La monnaie c'est la liberté, dit la maxime. Loin en effet de se
réduire a un simple instrument matériel nécessaire au commerce, elle
incarne une réalité symbolique chargée de traditions et de pouvoir qui
lui donne, bien au-delà de sa fonction quotidienne, une signification
mystérieuse et affective liée aux origines mêmes de la nation. Ce n'est
pas un hasard si le nom de la monnaie française renvoie a la fondation
de notre pays et si le franc évoque la liberté qui, de tout temps, a
guide les pas de nos ancêtres.
Des lors, priver la France et les nations d'Europe de leur monnaie nationale
constitue un acte d'une gravite exceptionnelle dont les conséquences
néfastes peuvent dépasser largement les seules considérations économiques
et financiers. Un peuple dépossédé de sa monnaie deviendrait, telle
une personne amputée d'un de ses organes essentiels, une communauté
invalide et donc psychiquement et matériellement affaiblie. Aussi la
monnaie unique européenne, incompatible avec le maintien des nations,
devra-t-elle être abandonnée pour permettre, conformément aux impératifs
de la nouvelle Europe, le rétablissement de la liberté monétaire sur
le continent ainsi que le retour au franc et aux devises nationales.
A l'effigie du souverain
La monnaie est en effet l'un des attributs essentiels de la souveraineté.
Lorsqu'une nation recouvre son indépendance, elle se dote d'une monnaie
propre, lorsqu'un pays est conquis, il subit la monnaie de son vainqueur.
Celui qui impose sa monnaie impose sa domination politique, car monnaie
et souveraineté sont indissolublement liées. Aussi est-ce a dessein
que les pièces de monnaie ont été a toutes les époques frappées a l'effigie
du souverain et, dans notre République, a celle de Marianne. La monnaie
correspond en effet a une forme de liberté et de richesse et donc a
une source de puissance qui confère a celui qui la contrôle une fonction
souveraine, fonction que s'est toujours attribuée le pouvoir régalien.
En renonçant a leur monnaie nationale pour adopter, avec l'euro, une
monnaie unique, les Etats européens commettent la un acte contre nature
qui peut peser lourdement sur leur avenir. Comme l'écrit le président
de l'Institut d'économie mondial, M. Horst Siebert, il n'existe guère
de précèdent d'une monnaie commune entre Etats demeurant souverains.
Et pour cause, les deux notions étant antinomiques, la réalité se réduit
a une terrible alternative : ou la monnaie européenne sera remise en
cause, ou les nations d'Europe perdront leur souveraineté !
Un système oligarchique
Or, cette perspective n'a rien de théorique, car la prérogative
de frapper monnaie est liée au pouvoir de déterminer les options économiques,
budgétaires et sociales d'une nation. L'abandon de la monnaie nationale
conduit donc mécaniquement a la perte d'autonomie politique. Les fameux
critères de convergence auxquels les Etats ont du se soumettre pour
participer a l'euro sont la pour nous le rappeler. La compression des
dépenses d'assurance maladie, le démantèlement de la politique familiale,
la réduction massive de nos forces armées ou les augmentations incessantes
d'impôts, toutes ces mesures prises par les gouvernements successifs
au cours des dernières années procèdent moins d'un choix politique que
de la soumission de ces derniers aux contraintes monétaires européennes.
Aucun Etat n'est plus en mesure de combattre la crise, affirme le professeur
Wilhelm Hankel de l'université de Francfort, parce que les instruments
de la gestion des crises sont bloques au niveau européen. L'instauration
de la monnaie unique impose donc aux Etats un nouveau carcan particulièrement
rigide qui va pratiquement les empêcher de mener une politique économique
propre. Pire encore, cette amputation majeure des souverainetés nationales,
loin de profiter a une entité politique plus vaste et dotée d'une légitimité
propre, s'effectue au profit d'un système oligarchique totalement coupe
des réalités démocratiques et nationales. A son niveau, en effet, les
peuples n'ont plus leur mot a dire, les gouvernements et les parlements
sont tenus a l'écart et les instances européennes actuelles réduites
a l'état d'observateurs. Le pouvoir monétaire, confie a la Banque centrale
européenne de Francfort, est en effet compose de technocrates inamovibles
soigneusement places hors de portée de tout contrôle populaire. Obsédés
par l'idée d'en faire une institution indépendante, les responsables
bruxellois ont ainsi crée une banque politiquement irresponsable, coupée
de toute autorité souveraine et donc dépourvue de légitimité.
Ni national ni démocratique
En confiant le pouvoir monétaire a une institution totalement autonome,
le traite de Maastricht a donc dépossédé les responsables politiques
de l'une de leurs prérogatives essentielles. Ce faisant, il a place
les peuples européens sous le joug d'une instance anonyme et illégitime
qui compromet doublement leur souveraineté, car elle leur impose un
pouvoir qui n'est plus ni national ni démocratique. Et c'est la conjonction
de cette double confiscation qui donne son caractère totalitaire a cette
nouvelle contrainte européenne. Certains, en effet, pourraient faire
valoir que la Bundesbank, en charge du mark, dispose, comme la Banque
européenne, d'un pouvoir indépendant des instances politiques sans pour
autant compromettre la démocratie allemande. Mais comment ne pas voir
que cette institution est immergée dans la société d'outre-Rhin, en
osmose avec le peuple et les responsables allemands ? C'est d'ailleurs
si vrai que, lors de la réunification des deux Allemagnes, le chancelier
Kohl n'a rencontre aucune difficulté pour imposer a la banque fédérale
la parité entre le mark de l'Est celui de l'Ouest. Des lors, si la Bundesbank
ne dispose pas d'une légitimité démocratique formelle, elle possède
indéniablement une légitimité concrète forgée par le sentiment national
et des décennies de services rendus a l'Allemagne.
Qui peut prétendre qu'il en sera de même avec la banque maastrichienne
et que ses dirigeants pourront être en harmonie avec les gouvernements
des quinze Etats et avec leur peuple ? Personne, car jamais elle ne
pourra s'adapter en même temps a la réalité si diverse des économies
française, allemande, espagnole ou italienne. Et si elle sert les intérêts
des uns, elle désavantagera les autres et, dans tous les cas, elle sera
source de tension entre les nations. De par sa composition multinationale,
elle ne pourra établir aucune complicité avec les nations, d'autant
qu'il lui est explicitement interdit d'avoir le moindre contact avec
une autorité extérieure et de prendre en compte le moindre objectif
politique ou social.
Le carcan monétaire
Constituant un carcan pour les pays d'Europe, la Banque centrale
de l'euro se trouve placée elle-même sous la contrainte des textes signes
a Maastricht, lesquels lui assignent un rôle des plus étroits et des
plus rigides. Il lui est en effet totalement impossible d'agir de façon
coordonnée avec les gouvernements ou les parlements nationaux, car,
dans son article 107, le traite menace de sanctions ceux de ces responsables
qui solliciteraient des interventions et des conseils de la part des
gouvernements des Etats membres. Quant aux buts qu'elle doit poursuivre,
aucune latitude ne lui est laissée, l'article 105 du traite de Maastricht
ne lui fixant qu'un seul objectif, celui de lutter contre l'inflation
et d'assurer la stabilité des prix. Il est même précisé dans l'article
109 que cet objectif central ne saurait être remis en cause.
De ce fait, la Banque européenne apparaît unique en son genre, car même
la Réserve fédérale américaine peut suivre une politique équilibrée
et alterner, en fonction de la conjoncture, lutte contre l'inflation
et soutien a l'activité industrielle et commerciale. Coupée des peuples
et des gouvernements, la Banque centrale de l'euro l'est aussi de toute
finalité économique. Ayant confisque le pouvoir monétaire aux peuples
et aux nations, elle le stérilise au service d'un objectif unique qui
ne sert pas nécessairement les intérêts des Etats membres ni ceux de
l'Europe. En réalité cette exigence indépendance absolue imposée a l'institution
monétaire européenne ne correspond a aucun concept sérieux et ne constitue
qu'un moyen technocratique d'accélérer le passage a une Europe de type
fédéral. Fonctionnant comme un carcan, elle met donc gravement en cause
la liberté des pays européens.
Et cela, pour quel avantage ? Aucun, car la monnaie unique est source
de sérieuses difficultés économiques pour l'Europe.
Les critères de Mundell
Il est en effet impossible établir une monnaie unique sur un territoire
qui n'est pas économiquement homogène sans provoquer de très graves
perturbations du système de production et d'échange. En effet, lorsque
surviennent des distorsions économiques ou sociales entre deux pays,
elles se résolvent par une fluctuation du taux de change de leur monnaie
sans déstabiliser ni l'une ni l'autre des deux économies. Si cependant
ces Etats sont soumis a une monnaie unique, les déséquilibres qui peuvent
apparaître doivent se résorber par la variation d'autres facteurs autrement
plus pénalisants, comme le taux d'inflation, l'indice des prix, le nombre
de chômeurs ou le niveau de vie. Ainsi, le même phénomène, qui passe
pratiquement inaperçu quand les monnaies peuvent s'ajuster les unes
par rapport aux autres, entraîne des conséquences fâcheuses pour la
population des lors que la monnaie est unique.
C'est plus généralement ce qu'a constate l'économiste Robert Mundell
qui a défini les quatre critères d'une zone monétaire optimale sans
lesquels une monnaie unique couvrant plusieurs nations ne peut être
viable. Ces critères sont l'homogénéité des pays, la flexibilité des
salaires, la mobilité des personnes et l'existence d'un budget commun
aux différents Etats plus important que leurs budgets nationaux. Ainsi,
les Etats-Unis d'Amérique, qui répondent a ces exigences, supportent
parfaitement une monnaie unique : en cas de crise dans l'un des Etats,
ses habitants accepteront d'aller chercher du travail loin de chez eux,
les salaires pourront être revus a la baisse et d'importants crédits
fédéraux seront débloqués pour aider cet Etat sans que les autres y
trouvent a redire. En Europe, en revanche, il en irait très différemment,
car les quatre critères sont loin être réunis. Si, par exemple, la France
traversait des difficultés économiques importantes, aucun des mécanismes
de régulation propres aux Etats-Unis ne pourrait fonctionner. Qui peut
croire en effet que les Français seraient prêts a aller travailler en
masse a l'étranger et a concéder des baisses de salaire importantes
? Qui imaginerait que les autres pays européens seraient volontaires
pour financer massivement le redressement de l'économie française ?
Personne !
Aussi est-il préférable que notre pays dispose de sa monnaie propre
de façon a pouvoir ajuster son taux de change en fonction de la conjoncture
économique et éviter ainsi les très graves traumatismes que provoquerait
une monnaie unique en cas de crise. Il suffit a cet égard d'imaginer
la catastrophe qui aurait suivi les événements de Mai 68 et les accords
de Grenelle si la France avait été a l'époque sous la contrainte d'une
monnaie unique. Les hausses de salaire considérables décidées alors
auraient brise net la compétitivité de notre économie, provoque une
hausse massive du chômage et mis en danger notre appareil industriel.
Rien de tel ne s'est produit alors, car une modification de la valeur
du franc a permis d'ajuster le prix de la monnaie en fonction de la
situation économique du moment.
La monnaie gonflée
Les méfaits de l'euro ne se limitent cependant pas aux troubles
qui peuvent résulter de la disparité des nations, car, même en l'absence
de crise, la devise européenne pénalisera efficacité économique de tous
les pays de l'Union. La Banque centrale est en effet programmée pour
maintenir le cours de la devise européenne a un niveau très élève comme
s'il s'agissait la d'une exigence quasi religieuse. Or cette logique
de la surévaluation monétaire se révèle totalement antiéconomique :
elle bride la compétitivité, casse la croissance et aggrave le chômage.
En effet, si la monnaie est surcôtèe, les prix de vente se trouvent
automatiquement relevés pour les étrangers et les performances commerciales
réduites d'autant, malgré les efforts des travailleurs et des chefs
d'entreprise. Beaucoup de sociétés sont des lors amenées a déposer leur
bilan ou a se délocaliser hors du pays. Le chômage s'aggrave et les
salaires baissent, la croissance fléchit, les exportations diminuent,
pendant que les importations se trouvent facilitées. Une monnaie artificiellement
gonflée pénalise donc l'appareil de production français et européen
au profit de l'étranger. La monnaie surévaluée c'est la préférence étrangère.
Telle est d'ailleurs l'opinion de l'économiste Gerard Lafay : Autrefois,
nous avions en Europe une logique qui était la préférence communautaire,
affirme-t-il (...). Or, d'une part cette préférence s'est progressivement
amenuisée et d'autre part, avec cette politique monétaire absurde que
nous menons depuis des années, elle a été remplacée par une répulsion
communautaire puisqu'on incite les entreprises a produire ailleurs qu'en
Europe. 3 Il est vrai que notre nation n'a pas attendu le 1er janvier
1999 pour connaître les effets néfastes de l'euro, car, depuis de nombreuses
années déjà, la Banque de France ayant indexe le franc sur le mark,
notre pays se trouve soumis au régime d'une quasi-monnaie unique largement
surévaluée. Il en subit d'ailleurs les funestes conséquences puisqu'on
sait maintenant quel a été le prix de la politique des taux d'intérêt
élevés pratiques par notre pays dans la période 1992-1994 pour arrimer
le franc au mark. Le rapport officiel sur le projet de budget 1998 indique
en effet que ce choix a fait perdre a la France plusieurs points de
croissance, ce qui correspond a un coût d'environ un million de chômeurs
supplémentaires.
Contre son camp
La politique monétaire mise en oeuvre par les instances bruxelloises
représente donc, pour l'Europe et les nations qui la composent, un double
écueil particulièrement dangereux. En plaçant les pays européens dans
un carcan monétaire qui les empêche de réaliser facilement les ajustements
nécessaires entre leurs économies, elle va créer des tensions politiques
et sociales entre les Etats. De plus, conçue comme une machine a surévaluer
la monnaie, la Banque centrale de l'euro va pénaliser les entreprises
européennes dans la compétition internationale et, loin de la renforcer,
affaiblira un peu plus économie du vieux continent. La encore, l'Europe
bruxelloise ne semble pas agir dans l'intérêt des pays qui la composent,
au point qu'on peut se demander si elle ne joue pas contre son camp.
Car, si la monnaie unique présente autant d'inconvénients, pourquoi
les responsables maastrichiens sont-ils si presses de la mettre en place
?
L'euro sans raison
La propagande officielle n'est pas embarrassée pour répondre et
les brochures publicitaires nous expliquent, photos a l'appui, que l'euro
facilitera beaucoup les déplacements en Europe. Demain, il ne sera plus
nécessaire de changer de monnaie quand on traversera une frontière,
nous affirme-t-on. Sans doute, mais il s'agit la d'un avantage dérisoire
au regard des difficultés que va engendrer l'euro pour les économies
européennes. Et personne ne peut croire que les signataires du traite
de Maastricht ont décide un tel bouleversement dans le seul but de faciliter
la vie des touristes et des hommes d'affaires.
D'autres avancent l'argument, beaucoup plus intéressant celui-là, que
l'euro pourra contrebattre l'influence excessive du dollar. Un tel objectif
serait en effet parfaitement légitime, car la devise américaine, en
fonctionnant comme une monnaie d'échange internationale et comme un
instrument de réserve pour les banques centrales, jouit d'un statut
privilégie qui confère aux Etats-Unis un atout considérable. Grâce au
dollar, les Américains peuvent accumuler des déficits et en faire payer
le prix aux autres Etats. Ils peuvent aussi, en manipulant le cours
de leur devise, modifier a leur profit la situation des marches internationaux.
Si donc l'euro, en occupant, même partiellement, la place actuelle du
dollar, pouvait contribuer a réduire sa position dominante, son action
serait éminemment bénéfique pour notre pays comme pour l'ensemble du
monde. Malheureusement, on peut douter de cette volonté d'utiliser la
devise européenne contre celle des Etats-Unis. Car, si un tel projet
animait les responsables bruxellois, ils auraient déjà pu confier ce
rôle a l'écu en tant que monnaie commune. Or, rien n'a été fait dans
ce sens, et gageons que les autorités de Bruxelles et de Francfort se
mettront la encore a la remorque de Washington. Pourquoi en effet celles-ci
affronteraient-elles les Etats-Unis sur la question monétaire, alors
que, s'agissant des autres dossiers, elles se sont toujours soumises
a la volonté et aux intérêts américains ? Reste alors un dernier argument
: pour achever la construction du Marche unique, il fallait le doter
d'une monnaie unique ! Incontournable par sa simplicité, cette explication
n'est cependant pas satisfaisante, car notre continent disposait déjà
d'un système de régulation monétaire qui évitait, sauf accident, des
variations brusques et incontrôlées des cours. Les échanges commerciaux
pouvaient des lors s'effectuer sans la moindre difficulté et, avec les
équipements informatiques dont on dispose aujourd'hui, la conversion
des devises ne pouvait guère gêner les opérateurs commerciaux. La encore,
on peut se demander si le confort ainsi apporte par l'euro aux sociétés
d'import-export justifiait les risques majeurs que fait peser la monnaie
unique sur l'avenir de notre continent.
L'euro intégrateur
Si donc la raison être de l'euro ne se trouve pas dans les laborieuses
explications des responsables bruxellois, c'est qu'elle est de nature
non pas financière mais idéologique. Les signataires du traite de Maastricht
veulent en réalité utiliser la monnaie unique non pour améliorer le
fonctionnement des économies du continent, mais pour accélérer intégration
des pays européens dans un ensemble fédéral. La monnaie constituant
l'un des apanages de la souveraineté nationale, priver les Etats européens
de monnaie revient donc a amputer leur souveraineté et a favoriser leur
insertion dans un système supranational. La création de l'euro entraîne
d'ailleurs quasi mécaniquement l'instauration d'une politique budgétaire
et fiscale unique, si bien que le processus d'unification monétaire
conduit automatiquement a intégration politique.
Pour les tenants de l'Europe maastrichienne, l'euro n'est qu'un moyen
pour atteindre leur objectif mondialiste, c'est-à-dire pour dissoudre
les nations et les plonger au sein d'un ensemble qui se dissoudra lui-même
dans une structure planétaire. Gageons qu'a peine la monnaie unique
sera-t-elle mise en place qu'une nouvelle offensive sera lancée pour
tenter d'arrimer l'euro au dollar et de créer ainsi les bases d'une
monnaie mondiale. Et ce n'est d'ailleurs pas un hasard si M. Juppe,
sans même attendre cette échéance, s'est déclare favorable a un taux
de change fixe entre les deux monnaies lors d'une allocution prononcée
a Hong Kong des le 16 juin 1998.
Le retour au franc
Aux antipodes de ces perspectives, la nouvelle Europe modifiera
sa politique monétaire pour la remettre au service des nations et rétablir
leur liberté ainsi que leur souveraineté. Le premier axe de cette nouvelle
stratégie consistera a rendre aux nations leur monnaie nationale, et,
pour la France, ce sera le retour au franc.
Contrairement a ce qu'affirme la propagande europeiste, rien dans le
processus de l'euro n'est en effet irréversible. Sur le plan juridique,
le traite de Maastricht peut être dénonce, car aucun accord international,
aussi verrouille soit-il, n'est éternel et ne peut contraindre la volonté
des peuples. D'ailleurs, s'il n'en était pas ainsi, notre pays serait
toujours lie par le traite de Versailles !
Quant a l'aspect financier du problème, il n'a rien d'insurmontable,
car il est plus facile de quitter une zone monétaire que d'y entrer.
De même qu'il est plus simple a un navire de larguer les amarres et
de prendre le large que de chercher a accoster un autre bâtiment pour
s'arrimer a lui. La fusion de différentes devises exige en effet un
processus de convergence très contraignant qui a conduit les pays européens
a passer sous les fourches caudines des critères de Maastricht. En revanche,
pour sortir d'une monnaie unique, rien de tel n'est nécessaire. Il suffit
de rétablir les prérogatives de la Banque de France, de décider que
la monnaie nationale sera de nouveau le franc et de laisser flotter
son cours par rapport a l'euro.
Sans trouble ni préjudice
Sous ces conditions, le désarrimage monétaire de notre pays peut
être mené a bien sans le moindre trouble tant pour nos compatriotes
que pour notre économie. Alors même que le passage du franc a l'euro
entraîne de graves difficultés pour les particuliers et les entreprises,
obliges de procéder quotidiennement a une conversion complexe entre
l'ancienne et la nouvelle monnaie, le retour a la devise nationale pourra
s'effectuer sans le moindre préjudice. Si ce retour a lieu très vite
après le passage a l'euro, il suffira de revenir a la parité ancienne
du franc, et nos compatriotes pourront reprendre leurs habitudes et
abandonner les exercices de conversion redevenus inutiles. Si, en revanche,
le rétablissement du franc s'effectue a un horizon plus lointain, lorsque
les Français se seront habitues a la valeur de l'euro, il suffira de
décider la parité de valeur entre l'euro et le nouveau franc pour que,
la encore, aucun exercice de calcul fastidieux ne soit nécessaire.
Quant a économie nationale, elle n'en souffrira pas, contrairement aux
prévisions des Cassandre bruxelloises. Car aucune turbulence monétaire
ne pourrait survenir a partir du moment ou le nouveau franc se mettrait
a flotter par rapport a l'euro. Notre pays se retrouvera d'ailleurs
tout simplement dans la situation de la Grande-Bretagne et du Danemark
qui, tous deux, n'ont pas choisi a ce jour de participer a l'euro. Le
nouveau franc ne subira alors pas plus de préjudices que la livre sterling
ou la couronne danoise n'en supportent actuellement. La sortie d'une
zone a monnaie unique ne serait d'ailleurs pas un phénomène nouveau,
car plusieurs pays de l'ancienne Union soviétique ont accompli, en même
temps qu'ils recouvraient leur indépendance, cet acte de retour a la
souveraineté. Ainsi, les trois nations baltes ont abandonne le rouble
et, malgré l'exiguïté de leur territoire et la faiblesse de leur économie,
ont réussi a rétablir leur monnaie nationale. Comment imaginer alors
que la France, avec sa richesse et sa puissance économique, serait incapable
d'en faire autant ?
Avec souplesse et diversité
Le retour aux monnaies nationales rendra par ailleurs aux Etats
européens l'instrument de régulation indispensable pour affronter les
turbulences de la mondialisation. En créant l'euro, les dirigeants de
l'Europe maastrichienne réagissent en effet a contretemps face a ce
phénomène, car ils se privent de toutes les possibilités d'ajustement
que procuraient les devises nationales, exposant de ce fait les pays
du continent a subir passivement toutes les perturbations liées au libre-échangisme
international. En revanche, le rétablissement des devises nationales
assure aux Etats la maîtrise des outils nécessaires pour contrôler au
mieux les forces souvent aveugles du marche mondial. Ainsi, par exemple,
lors de la crise asiatique, les pays dont la devise était arrimée au
dollar ont été encore plus durement frappes, car, prives de tout instrument
monétaire autonome, ils n'ont pu que subir le choc de plein fouet.
La mondialisation des échanges exige des politiques monétaires souples,
permettant des ajustements faciles entre les économies et offrant des
moyens efficaces pour absorber les secousses de la guerre commerciale
internationale. Le dispositif des monnaies nationales, avec sa souplesse
et sa diversité, s'affirme donc comme la bonne réponse a un monde brutal
et imprévisible qui demande une grande capacité d'adaptation. Il n'est,
pour l'Europe, de meilleur système que celui de la liberté monétaire.
Pour un franc libre
Il s'agit en effet, parallèlement a la remise en cause de la monnaie
unique, de rompre avec le dogme de la monnaie forte considérée comme
l'alpha et l'oméga de toute politique économique. Se soumettre a un
tel objectif conduit en effet a maintenir la monnaie a un niveau artificiellement
élève et, par conséquent, a multiplier les décisions arbitraires qui
pénalisent le système de production et d'échange. Ainsi, les prix a
l'export sont-ils pousses a la hausse et les dirigeants tentes d'augmenter
les taux d'intérêt, ce qui freine les investissements, affaiblit la
compétitivité de économie, handicape le commerce extérieur, favorise
les delocalisations et aggrave le chômage.
L'abandon du système de la devise forte ne signifie pourtant en aucune
façon qu'il faille rechercher la faiblesse de la monnaie nationale et
moins encore recourir a des dévaluations successives comme on en pratiquait
sous la Quatrième République. S'il faut renoncer au franc fort, c'est
en effet pour adopter un franc libre qui serve économie nationale et
en soit le reflet. La bonne monnaie est donc l'expression de la situation
économique d'un pays. Et, s'il est souhaitable qu'elle soit solide,
sa solidité ne doit pas s'obtenir en usant d'artifices, mais bien être
le produit naturel d'un système de production et d'échange prospère
et équilibré.
Dans cet esprit, le franc ne devra plus se concevoir comme une référence
quasi religieuse, mais comme un instrument de la guerre économique mondiale.
Il s'agit donc d'ajuster les taux de change en fonction de la conjoncture
et de l'intérêt national. N'est-ce pas d'ailleurs a ces procédés qu'ont
eu recours avec succès, il y a maintenant quelques années, l'Italie
avec ses ajustements de la lire et la Grande-Bretagne avec le flottement
de la livre ? Et que dire des Etats-Unis qui, de tout temps, ont fait
varier le cours du dollar pour le plus grand avantage de économie américaine
? La France ne doit pas hésiter a prendre exemple sur ces politiques,
et la nouvelle Europe, loin de les considérer comme hérétiques, doit
au contraire les intégrer dans son système global de régulation.
La monnaie commune
Car la nouvelle Europe ne fera pas abstraction des questions de
devises et maintiendra parmi ses compétences un pacte de coopération
un peu comparable au Système monétaire européen (SME) qui a précède
le traite de Maastricht.
Il s'agira en effet d'instaurer, entre les Etats membres, un mécanisme
de régulation des évolutions monétaires qui sera cependant diffèrent
dans l'esprit de l'ancien SME. Ce dispositif avait pour objectif implicite
la réduction progressive des marges de fluctuation entre les devises,
de façon a préparer l'instauration d'une monnaie unique. Avec l'Europe
des nations, le principe du flottement général sera de règle et les
institutions européennes interviendront essentiellement pour amortir
les variations de taux de change et limiter les effets néfastes qui
pourraient en résulter pour les opérateurs commerciaux.
De plus, la nouvelle Europe rétablira une monnaie commune aux pays membres
constituée d'un panel de monnaies nationales. Un tel dispositif existait,
préalablement a l'euro, sous le nom d'écu, mais il n'avait pas été valorise
par les responsables bruxellois qui poursuivaient, eux, l'objectif de
la monnaie unique. Pourtant, le principe de la monnaie commune est fécond,
car il permet, dans le respect des devises nationales, de disposer d'un
instrument monétaire représentatif de la puissance économique de l'Europe
et donc capable de faire contrepoids au dollar. Encore faut-il que cet
écu soit effectivement utilise en ce sens et donc promu pour devenir,
a l'échelle du continent et du monde, un instrument d'échange pour le
commerce international et de réserve pour les banques centrales. L'Europe
des nations, reprenant le principe de la monnaie commune, oeuvrera dans
ce sens, restant, sur ce plan comme sur les autres, fidèle a ses principes
fondateurs, c'est-à-dire le respect de la souveraineté des nations et
l'organisation de la puissance européenne.
La plénitude nationale
L'avenir de l'Europe ne passe donc pas par l'euro et la monnaie
unique n'a rien irréversible. En rejetant le carcan que celle-ci représente,
la nouvelle Europe restituera aux nations du continent un outil qui
leur est indispensable dans la guerre économique internationale. Mais,
plus encore, en rétablissant leur souveraineté monétaire, elle leur
rendra la plénitude de leur existence nationale et assurera de ce fait
leur prospérité, leur sécurité et leur liberté.