations constitue l'instrument par lequel nos patries peuvent de nouveau peser dans le monde pour la paix et l'harmonie, renouer avec le génie propre à leur peuple et faire prévaloir les vertus de leur extraordinaire civilisation.
En bref, la nouvelle Europe c'est le retour des pays européens sur la scène de l'histoire.



   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

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