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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 7
Le renouveau agricole

L'agriculture n'est pas condamnée a disparaître. Loin être une activité ringarde et dépassée, elle demeure, en cette fin de millénaire, un atout économique d'envergure, une nécessite pour l'harmonie du territoire et équilibré de l'environnement. Enjeu stratégique majeur, l'arme alimentaire représente même aujourd'hui un instrument de puissance pour celui qui la possède. Aussi est-il étonnant de voir l'Europe bruxelloise organiser progressivement le déclin du monde rural, comme si les paysans incarnaient une survivance inutile du passe et que leur activité pénalisât le système de production et d'échange. Prenant le contre-pied de cette vision malthusienne, la nouvelle Europe engagera donc, au service des peuples du continent, une grande politique de renouveau de l'agriculture française et européenne.

Bouseux, rustre et campagnard

Aujourd'hui, tout se passe en effet comme si le monde paysan constituait une charge pour la société. Chaque fois qu'il est question de l'agriculture dans les débats publics, c'est pour dénoncer les subventions qu'elle reçoit, les surproductions qu'elle secrète, voire les manifestations qu'elle provoque, et pour stigmatiser le coût financier qui en résulte pour les Français. Quant aux initiatives prises par la Commission bruxelloise, elles semblent toutes converger vers un même objectif consistant a réduire l'importance du monde agricole pour réaliser des économies budgétaires. Aussi entend-on parler de gel des terres, de mise en jachère, de quotas de production, de primes a l'arrachage, comme s'il fallait a toute force limiter, supprimer, contingenter. L'agriculture serait en quelque sorte un secteur archaïque qu'il conviendrait de faire disparaître, la vie moderne ne pouvant exister que dans les grandes conurbations, pour ne se consacrer qu'a l'industrie et aux services. Tout ce qui est rural, paysan, agricole serait bouseux, rustre, campagnard, et le progrès devrait conduire a la disparition de cette coûteuse survivance du passe.
La réalité ne correspond cependant pas a cette vision caricaturale, car le monde rural joue dans la société un rôle irremplaçable qu'il serait éminemment dangereux de vouloir supprimer. Il assume en effet trois fonctions majeures qu'aucun autre corps social ne peut exercer a sa place.

L'autosuffisance alimentaire

La première est évidemment d'ordre économique, puisque c'est l'agriculture qui produit les denrées nécessaires a l'alimentation de la population. Une vérité élémentaire qui ne doit pas être sous-estimée car les nations qui ne disposent pas des moyens de nourrir leur population souffrent d'un handicap majeur. C'est le problème des pays sous-développés du tiers monde qui subissent des phénomènes de disette ou de malnutrition, mais celui aussi des pays plus riches dépourvus de paysans qui, obliges d'importer leurs aliments, se trouvent en situation de dépendance pour la survie même de leur peuple.
En tant activité économique, l'agriculture revêt donc une utilité majeure, puisque non seulement elle permet a la nation d'assurer son autosuffisance alimentaire, mais qu'elle lui offre, grâce aux exportations agricoles, une arme stratégique sur la scène internationale. De ce point de vue, la France dispose, avec son agriculture, d'un atout essentiel, car celle-ci possède une capacité de production suffisante pour garantir presque intégralement indépendance alimentaire de notre pays et pour rendre largement positive sa balance commerciale en produits agro-alimentaires. Ni obsolète ni secondaire, l'agriculture, comme secteur de production, représente au contraire un point fort de économie nationale, indispensable dans la compétition mondiale.

Les jardiniers de la nature

A cote de sa fonction purement économique, le monde rural remplit une mission écologique majeure. En effet, dans notre pays comme dans la plupart des pays européens, la nature est loin être vierge, car, si les paysages qui nous sont familiers sont le produit des phénomènes biologiques, botaniques ou géologiques, ils sont aussi le fruit du travail des hommes. Profondément marquée par la présence humaine, notre terre a été façonnée, au fil des siècles et des millénaires écoulés, par le labeur et la peine de nos ancêtres. Et cette sueur, parfois ce sang qu'ils ont verse, ont tellement imprégné nos terroirs qu'il n'est pas un coteau, un vallon, une corne de bois qui ne porte un nom. Aussi la nature en France est-elle profondément humaine, comme en totale harmonie avec le peuple qui la travaille depuis des siècles. C'est pourquoi cette présence doit impérativement être maintenue, car, sans elle, l'ensemble des équilibres écologiques se trouverait gravement compromis et les paysages de France profondément altères. Le monde paysan joue donc ce rôle essentiel de jardinier de la nature sans lequel il n'y aurait plus de nature ni en France ni en Europe.

Pour équilibré de la nation

Enfin, le monde rural assure aussi une fonction psychologique irremplaçable au sein de nos sociétés, car une nation c'est d'abord un peuple sur une terre et ce sont précisément les paysans qui font le lien entre l'un et l'autre. C'est par l'intermédiaire de la population rurale que notre société reste enracinée dans ses terroirs et fait perdurer un ensemble de valeurs qui, pour être propres a la ruralité, n'en sont pas moins nécessaires a notre pays dans son entier. Bon sens, esprit de mesure, prudence, sens de la famille et de la parole donnée, notion de la pérennité, c'est la société agricole qui a de tout temps incarne ces vertus. Mais si le monde paysan venait a disparaître, ou notre nation puiserait-elle ces qualités de pondération et de stabilité sans lesquelles on verrait se rompre son équilibré psychologique ? Que se passerait-il en effet si demain notre pays se réduisait a sa seule composante urbaine ? Quand on connaît les problèmes spécifiques qu'engendrent les villes, ceux lies aux phénomènes de masse, de mode ou de stress, ceux qui procèdent du déracinement et du cosmopolitisme, de la perte des valeurs et des repères, on mesure combien la dimension rurale de notre nation est nécessaire. Tel un arbre coupe de ses racines, notre peuple se trouverait profondément déstabilise et désorienté si les campagnes se vidaient de leurs habitants et retournaient a la nature sauvage.
Et comment ignorer de surcroît que notre nation a besoin de conserver un lien avec son passe, un passe issu d'une civilisation a l'origine rurale et sédentaire fondée sur la culture de la terre et qui nous a transmis un art de vivre, des goûts et des usages, bref des traditions dont nous nous nourrissons encore aujourd'hui ? Couper la France de ses campagnes, ce serait aussi la couper de son passe.

Une paysannerie moderne

Le paysan, homme du pays, comme nous le rappelle l'étymologie, n'a donc pas pour seule fonction de fournir des moyens de subsistance a ses compatriotes. Il établit aussi entre eux et la terre un lien vivant et irremplaçable. Dans un monde en perpétuelle évolution, il représente un facteur de stabilité et équilibré, comme de pérennité et de tradition.
Certes, il ne s'agit pas de cultiver la nostalgie de la société agraire et de prôner un quelconque retour a la nature. Le geste auguste du semeur procède d'une autre époque a jamais révolue, car les progrès des sciences et de la technologie concernent aussi le monde rural. Il n'est pas question non plus d'ignorer les processus de développement des civilisations qui, a toutes les époques, ont conduit les hommes a s'éloigner des campagnes et a se concentrer dans les villes.
Il faut simplement comprendre que la France de demain doit, pour sa sécurité alimentaire, son équilibré écologique et sa santé psychique, conserver une agriculture et une paysannerie moderne et efficace ainsi que des campagnes vivantes adaptées au monde moderne.

L'involution agricole

Tel n'est malheureusement pas le chemin suivi par l'Europe bruxelloise, qui entraîne, depuis quelque temps, l'agriculture française et européenne dans un processus d'involution susceptible de provoquer la disparition pure et simple du monde rural et paysan. En quarante ans, la population active agricole a été divisée par cinq, si bien que moins d'un million de personnes travaillent désormais a temps plein dans ce secteur. Le nombre d'exploitations est tombe en dessous de sept cent mille et près d'une centaine d'entre elles disparaissent chaque jour. Pour cinquante mille départs annuels, on compte moins de huit mille installations de jeunes agriculteurs, et comment d'ailleurs en serait-il autrement quand le niveau de vie des paysans n'a pas cru au même rythme que celui des autres Français et que 38 p. cent d'entre eux vivent avec un revenu inférieur au Smic ?
Le pire est que la France et l'Europe ont dans le même temps perdu leur indépendance alimentaire. Au nom du libre-échangisme mondial, qui recherche systématiquement l'interdépendance des nations, les technocrates de Bruxelles ont sacrifie l'autosuffisance alimentaire du continent. Ainsi, par exemple, la France, premier producteur agricole européen, importe désormais 38 p. cent de ses besoins en viande de mouton. Et les chiffres de sa dépendance s'établissent pour les autres produits a des niveaux analogues : 20 p. cent pour le porc, 12 p. cent pour les légumes et 80 p. cent pour le lapin, etc. Sans parler du lait qu'elle doit importer alors que sa propre production se trouve bloquée par des quotas. Quant au bétail européen, il ne se nourrit plus de produits continentaux, mais de tourteaux de soja et de gluten de mais américain, de manioc thaïlandais ou de patates douces chinoises, alors qu'il pourrait parfaitement absorber des céréales ou des oléo-protéagineux français.

La PAC pervertie

Cette situation absurde, qui voit les producteurs nationaux disparaître pendant que les importations étrangères augmentent, résulte d'une Politique agricole commune (PAC) qui s'est progressivement dégradée a mesure que l'Europe bruxelloise s'alignait sur les conceptions mondialistes américaines. Ainsi, après avoir servi les intérêts français et continentaux, les mécanismes agricoles européens ont-ils été peu a peu pervertis par le libre-échangisme le plus débride. Sous la pression de la Commission, des accords de libre-échange ont ainsi été multiplies avec des Etats ou des groupes
d'Etats, comme ceux d'Amérique latine, l'Afrique du Sud ou les nations du bassin méditerranéen, ce qui a permis a tous ces pays d'écouler leurs productions sur les marches communautaires au grand dam des agriculteurs européens.
Cette évolution malsaine a connu son premier aboutissement en juin 1992, lors de la reforme de la PAC. Ce jour-là, les ministres de l'Agriculture de la Communauté ont abandonne le système du soutien aux productions, clef de voûte de la politique européenne pendant trente ans, pour adopter un mécanisme d'aide aux producteurs, comparable a celui pratique par les Américains. Ce faisant, ils ont aussitôt engage un processus de baisse des prix, baisse compensée par des subventions directes aux agriculteurs. Subventions régionalisées, calculées a l'hectare ou a la tête de bétail et versées sous réserve de la mise en jachère d'une partie des terres.

La trahison de Blair House

En novembre 1992, avec la signature du pré-accord agricole de Blair House, un second événement est venu accentuer cette évolution malsaine. Alors que les autorités de Bruxelles avaient toujours réussi a maintenir l'agriculture en dehors des procédures de libéralisation des échanges internationaux organisées par le GATT, elles ont finalement accepte d'en discuter dans le cadre du cycle de l'Uruguay et ont fait des lors aux Américains des concessions majeures préjudiciables a l'agriculture européenne.
Ainsi, dans le cadre de ces accords, la Commission s'est-elle engagée a réduire les exportations agricoles communautaires subventionnées de 21 p. cent sur six ans, et a diminuer de 20 p. cent les subventions internes. Elle a par ailleurs accepte de limiter la superficie des terres consacrées a la culture du soja, du tournesol et du colza afin de ménager les productions américaines. Dans le même esprit, l'Europe bruxelloise s'est laisse imposer une obligation d'importer des produits agricoles a hauteur de 5 p. cent de sa consommation, y compris dans les secteurs excédentaires. Ainsi la France, pays de grande tradition viticole, devra importer des millions d'hectolitres de vin californien ou chilien. Encore plus scandaleux, l'Europe a reconnu aux Américains l'exclusivité du marche asiatique pour la viande bovine ainsi qu'une franchise douanière pour l'importation en Europe de leurs produits de substitution aux céréales (PSC), ce qui a fait subir a la Communauté un grave préjudice financier.

La politique de Gribouille

Cette politique de Gribouille semble dépourvue de toute logique, car elle conduit a pénaliser sans aucune contrepartie les agriculteurs français et européens. En effet, ces derniers se retrouvent aujourd'hui totalement dépendants de la bureaucratie bruxelloise puisqu'ils doivent en attendre chaque année les subventions qui leur permettent de vivre et que rien ne leur garantit qu'elles ne seront pas peu a peu réduites a mesure que les responsables maastrichiens décideront de diminuer les effectifs de paysans. Cette méthode d'aides directes mené donc a la destruction progressive du métier d'agriculteur, car comment pourrait-on maintenir longtemps une profession soumise a de telles contraintes ? Obligation de vendre en dessous de son prix de revient, soumission a des procédures bureaucratiques de subventionnement, incertitudes sur l'avenir, interdiction de certaines cultures, endettement massif, autant de servitudes qui empêchent les paysans de rester motives et de continuer a se sentir utiles, autant d'entraves qui ne peuvent entraîner a terme la disparition du monde paysan. Mais cette politique absurde a d'autres conséquences néfastes. En effet, indépendamment du sort réserve aux agriculteurs, les productions agricoles françaises et européennes vont, elles aussi, se trouver lourdement pénalisées. L'ensemble des dispositions découlant du GATT et de la reforme de la PAC est en effet conçu pour réduire les productions européennes, tout en favorisant la pénétration du marche continental par des produits étrangers. Les exportations agricoles européennes sont programmées pour diminuer en valeur de 30 a 40 p. cent, les prix payes aux producteurs doivent baisser de 15 p. cent en moyenne, l'augmentation de la jachère porte sur quatre a dix millions d'hectares de terres arables et, dans le même temps, les importations sont prévues pour augmenter massivement, compte tenu des nouvelles facilites accordées a cette fin aux partenaires commerciaux de l'Europe.

La logique de Washington

Cette funeste dérive de la Politique agricole commune apparaît totalement absurde a qui se préoccupe des intérêts européens. Mais comment s'en étonner quand on sait que cette évolution s'est effectuée sous la pression des Etats-Unis ?
La reforme de la PAC a consiste en un alignement du système européen sur le dispositif américain et, dans les discussions du GATT, les négociateurs bruxellois ont capitulé en rase campagne devant les envoyés de Washington. En matière agricole, comme dans les autres secteurs marchands, l'idéal initial du Marche commun a laisse la place au marche mondial sous hégémonie américaine. La Commission de Bruxelles s'est comportée en supplétif des Etats-Unis et est-ce vraiment un hasard si le commissaire européen qui a négocie les accords du GATT a été engage par une société américaine des la fin de son mandat ? L'absurde politique agricole de Bruxelles a donc bien une logique : ce n'est pas celle du vieux continent, c'est celle de Washington !

Les trois objectifs

La nouvelle Europe devra la encore mettre un terme a cette dérive catastrophique et reconstituer, dans le cadre d'un pacte de coopération approprie, une nouvelle politique agricole visant trois objectifs prioritaires.
Le premier est celui de indépendance agricole de l'Europe qui doit rendre aux nations qui la composent la sécurité et la liberté que procure la certitude de pouvoir disposer, quoi qu'il arrive, des denrées indispensables. Denrées que notre pays et notre continent peuvent parfaitement produire, car ils disposent sur leur sol des capacités agraires suffisantes pour assurer cette sécurité alimentaire. Le second objectif concerne le revenu des agriculteurs qui doit retrouver la parité avec celui des professions urbaines, notamment pour son évolution dans le temps. Cet impératif de normalisation des rémunérations agricoles répond certes a une exigence de justice sociale, mais aussi a un souci équilibré territorial. Si l'on veut, en effet, rendre au tissu rural sa vigueur, il faut maintenir en activité les agriculteurs en nombre suffisant et, pour cela, leur garantir un revenu décent. Nos campagnes ne resteront en effet en vie que si l'agriculture retrouve un minimum de prospérité.
Enfin, la nouvelle Europe devra également viser l'objectif de la qualité des produits. Actuellement, les mécanismes de la politique agricole sont tels que la prime est trop souvent donnée a la quantité sur la qualité. Pour réaliser la plus grosse recette possible, il faut rechercher le meilleur rendement et donc la production maximale, quelle que soit par ailleurs la valeur qualitative de la récolte. Un système particulièrement malsain qui pousse a produire des denrées médiocres tant pour le goût du consommateur que pour sa santé. De plus, l'hyperproductivisme provoque bien souvent, par l'usage immodéré des pesticides et des engrais, de fortes pollutions des eaux. La nouvelle politique agricole devra donc réorienter les cultures et les élevages vers une amélioration de la qualité des produits.

Priorité aux produits européens

Pour atteindre ces objectifs, il conviendra d'abord de rétablir la préférence européenne et, pour ce faire, d'assurer la protection des agricultures nationales aux frontières extérieures de l'Europe. A cet égard, le système écluses douanières, tel qu'il est prévu de établir pour l'ensemble des produits commerciaux, fournira l'outil de base nécessaire a la mise en oeuvre de cette politique de préférence. Dans ce cadre, des mesures toutes particulières devront être prises pour stopper l'importation de denrées susceptibles être produites directement en France et sur le continent. Ainsi, par exemple, l'entrée sur le territoire européen des produits américains de substitution aux céréales sera arrêtée par des droits de douane et des contingentements. Dans le même esprit, les accords contraignant l'Europe a importer certains produits seront dénoncés, de même que tous les traites bilatéraux ou multilatéraux de libre-échange défavorables aux intérêts européens.
Il est en effet absurde que la France, par exemple, laisse pénétrer sur son territoire des quantités considérables de PSC alors qu'elle dispose d'une surcapacité de production de céréales. De même, au nom de quelle logique folle faudrait-il que notre nation laisse envahir son marche par des millions d'hectolitres de vins étrangers quand il n'est pas de pays plus viticole que la France ? Et que dire des moutons importes en masse, alors que notre pays peut parfaitement en accroître la production nationale ? Compte tenu du formidable potentiel agricole dont disposent l'Europe et surtout la France, cette politique de préférence peut donc a elle seule assurer presque entièrement l'autosuffisance alimentaire de notre continent. Elle permettra d'autre part de dégager de nouveaux débouchés intérieurs pour les productions européennes, contribuant ainsi a renforcer la prospérité du monde rural.
Face a ces heureuses perspectives, certains agiteront sans doute la menace de représailles commerciales de la part des concurrents de l'Europe. Or, un tel danger n'est crédible et sérieux qu'en provenance des Etats-Unis, c'est-à-dire précisément du pays avec lequel les relations sont le plus déséquilibrées en raison des innombrables concessions faites a Washington par Bruxelles. Il n'est donc pas certain que cet Etat soit le mieux place pour exercer un chantage agricole sur le continent. D'autant qu'au niveau politique, la nouvelle Europe pourra parfaitement faire valoir la nécessite d'un développement plus autocentré des nations ou groupes de nations et souligner ainsi la légitimité du principe de préférence.

Les prix minimums garantis

Forte de cette priorité accordée en Europe aux produits européens, la nouvelle politique agricole pourra rétablir un système de prix minimums garantis. Des lors que des écluses douanières préservent le marche français et européen du marche mondial, il redevient en effet possible de pratiquer la vérité des prix a intérieur de l'Europe, c'est-à-dire de les stabiliser a un niveau minimum suffisant pour permettre aux agriculteurs de vivre décemment de la vente de leur production.
A cette fin, il est nécessaire de soutenir les cours lorsque ceux-ci descendent en dessous du seuil garanti et donc de procéder a une intervention appropriée des pouvoirs publics. Intervention cependant beaucoup plus légère que dans le système actuel des subventions car, dans un cas, il s'agit d'acheter, de stocker et de déstocker des produits en fonction de évolution des prix, alors que, dans l'autre, il faut s'ingérer dans la gestion de chaque exploitation. Un tel mécanisme réduit donc considérablement la puissance des bureaucraties européenne et nationales et simplifie le mode de fonctionnement global du dispositif agricole. Il présente par ailleurs l'avantage d'émanciper les agriculteurs, les faisant passer de l'état d'assistés a une position normale d'acteurs économiques. Il les libère psychologiquement d'une situation précaire et humiliante pour leur rendre la plénitude de leur fonction dans la société. Et, surtout, il leur offre le moyen de gagner dignement leur vie en percevant une juste rémunération qui corresponde directement au fruit de leur travail.

Depuis trente ans déjà

Ce système est d'autant plus viable qu'il a été mis en oeuvre pendant plus de trente ans par l'Europe communautaire sans rencontrer de difficultés majeures. Il est vrai qu'il a été abandonne en 1992 et qu'a l'occasion de cette reforme, différentes critiques ont été avancées par ses détracteurs pour qui cette politique coûtait trop cher, favorisait la surproduction et poussait a une agriculture polluante. Si toutes ces objections ne sont pas a rejeter en l'état, aucune d'entre elles ne justifiait pour autant que l'on abandonnât le dispositif du soutien a la production pour passer a celui des aides directes.
Ainsi, l'argument selon lequel le mécanisme des prix garantis serait financièrement trop lourd ne peut être retenu, car, actuellement, les deux systèmes représenteraient une charge budgétaire pratiquement équivalente. Certes, les responsables bruxellois ont programme une baisse des coûts de la politique agricole actuelle, mais celle-ci ne pourra se concrétiser que par une baisse du niveau des subventions aux paysans et donc par la disparition progressive de ceux-ci. La méthode de l'aide directe n'est donc pas moins onéreuse a niveau agricole constant, elle ne l'est que dans la mesure ou elle organise la régression du monde rural.

Qu'aura-t-on gagne ?

Or, une telle évolution se révèle profondément néfaste a tous égards, d'autant qu'il n'est pas du tout assure qu'elle corresponde a une économie globale a l'échelle de la nation. En France, par exemple, la poursuite de la désertification rurale entraîne mécaniquement une aggravation de la situation de l'emploi. Et la diminution du nombre de postes de travail agricole vient alourdir encore la charge des systèmes sociaux. Ce qu'on ne versera plus a l'agriculture sera donc affecte au financement des emplois de substitution, tels les stages, les CES ou les emplois jeunes. Y aura-t-on gagne quoi que ce soit ? Certainement pas, car, pour une augmentation du nombre de chômeurs, on aura rompu équilibré psychologique de la nation, compromis l'environnement et prive notre pays de son autosuffisance agricole.

Les Américains mal placés

Cette aide publique a l'agriculture apparaît d'ailleurs d'autant plus légitime qu'elle est pratiquée par de très nombreux pays du monde, y compris par les Etats-Unis qui n'ont pourtant jamais cesse leurs critiques a l'endroit de la Politique agricole commune. Critiques du reste particulièrement infondées, Washington subventionnant plus ses agriculteurs que Bruxelles. Ainsi la Communauté verse-t-elle en moyenne a chaque paysan 78 000 francs par an pendant que l'agriculteur américain en reçoit 199 000. De même, alors que les céréaliers de l'Union européenne perçoivent une aide de 110 francs par tonne de blé, ceux d'outre-Atlantique se voient dotes d'une subvention de 365 francs.
Les Américains sont donc particulièrement mal places pour contester la politique agricole européenne. Car on peut même considérer que c'est leur propre politique qui se trouve a l'origine du mécanisme international d'aide a l'agriculture. En effet, lorsque les Etats-Unis subventionnent leurs fermiers par défiancy payment, leur permettant ainsi de vendre leurs produits a des prix de dumping sur les marches internationaux, ils poussent de ce fait a la baisse les cours mondiaux de denrées alimentaires, laquelle nécessite en retour l'attribution d'une aide publique aux agriculteurs européens. Une Commission de Bruxelles énergique et soucieuse des intérêts de l'Europe aurait donc du pousser les Américains a aligner leur système agricole sur celui des Européens plutôt que l'inverse.
De telles considérations doivent donc rendre toute sa légitimité a la politique de renouveau agricole telle que l'Europe des nations pourrait la mettre en oeuvre. Son coût, qui n'est pas prohibitif, s'élèverait pour la France a un peu plus de 50 milliards e francs, ce qui est raisonnable pour un budget national de plus de 1 500 milliards. Et, pour l'Europe toute entière, il pourrait représenter comme en 1992 environ 0,7 p. cent du PIB communautaire. C'est peu pour nourrir trois cent soixante-dix millions d'Européens, entretenir leurs paysages millénaires et assurer leur sécurité alimentaire.

La qualité plutôt que la quantité

Encore faut-il qu'un troisième volet portant sur la régulation du système vienne compléter les principes de préférence et de prix garantis afin de répondre aux critiques portant sur le risque de surproduction et de pollution. L'existence d'un prix garanti donne en effet aux agriculteurs l'assurance d'écouler leurs produits quoi qu'il arrive et les pousse donc a réaliser la production maximale, quelles que soient les nuisances qui en résultent.
Afin éviter la constitution d'excédents par rapport a la capacité des marches et la pollution liée a l'hyperproductivisme agricole, il est donc essentiel de mettre en place des mécanismes de régulation appropries. De ce point de vue, le principe d'un marche agricole européen protège du marche mondial et dote d'un système de prix garantis offre des possibilités de modulation particulièrement efficaces. Ainsi est-il possible de différencier les prix selon la qualité des denrées et d'imposer des normes exigeantes des lors que l'on peut établir la rémunération des produits en conséquence.
Dans cette perspective, il convient donc de favoriser les productions de qualité plutôt qu'une agriculture intensive. Pareille orientation présente en effet de nombreux avantages, en dehors même de l'agrément qui en résulte pour le consommateur. Qui dit denrées de qualité dit en effet rendements limites et usages modères des pesticides et des engrais chimiques. Dans ces conditions, la production se trouve réduite quantitativement, de même d'ailleurs que la pollution. Quant a la qualité des denrées, elle justifie des prix de vente plus élevés, ce qui favorise le système des prix minimums garantis. Les techniques d'appellation ou de label, assorties de chartes sévères portant sur les méthodes de production, doivent donc être développées, tels l'appellation d'origine contrôlée, le label rouge, la certification de conformité ou l'agriculture biologique.

Les normes contre la pollution

Certes, il n'est pas question d'imposer a l'ensemble de l'agriculture les mêmes contraintes qualitatives, d'autant qu'il conviendra de conserver des possibilités d'exportation de denrées bon marche. Le secteur voue a la qualité devra cependant représenter progressivement une fraction très importante de la production globale. Ce qui n'empêchera pas établir parallèlement, et pour l'ensemble de l'agriculture, des normes de qualité et de salubrité minimales, ainsi qu'un encadrement des quantités, de façon a réduire la pollution et a empêcher la surproduction.
Si certaines cultures ou certains élevages industriels créent a l'excès des nuisances pour l'environnement, pourquoi ne pas leur imposer des normes strictes destinées a supprimer ces effets néfastes ? Les rendements s'en trouveront diminues, mais peu importe, puisque les prix garantis seront calcules en conséquence et que la baisse de production qui en résultera concourra a une meilleure maîtrise des surproductions. De la sorte, a rebours du programme européen Natura 2000, il sera possible de respecter les impératifs écologiques sans pour autant pénaliser les agriculteurs.

Décentralisation

Ainsi conçue, la politique de renouveau agricole devra être largement décentralisée. Alors qu'elle est actuellement gérée dans le détail par Bruxelles qui met en place une administration quasi directe, il conviendra, en application du principe de subsidiarite, de revoir les compétences respectives de l'Europe et des Etats en renforçant considérablement les secondes par rapport aux premières. A charge pour l'échelon européen de garantir les grands principes de la nouvelle politique et pour les Etats de les mettre en oeuvre en les adaptant a leur cas particulier. Cette re-nationaisation partielle de la Politique agricole commune pourra conduire les pays a assurer par exemple la définition des normes, l'Europe se chargeant de son cote de faire respecter le principe de la préférence européenne et de la protection extérieure du marche continental. Quant aux prix, est-il indispensable qu'ils soient fixes a l'échelon communautaire ? Pas nécessairement, car, si des divergences apparaissaient entre certains Etats, autorité européenne pourrait instaurer entre eux des écluses tarifaires capables de maintenir la cohérence d'ensemble du dispositif. Dans ces conditions, la nouvelle souplesse ainsi conférée au système agricole européen apportera un plus grand réalisme dans la gestion de l'agriculture et lui assurera une meilleure efficacité au bénéfice des paysans comme des peuples.

Une grande oeuvre politique

Ainsi, en rétablissant la préférence européenne, en assurant un système de prix garantis et en mettant en oeuvre des mécanismes de régulation, la nouvelle Europe pourra-t-elle rantir la pérennité du monde rural, redonner un avenir aux agriculteurs et rendre leur indépendance alimentaire aux peuples européens. Pour un coût budgétaire raisonnable, elle disposera de nouveau d'un secteur agricole puissant et équilibré permettant aux paysans de vivre décemment des fruits de leur travail, aux dirigeants de maîtriser tant les productions que les pollutions et aux nations de retrouver l'arme stratégique que constitue une agriculture autosuffisante, moderne et exportatrice. En rompant avec les mécanismes funestes du mondialisme bruxellois et en organisant le renouveau agricole du continent, la nouvelle Europe réalisera une grande oeuvre politique au service des peuples européens.



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