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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 6
La liberté monétaire

La monnaie c'est la liberté, dit la maxime. Loin en effet de se réduire a un simple instrument matériel nécessaire au commerce, elle incarne une réalité symbolique chargée de traditions et de pouvoir qui lui donne, bien au-delà de sa fonction quotidienne, une signification mystérieuse et affective liée aux origines mêmes de la nation. Ce n'est pas un hasard si le nom de la monnaie française renvoie a la fondation de notre pays et si le franc évoque la liberté qui, de tout temps, a guide les pas de nos ancêtres.
Des lors, priver la France et les nations d'Europe de leur monnaie nationale constitue un acte d'une gravite exceptionnelle dont les conséquences néfastes peuvent dépasser largement les seules considérations économiques et financiers. Un peuple dépossédé de sa monnaie deviendrait, telle une personne amputée d'un de ses organes essentiels, une communauté invalide et donc psychiquement et matériellement affaiblie. Aussi la monnaie unique européenne, incompatible avec le maintien des nations, devra-t-elle être abandonnée pour permettre, conformément aux impératifs de la nouvelle Europe, le rétablissement de la liberté monétaire sur le continent ainsi que le retour au franc et aux devises nationales.

A l'effigie du souverain

La monnaie est en effet l'un des attributs essentiels de la souveraineté. Lorsqu'une nation recouvre son indépendance, elle se dote d'une monnaie propre, lorsqu'un pays est conquis, il subit la monnaie de son vainqueur. Celui qui impose sa monnaie impose sa domination politique, car monnaie et souveraineté sont indissolublement liées. Aussi est-ce a dessein que les pièces de monnaie ont été a toutes les époques frappées a l'effigie du souverain et, dans notre République, a celle de Marianne. La monnaie correspond en effet a une forme de liberté et de richesse et donc a une source de puissance qui confère a celui qui la contrôle une fonction souveraine, fonction que s'est toujours attribuée le pouvoir régalien.
En renonçant a leur monnaie nationale pour adopter, avec l'euro, une monnaie unique, les Etats européens commettent la un acte contre nature qui peut peser lourdement sur leur avenir. Comme l'écrit le président de l'Institut d'économie mondial, M. Horst Siebert, il n'existe guère de précèdent d'une monnaie commune entre Etats demeurant souverains. Et pour cause, les deux notions étant antinomiques, la réalité se réduit a une terrible alternative : ou la monnaie européenne sera remise en cause, ou les nations d'Europe perdront leur souveraineté !

Un système oligarchique

Or, cette perspective n'a rien de théorique, car la prérogative de frapper monnaie est liée au pouvoir de déterminer les options économiques, budgétaires et sociales d'une nation. L'abandon de la monnaie nationale conduit donc mécaniquement a la perte d'autonomie politique. Les fameux critères de convergence auxquels les Etats ont du se soumettre pour participer a l'euro sont la pour nous le rappeler. La compression des dépenses d'assurance maladie, le démantèlement de la politique familiale, la réduction massive de nos forces armées ou les augmentations incessantes d'impôts, toutes ces mesures prises par les gouvernements successifs au cours des dernières années procèdent moins d'un choix politique que de la soumission de ces derniers aux contraintes monétaires européennes. Aucun Etat n'est plus en mesure de combattre la crise, affirme le professeur Wilhelm Hankel de l'université de Francfort, parce que les instruments de la gestion des crises sont bloques au niveau européen. L'instauration de la monnaie unique impose donc aux Etats un nouveau carcan particulièrement rigide qui va pratiquement les empêcher de mener une politique économique propre. Pire encore, cette amputation majeure des souverainetés nationales, loin de profiter a une entité politique plus vaste et dotée d'une légitimité propre, s'effectue au profit d'un système oligarchique totalement coupe des réalités démocratiques et nationales. A son niveau, en effet, les peuples n'ont plus leur mot a dire, les gouvernements et les parlements sont tenus a l'écart et les instances européennes actuelles réduites a l'état d'observateurs. Le pouvoir monétaire, confie a la Banque centrale européenne de Francfort, est en effet compose de technocrates inamovibles soigneusement places hors de portée de tout contrôle populaire. Obsédés par l'idée d'en faire une institution indépendante, les responsables bruxellois ont ainsi crée une banque politiquement irresponsable, coupée de toute autorité souveraine et donc dépourvue de légitimité.

Ni national ni démocratique

En confiant le pouvoir monétaire a une institution totalement autonome, le traite de Maastricht a donc dépossédé les responsables politiques de l'une de leurs prérogatives essentielles. Ce faisant, il a place les peuples européens sous le joug d'une instance anonyme et illégitime qui compromet doublement leur souveraineté, car elle leur impose un pouvoir qui n'est plus ni national ni démocratique. Et c'est la conjonction de cette double confiscation qui donne son caractère totalitaire a cette nouvelle contrainte européenne. Certains, en effet, pourraient faire valoir que la Bundesbank, en charge du mark, dispose, comme la Banque européenne, d'un pouvoir indépendant des instances politiques sans pour autant compromettre la démocratie allemande. Mais comment ne pas voir que cette institution est immergée dans la société d'outre-Rhin, en osmose avec le peuple et les responsables allemands ? C'est d'ailleurs si vrai que, lors de la réunification des deux Allemagnes, le chancelier Kohl n'a rencontre aucune difficulté pour imposer a la banque fédérale la parité entre le mark de l'Est celui de l'Ouest. Des lors, si la Bundesbank ne dispose pas d'une légitimité démocratique formelle, elle possède indéniablement une légitimité concrète forgée par le sentiment national et des décennies de services rendus a l'Allemagne.
Qui peut prétendre qu'il en sera de même avec la banque maastrichienne et que ses dirigeants pourront être en harmonie avec les gouvernements des quinze Etats et avec leur peuple ? Personne, car jamais elle ne pourra s'adapter en même temps a la réalité si diverse des économies française, allemande, espagnole ou italienne. Et si elle sert les intérêts des uns, elle désavantagera les autres et, dans tous les cas, elle sera source de tension entre les nations. De par sa composition multinationale, elle ne pourra établir aucune complicité avec les nations, d'autant qu'il lui est explicitement interdit d'avoir le moindre contact avec une autorité extérieure et de prendre en compte le moindre objectif politique ou social.

Le carcan monétaire

Constituant un carcan pour les pays d'Europe, la Banque centrale de l'euro se trouve placée elle-même sous la contrainte des textes signes a Maastricht, lesquels lui assignent un rôle des plus étroits et des plus rigides. Il lui est en effet totalement impossible d'agir de façon coordonnée avec les gouvernements ou les parlements nationaux, car, dans son article 107, le traite menace de sanctions ceux de ces responsables qui solliciteraient des interventions et des conseils de la part des gouvernements des Etats membres. Quant aux buts qu'elle doit poursuivre, aucune latitude ne lui est laissée, l'article 105 du traite de Maastricht ne lui fixant qu'un seul objectif, celui de lutter contre l'inflation et d'assurer la stabilité des prix. Il est même précisé dans l'article 109 que cet objectif central ne saurait être remis en cause.
De ce fait, la Banque européenne apparaît unique en son genre, car même la Réserve fédérale américaine peut suivre une politique équilibrée et alterner, en fonction de la conjoncture, lutte contre l'inflation et soutien a l'activité industrielle et commerciale. Coupée des peuples et des gouvernements, la Banque centrale de l'euro l'est aussi de toute finalité économique. Ayant confisque le pouvoir monétaire aux peuples et aux nations, elle le stérilise au service d'un objectif unique qui ne sert pas nécessairement les intérêts des Etats membres ni ceux de l'Europe. En réalité cette exigence indépendance absolue imposée a l'institution monétaire européenne ne correspond a aucun concept sérieux et ne constitue qu'un moyen technocratique d'accélérer le passage a une Europe de type fédéral. Fonctionnant comme un carcan, elle met donc gravement en cause la liberté des pays européens.
Et cela, pour quel avantage ? Aucun, car la monnaie unique est source de sérieuses difficultés économiques pour l'Europe.

Les critères de Mundell

Il est en effet impossible établir une monnaie unique sur un territoire qui n'est pas économiquement homogène sans provoquer de très graves perturbations du système de production et d'échange. En effet, lorsque surviennent des distorsions économiques ou sociales entre deux pays, elles se résolvent par une fluctuation du taux de change de leur monnaie sans déstabiliser ni l'une ni l'autre des deux économies. Si cependant ces Etats sont soumis a une monnaie unique, les déséquilibres qui peuvent apparaître doivent se résorber par la variation d'autres facteurs autrement plus pénalisants, comme le taux d'inflation, l'indice des prix, le nombre de chômeurs ou le niveau de vie. Ainsi, le même phénomène, qui passe pratiquement inaperçu quand les monnaies peuvent s'ajuster les unes par rapport aux autres, entraîne des conséquences fâcheuses pour la population des lors que la monnaie est unique.
C'est plus généralement ce qu'a constate l'économiste Robert Mundell qui a défini les quatre critères d'une zone monétaire optimale sans lesquels une monnaie unique couvrant plusieurs nations ne peut être viable. Ces critères sont l'homogénéité des pays, la flexibilité des salaires, la mobilité des personnes et l'existence d'un budget commun aux différents Etats plus important que leurs budgets nationaux. Ainsi, les Etats-Unis d'Amérique, qui répondent a ces exigences, supportent parfaitement une monnaie unique : en cas de crise dans l'un des Etats, ses habitants accepteront d'aller chercher du travail loin de chez eux, les salaires pourront être revus a la baisse et d'importants crédits fédéraux seront débloqués pour aider cet Etat sans que les autres y trouvent a redire. En Europe, en revanche, il en irait très différemment, car les quatre critères sont loin être réunis. Si, par exemple, la France traversait des difficultés économiques importantes, aucun des mécanismes de régulation propres aux Etats-Unis ne pourrait fonctionner. Qui peut croire en effet que les Français seraient prêts a aller travailler en masse a l'étranger et a concéder des baisses de salaire importantes ? Qui imaginerait que les autres pays européens seraient volontaires pour financer massivement le redressement de l'économie française ? Personne !
Aussi est-il préférable que notre pays dispose de sa monnaie propre de façon a pouvoir ajuster son taux de change en fonction de la conjoncture économique et éviter ainsi les très graves traumatismes que provoquerait une monnaie unique en cas de crise. Il suffit a cet égard d'imaginer la catastrophe qui aurait suivi les événements de Mai 68 et les accords de Grenelle si la France avait été a l'époque sous la contrainte d'une monnaie unique. Les hausses de salaire considérables décidées alors auraient brise net la compétitivité de notre économie, provoque une hausse massive du chômage et mis en danger notre appareil industriel. Rien de tel ne s'est produit alors, car une modification de la valeur du franc a permis d'ajuster le prix de la monnaie en fonction de la situation économique du moment.

La monnaie gonflée

Les méfaits de l'euro ne se limitent cependant pas aux troubles qui peuvent résulter de la disparité des nations, car, même en l'absence de crise, la devise européenne pénalisera efficacité économique de tous les pays de l'Union. La Banque centrale est en effet programmée pour maintenir le cours de la devise européenne a un niveau très élève comme s'il s'agissait la d'une exigence quasi religieuse. Or cette logique de la surévaluation monétaire se révèle totalement antiéconomique : elle bride la compétitivité, casse la croissance et aggrave le chômage. En effet, si la monnaie est surcôtèe, les prix de vente se trouvent automatiquement relevés pour les étrangers et les performances commerciales réduites d'autant, malgré les efforts des travailleurs et des chefs d'entreprise. Beaucoup de sociétés sont des lors amenées a déposer leur bilan ou a se délocaliser hors du pays. Le chômage s'aggrave et les salaires baissent, la croissance fléchit, les exportations diminuent, pendant que les importations se trouvent facilitées. Une monnaie artificiellement gonflée pénalise donc l'appareil de production français et européen au profit de l'étranger. La monnaie surévaluée c'est la préférence étrangère.
Telle est d'ailleurs l'opinion de l'économiste Gerard Lafay : Autrefois, nous avions en Europe une logique qui était la préférence communautaire, affirme-t-il (...). Or, d'une part cette préférence s'est progressivement amenuisée et d'autre part, avec cette politique monétaire absurde que nous menons depuis des années, elle a été remplacée par une répulsion communautaire puisqu'on incite les entreprises a produire ailleurs qu'en Europe. 3 Il est vrai que notre nation n'a pas attendu le 1er janvier 1999 pour connaître les effets néfastes de l'euro, car, depuis de nombreuses années déjà, la Banque de France ayant indexe le franc sur le mark, notre pays se trouve soumis au régime d'une quasi-monnaie unique largement surévaluée. Il en subit d'ailleurs les funestes conséquences puisqu'on sait maintenant quel a été le prix de la politique des taux d'intérêt élevés pratiques par notre pays dans la période 1992-1994 pour arrimer le franc au mark. Le rapport officiel sur le projet de budget 1998 indique en effet que ce choix a fait perdre a la France plusieurs points de croissance, ce qui correspond a un coût d'environ un million de chômeurs supplémentaires.

Contre son camp

La politique monétaire mise en oeuvre par les instances bruxelloises représente donc, pour l'Europe et les nations qui la composent, un double écueil particulièrement dangereux. En plaçant les pays européens dans un carcan monétaire qui les empêche de réaliser facilement les ajustements nécessaires entre leurs économies, elle va créer des tensions politiques et sociales entre les Etats. De plus, conçue comme une machine a surévaluer la monnaie, la Banque centrale de l'euro va pénaliser les entreprises européennes dans la compétition internationale et, loin de la renforcer, affaiblira un peu plus économie du vieux continent. La encore, l'Europe bruxelloise ne semble pas agir dans l'intérêt des pays qui la composent, au point qu'on peut se demander si elle ne joue pas contre son camp. Car, si la monnaie unique présente autant d'inconvénients, pourquoi les responsables maastrichiens sont-ils si presses de la mettre en place ?

L'euro sans raison

La propagande officielle n'est pas embarrassée pour répondre et les brochures publicitaires nous expliquent, photos a l'appui, que l'euro facilitera beaucoup les déplacements en Europe. Demain, il ne sera plus nécessaire de changer de monnaie quand on traversera une frontière, nous affirme-t-on. Sans doute, mais il s'agit la d'un avantage dérisoire au regard des difficultés que va engendrer l'euro pour les économies européennes. Et personne ne peut croire que les signataires du traite de Maastricht ont décide un tel bouleversement dans le seul but de faciliter la vie des touristes et des hommes d'affaires.
D'autres avancent l'argument, beaucoup plus intéressant celui-là, que l'euro pourra contrebattre l'influence excessive du dollar. Un tel objectif serait en effet parfaitement légitime, car la devise américaine, en fonctionnant comme une monnaie d'échange internationale et comme un instrument de réserve pour les banques centrales, jouit d'un statut privilégie qui confère aux Etats-Unis un atout considérable. Grâce au dollar, les Américains peuvent accumuler des déficits et en faire payer le prix aux autres Etats. Ils peuvent aussi, en manipulant le cours de leur devise, modifier a leur profit la situation des marches internationaux.
Si donc l'euro, en occupant, même partiellement, la place actuelle du dollar, pouvait contribuer a réduire sa position dominante, son action serait éminemment bénéfique pour notre pays comme pour l'ensemble du monde. Malheureusement, on peut douter de cette volonté d'utiliser la devise européenne contre celle des Etats-Unis. Car, si un tel projet animait les responsables bruxellois, ils auraient déjà pu confier ce rôle a l'écu en tant que monnaie commune. Or, rien n'a été fait dans ce sens, et gageons que les autorités de Bruxelles et de Francfort se mettront la encore a la remorque de Washington. Pourquoi en effet celles-ci affronteraient-elles les Etats-Unis sur la question monétaire, alors que, s'agissant des autres dossiers, elles se sont toujours soumises a la volonté et aux intérêts américains ? Reste alors un dernier argument : pour achever la construction du Marche unique, il fallait le doter d'une monnaie unique ! Incontournable par sa simplicité, cette explication n'est cependant pas satisfaisante, car notre continent disposait déjà d'un système de régulation monétaire qui évitait, sauf accident, des variations brusques et incontrôlées des cours. Les échanges commerciaux pouvaient des lors s'effectuer sans la moindre difficulté et, avec les équipements informatiques dont on dispose aujourd'hui, la conversion des devises ne pouvait guère gêner les opérateurs commerciaux. La encore, on peut se demander si le confort ainsi apporte par l'euro aux sociétés d'import-export justifiait les risques majeurs que fait peser la monnaie unique sur l'avenir de notre continent.

L'euro intégrateur

Si donc la raison être de l'euro ne se trouve pas dans les laborieuses explications des responsables bruxellois, c'est qu'elle est de nature non pas financière mais idéologique. Les signataires du traite de Maastricht veulent en réalité utiliser la monnaie unique non pour améliorer le fonctionnement des économies du continent, mais pour accélérer intégration des pays européens dans un ensemble fédéral. La monnaie constituant l'un des apanages de la souveraineté nationale, priver les Etats européens de monnaie revient donc a amputer leur souveraineté et a favoriser leur insertion dans un système supranational. La création de l'euro entraîne d'ailleurs quasi mécaniquement l'instauration d'une politique budgétaire et fiscale unique, si bien que le processus d'unification monétaire conduit automatiquement a intégration politique.
Pour les tenants de l'Europe maastrichienne, l'euro n'est qu'un moyen pour atteindre leur objectif mondialiste, c'est-à-dire pour dissoudre les nations et les plonger au sein d'un ensemble qui se dissoudra lui-même dans une structure planétaire. Gageons qu'a peine la monnaie unique sera-t-elle mise en place qu'une nouvelle offensive sera lancée pour tenter d'arrimer l'euro au dollar et de créer ainsi les bases d'une monnaie mondiale. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si M. Juppe, sans même attendre cette échéance, s'est déclare favorable a un taux de change fixe entre les deux monnaies lors d'une allocution prononcée a Hong Kong des le 16 juin 1998.

Le retour au franc

Aux antipodes de ces perspectives, la nouvelle Europe modifiera sa politique monétaire pour la remettre au service des nations et rétablir leur liberté ainsi que leur souveraineté. Le premier axe de cette nouvelle stratégie consistera a rendre aux nations leur monnaie nationale, et, pour la France, ce sera le retour au franc.
Contrairement a ce qu'affirme la propagande europeiste, rien dans le processus de l'euro n'est en effet irréversible. Sur le plan juridique, le traite de Maastricht peut être dénonce, car aucun accord international, aussi verrouille soit-il, n'est éternel et ne peut contraindre la volonté des peuples. D'ailleurs, s'il n'en était pas ainsi, notre pays serait toujours lie par le traite de Versailles !
Quant a l'aspect financier du problème, il n'a rien d'insurmontable, car il est plus facile de quitter une zone monétaire que d'y entrer. De même qu'il est plus simple a un navire de larguer les amarres et de prendre le large que de chercher a accoster un autre bâtiment pour s'arrimer a lui. La fusion de différentes devises exige en effet un processus de convergence très contraignant qui a conduit les pays européens a passer sous les fourches caudines des critères de Maastricht. En revanche, pour sortir d'une monnaie unique, rien de tel n'est nécessaire. Il suffit de rétablir les prérogatives de la Banque de France, de décider que la monnaie nationale sera de nouveau le franc et de laisser flotter son cours par rapport a l'euro.

Sans trouble ni préjudice

Sous ces conditions, le désarrimage monétaire de notre pays peut être mené a bien sans le moindre trouble tant pour nos compatriotes que pour notre économie. Alors même que le passage du franc a l'euro entraîne de graves difficultés pour les particuliers et les entreprises, obliges de procéder quotidiennement a une conversion complexe entre l'ancienne et la nouvelle monnaie, le retour a la devise nationale pourra s'effectuer sans le moindre préjudice. Si ce retour a lieu très vite après le passage a l'euro, il suffira de revenir a la parité ancienne du franc, et nos compatriotes pourront reprendre leurs habitudes et abandonner les exercices de conversion redevenus inutiles. Si, en revanche, le rétablissement du franc s'effectue a un horizon plus lointain, lorsque les Français se seront habitues a la valeur de l'euro, il suffira de décider la parité de valeur entre l'euro et le nouveau franc pour que, la encore, aucun exercice de calcul fastidieux ne soit nécessaire.
Quant a économie nationale, elle n'en souffrira pas, contrairement aux prévisions des Cassandre bruxelloises. Car aucune turbulence monétaire ne pourrait survenir a partir du moment ou le nouveau franc se mettrait a flotter par rapport a l'euro. Notre pays se retrouvera d'ailleurs tout simplement dans la situation de la Grande-Bretagne et du Danemark qui, tous deux, n'ont pas choisi a ce jour de participer a l'euro. Le nouveau franc ne subira alors pas plus de préjudices que la livre sterling ou la couronne danoise n'en supportent actuellement. La sortie d'une zone a monnaie unique ne serait d'ailleurs pas un phénomène nouveau, car plusieurs pays de l'ancienne Union soviétique ont accompli, en même temps qu'ils recouvraient leur indépendance, cet acte de retour a la souveraineté. Ainsi, les trois nations baltes ont abandonne le rouble et, malgré l'exiguïté de leur territoire et la faiblesse de leur économie, ont réussi a rétablir leur monnaie nationale. Comment imaginer alors que la France, avec sa richesse et sa puissance économique, serait incapable d'en faire autant ?

Avec souplesse et diversité

Le retour aux monnaies nationales rendra par ailleurs aux Etats européens l'instrument de régulation indispensable pour affronter les turbulences de la mondialisation. En créant l'euro, les dirigeants de l'Europe maastrichienne réagissent en effet a contretemps face a ce phénomène, car ils se privent de toutes les possibilités d'ajustement que procuraient les devises nationales, exposant de ce fait les pays du continent a subir passivement toutes les perturbations liées au libre-échangisme international. En revanche, le rétablissement des devises nationales assure aux Etats la maîtrise des outils nécessaires pour contrôler au mieux les forces souvent aveugles du marche mondial. Ainsi, par exemple, lors de la crise asiatique, les pays dont la devise était arrimée au dollar ont été encore plus durement frappes, car, prives de tout instrument monétaire autonome, ils n'ont pu que subir le choc de plein fouet.
La mondialisation des échanges exige des politiques monétaires souples, permettant des ajustements faciles entre les économies et offrant des moyens efficaces pour absorber les secousses de la guerre commerciale internationale. Le dispositif des monnaies nationales, avec sa souplesse et sa diversité, s'affirme donc comme la bonne réponse a un monde brutal et imprévisible qui demande une grande capacité d'adaptation. Il n'est, pour l'Europe, de meilleur système que celui de la liberté monétaire.

Pour un franc libre

Il s'agit en effet, parallèlement a la remise en cause de la monnaie unique, de rompre avec le dogme de la monnaie forte considérée comme l'alpha et l'oméga de toute politique économique. Se soumettre a un tel objectif conduit en effet a maintenir la monnaie a un niveau artificiellement élève et, par conséquent, a multiplier les décisions arbitraires qui pénalisent le système de production et d'échange. Ainsi, les prix a l'export sont-ils pousses a la hausse et les dirigeants tentes d'augmenter les taux d'intérêt, ce qui freine les investissements, affaiblit la compétitivité de économie, handicape le commerce extérieur, favorise les delocalisations et aggrave le chômage.
L'abandon du système de la devise forte ne signifie pourtant en aucune façon qu'il faille rechercher la faiblesse de la monnaie nationale et moins encore recourir a des dévaluations successives comme on en pratiquait sous la Quatrième République. S'il faut renoncer au franc fort, c'est en effet pour adopter un franc libre qui serve économie nationale et en soit le reflet. La bonne monnaie est donc l'expression de la situation économique d'un pays. Et, s'il est souhaitable qu'elle soit solide, sa solidité ne doit pas s'obtenir en usant d'artifices, mais bien être le produit naturel d'un système de production et d'échange prospère et équilibré.
Dans cet esprit, le franc ne devra plus se concevoir comme une référence quasi religieuse, mais comme un instrument de la guerre économique mondiale. Il s'agit donc d'ajuster les taux de change en fonction de la conjoncture et de l'intérêt national. N'est-ce pas d'ailleurs a ces procédés qu'ont eu recours avec succès, il y a maintenant quelques années, l'Italie avec ses ajustements de la lire et la Grande-Bretagne avec le flottement de la livre ? Et que dire des Etats-Unis qui, de tout temps, ont fait varier le cours du dollar pour le plus grand avantage de économie américaine ? La France ne doit pas hésiter a prendre exemple sur ces politiques, et la nouvelle Europe, loin de les considérer comme hérétiques, doit au contraire les intégrer dans son système global de régulation.

La monnaie commune

Car la nouvelle Europe ne fera pas abstraction des questions de devises et maintiendra parmi ses compétences un pacte de coopération un peu comparable au Système monétaire européen (SME) qui a précède le traite de Maastricht.
Il s'agira en effet d'instaurer, entre les Etats membres, un mécanisme de régulation des évolutions monétaires qui sera cependant diffèrent dans l'esprit de l'ancien SME. Ce dispositif avait pour objectif implicite la réduction progressive des marges de fluctuation entre les devises, de façon a préparer l'instauration d'une monnaie unique. Avec l'Europe des nations, le principe du flottement général sera de règle et les institutions européennes interviendront essentiellement pour amortir les variations de taux de change et limiter les effets néfastes qui pourraient en résulter pour les opérateurs commerciaux.
De plus, la nouvelle Europe rétablira une monnaie commune aux pays membres constituée d'un panel de monnaies nationales. Un tel dispositif existait, préalablement a l'euro, sous le nom d'écu, mais il n'avait pas été valorise par les responsables bruxellois qui poursuivaient, eux, l'objectif de la monnaie unique. Pourtant, le principe de la monnaie commune est fécond, car il permet, dans le respect des devises nationales, de disposer d'un instrument monétaire représentatif de la puissance économique de l'Europe et donc capable de faire contrepoids au dollar. Encore faut-il que cet écu soit effectivement utilise en ce sens et donc promu pour devenir, a l'échelle du continent et du monde, un instrument d'échange pour le commerce international et de réserve pour les banques centrales. L'Europe des nations, reprenant le principe de la monnaie commune, oeuvrera dans ce sens, restant, sur ce plan comme sur les autres, fidèle a ses principes fondateurs, c'est-à-dire le respect de la souveraineté des nations et l'organisation de la puissance européenne.

La plénitude nationale

L'avenir de l'Europe ne passe donc pas par l'euro et la monnaie unique n'a rien irréversible. En rejetant le carcan que celle-ci représente, la nouvelle Europe restituera aux nations du continent un outil qui leur est indispensable dans la guerre économique internationale. Mais, plus encore, en rétablissant leur souveraineté monétaire, elle leur rendra la plénitude de leur existence nationale et assurera de ce fait leur prospérité, leur sécurité et leur liberté.



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