Économie, c'est le conflit ! Contrairement a l'idée
habituellement répandue, le développement de la
production et des échanges, loin de créer la paix
et l'harmonie parmi les nations, instaure entre
elles le rapport de force et l'affrontement. Dans
ces conditions, malheur a ceux qui renoncent a se
battre, tels les responsables bruxellois, manifestement
plus préoccupés de mettre en oeuvre un programme
idéologique que de faire gagner l'Europe par tous
les moyens. Malheur surtout aux pays du vieux continent
qui s'en trouvent affaiblis et dont les peuples
subissent concrètement les conséquences désastreuses
de cette déplorable attitude. Pour conjurer cette
funeste perspective et rétablir la prééminence économique
de l'Europe, il est donc nécessaire de changer de
stratégie et de relever le défi de la guerre économique.
Tel est l'objectif de l'Europe des nations.
Un affrontement mondial
Plus encore qu'hier, le monde est aujourd'hui le champ clos d'une
grande conflagration économique et sociale. Les affrontements, les appétits
de puissance et de richesse, les rivalités entre les hommes et les nations,
qui autrefois se soldaient par des guerres souvent sanglantes, semblent
actuellement être déplaces sur le terrain de la production et des échanges.
S'il est donc vrai que les conflits, mis a part quelques exceptions,
ne se traduisent plus par des combats militaires, les batailles économiques
qui remplacent ceux-ci n'en sont pas pour autant moins après et moins
violentes. Le discours propre au monde marchand se fait d'ailleurs l'écho
de cette brutale réalité puisque le vocabulaire qu'il utilise est maintenant
directement emprunte du langage militaire. On parle d'offensives ou
de représailles commerciales, d'attaques sur les monnaies et de raids
boursiers. Il est question de conquête de marche, de position dominante,
de déroute financière et d'arsenal de mesures.
Parce qu'elle a pour objet de gérer la rareté et que celle-ci crée chez
les hommes des rivalités et des antagonismes, économie est déjà, par
essence, source de conflits. Mais cette réalité est actuellement exacerbée
par le phénomène de mondialisation, la concurrence sauvage qui en résulte
et la situation d'instabilité qu'elle instaure.
Des lors, la compétition se généralise a l'échelle de la planète entière,
donnant lieu, en l'absence de toute régulation, a un véritable affrontement
mondial. Certes, il n'y a pas de morts, car on ne se bat pas a coups
d'obus ou de bombes, mais les armes utilisées, dérégulation, délocalisation,
restructuration, font néanmoins des victimes par millions. Ce sont les
travailleurs qui perdent leur emploi, les salaries dont on baisse le
revenu, les citoyens qui vivent l'angoisse de la précarité et ceux qui
sont plonges dans la misère.
Boeing et Aérospatiale
Or, l'Europe de Maastricht, totalement déconnectée de la réalité,
applique son propre programme comme si de rien était, semblant ignorer
superbement la nature conflictuelle de cette très grave situation. Elle
fait preuve, a égard de ses partenaires, d'une naïveté et d'une faiblesse
désarmante, comme s'il n'y avait pas de rapports de force ni intérêts
antagonistes. Tout se passe pour elle comme s'il s'agissait d'appliquer
studieusement la doctrine économique qu'elle s'est choisie. Que ses
adversaires enfreignent allègrement les règles qu'elle respecte de son
cote scrupuleusement ne parait pas l'émouvoir. Que les accords qu'elle
signe, par exemple, avec les Etats-Unis soient déséquilibres a son détriment
la laisse indifférente. L'Europe de Maastricht ne fait pas la guerre
économique, elle applique des traites. Elle n'évolue pas dans la réalité
du système marchand, elle demeure dans le monde virtuel du droit. Elle
ne se bat pas pour des intérêts, elle défend des principes.
Ainsi, par exemple, lorsque la société française Aérospatiale et l'italien
Alenia ont décide de racheter l'avionneur canadien De Havilland pour
constituer le premier pole mondial de construction d'avions court courrier,
la Commission de Bruxelles a décide d'interdire ce rapprochement au
motif qu'il assurerait au nouveau groupe une position dominante sur
le marche mondial. A contrario, les instances maastrichiennes se sont
montrées totalement impuissantes a s'opposer a la fusion des américains
Boeing et Mac Donnell-Douglas. Une fusion qui a pourtant donne naissance
a un groupe colossal contrôlant près de 70 p. cent du marche mondial
de l'aérospatiale. Tout l'esprit de l'Europe bruxelloise se trouve ainsi
révèle a travers cette double attitude : d'un cote elle entrave le développement
d'une authentique puissance européenne, de l'autre elle se soumet sans
condition a l'hégémonie américaine.
Les deux dérives
Incapables de défendre avec pragmatisme les intérêts européens,
les instances bruxelloises ne mènent pas la guerre économique au profit
des pays d'Europe. On peut même se demander si, loin de servir les Etats
membres, elles ne jouent pas contre eux au bénéfice de leurs adversaires.
En tout cas, l'Europe de Maastricht accumule des contradictions qui
toutes se retournent au désavantage des économies européennes.
Pour renforcer efficacité du système économique européen, les responsables
bruxellois ont entrepris deux grandes séries de reformes, essentielles
a leurs yeux. D'un cote le démantèlement des protections douanières,
de l'autre l'harmonisation des réglementations. Dans le but de créer
le grand marche unique, ne fallait-il pas en effet supprimer tous les
obstacles aux échanges, qu'ils soient douaniers ou réglementaires ?
Mais, dans la mise en oeuvre de ce programme, deux graves dérives se
sont produites qui obèrent considérablement les intérêts économiques
de l'Europe.
Le tarif dérisoire
La première a consiste a démanteler non seulement les protections
entre les pays de la Communauté, mais aussi celles entre l'Europe et
le reste du monde. Au nom de l'Union douanière et du Marche unique,
il fallait en effet que les Etats suppriment leurs frontières économiques.
Mais ce décloisonnement du marche intérieur devait avoir pour contrepartie
l'instauration d'un tarif douanier extérieur commun permettant de contrôler
les échanges extracommunautaires et de créer une véritable préférence
européenne.
Le démantèlement des frontières intérieures sera effectivement réalise,
mais le dispositif de protection extérieure, s'il a bien été formellement
instaure, aura été totalement vide de son sens. Aujourd'hui, en effet,
ce tarif, dont le taux est déjà insignifiant, fait l'objet de tant de
dérogations qu'il a perdu toute réalité et c'est désormais une franchise
douanière totale qui prévaut dans la plupart des cas. Des accords bilatéraux
ou multilatéraux ont été passes avec d'innombrables pays, notamment
d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) et d'Amérique du Sud (Mercosour).
La clause de la nation la plus favorisée, par laquelle tous les pays
peuvent obtenir les mêmes avantages que celui d'entre eux qui jouit
des meilleures conditions, a joue ensuite de façon systématique pour
généraliser les baisses tarifaires. Enfin, les négociations du GATT,
ou l'on a vu la Commission de Bruxelles accepter sans résistance, sinon
même avec complaisance, les exigences qui lui étaient présentées, puis
la création de l'OMC sous l'égide des Américains, ont parachève cette
ouverture quasi totale des frontières de l'Europe au mépris de ses intérêts.
L'obsession normative
La seconde dérive résulte de l'obsession normative qui affecte
la Commission de Bruxelles, laquelle, au nom de la nécessaire harmonisation
des textes nationaux, a progressivement secrète une bureaucratie tentaculaire
encore plus tyrannique que les administrations nationales. Certes, les
fonctionnaires européens sont beaucoup moins nombreux que ceux qui servent
le gouvernement français. Mais les employés de la Commission sont tous
des cadres de conception quand la plupart des fonctionnaires français
accomplissent des missions d'exécution. C'est donc plus de quinze mille
personnes qui se trouvent occupées a plein temps pour rédiger des projets
de règlements, de directives ou de recommandations.
D'ailleurs, les résultats sont la : en une année, tandis que le parlement
français vote une centaine de lois, la Commission de Bruxelles fait
adopter plus de sept mille textes. Et encore la comparaison est-elle
faussée, car, du cote national, les lois portent sur tous les sujets
propres a la vie d'une nation alors que, du cote de la Communauté européenne,
l'essentiel des règlements concerne le système de production et d'échange.
C'est dire si le carcan bureaucratique de l'Europe pèse lourdement sur
les économies nationales.
L'alourdissement fiscal
Et, comme toujours dans les systèmes étatisés, l'administration
suscite un alourdissement perpétuel des ponctions fiscales. L'Europe
bruxelloise ne fait pas exception a cette règle et dispose déjà d'un
budget global de six cents milliards de francs, dont près de cent a
la charge de la France, ce qui représente le tiers de l'impôt sur le
revenu. Pire encore, ces prélèvements augmentent très rapidement puisqu'ils
ont double de 1988 a 1997, période pendant laquelle le budget de l'Etat
progressait beaucoup plus modérément. Aujourd'hui, les institutions
maastrichiennes constituent donc, en France, la collectivité la plus
active dans l'accroissement de la pression fiscale. C'est d'ailleurs
la que réside l'un des paradoxes les plus surprenants de l'entreprise
bruxelloise, puisqu'elle utilise des méthodes en totale contradiction
avec ses objectifs affiches. Pour la Commission, l'idéal de l'organisation
économique repose en effet sur les principes du libéralisme, voire de
l'ultraliberalisme. Dérégulation des services publics, suppression des
obstacles aux échanges, destruction des systèmes de prix garantis, interdiction
des subventions étatiques, privatisation des organismes sociaux, tels
sont les buts que poursuit officiellement l'appareil bruxellois. Or,
pour instaurer pareil système, il a recours a une administration, une
fiscalité et une réglementation de plus en plus lourde. Sous prétexte
de libéraliser, on bureaucratise !
Etatisme et mondialisme
Ces errements des instances bruxelloises sont particulièrement
pénalisants pour les pays européens puisqu'ils font supporter a leurs
économies une double contrainte a la fois mondialiste et étatiste. D'un
cote, on les expose sans la moindre protection a une concurrence sauvage
implacable et, de l'autre, on les accable sous le poids d'une bureaucratie
supplémentaire extrêmement pesante. Comment la situation des acteurs
économiques européens ne s'en trouverait-elle pas affaiblie, alors même
que le libre-échangisme mondial les place dans l'obligation d'aligner
a la baisse leurs prix de vente sur ceux de leurs concurrents étrangers,
lesquels supportent des charges beaucoup moins lourdes que les leurs
? Sans compter que, dans le même temps, ils doivent augmenter leurs
prix de revient pour parer aux conséquences de la réglementation européenne
dont l'impact financier est de plus en plus écrasant pour les sociétés.
Gravement handicapées par cette contradiction, les entreprises françaises
et européennes se trouvent des lors prises au piège. Les grands groupes
qui disposent déjà d'une large assise internationale et de moyens généraux
puissants peuvent généralement faire face a cette funeste situation.
Mais tel n'est pas le cas des petites et des moyennes entreprises qui
assurent pourtant près de 50 p. cent du chiffre d'affaires global des
sociétés françaises.
Ainsi, telle société de conditionnement industriel du poisson se verra
contrainte de réaliser des travaux considérables pour mettre ses installations
aux normes techniques imposées par Bruxelles. Mais, dans le même temps,
elle devra affronter la concurrence de sociétés extra-europeennes qui
écouleront a bas prix leurs conserves sans subir le moindre droit de
douane, alors même que, dans leur pays d'origine, leurs installations
ne sont soumises a aucune exigence technique et sanitaire. Résultat
: l'entreprise nationale sera acculée au dépôt de bilan ou a la delocalisation.
Dans les deux cas, elle créera donc, malgré elle, de nouveaux chômeurs,
a moins qu'elle ne diminue les salaires de ses employés pour tenter
de survivre.
Accumulées a l'échelle macro-économique, ces situations individuelles
totalement absurdes expliquent la montée du chômage, la baisse du niveau
de vie et le marasme social que connaissent la France et beaucoup de
ses voisins.
Relever le défi
La encore, la Commission bruxelloise, loin de servir les intérêts
européens, semble se retourner contre eux et agir comme si elle voulait
favoriser les économies étrangères. Sans doute ne faut-il pas aller
aussi loin ni accuser les instances maastrichiennes de duplicité ou
de trahison, car la vérité est ailleurs. En réalité, si l'Europe de
Bruxelles semble ne pas oeuvrer au bénéfice des nations qui la composent,
c'est tout simplement parce que sonobjectif est autre. Elle ne travaille
pas contre les Etats membres, elle agit pour l'intégration des pays
du continent, intégration européenne aujourd'hui, mondiale demain. Que
ce projet soit ou non utile aux patries d'Europe, elle n'en a cure,
car son but est celui de l'idéologie mondialiste et son mode d'action
celui des traites. Toute autre réalité, notamment celle des nations,
des peuples et de leurs intérêts, lui est étrangère.
Cette conception de l'Europe et de son action économique est donc insupportable
pour qui reste préoccupe par le sort des Français et par le destin de
notre pays. C'est pourquoi l'Europe des nations veut rompre avec cette
absurde vision et concevoir une coopération économique européenne qui
prenne en compte la réalité du monde d'aujourd'hui. Et, comme cette
dernière est dominée par la compétition forcenée entre les nations et
par l'affrontement de leurs systèmes de production et d'échange, la
nouvelle Europe ne peut avoir qu'une ligne de conduite consistant a
relever le défi de la guerre économique avec la volonté de la gagner.
Il n'est donc pas question pour l'Europe des nations de s'enfermer dans
des carcans juridiques ou de se soumettre a une idéologie. Sa démarche
doit être pragmatique et entièrement sous-tendue par la guerre qu'il
importe de mener. Il lui faut pour cela définir une stratégie, établir
des défenses, renforcer son armement et concevoir une offensive.
Le socle de la puissance
S'agissant de la stratégie, il convient en premier lieu de mobiliser
la puissance économique de l'Europe. Si, en effet, la planète est le
théâtre d'un affrontement général des systèmes de production et d'échange,
le rapport de force entre les nations joue un rôle déterminant. Il importe
donc d'en prendre conscience, de renforcer au maximum le potentiel de
la nouvelle Europe, de le mobiliser pour faire prévaloir ses intérêts
et pour gagner la guerre économique. Et c'est la que se situe la principale
justification de l'Europe des nations.
Beaucoup de pays européens ont en effet une dimension économique aujourd'hui
trop limitée pour s'imposer facilement dans le monde. Aussi leur alliance,
en leur apportant la force collective qu'ils ne parviennent pas toujours
a atteindre en restant isoles, ne peut que leur être très profitable.
Il convient donc de conserver le principe du grand marche unique et
de le mettre au service de la puissance européenne. Déjà pratiquement
réalise, cet ensemble constitue en effet le socle de la force économique
du vieux continent. Par son marche de plus de trois cent soixante-dix
millions d'habitants, son niveau de vie moyen de 115 000 francs parmi
les plus élevés du monde, son PIB global de 42 600 milliards de francs,
le premier de la planète avec celui des Etats-Unis, l'Europe actuelle
dispose d'ores et déjà de tous les atouts nécessaires pour s'imposer
comme la première puissance économique mondiale. Encore faut-il que
les éléments de cette force considérable ne restent pas inemployés comme
c'est le cas aujourd'hui avec les instances de Bruxelles. La stratégie
de l'Europe des nations doit donc viser a achever, défendre, renforcer
ce grand marche unique et surtout a utiliser la puissance qu'il représente
au service des pays européens.
Le boulet et le bouclier
La nouvelle Europe doit, en second lieu, mobiliser la force des
acteurs économiques et, pour ce faire, adopter une politique diamétralement
opposée a celle de Bruxelles. Alors que les instances maastrichiennes
livrent le système économique européen a une concurrence sauvage venue
d'au-delà des mers et l'écrasent sous une réglementation tentaculaire,
l'Europe des nations se propose au contraire d'alléger cette bureaucratie
et de procéder a une régulation des échanges entre le continent et le
reste du monde. Alors que le système actuel entrave les entreprises
et les expose a une compétition déloyale, le projet d'une nouvelle Europe
vise a les débarrasser de leurs handicaps et a leur assurer un minimum
de protection sur le marche intérieur. Dans un cas, on attache un boulet
au pied des combattants et on leur retire leur bouclier. Dans l'autre,
on les libère et on les protège.
Pour mettre en oeuvre cette stratégie, l'Europe des nations doit d'abord
rétablir ses lignes de défense économique et instaurer, pour ce faire,
un minimum e protection a ses frontières extérieures.
Les vases communicants
Actuellement, l'ouverture quasi intégrale de l'espace économique
européen au reste du monde fonctionne en effet selon le principe des
vases communicants. Elle pousse a un nivellement mondial et, l'Europe
étant plus riche que le reste de la planète, conduit a un transfert
de la substance économique de notre continent vers d'autres pays du
monde. Ainsi s'expliquent les delocalisations d'entreprises, la desindustrialisation
de régions entières et la disparition de nombreux secteurs industriels
en France et en Europe. Or, ces phénomènes, non seulement provoquent
une perte de potentiel économique, mais compromettent l'indépendance
des nations. Quand un ensemble de pays ne produit plus sur son sol l'essentiel
de ce qui est nécessaire a la vie de ses habitants, il perd son autonomie
et les peuples qui le composent voient leur échapper une grande partie
de leur libre arbitre. Que l'Europe cesse de fabriquer des bateaux,
des ordinateurs, de l'acier ou des composants électroniques de pointe
et elle se trouvera en situation de subir la volonté des autres.
Il ne suffit donc pas de justifier le libre- échangisme mondial par
le taux de profit des grands groupes ou par l'indice de couverture de
la balance commerciale, il importe d'en mesurer les conséquences sur
le destin des nations, mais aussi sur le bien-être des peuples. Or,
au plan social, force est de constater que cette mondialisation a outrance
déstabilise profondément les sociétés traditionnelles, constituant une
cause majeure de chômage, de stagnation du pouvoir d'achat, de précarité
pour les salaries et de misère pour les plus pauvres. Déstabilisation
particulièrement malsaine qui crée ainsi de graves injustices et détruit
l'harmonie parmi les peuples du continent.
La riposte commerciale
On ne peut donc pas vouloir défendre les intérêts des nations d'Europe
et de leurs populations et supporter passivement la concurrence sauvage
et déloyale qu'instaure le libre-échangisme mondial. Il faut donc accepter
le principe d'une protection économique et d'une régulation des échanges.
Principe d'ailleurs d'autant plus justifie qu'il est préconise par des
personnalités aussi éminentes que le Prix Nobel d'économie Maurice Allais
et qu'il est d'ores et déjà discrètement mis en oeuvre par des pays
aussi influents que les Etats-Unis et le Japon. Chacun en effet sait
quelles difficultés rencontrent les industriels européens pour vendre
leurs produits sur le marche nippon. Et tous ceux qui exportent outre-Atlantique
savent qu'ils sont en permanence sous le coup de mesures protectionnistes
susceptibles d'être prises unilatéralement par Washington. La législation
américaine dispose en effet, notamment dans un texte baptise super 301,
de tout un arsenal de guerre commerciale allant de l'interdiction d'un
produit jusqu'aux représailles contre le pays exportateur.
L'Europe des nations doit donc imiter la démarche des Etats-Unis et
répondre a un triple impératif. Il lui faut en premier lieu se doter
d'un dispositif de riposte commerciale comparable a celui de Washington.
Certes, l'Europe de Maastricht dispose bien, dans son écheveau inextricable
de textes, d'un mécanisme qui répond a cet objet, mais il n'est pratiquement
jamais applique. Et pour cause, il est d'une lourdeur paralysante et
ne peut être déclenche que par les entreprises victimes de pratiques
déloyales ! Entreprises que la Commission bruxelloise considère toujours
avec beaucoup de méfiance et auxquelles elle répond avec une infinie
lenteur et une grande réticence. La encore, il est essentiel de modifier
l'esprit et la lettre du dispositif communautaire actuel pour que les
instances européennes se sentent dorénavant en charge de la protection
économique de l'Europe et puissent réagir avec rapidité et efficacité
chaque fois que des offensives commerciales néfastes et destructrices
sont lancées contre l'industrie des pays européens.
Des écluses aux frontières
Plus important encore, la nouvelle Europe doit relever son tarif
douanier extérieur commun afin de renforcer la protection permanente
de l'économie européenne. Pour autant, il ne s'agit pas, bien évidemment,
d'en revenir a une forme obsolète du protectionnisme tel qu'il a été
pratique dans le passe et d'ouvrir la voie a une surenchère de droits
de douane arbitraires et de plus en plus élevés. Loin de cette conception
autarcique, l'Europe des nations mettra en oeuvre un mécanisme nouveau
et résolument moderne, fonde sur le principe des écluses douanières.
Est-il en effet normal que les produits européens soient mis en concurrence
sans aucune compensation avec ceux de pays ou les salaires sont dérisoires
et les préoccupations sociales ou écologiques totalement absentes ?
Aussi, pour corriger ces graves distorsions, un système de taxes aux
frontières pourra être instaure dont les taux seront calcules de façon
objective, par pays et par produit, en fonction des différences existant
entre les nations d'exportation et l'Europe.
Si donc le coût de la main-d'oeuvre incorpore dans un article d'importation
est nettement inférieur a ce qu'il représenterait si ce produit était
fabrique dans un pays européen, une taxe d'un montant correspondant
a cette différence pourrait lui être appliquée. Tel est le principe
de l'écluse douanière : elle n'entrave pas le commerce mondial, mais
elle rétablit la loyauté de la concurrence. Ce système d'écluse, qui
serait ainsi installe entre l'Europe et le reste du monde, assurerait
donc une juste protection de l'économie européenne. Et quoi de plus
légitime pour des dirigeants politiques et des instances étatiques ou
inter-étatiques que d'assurer la protection de la communauté dont ils
ont la charge ?
La régulation des échanges
D'autant que l'Europe des nations ne se contentera pas de ces mesures
unilatérales de protection. Elle se fera par ailleurs le promoteur d'une
régulation multilatérale des échanges commerciaux. Sachant que l'augmentation
du tarif douanier extérieur commun et l'instauration d'un arsenal de
riposte commerciale peuvent être jugées contraires a certaines dispositions
des traites internationaux, comme le GATT, la nouvelle Europe sera amenée
a les mettre en cause et a proposer, en leur lieu et place, un autre
schéma d'organisation des relations économiques internationales. Actuellement,
les Etats-Unis tentent d'imposer, sous couvert du nouvel ordre mondial,
un schéma qui, malgré son apparence libérale, s'apparente a bien des
égards a la loi de la jungle. L'Europe des nations en revanche devra
proposer un autre modèle qui ne repose pas sur la brutalité du laisser
faire, laisser passer intégral et qui substitue au libre-échangisme
mondial le principe de la régulation des échanges.
Cette conception des relations commerciales a l'échelle de la planète
consisterait a établir entre chaque ensemble de nations économiquement
homogène un système écluses douanières du type de celui dont la nouvelle
Europe entend se doter. Système qui pourrait d'ailleurs être garanti
par une organisation internationale du type OMC. Des lors, le commerce
mondial pourrait se développer sans détruire la stabilité économique
et sociale des différents pays du monde, a la manière dont les écluses
permettent le passage des bateaux sans troubler l'équilibre des différents
plans d'eau.
Défense et harmonie
Toutes ces initiatives offriront a notre continent une ligne de
défense dans la guerre économique internationale, mais elles contribueront
aussi a stabiliser le système des échanges mondiaux, permettant ainsi
a l'Europe, tout en défendant ses intérêts, d'oeuvrer a une meilleure
harmonie de la planète. C'est pourquoi, contrairement a l'opinion des
conformistes de l'établissement, un tel projet n'a rien d'utopique,
car il rencontrerait l'assentiment d'un grand nombre de pays. De plus,
l'Europe, d'ores et déjà première puissance commerciale du monde, pourra
aisément mener a bien ce qu'une nation isolée serait incapable de réaliser.
Et, pour peu bien sur qu'elle accepte d'affronter les Etats-Unis d'Amérique,
rien ne s'opposera vraiment a ce qu'elle puisse faire prévaloir son
point de vue. Ainsi, munie d'un instrument de défense efficace pour
soutenir la guerre industrielle et commerciale qui fait rage a l'échelle
de la planète, la nouvelle Europe pourra renforcer son armement économique
et donc favoriser les entreprises européennes en allégeant les charges
et la bureaucratie qu'elles subissent.
Pour adoucir l'agonie
Dans cet esprit, il lui appartient d'abord de mettre un terme a
l'interventionnisme débride qui se développe actuellement sous l'impulsion
de Bruxelles et qui conduit la Commission a multiplier les motifs et
les procédures de soutien financier aux entreprises, aux associations
ou aux collectivités locales européennes. Qu'il s'agisse de venir en
aide aux secteurs économiques sinistres par la mondialisation ou de
rééquilibrer le territoire européen en aidant les régions les plus pauvres,
l'Europe de Maastricht intervient, par le biais de crédits de plus en
plus importants, dans la vie nationale des pays membres.
Ainsi, les fonds structurels et les fonds de cohésion, qui constituent
deux des principaux leviers de cette politique d'intervention, représentaient
en 1975 seulement 6 p. cent des dépenses communautaires, alors qu'ils
s'élèvent aujourd'hui a près de 25 p. cent d'un budget lui-même en forte
croissance. L'Europe de Maastricht s'est donc laissée entraîner, comme
l'Etat français, dans la spirale de l'interventionnisme. Incapable de
créer les conditions d'un développement économique harmonieux, elle
multiplie les aides, les primes et les subventions et les accorde sans
compter a d'innombrables collectivités ou secteurs agricoles et industriels
afin d'adoucir l'agonie a laquelle elle les a condamnes par l'ouverture
a tout va des frontières.
L'interventionnisme aboli
Avec l'Europe des nations, ce mécanisme absurde pourra prendre
fin, car la protection du marche européen évitera la destruction systématique
de secteurs industriels importants et rendra donc inutile pour partie
cet interventionnisme malsain. Quant a l'ensemble des fonds structurels
et des divers budgets d'aides et de subventions, il sera soumis a l'application
du principe de subsidiarite et donc purement et simplement transféré
a l'échelon national. Qui en effet serait mieux place que l'Etat ou
ses collectivités territoriales pour apprécier l'opportunité de telle
ou telle subvention ? Des aides équivalentes a celles de l'Europe sont
d'ailleurs, dans la plupart des cas, déjà versées par les gouvernements
nationaux, sans compter que ces primes sont financées par des crédits
verses a Bruxelles par les nations. On tourne donc en rond, et l'échelon
bruxellois, sans rien apporter, ne fait qu'introduire un degré supplémentaire
de bureaucratie. Il en résulte pour les acteurs économiques européens
un surcroît de contraintes et de charges. Comme tout système de redistribution,
celui de l'Europe maastrichienne est en effet particulièrement onéreux
et donne lieu a des gaspillages parfois choquants. Ainsi, par exemple,
les avis du comité des régions charge d'évaluer efficacité des fonds
structurels coûtent au contribuable la bagatelle de 400 000 francs la
page.
Certains feront cependant valoir que ces mécanismes permettent d'assurer
un minimum de solidarité entre les pays les plus riches et les pays
les plus pauvres de l'Union et qu'a ce titre, ils doivent donc être
maintenus. Pareille objection n'a cependant pas de sens, car, si ces
transferts ne sont pas illégitimes au sein d'une communauté de nations,
ils doivent s'effectuer globalement par des virements budgétaires au
niveau des Etats. La nouvelle Europe se verra donc refuser toute capacité
a verser la moindre subvention a qui que ce soit, de façon que l'interventionnisme
financier européen prenne définitivement fin et que la Communauté puisse
réduire son budget et contribuer ainsi a alléger le fardeau fiscal des
acteurs économiques du vieux continent.
La bureaucratie arrêtée
Quant a la bureaucratie réglementaire, elle doit faire elle aussi
l'objet d'un coup d'arrêt décisif. Tentaculaire et tatillonne, elle
s'attaque en effet a tous les domaines de l'activité humaine, enserrant
la vie de chaque nation dans un écheveau de textes complexes et exigeants
qui créent pour les acteurs économiques des contraintes juridiques et
des charges financières intempestives. Par son caractère autoritaire
et jacobin, elle conduit a une uniformisation absurde qui mutile les
spécificités nationales et détruit sans raison des traditions souvent
ancestrales. Comment accepter, par exemple, l'idée que la Commission
puisse interdire, par un simple règlement, la fabrication de dizaines
de fromages qui font la richesse de notre tradition culinaire ? Et que
dire du projet bruxellois de modifier le système des appellations contrôlées
pour les grands vins de notre terroir ?
Bien qu'absurdes, de tels projets trouvent, dans les enceintes de l'Europe
maastrichienne, des avocats pour justifier cette prolifération réglementaire
par la nécessite de faire disparaître tous les obstacles aux échanges
et toutes les distorsions de concurrence. C'est dire si l'obsession
uniformisatrice des responsables bruxellois peut donner lieu a des aberrations,
car, a l'évidence, cet objectif intégration ne justifie pas n'importe
quelle mesure. Pour assurer une parfaite concurrence entre les producteurs
de vin, est-il légitime de détruire ce qui fait la spécificité des grands
crus de Bordeaux ou de Bourgogne ? Bien sur que non ! Mais, s'il existe
des harmonisations judicieuses et d'autres qui ne le sont pas, qui doit
en décider ? Dans le système actuel, ce sont les technocrates de Bruxelles
qui disposent de ce pouvoir et qui l'exercent de façon autoritaire et
arbitraire. Avec la nouvelle Europe, ce seront de nouveau les Etats
qui assumeront cette responsabilité.
Les réglementations convergentes
Parmi les deux méthodes susceptibles être utilisées pour mettre
en harmonie les marches européens, il faut a l'évidence rejeter celle
actuellement pratiquée par la bureaucratie bruxelloise, car elle passe
par la multiplication de règlements contraignants. En revanche, il convient
d'adopter celle propre a l'Europe des nations qui consiste a mettre
les réglementations elles-mêmes en compétition. Dans un marche unique
ou les produits circulent librement, les Etats ne peuvent plus en effet
développer leurs réglementations sans tenir compte de celles de leurs
voisins. De ce fait, les gouvernements seront donc naturellement portes
dans chaque domaine a rapprocher leur législation de celle du pays d'Europe
le plus performant. Ainsi pourra-t-on aboutir, avec pragmatisme et par
des ajustements progressifs, a une harmonisation entre les nations autrement
plus légitime que celle décrétée par Bruxelles. Harmonisation par ailleurs
très bénéfique car elle résultera d'une saine émulation issue des réalités
nationales et elle n'interviendra que dans les domaines ou elle est
vraiment nécessaire. La question des fromages français ne se posera
plus.
De plus, avec cette méthode de réglementation concurrentielle, les textes
ne seront plus dictes par les lobbies mais soumis a la pression des
peuples. Aujourd'hui, en effet, les règlements européens sont souvent
rédigés par les syndicats professionnels du secteur concerne, et généralement
par le plus puissant d'entre eux qui impose son projet aux fonctionnaires
comme aux députés européens. Dans la mesure ou le système actuel est
centralise, hiérarchisé et autoritaire, il est en effet relativement
facile aux groupes de pression de parvenir a leurs fins, car il leur
suffit de convaincre un nombre limite de personnes bien placées dans
l'appareil bruxellois. Avec les principes de fonctionnement propres
a la nouvelle Europe, il ne sera plus possible de recourir a ce mécanisme
malsain, la réglementation commune ne pouvant des lors résulter que
de décisions convergentes des institutions nationales. Ce sont alors
les peuples eux-mêmes qui joueront auprès de leurs élus le rôle déterminant.
La pression démocratique
Un tel système présente donc des avantages considérables. Il donne
un coup d'arrêt décisif a la prolifération réglementaire bruxelloise,
il interdit les harmonisations absurdes, il fait émerger de la base
le meilleur texte possible et réduit a néant l'influence malsaine des
lobbies.
Certains feront valoir que ce processus est par trop démagogique et
qu'il ne permettra pas d'imposer la réglementation qui serait nécessaire
a l'intérêt général. Ainsi, par exemple, pour favoriser leurs entreprises
face a leurs concurrents européens, certains Etats pourraient être tentes
de ne pas leur imposer les contraintes nécessaires a la protection de
l'environnement ou a la défense de l'hygiène publique. Cette objection
est en réalité sans valeur, car elle ne tient pas compte de la pression
des opinions publiques et ignore totalement les principes de la démocratie.
Dans un pays ou la légitimité populaire est respectée, l'intérêt général
se trouve incarne par l'Etat, et le gouvernement comme le parlement
ont précisément pour fonction d'exprimer les aspirations de la population,
quelles que soient par ailleurs les contraintes économiques. Il est
donc faux de penser que les impératifs de compétition passeront toujours
et systématiquement avant le bien-être de la population. Des lors, la
méthode d'harmonisation concurrentielle prévue pour la nouvelle Europe
sera a la fois viable et légitime et pourra donc être mise en oeuvre
avec profit dans tous les secteurs de la production et des échanges.
L'offensive économique
Ainsi donc, en mettant un terme a l'interventionnisme financier
et a la réglementation autoritaire, l'Europe des nations pourra-t-ele
libérer les acteurs économiques des contraintes et des charges supplémentaires
que Bruxelles fait peser sur eux et donc les renforcer dans leur aptitude
a mener le combat économique international. La nouvelle Europe se trouvera
alors réellement en mesure de passer a l'offensive dans le secteur de
la production et des échanges. Offensive dont l'initiative appartiendra
aux acteurs économiques eux-mêmes, mais qui se déploiera selon trois
axes principaux définis par l'Europe des nations.
En premier lieu, il conviendra de veiller a ce que la constitution des
grands groupes internationaux s'opère sur le critère de l'appartenance
européenne. La mondialisation favorise en effet des concentrations industrielles,
financiers ou commerciales de grande ampleur qui se développent a l'échelle
de la planète sans aucune considération d'appartenance nationale. Ainsi
un groupe allemand s'alliera avec un américain pour combattre une firme
anglaise qui elle-même cherchera l'appui des Japonais. S'il s'agissait
pour chacune des entités européennes d'augmenter son potentiel en absorbant
de la substance économique étrangère, de telles pratiques seraient légitimes
puisqu'elles déboucheraient en l'occurrence sur la formation de deux
super groupes, l'un allemand, l'autre britannique. Mais tel n'est pas
en général le cas et, bien souvent, lors de ces regroupements, les sociétés
continentales se placent elles-mêmes sous la tutelle de firmes extra-europeennes.
Avec la nouvelle Europe, ces stratégies apatrides seront découragées
et tout sera fait pour que les groupes européens conservent leur identité
et, le cas échéant, fusionnent entre eux plutôt que de se soumettre
a l'étranger. Il s'agit donc d'adopter une conception, non pas juridique,
mais pragmatique des intérêts continentaux, dans le but de renforcer
l'appareil de production et d'échange proprement européen.
La conquête des marches
Dans cet esprit, il convient également d'engager une stratégie
plus volontariste de conquête des marches tant intérieurs qu'extérieurs.
Ainsi, il faudra encourager les firmes européennes, stimulées par les
mesures de débureaucratisation et de régulation du commerce international,
a regagner une partie appréciable du marche intérieur actuellement abandonne
aux sociétés extra-europeennes. Cette offensive sera soutenue par le
développement des mécanismes de préférence européenne qui devraient
être progressivement mis en place dans tous les secteurs d'activité.
Sur les marches extérieurs, les dirigeants de sociétés devraient être
pousses a adopter un comportement de solidarité entre Européens face
aux forces économiques extérieures au continent. Si une firme française
ou allemande voit un contrat lui échapper, qu'elle favorise son concurrent
européen plutôt que américain ou le japonais ! De même, s'il faut s'associer
pour remporter un marche, que les entreprises du vieux continent s'entendent
entre elles plutôt que de se combattre avec l'appui de sociétés étrangères
!
Enfin, l'offensive économique de la nouvelle Europe doit porter sur
les secteurs de pointe ou les pays du vieux continent sont encore beaucoup
trop absents. De même qu'elle a réussi avec succès a contrer l'hégémonie
américaine dans l'industrie de l'aviation et des lanceurs de satellites,
l'Europe doit maintenant prendre l'initiative dans l'informatique, les
télécommunications, l'électronique grand public et dans tous les domaines
lies a la haute technologie. La encore, les entreprises a mener doivent
être décidées de façon pragmatique sans qu'aucun tabou idéologique n'interdise
telle ou telle méthode si elle se révèle efficace. Rappelons en effet
que le succès d'Ariane n'est devenu possible que le jour ou les Etats
se sont préoccupés du projet, l'ont finance et ont pris les décisions
nécessaires a sa réussite. La nouvelle Europe ne devra donc pas, a l'instar
de celle de Bruxelles, rester passive dans le domaine des industries
de pointe, mais au contraire lancer l'offensive pour s'imposer avec
force dans tous ces secteurs stratégiques.
Gagner la guerre
Ainsi réorganisées, l'Europe et la France pourront engager la guerre
économique mondiale. Et, pour peu qu'elles passent a l'offensive, qu'elles
mobilisent leur puissance, qu'elles rétablissent les lignes de défense
de leur marche et qu'elles renoncent a l'interventionnisme bureaucratique
et financier, elles sont assurées de multiplier les succès. Pour mener
a bien ce combat, elles peuvent en effet, grâce a l'Europe des nations,
rassembler entre leurs mains tous les atouts techniques nécessaires.
Encore faut-il qu'elles sachent pourquoi elles se battent. Le combat
économique n'est pas en effet déconnecte du combat culturel, et les
Européens ne l'emporteront que s'ils reprennent conscience de ce qu'ils
sont et de la nécessite d'imposer leurs vues et leurs modèles.
C'est pourquoi la nouvelle Europe pourra réussir la ou Bruxelles a échoué,
car, en s'appuyant sur la commune civilisation des Européens, elle redonnera
a la bataille économique tout son sens et aux acteurs du système de
production et d'échange une finalité qui les dépasse. Avec la nouvelle
Europe, la guerre économique sera aussi une bataille pour la civilisation.