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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 4
La communauté de civilisation

Il n'est pas de grande entité politique qui ne repose sur l'expression d'une forte identité. Ceux qui existent et qui comptent, ce sont ceux qui savent qui ils sont, qui croient en eux-mêmes et s'affirment avec hardiesse. Aujourd'hui, l'Europe, a travers ses institutions bruxelloises, semble avoir perdu la fierté et même la conscience de ce qu'elle est. Pour peser dans le monde et servir les pays qui la composent, l'Europe des nations doit donc se fonder sur son identité et exprimer puissamment la communauté de civilisation qu'elle constitue.

Le paradoxe fondateur

L'Europe bruxelloise s'appuie en effet sur un absurde paradoxe, le principe sur lequel elle est construite ne conduisant nullement a l'union des Européens. Les rédacteurs et les signataires des traites l'ont en effet conçue d'abord et avant tout comme une union économique visant a organiser un marche unique de plus en plus intègre. Son objectif est de renforcer l'efficacité économique de l'Union et, pour y parvenir, elle utilise une méthode consistant en deux mots d'ordre : uniformisation et économie d'échelle. Il s'agit donc pour elle a la fois de supprimer toutes les différences réglementaires entre les Etats, considérées comme autant d'entorses a la libre concurrence, et de rechercher par ailleurs pour le marche unique l'espace géographique le plus vaste possible, considère quant a lui comme un facteur mécanique de rentabilité et donc de prospérité.
Mais la est le paradoxe, car rien dans cet objectif et dans ces méthodes n'est propre au vieux continent et ne débouche sur une quelconque construction européenne. Comment peut-on fonder une union de l'Europe sur les seuls principes de la société marchande alors que ceux-ci n'ont rien de spécifiquement européen ? S'il faut unir les Etats, au motif que le marche unique qu'ils pourront constituer conduira a une économie plus prospère, pourquoi alors se limiter aux pays du continent ? Si véritablement l'efficacité d'un système de production et d'échange se mesure a l'étendue de la zone géographique qu'il couvre, pourquoi alors ne pas intégrer des pays non européens ? La démarche adoptée par les responsables de Bruxelles n'est donc pas propre a l'Europe et ne peut pas trouver son achèvement dans les limites du vieux continent.

Une entreprise sans limite

Ce constat est d'ailleurs si vrai que les responsables des institutions européennes n'ont cesse de repousser les limites de leur entreprise bien au-delà des frontières de l'Europe. Sous couvert d'aide au développement, des accords institutionnels ont été passes avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Dans le cadre de la libération des échanges commerciaux, des traites ont été signes avec les pays d'Amérique du Sud et avec ceux du pourtour de la Méditerranée. Certains ont même reçu le statut très ambigu d'Etat associe. Dans la mouvance ou a cote des institutions communautaires proprement dites, ont été crées d'innombrables organismes prétendument européens ou figurent des pays extérieurs au vieux continent. Le Conseil de l'Europe comprend parmi ses membres la Turquie et l'Eurovision Israel et le Maroc. Plus grave encore, certaines des politiques communes parmi les plus importantes de l'Union ont vu leur champ géographique s'élargir au-delà de l'Europe. Ainsi en est-il de la Turquie qui fait désormais partie de l'Union douanière ainsi que des pays du Maghreb et du Proche-Orient qui sont programmes pour y être intègres a terme.
Le dossier de adhésion de la Turquie a l'Union européenne est encore plus révélateur. Si la demande semble définitivement repoussée, le fait que la question soit restée pendante durant des années et que des opinions contradictoires se soient affrontées a ce sujet dans les enceintes communautaires montre a quel point les références identitaires sont secondaires pour les tenants de l'Europe bruxelloise. Car, peu importe qu'une infime partie de son territoire se situe sur le vieux continent, si, de par sa religion, son histoire et sa culture, la Turquie n'est pas européenne ! L'empire ottoman a même été, durant des siècles, l'adversaire de l'Europe, représentant le danger commun face auquel se réalisait l'union sacrée des princes chrétiens. La Turquie n'avait donc aucun titre a faire partie de la Communauté.

La plus belle des civilisations

Il faut donc rompre avec l'entreprise maastrichienne qui n'est qu'une imposture, car on ne peut construire une organisation de l'Europe sur la base de principes qui n'ont rien de spécifiquement européen. C'est donc la que réside la grande supériorité de l'Europe des nations, une Europe fondée, quant a elle, sur identité commune des peuples européens et qui, de ce fait, jouira d'emblée d'une légitimité dont la construction bruxelloise, malgré ses quarante ans d'existence, ne pourra jamais se targuer.
La commune identité des peuples européens, sur laquelle doit s'appuyer l'Europe des nations, correspond en effet a la plus éclatante des civilisations que notre terre ait vues s'épanouir. Déjà, la culture de chacune des nations d'Europe constitue a elle seule un joyau exceptionnel a l'échelle du monde. La France, l'Italie, l'Allemagne, l'Espagne et l'Angleterre ont chacune en leur temps rayonne sur la planète entière, domine le monde des arts, de la littérature, de la philosophie et de la science, celui de l'architecture, de la musique et de la peinture. Les grandes nations européennes, mais aussi les plus petites, comme l'Autriche, le Portugal, la Hollande, et bien sur la Grèce ont, a tour de rôle, subjugue le monde par leur culture que chacun tentait d'égaler. Pendant plus de deux mille cinq cents ans, c'est ici, sur ce petit cap d'Asie, que s'est concentre l'essentiel du génie humain, de l'esprit d'invention, de compréhension et de création. C'est dire si ces cultures nationales prises toutes ensemble constituent bien l'oeuvre de civilisation la plus extraordinaire qui soit !

Le souvenir de nos mythes

Et il est légitime de considérer ces cultures comme un tout, car il y a bien, par delà leurs différences, un profonde communauté de civilisation entre tous les peuples européens. Dante, Shakespeare, Molière, Goethe, Victor Hugo, mais aussi Beethoven, Verdi, Berlioz, ou encore Velasquez, Delacroix, Vermeer, Rubens, tous expriment une sensibilité, une intelligence et un talent qui leur sont propres, lies a leurs attaches et a leur génie créateur. Mais comment ne pas voir que chacune de leurs oeuvres, au-delà de leur unicité, révèle une commune appartenance et procède d'une même représentation du monde et de l'homme ?
Et d'ailleurs comment pourrait-il en être autrement ? L'Europe est si petite a l'échelle de la planète. Des rivages tourmentes de l'Atlantique battus par les vagues océanes aux terres majestueuses de la grande plaine du Nord, encore assourdies du fracas des batailles, des paysages somptueux de la Grèce, éblouissant reflet de notre antique héritage, aux vallées embrumées d'Ecosse, tout imprégnées de nos anciennes traditions, il règne certes une merveilleuse diversité, mais aussi un extraordinaire bouillonnement de peuples et de cultures. Et cette terre historique de la vieille Europe conserve partout la même marque, celle des civilisations grecque et romaine, celle de la religion chrétienne ainsi que le souvenir âpre et puissant de nos héros et de nos mythes les plus anciens : Le Cid, Arthur, Morgane, Ulysse et la Lorelei. Qu'elles sont fortes ces réalités d'un autre âge qui hantent encore l'inconscient de nos peuples et tissent ainsi, du Péloponnèse au Jutland, de la Lombardie a la Flandre, de la Catalogne a la Bourgogne, les liens invisibles d'une commune conscience européenne !

Dans les plis de l'histoire

L'histoire d'ailleurs nous le montre : dans ses plis parfois ensanglantes, il y a les grands hommes de notre continent. Alexandre, Cesar, Charlemagne, Frederic II, Louis XIV, Bonaparte et Bismarck, les papes et les rois, les empereurs et les généraux, tous apparemment si différents, mais tous si profondément européens, tous animes de cet esprit si propre a notre civilisation. Cet esprit de liberté qui marque notre conception de l'homme depuis les origines et qui donne toute sa grandeur et toute sa force a celui qui vient d'Europe. Cet esprit prométhéen, pétri d'insatisfaction et de curiosité, qui a fait de nos ancêtres des inventeurs, des conquérants et des découvreurs, qui les a conduits a toujours se dépasser, a sans cesse repousser leurs limites. Et, sublimant le tout, cet esprit religieux, ce sens du sacre qui de tout temps a transcende leurs entreprises et laisse sur notre sol les marques du divin. Toujours imitée, jamais égalée, notre commune civilisation européenne, avec sa religion, ses mythes, ses valeurs, son histoire, ses peuples et ses terres, ses sciences et ses arts, continue d'exercer sur le monde son irrésistible magnétisme.

Les réalités immémoriales

L'Europe des nations n'a donc de sens et de légitimité qu'enracinée dans cet inappréciable trésor qui constitue notre commune richesse. Ainsi, pour exister, doit-elle se nourrir de cet héritage, le faire fructifier et l'exalter auprès des peuples d'Europe, afin qu'ils redécouvrent que cette civilisation, en quelque sorte, leur appartient. Des lors, ayant recouvre la fierté de leur appartenance, ils retrouveront le goût de protéger ce legs inestimable, et l'Europe des nations deviendra pour eux l'instrument indispensable de la défense et de la promotion de cette identité supérieure qui est la leur.
C'est donc bien la réalité identitaire de notre vieux continent qui peut fonder la légitimité de l'Europe des nations. Parce qu'elle est charnelle et enracinée, elle sera en mesure de donner corps a des organisations stables et durables, alors que l'Europe de Bruxelles, mercantile et désincarnée, s'en est montrée incapable. Les peuples ne peuvent en effet témoigner de l'attachement aux institutions publiques que s'ils comprennent qu'elles sont bâties sur des réalités tangibles et immémoriales qu'ils reconnaissent et dont ils font eux-mêmes partie. Etant de cette nature-là, la communauté de civilisation de notre vieux continent peut donc constituer le fondement de la nouvelle Europe et la source de sa légitimité.

Une véritable fierté

Aussi est-il essentiel de défendre et de valoriser cette commune identité européenne et de la faire revivre dans la conscience des vieux peuples du continent. Pour cela, il faut que l'Europe redevienne européenne et sache s'opposer a ceux qui la menacent.
La logique folle de l'Europe sans limites et sans territoire précis, telle que la conçoivent les responsables bruxellois, doit donc être rejetée au profit d'une conception simple mais claire, fondée sur le principe identité selon lequel ne peuvent appartenir a la nouvelle Europe que les seules nations européennes. Et que cette notion qui aurait été chère a M. de La Palice ne soit pas dévoyée ! Le seul critère territorial, linguistique ou ethnique est insuffisant : ne peut être européen que ce qui procède pleinement de la commune civilisation de notre continent. Et, pour lever toute ambiguïté, il faut que s'établisse une frontière nette entre l'Europe des nations et le reste du monde. Toutes les instances mixtes doivent être dissoutes et les traites ambivalents dénonces.
C'est a cette seule condition que pourront se développer a la fois une réelle conscience de la commune identité des peuples du continent et une véritable fierté de la grandeur de notre civilisation, susceptible de faire naître, au-delà du patriotisme national, une forme de patriotisme européen.

Poitiers, Lepante et Vienne

Ce sentiment sera d'ailleurs renforce tout naturellement par la compétition, voire la confrontation de l'Europe avec les autres grandes civilisations. Selon un phénomène récurrent a travers l'histoire de notre continent, c'est en effet en s'affirmant face a l'Orient ou a l'Asie que les pays d'Europe ont pris conscience que ce qui les distinguait les uns des autres était moins important que ce qui les séparait du reste du monde. Ainsi, a maintes reprises au cours de leur longue histoire, les peuples européens se sont rassembles pour affronter l'envahisseur extérieur et le refouler au-delà du continent. Aux champs Catalauniques, ils s'unissaient pour écraser Attila et ses hordes barbares. Et c'est ce même élan vital qui, a Marathon, a Poitiers, a Lepante, a Vienne ou a Missolonghi, permettra aux Européens d'assurer, en un sursaut salvateur, la pérennité de leur civilisation, mais aussi de fortifier en eux le sentiment d'appartenir a une même famille de peuples.

Madonna, Jackson et Disney

Pour défendre et affirmer son identité, l'Europe des nations doit donc être capable de manifester son opposition a toutes les grandes entités qui la menacent. Opposition particulièrement nécessaire a l'encontre des Américains qui mènent depuis plus de quarante ans une véritable guerre culturelle contre l'Europe. Comment en effet interpréter autrement la formidable pression exercée sur les sociétés européennes pour leur faire adopter les goûts et les idées propres aux Etats-Unis ?
Dans tous les domaines, ce sont les modèles américains qui nous sont imposes et qui font la mode. Pour la musique, c'est Michael Jackson, Madonna et les rappeurs d'outre-Atlantique qui donnent le ton ; a la télévision, ce sont les feuilletons des grands networks, comme Santa Barbara ou Beverly Hills qui font référence. S'agissant du cinéma, ce sont les superproductions hollywoodiennes qui dominent et, pour les loisirs, c'est Disneyland qui l'emporte. Le style du basketteur noir américain fait fureur dans les banlieues. Et, partout, on chausse des Nike, on porte des casquettes, on mâche du chewing-gum, on boit du Coca-Cola et on mange des hamburgers. Peu a peu, sans s'en apercevoir, la France se met a ressembler aux Etats-Unis avec ses entrées de villes couvertes de parkings, de shopping centers, de drive-in et de fast-food. Quant a ses enfants, que l'on appelle maintenant Kevin, Brandon ou Dylan, comme les vedettes des séries télévisées, ils imitent les juniors américains sans les avoir jamais rencontres.

Ou sont passes les héros ?

Sans doute s'agit-il la de phénomènes somme toute superficiels, mais, derrière ces symboles, c'est progressivement le modèle de la société cosmopolite américaine qui s'impose a nous. Apres les bons et les méchants des films de cow-boys, la violence et les bons sentiments des séries B s'emparent maintenant de notre pays et avec eux tous les poncifs américains : le moralisme et le laxisme, la révolution sexuelle et le politiquement correct, la compétitivité a outrance et le juridisme forcené, le développement de la drogue et la frénésie anti-tabac, le féminisme et la discrimination positive, l'obsession antiraciste et l'argent roi, le culte des minorités et le mondialisme.
Pris dans une formidable bourrasque qui déracine et normalise, les Européens encore lucides assistent, hébètes, a cette mise a mort de leur culture et voient avec effroi se creuser derrière eux un terrible fosse qui pourrait bien les couper de leur passe, de leurs racines et de leur identité. Ou sont passes les héros, les génies, les mythes qui peuplaient notre imaginaire, se demandent-ils ? En vain recherchent-ils les successeurs des grands créateurs qui enchantaient leur esprit et leurs sens. Et, résignes, ils contemplent avec morosité ce qui leur apparaît comme un crépuscule, semblant ignorer que cette évolution, loin être inéluctable, est avant tout la conséquence d'une action commerciale engagée contre l'Europe par les Etats-Unis avec la complicité de Bruxelles.

La culture commerciale

Il s'agit en effet d'un mécanisme très simple. Forts de leur puissance économique et financière, les Américains inondent le marche européen de sous-produits culturels a bas prix sans que la Commission bruxelloise tente d'endiguer cette marée. Pour les Américains, la culture est en effet un produit commercial comme les autres, auquel il faut donc appliquer les mêmes recettes qu'aux biens de consommation ordinaire : définition du produit selon les méthodes du marketing, standardisation des biens qui doivent être conçus pour le très grand nombre, économies d'échelle par des productions de masse, consommation forcée grâce a des campagnes publicitaires s'apparentant a la propagande, extension des marches par la mondialisation. Des lors, tout s'enchaîne : les films, les disques, les modes vestimentaires et alimentaires et même les mythes seront lances comme des produits domestiques. On vendra Leonardo di Caprio, Jurassic Park ou Pocahontas, comme des lessives ou des aspirateurs.
Face a cette machine implacable qui broie nos cultures et nos identités, l'Europe doit cesser de collaborer complaisamment pour résister avec énergie. D'autant qu'elle a parfaitement la capacité de le faire avec efficacité, car, si ce n'est pas leur qualité culturelle qui assure le succès des oeuvres américaines, mais les méthodes économiques utilisées afin de es promouvoir, tout est en effet possible, pour peu que l'Europe des nations s'organise en conséquence.

Le protectionnisme culturel

Dans cet esprit, il lui faut d'abord contrer cette offensive en instaurant un minimum de protection a ses frontières. Si en effet les productions culturelles ne sont pas des biens commerciaux ordinaires, n'est-il pas légitime de leur appliquer d'autres règles que celles du libre-échangisme mondial et de mettre en oeuvre un dispositif de protection du marche intérieur européen destine a préserver notre culture et notre identité ? Contrairement a l'Europe de Maastricht, qui accepte le principe de la libre circulation des biens culturels au bénéfice quasi exclusif des Etats-Unis, l'Europe des nations imposera donc, quant a elle, le principe d'un protectionnisme culturel européen. C'est ce que la France appelle déjà l'exception culturelle et qui doit être mis en oeuvre avec ampleur a l'échelle du continent tout entier.
Il convient des lors de multiplier de façon pragmatique es obstacles a l'importation de produits culturels américains et de mettre en oeuvre ici des droits de douane, la des taxes, ailleurs des contingentements ou tout autre moyen limitatif. Pareille politique, qui certes pourrait être appliquée par un pays iole, devient beaucoup plus efficace et parfaitement viable organisée a l'échelle de l'Europe.
Si, en effet, le marche français du petit écran est trop étroit pour que la seule production nationale de séries télévisées puisse répondre a la demande, il n'en va pas de même a l'échelle de l'Europe tout entière. Des lors, l'instauration de quotas sur les feuilletons américains conduira sans difficulté a leur remplacement par des créations européennes. Pourquoi, par ailleurs, ne pas avoir impose a la société Disney, lorsqu'elle s'est implantée a Marne-la-Vallée, de modifier ses attractions en s'inspirant exclusivement des mythes et des légendes de notre continent ? Si tous les pays européens sollicites par la société américaine avaient exprime la même exigence, elle aurait été obligée de s'y plier.

L'impératif identitaire

Cette conception défensive des identités européennes devra cependant se doubler d'une stratégie offensive. Pourquoi l'Europe des nations ne s'approprierait-elle pas les méthodes américaines pour lancer dans le monde des produits culturels qui, cette fois, véhiculeraient son identité et ses valeurs ? A l'échelle d'un pays isole, une telle initiative serait difficile a réussir, car il lui manquerait le vaste marche et la puissance financière indispensable. Mais, pour l'Europe, qui dispose d'un potentiel équivalent a celui de l'Amérique du Nord, une telle entreprise serait parfaitement réalisable. Il suffit des lors d'organiser la coopération européenne dans le domaine de la production télévisuelle, cinématographique ou musicale pour pouvoir, a terme, rivaliser avec les Etats-Unis et faire prévaloir les cultures européennes.
La encore, l'Europe doit cesser d'agir au bénéfice des intérêts américains pour s'affirmer comme l'instrument de la renaissance européenne. Il est temps que ses dirigeants, prenant enfin conscience de la réalité de la guerre culturelle, relèvent ce défi avec la volonté, non seulement de résister, mais, pour finir, de l'emporter. L'impératif identitaire, et donc culturel, doit représenter pour la nouvelle Europe une priorité absolue.

La différence de potentiel

Cette opposition du vieux continent a tous ceux qui menacent son identité et sa civilisation doit aussi s'exprimer a l'encontre des flux migratoires, face au monde afro-islamique d'ou sont issus les millions étrangers présents sur son sol. Et s'il ne s'agit pas, bien sur, pour l'Europe des nations de développer une politique agressive a égard des pays du tiers monde, il lui appartient, dans le cadre d'une action d'aide au développement, d'interrompre ce processus et même de l'inverser. L'immigration massive que subissent la France et la plupart des autres nations européennes constitue une menace dramatique pour identité de notre civilisation et la survie même de l'Europe, de ses peuples et de ses nations.
Lie a une différence de potentiel démographique entre l'Europe et le tiers monde, ce phénomène a pris aujourd'hui une dimension majeure qui compromet tous les équilibres humains du vieux continent. Alors que la natalité s'effondre dans les pays européens, elle explose en Afrique et en Orient. Déjà, la population africaine représente près de sept cent trente millions d'individus quand la Communauté n'en dénombre que trois cent soixante-dix millions. Et, selon les projections de l'Onu, le continent africain devrait atteindre son premier milliard d'êtres humains avant 2010 et franchir le cap des deux milliards avant 2050, alors qu'a cette échéance, l'Union européenne commencera a enregistrer une diminution de sa population.
Ce déséquilibre, qui est d'ailleurs encore beaucoup plus grave si l'on prend en compte les chiffres concernant l'Asie, crée en Europe une pression a l'immigration que les dirigeants nationaux et communautaires ont été incapables de maîtriser. Aujourd'hui, déjà, la présence immigrée est massive puisque le nombre étrangers extra-communautaires réguliers et clandestins s'élèvent déjà sur le sol européen a plus de vingt-cinq millions de personnes. Quant aux prévisions, elles sont des plus inquiétantes car, des 1995, l'immigration a contribue pour près de 80 p. cent a la croissance démographique de l'Union européenne. Autant dire qu'a ce rythme la proportion d'Européens de souche dans la population du continent ne va cesser de diminuer jusqu'à provoquer dans les décennies qui viennent une mutation majeure. C'est donc bien a une véritable invasion que conduit le processus ainsi engage. Loin être un phénomène marginal, l'immigration s'apparente donc a un véritable cataclysme qui compromet l'avenir même du vieux continent. Le peuple français et les peuples européens peuvent être submerges, disparaître et entraîner dans leur naufrage l'essence même de ce que nous sommes.

La colonisation a rebours

Car, n'en doutons pas, l'installation sur notre sol de populations qui ne s'assimilent pas, qui conservent leur religion, leur mode de vie et constituent des communautés autonomes souvent antagonistes, provoque la désintégration des sociétés européennes. Désintégration d'autant plus profonde que les nouveaux venus vont bien souvent jusqu'à imposer une modification des lois des pays d'accueil pour les mettre en conformité avec leurs propres coutumes. Le processus est donc bien celui d'une colonisation de peuplement fonctionnant a rebours et parfaitement capable, si rien ne change, de substituer a identité française et a celle des peuples de notre continent identité des populations nouvellement installées.
Pour maintenir la civilisation européenne, il est donc essentiel que soit donne un coup d'arrêt décisif a ce phénomène et même que soit enclenche un mécanisme d'inversion des flux migratoires. Car le problème n'est pas celui de la xénophobie, ni de la montée d'un quelconque racisme. La question centrale est celle de la survie des Européens et du défi majeur qui leur est ainsi lance.
Malheureusement, force est de constater que l'Europe bruxelloise se révèle totalement incapable de le relever. Ne semble-t-elle pas en effet ignorer la gravite du phénomène ou ne pas en mesurer les conséquences, quand elle n'encourage pas purement et simplement l'invasion ?

Complice de l'invasion

Déjà, les mesures prises par l'Europe de Maastricht témoignaient d'un grand laxisme, mais celles inscrites dans le traite d'Amsterdam vont encore beaucoup plus loin. Ainsi la politique d'immigration sera-t-elle confiée dans les années a venir aux instances technocratiques de Bruxelles. Des lors, les Français, comme les autres peuples d'Europe, perdront la maîtrise de leur territoire puisqu'ils ne pourront plus décider eux-mêmes qui a le droit d'entrer chez eux et d'y résider. Ainsi, par exemple, le principe de libre circulation des personnes en Europe a, dans cet esprit, été étendu aux ressortissants des pays tiers. De la sorte, les Turcs d'Allemagne ou les Albanais d'Italie pourront venir librement s'installer en France.
Pire encore, certains ont le projet d'aller plus loin. Ainsi, dans une résolution faisant de 1997 l'Année européenne contre le racisme, le parlement européen se déclarait convaincu qu'il faut donner aux ressortissants des pays tiers, titulaires d'une carte de séjour dans un Etat membre, la possibilité d'obtenir la naturalisation dans celui-ci. Et de poursuivre en demandant aux Etats membres d'associer librement les immigrants aux décisions sociales et politiques et de leur accorder aussi les droits électoraux. En se faisant ainsi la complice de l'invasion et de la colonisation de notre continent, l'Europe bruxelloise se trouve donc disqualifiée pour défendre son identité et ses intérêts.

Maître chez soi

Tournant le dos a cette logique suicidaire, l'Europe des nations affirmera donc d'emblée la nécessite de préserver l'intégrité des peuples européens. Elle rendra aux nations la plénitude de leur souveraineté en ce domaine afin qu'elles recouvrent la maîtrise de leur territoire et le contrôle de ceux qui cherchent a y pénétrer. Les nations retrouveront donc leurs compétences exclusives en matière d'entrée et de séjour des étrangers, de droit d'asile, d'attribution de visa et de droit de la nationalité. L'Europe doit cesser être un facteur de laxisme et de submersion pour devenir un instrument de défense et de protection.

La porte des nations

Dans cet esprit, il est essentiel de réhabiliter la notion même de frontière et de rétablir celle-ci dans la plénitude de son rôle au service des nations comme facteur d'ordre, de sécurité et d'équilibre. La frontière, en effet, n'est pas cette muraille infranchissable décrite par les sectateurs du mondialisme, derrière laquelle on se blottirait dans la haine ou la crainte de l'étranger. Elle sert au contraire, telle la porte d'une maison, a laisser pénétrer ceux qui sont les bienvenus et a empêcher de passer ceux qui n'ont pas leur place a intérieur. La frontière assure a ce titre une fonction légitime aussi ancienne et naturelle que celle des portes dans les édifices humains. Des lors, les signataires de l'accord de Schengen, qui supprime les frontières intra-européennes, se comportent comme des fous qui démonteraient la porte de leur domicile et la brûleraient dans la cour, laissant ainsi leur maison ouverte a tous les vents et a n'importe qui. Aussi la nouvelle Europe prévoira-t-elle de dénoncer les accords de Schengen et de rétablir, aux limites de chaque pays, les légitimes contrôles permettant a chaque peuple de rester maître chez lui.
On mesure d'ailleurs, en cas de crise, combien les frontières sont nécessaires, car, sans elles, les dispositions d'urgence prises par exemple pour interdire l'importation de viande britannique contaminée par la maladie de la vache folle ou pour expulser en urgence les hooligans britanniques ou allemands, lors de la Coupe du monde de football, deviendraient totalement impossibles. Plus important encore, c'est en s'appuyant sur elles que les Etats européens peuvent arrêter les flux migratoires et organiser le retour chez eux des immigres. Les frontières entre les pays européens et, bien sur, celles entre l'Europe et le reste du monde, sont donc essentielles pour assurer la défense de la France et des pays européens face aux dangers qui menacent leur existence et leur identité.

La préférence européenne

Cette défense doit également être assurée par l'application du principe de la préférence européenne. Les groupes humains n'existent en effet que s'ils établissent des différences de droits et de devoirs entre ceux qui en font partie et les autres. Si n'importe quel étranger peut pénétrer sur le territoire d'un Etat et y jouir des mêmes avantages que n'importe quel citoyen, il n'y a plus de différence entre l'un et l'autre et la patrie se dissout. Il est donc légitime qu'une préférence soit accordée aux nationaux, faute de quoi il n'y aura plus de nation. De même, le patriotisme n'a de sens que si l'on préfère son pays et son peuple a tous les autres. En effet, ce sentiment est l'expression de l'amour que l'on porte a son pays, amour qui par nature sous-entend la préférence, car on ne peut aimer un être sans l'aimer plus que les autres. Ainsi la priorité française est-elle indissolublement liée a l'idée de nation et de patriotisme .
Plus largement, la notion de préférence n'est que la traduction concrète de l'attachement qui nous lie au groupe auquel nous appartenons et a identité qui est la notre. Si donc l'Europe représente bien une authentique communauté, porteuse d'une identité dont on peut s'enorgueillir et a égard de laquelle on peut éprouver un sentiment comparable au patriotisme, il faut alors revendiquer pour cette communauté de civilisation une exigence de préférence qui est la préférence européenne.

Comme a Vitrolles-en-Provence

Cette notion n'est évidemment pas incompatible avec la préférence nationale, tout comme l'attachement que l'on manifeste a égard de la civilisation européenne n'obère en rien l'amour que l'on porte a sa patrie. Tout cela s'inscrit en effet dans une hiérarchie de préférence : les nationaux d'abord, les Européens ensuite, les étrangers enfin. C'est d'ailleurs dans cet esprit que la municipalité de Vitrolles-en-Provence a institue une allocation de naissance réservée aux familles dont l'un des parents est non seulement français mais aussi ressortissant d'un pays de la communauté européenne.
Cette préférence européenne doit donc être largement mise en oeuvre au bénéfice des peuples dans tous les pays de la nouvelle Europe. Ainsi est-il légitime que les Européens puissent jouir, au sein des nations du vieux continent, de droits spécifiques supérieurs a ceux des étrangers. Leurs droits sociaux, par exemple en matière d'embauche, d'allocations familiales, d'accès aux logements aides et aux prestations sociales, doivent être plus favorables que ceux concèdes aux étrangers extra-europeens.
Leurs prérogatives, si elles n'ont pas a être équivalentes a celles des nationaux, peuvent néanmoins s'en rapprocher. Mais, dans tous les cas, les avantages accordes aux Européens seront supérieurs a ceux octroyés aux étrangers proprement dits, ce qui hélas n'est pas la pratique habituelle puisque les citoyens des pays de l'Europe bruxelloise résidant en France ont souvent le sentiment de ne pas bénéficier, de la part des autorités, d'un traitement diffèrent de celui réservé aux étrangers extra-europeens, tels les Algériens ou les Camerounais. Des lors, comment pourraient-ils ressentir l'existence concrète d'une communauté de nations européennes ? Car, comme l'explique Jean-Jacques Rousseau dans l'Encyclopédie, les citoyens ne peuvent être attaches a leur pays que si celui-ci leur accorde des avantages supérieurs a ceux concèdes aux étrangers. De même, les Européens ne pourront être concernes par la Communauté des nations d'Europe que si celle-ci leur ouvre des droits spécifiques.

Le modèle des peuples

La mise en oeuvre de ces préférences hiérarchisées contribuera donc a décourager l'immigration non européenne et a renforcer chez les Européens le sentiment d'une commune appartenance. Ainsi défendue et fortifiée dans son identité, la civilisation européenne pourra reconquérir la place qui est la sienne dans le monde et servir a nouveau de modèle aux peuples et aux nations.
Affirmer son identité n'est pas un acte de repli sur soi ni d'isolement. C'est au contraire quand on est prive de sa personnalité que l'on perd également tout attrait aux yeux des autres car, pour rayonner et échanger, il faut pouvoir apporter. C'est donc en affirmant avec vigueur et sans complexe les valeurs et la grandeur de sa civilisation que l'Europe des nations pourra de nouveau peser dans le monde et servir non seulement les peuples qui la composent mais aussi tous les autres.
Le retour de la civilisation européenne sera, pour la planète entière, l'occasion d'un grand renouveau.



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