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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 8
La volonté de puissance

L'histoire n'est pas finie et nous vivons dans un monde ou les forces antagonistes de la planète sont plus que jamais exacerbées. Pourtant, le vieux continent européen semble assoupi, comme s'il ne pouvait plus que subir ce qui survient. L'Europe, qui a été, au fil des siècles écoulés, le théâtre principal des grandes joutes historiques, se trouve reléguée au second plan et les pays qui la composent paraissent désormais incapables de maîtriser leur destin. Leur avenir et leur survie même s'en trouvent compromis s'ils ne se ressaisissent et ne s'emparent du feu qui permet d'agir, d'affirmer son indépendance et de peser dans le monde.
La se situe le rôle essentiel de la nouvelle Europe, car elle seule peut leur apporter cette force qui leur manque aujourd'hui. Aussi doit-elle, pour répondre a cette attente, affirmer clairement une volonté de puissance pour les peuples et les nations du continent.

L'histoire n'est pas finie

Au lendemain de l'effondrement du mur de Berlin, beaucoup se mirent a rêver de l'avènement d'un monde nouveau d'ou les conflits seraient exclus. La disparition de l'Union soviétique a même inspire certains penseurs américains, tel Fukuyama, qui ont pu s'exclamer : l'histoire s'est achevée ! Comme si la paix et l'harmonie allaient tout naturellement s'imposer après la fin du grand antagonisme Est-Ouest ! La réalité cependant leur a donne tort et, si la menace d'une agression de l'Armée rouge s'est évanouie, d'autres conflits et d'autres dangers sont apparus.
Mais, surtout, la fin du monde bipolaire naguère constitue par le bloc américain et l'empire soviétique a élargi de façon spectaculaire le champ des possibilités pour les nations du monde. Durant la guerre froide, la planète entière semblait gelée et tous les pays comme figes par équilibré de la terreur. Aucun peuple ne pouvait agir souverainement, car tous, ou presque, étaient impliques dans l'un des deux camps. De binaire, le monde est maintenant devenu multipolaire et cet éclatement des pôles de puissance a accru d'autant la liberté d'initiative de chaque nation. Certes, les Etats-Unis d'Amérique, seule superpuissance actuelle, s'efforcent de contenir cette poussée d'autonomie, mais, prives de l'argument du conflit Est-Ouest, ils y parviennent difficilement.

A contre-courant

Cette nouvelle donne géopolitique devrait concerner tout particulièrement l'Europe qui fut le véritable glacis de l'affrontement USA-URSS et qui, a ce titre, se trouvait particulièrement bloquée par la guerre froide. Or, si l'effondrement de l'Union soviétique a bien donne un formidable élan de liberté aux peuples de l'Europe de l'Est, ceux de l'Ouest semblent être restes, comme par le passe, blottis dans le giron américain et soumis aux exigences et a la tutelle des Etats-Unis. Plus grave encore, beaucoup des gouvernements de l'Est, passée la période de libération, paraissent maintenant vouloir imiter ceux de l'Ouest, et c'est donc l'ensemble de l'Europe qui donne ainsi l'impression d'aller a contre-courant des phénomènes historiques.
En effet, alors même que le pacte de Varsovie menaçait directement l'Europe occidentale d'une invasion massive et brutale, les pays européens n'auront jamais pu sceller une véritable union et se doter d'une force militaire capable de faire face a l'Armée rouge. Il aura donc fallu que 370 millions d'Européens fassent appel a 260 millions d'Américains pour les protéger contre 245 millions de Soviétiques. Et c'est aujourd'hui, alors que la menace soviétique a disparu, qu'avec Maastricht et Amsterdam intégration européenne s'accélère. Certes, celle-ci ne concerne pas le domaine militaire, mais, avec la disparition progressive des souverainetés nationales, elle oeuvre sur le terrain institutionnel et le paradoxe n'en est pas moins étonnant. Les pays d'Europe, qui n'ont pas fusionne face au danger de l'Est, sont en train de le faire quand rien ne le justifie plus. Ainsi, a époque du monde bipolaire, la seule façon pour eux d'exister aurait été de s'ériger en un troisième pole équivalant aux deux précédents. Et c'est au moment ou la planète, devenue multipolaire, offre aux nations, même petites, une plus grande latitude pour exister et agir que les Etats du vieux continent tentent de s'agréger en un pole monolithique et n'hésitent pas a brider la liberté de leurs peuples.

Ni chaos ni unité

De ce point de vue, l'Europe de Bruxelles semble totalement déconnectée des grands courants historiques. A leur façon, les responsables maastrichiens adhèrent aux thèses de la fin de l'histoire ou, plutôt, a celle d'une évolution prédéterminée et continue qui conduirait le monde du chaos vers unité. Aussi leur projet d'Europe s'inscrit-il dans cette conception linéaire de l'histoire selon laquelle le progrès ne s'accomplirait qu'a travers une unification graduelle de la planète.
Pourtant, cette vision d'une histoire uniformisant progressivement la terre ne correspond pas a la réalité. Jamais, par exemple, la planète ne se sera trouvée aussi unifiée qu'au début du vingtième siècle, quand l'Europe dominait le monde et rassemblait tous les peuples autour de sa commune civilisation. Or, depuis, contredisant la thèse déterministe, le courant est allé plutôt dans le sens de la diversité, puisqu'avec la décolonisation, et plus récemment avec la libération du monde soviétique, c'est le réveil des nationalités qui domine les phénomènes internationaux.

Dans la réalité du monde

Cet exemple, parmi tant d'autres, montre que l'histoire n'est pas déterminée, qu'elle ne s'écoule pas selon un plan préétabli, bref, qu'elle n'a pas de sens et ne pousse donc pas nécessairement vers une unification de l'humanité. En réalité, l'histoire n'est que le produit de la volonté des hommes et plus particulièrement des peuples et des nations qu'ils constituent. C'est donc le choc de leurs ambitions contraires, le rapport de force qu'ils établissent entre eux et les actions dont ils prennent l'initiative qui forgent le destin des civilisations. Aussi la nouvelle Europe doit-elle rompre avec cette vision utopique d'une histoire linéaire et réenraciner son action dans les réalités du monde actuel.
Il lui faut donc prendre acte de la fin du conflit Est-Ouest et s'émanciper des Etats-Unis. La tutelle américaine sur l'Europe, qui n'a plus aucune légitimité, ne peut que cesser au plus vite. Notre continent doit également tirer les conséquences de l'émergence d'un monde multipolaire et mettre a profit les possibilités nouvelles ainsi offertes aux nations de conserver leur souveraineté. La constitution d'une Europe fédérale est moins que jamais nécessaire. Enfin, en renouant avec une vision de l'histoire plus conforme a la réalité, l'Europe des nations doit prendre en compte les exigences du rapport de force entre les peuples et s'efforcer de redonner aux pays européens la puissance qu'ils ont perdue.

Indépendance et puissance

Sans puissance, en effet, il n'y a pas indépendance pour les nations et, sans indépendance, il n'y a plus ni souveraineté ni liberté pour les peuples. Indépendance est une exigence essentielle pour toute communauté nationale. Comparable au libre arbitre d'une personne, elle conditionne la capacité d'une nation a décider elle-même de son destin. Or, cette valeur autrefois si en vogue dans les discours politiques semble aujourd'hui presque totalement oubliée. Et pour cause : personne n'en parle jamais car tout le monde sait qu'elle a disparu ! Et d'expliquer que cette dépendance de la France et des pays européens résulte naturellement du processus de mondialisation des échanges qui a rendu tous les pays du monde interdépendants.
En raison de l'imbrication des économies, de la production de masse, de la dimension planétaire du commerce et des systèmes mondialises de télécommunications et de transports, indépendance des nations serait devenue une idée absurde et démodée. Peut-on affirmer pour autant que les Etats-Unis, première puissance mondiale, ne sont plus indépendants eux non plus ? Certainement pas, car, l'interdépendance étant pas neutre, les liens qui établissent entre les pays relèvent de la subordination ou de la domination. Des lors, les Etats les plus indépendants sont ceux qui disposent de la puissance. Puissance qui constitue aujourd'hui, dans le monde complexe ou nous vivons, la seule voie offerte aux nations pour conserver leur autonomie et rester libres de décider elles-mêmes de leur avenir.

Tel un athlète découragé

C'est dire le rôle déterminant de l'Europe des nations, qui, en restaurant la puissance des pays du continent, peut leur rendre leur indépendance et donc leur liberté et leur souveraineté. Or, une telle entreprise est parfaitement réalisable, car les nations d'Europe, qui jadis dominèrent le monde, détiennent ensemble tous les atouts pour redevenir une force de premier plan. Elles disposent encore d'une population nombreuse, dotée d'un haut niveau de qualification et d'une culture sans équivalent. Elles maîtrisent l'ensemble des sciences et des techniques et peuvent s'appuyer sur des économies qui, malgré les difficultés qu'elles traversent, figurent toujours parmi les plus riches et les plus développées de la planète. Le vieux continent possède donc sur son sol tous les instruments de la puissance.
Pourtant, il refuse aujourd'hui de s'en servir et, tel un athlète décourage, renonce avant même d'avoir combattu. N'est-il pas en effet pitoyable de voir les grands peuples européens capituler dans la bataille commerciale du GATT, se soumettre docilement a des organisations internationales qu'ils ne contrôlent plus et suivre pas a pas les Etats-Unis dans leur politique étrangère et dans leurs interventions militaires ?
De nos jours, les dirigeants des nations européennes se contentent d'accepter, d'imiter et de subir, en faisant croire qu'ils agissent de leur plein gré, alors qu'ils estiment ne pas avoir le choix. Toujours au deuxième plan et dans les seconds rôles, les pays du continent ne prennent jamais l'initiative d'une action d'envergure et n'osent en aucune façon s'opposer a la volonté des Etats-Unis d'Amérique.

La force et le bien

Afin de mettre un terme a cette humiliante situation, il est essentiel que la nouvelle Europe recherche sans complexe la puissance pour notre continent et rende aux nations qui la composent le goût et la capacité de s'inscrire de nouveau dans l'histoire. Encore faut-il, pour y parvenir, croire a la légitimité d'une telle démarche et considérer comme ineptes les états d'âme des faiseurs d'opinion pour qui indépendance est dépassée et la puissance assimilée au mal !
Quoi de plus absurde en effet ! Indépendance c'est la liberté, et la liberté est éternelle. Quant a la force, aucun philosophe ne l'a jamais assimilée au mal puisqu'elle constitue même, avec la tempérance, la prudence et la justice, l'une des quatre vertus cardinales. Procéder a ce genre d'amalgame, c'est confondre la fin et les moyens, car, s'il est vrai que la puissance peut être mise au service du mal, jamais la faiblesse n'a conduit au bien. C'est en revanche la force qui permet de protéger, de faire régner la justice et de garantir la liberté. Bref, la puissance est bénéfique et la refuser dans le monde dangereux, instable et oppressant qui est le notre, c'est accepter la servitude. Parce que sa mission première est de rendre leur liberté aux nations européennes, la nouvelle Europe oeuvrera donc au retour de la puissance sur le vieux continent, aussi bien par la force militaire que par l'action diplomatique.

Les nouvelles menaces

La force armée, qui fut de tout temps l'apanage des nations indépendantes et fortes, demeure en effet indispensable pour se prémunir contre les menaces et se faire respecter dans le monde. Aujourd'hui, il est vrai, le danger majeur qui, pendant des décennies, a pèse sur la France et ses voisins s'est évanoui avec l'effondrement du système soviétique. Et tous les dirigeants européens actuels d'en conclure aussitôt qu'on peut, sans risque, diminuer massivement les budgets militaires. Dans notre pays, on procède même a un véritable démantèlement de armée française : les régiments sont dissous les uns après les autres, les arsenaux fermes, les programmes d'armement diffères et, sous prétexte de supprimer le service militaire, on a tellement réduit le format de notre armée qu'elle ne pèsera bientôt pas plus que celle d'un Etat du tiers monde.
Les menaces ont-elles pour autant définitivement disparu ? Même a l'est de notre continent la stabilité n'est pas encore revenue et tout danger n'est pas écarte, car il suffirait de certains changements de régime intempestifs pour que des postures agressives réapparaissent et que des menaces nouvelles se manifestent.
Et que dire de la situation au sud de notre continent, la ou les Etats sont fragiles et ou les peuples, jeunes, nombreux et encore pauvres, sont travailles en profondeur par toutes sortes de courants intégristes ? Sans compter l'immigration massive des populations du Sud vers le continent européen qui peut être demain, si le rapport de force nous devient défavorable, une source de conflit international dont le terrorisme islamique constitue un signe avant-coureur particulièrement inquiétant.
Les foyers menaçants peuvent cependant se trouver localises ailleurs qu'aux confins immédiats de l'Europe occidentale, car, dans le monde d'aujourd'hui, ou les intérêts des nations s'interpénètrent de plus en plus, l'agression peut venir de la ou personne ne l'attend. Qui peut dire par exemple qu'un conflit comme le blocus pétrolier de 1973 ne se reproduira jamais, au besoin sous d'autres formes, pour d'autres matières et en d'autres lieux ?

Pour faire face

C'est pourquoi il est scandaleux de désarmer la France et les nations européennes, car, si demain notre pays ou notre continent se trouvait confronte a un réel danger, il serait pris au dépourvu et incapable de faire face. Une menace grave peut en effet se concrétiser en quelques mois alors qu'il faut dix ans pour faire aboutir un programme d'armement. Le maintien d'une armée digne de ce nom est donc une nécessite majeure de protection et de survie. Nécessite d'autant plus impérieuse que, loin être inutile en temps de paix, la force militaire constitue également un instrument politique dans les relations internationales.
La puissance armée demeure en effet un argument implicite et permanent au service d'une nation pour se faire respecter dans ses relations extérieures. Et, s'il n'est pas question de justifier ici le moindre chantage agressif, force est néanmoins de reconnaître qu'un peuple disposant d'une puissance militaire d'envergure impose le respect et s'assure une prééminence naturelle sur les autres pays. Les Etats-Unis constituent a cet égard une parfaite illustration de cette vérité immémoriale. Qui peut croire en effet qu'ils disposeraient d'une telle influence dans le monde s'ils ne devaient compter que sur leurs seuls atouts économiques ? A n'en pas douter, la suprématie américaine vient aussi, et peut-être surtout, de son armée, la plus forte du monde. Aussi la nouvelle Europe, si elle veut rendre la puissance aux nations qui la composent, doit-elle se préoccuper de la question militaire.

L'Europe otanisée

La première initiative a prendre dans ce domaine concerne la remise en cause de l'Alliance atlantique qui, depuis sa création en 1949, reste totalement contrôlée, et a tous les niveaux, par les Etats-Unis, avec l'appui sans faille de la Grande-Bretagne. Cette organisation, qui tirait sa légitimité de la menace soviétique contre laquelle elle avait été mise sur pied, a perdu l'essentiel de sa raison être lors de la disparition du pacte de Varsovie. Si donc les Américains cherchent a tout prix a préserver cette alliance, c'est qu'elle représente pour eux le moyen privilégie de maintenir leur tutelle sur l'Europe occidentale. Avec ce dispositif, ils font en effet coup double : ils empêchent la constitution d'une puissance militaire propre aux pays européens et ils placent les armées du vieux continent sous leur contrôle direct. Cette emprise américaine est tellement réelle que jamais les nations d'Europe n'auront pu obtenir la création d'un pilier européen de l'Alliance. Toutes les offensives diplomatiques qu'ils auront lancées en ce sens se seront brisées devant la volonté des Etats-Unis. A tel point que les Américains conservent pour l'un des leurs, non seulement le poste de commandement suprême de l'Alliance en Europe, mais aussi le commandement sud, pourtant timidement réclamé par les Européens. Malgré le souhait exprime par les dirigeants du continent, ce n'est donc pas l'Otan qui aura été européanisée mais l'Europe qui restera otanisée. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement avec la classe politique actuelle ? N'est-ce pas M. Chirac qui, de son propre chef, a engage, après l'effondrement de l'URSS, un processus de réintégration de la France dans l'organisation militaire de l'Alliance atlantique, alors même que le général De Gaulle l'en avait fait sortir en pleine guerre froide ?

L'Alliance militaire

D'ailleurs, l'Otan est devenue aujourd'hui un instrument militaire de plus en plus mal adapte a la maîtrise des crises susceptibles de secouer le continent européen. En effet, les aléas de la politique intérieure des Etats-Unis, avec un Congres qui peut basculer a tout moment dans l'isolationnisme, rendent incertaine toute intervention américaine au profit du vieux continent.
Pour mettre un terme a cette situation humiliante et dangereuse, la nouvelle Europe doit donc dénoncer l'Otan et proposer une alliance militaire européenne. Que la France et les autres pays du continent se retirent de cette organisation et prennent en charge ensemble la défense et la sécurité de l'Europe !
Pour ce faire, la bonne méthode ne consiste pas a créer une nouvelle CED et a procéder, comme avec l'eurocorps franco-allemand, a une quelconque intégration des armées nationales au sein d'une utopique armée européenne. Les forces militaires constituant, plus encore que la monnaie, le coeur de la souveraineté d'une nation, il n'est pas question de les placer sous une quelconque tutelle supranationale. La solution réside donc dans la création d'une authentique alliance, comparable a elles que les nations souveraines de l'Europe ont nouées entre elles lors des grands conflits continentaux du passe. Cette alliance, qui constituera un pacte de coopération intègre au dispositif institutionnel de l'Europe des nations, permettra en effet d'instaurer une collaboration efficace entre les pays concernes, tout en respectant leur souveraineté et l'intégrité de leurs forces armées.

Une Otan européenne

L'organisation de cette alliance pourrait s'inspirer du schéma actuel de l'Otan dont efficacité technique n'est pas contestable. Elle serait bien sur soumise a autorité du Conseil des nations et placée au quotidien sous la responsabilité d'un Comité des nations fonctionnant comme un exécutif permanent. Lui seraient adjoints un secrétariat général et, sur le plan militaire, un comité des plans et un état- major intègre qui, en cas de conflit, assurerait le commandement des forces armées mobilisées et mises a disposition par les Etats. En temps normal, cette coopération en matière de défense portera sur le maintien d'une infrastructure militaire et sur la politique d'armement. L'Alliance devrait maintenir en permanence sur le territoire européen un ensemble logistique constitue de matériel, équipements, de munitions et de vivres ainsi que l'infrastructure de transports correspondante. Elle aurait aussi a mettre sur pied un système de communication performant calque sur le dispositif Otan ainsi qu'un réseau de surveillance et de contrôle des domaines terrestre, maritime, aérien et spatial.
Quant a la coopération en matière d'armement, elle doit d'abord mettre fin a l'absurdité de la situation actuelle qui permet a certains Etats européens d'acheter leur matériel aux Américains, alors que d'autres, telle la France, éprouvent de graves difficultés a maintenir en activité leurs arsenaux, faute de débouchés suffisants. L'Alliance militaire européenne devra donc veiller a ce que l'intégralité des armements achetés par les pays européens soient fabriques en Europe par des industries nationales. Il s'agit la d'un impératif de solidarité économique, mais aussi et surtout indépendance stratégique, car un pays, ou un ensemble de pays, ne peut rester souverain s'il est soumis, pour ses approvisionnements en matériel militaire, au bon vouloir d'une nation étrangère. Il appartiendra donc a l'Alliance de mettre en oeuvre une politique d'armement concertée, propre a assurer l'autonomie européenne dans le domaine des armes classiques.

Le nucléaire et la technologie

Pour ce qui concerne les forces stratégiques, il revient a la France de prendre ses responsabilités, car, la Grande-Bretagne restant dans ce domaine subordonnée aux Américains, notre pays est actuellement le seul, au sein de l'Europe des nations, a disposer en toute indépendance de l'arme nucléaire. Celle-ci, bien qu'aujourd'hui affaiblie par plusieurs décisions élyséennes absurdes, demeure une menace crédible pour tout agresseur potentiel et ceci pendant encore une dizaine années. Pour préparer l'avenir de cet atout militaire essentiel, notre pays devra se réserver la possibilité de procéder de nouveau, si nécessaire, a des essais nucléaires, les traites d'interdiction signes par M. Chirac pouvant être dénoncés dans les formes.
Enfin, la nouvelle Europe devra s'efforcer de combler le retard pris par les Etats européens dans les secteurs stratégiques que constituent l'électronique militaire, les moyens d'observation et de communication par satellite, les moyens de transports a grande échelle et tous les armements de haute technologie. La guerre du Golfe a montre combien la puissance militaire passe désormais par la maîtrise des techniques de pointe et quelle tache les nations d'Europe ont encore a accomplir pour pouvoir égaler les Américains dans ce domaine.

Aussi forte que les Etats-Unis

Le vieux continent détient, n'en doutons pas, les moyens scientifiques, techniques et industriels de mener a bien une telle ambition en matière d'armement. Quant aux moyens financiers nécessaires, ils dépendent de décisions politiques qui devront être prises par les nations européennes. L'Alliance militaire qu'elles peuvent former n'a en effet de sens que si chaque Etat qui y participe accepte d'augmenter significativement son budget de défense afin que l'effort global consacre par l'Europe a ses moyens militaires atteigne celui que les Américains mobilisent pour leur armée.
Semblable objectif n'a rien d'utopique, car l'Europe, rappelons-le, est plus peuplée et aussi riche que les Etats-Unis. Des lors, si toutes les nations concernées du continent consacrent aux dépenses militaires le même pourcentage de PIB que Washington, elles pourront disposer globalement d'un budget comparable a celui du Pentagone et constituer de ce fait des forces aussi nombreuses et aussi bien armées que celles des Etats-Unis. Certes, il s'agit dans un cas d'une armée fédérale intégrée et dans l'autre d'une juxtaposition armées nationales coordonnées, mais, pour peu que l'Alliance militaire européenne joue pleinement son rôle, les pays européens pourraient jouir d'une sécurité et d'un poids politique sans commune mesure avec ce qu'ils connaissent aujourd'hui.

Sans obérer les souverainetés

De plus, ils disposeraient de cet atout majeur sans pour autant obérer leur souveraineté nationale, car les forces militaires concernées resteraient sous autorité de leurs gouvernements respectifs qui pourraient les utiliser comme ils l'entendent a leur seule initiative. Ce n'est qu'en cas de menace contre le territoire ou les intérêts d'un pays européen et a sa demande que l'Alliance pourrait être amenée a jouer un rôle opérationnel en mobilisant et en coordonnant les moyens nécessaires.
On mesure alors le formidable avantage que représenterait un tel outil militaire européen. Alors que leurs forces armées conserveraient leur caractère national et les prérogatives qui s'y rattachent, les pays européens disposeraient globalement, en toute autonomie, d'une puissance militaire comparable a celle des Etats-Unis. Leur poids dans le monde s'en trouverait considérablement renforce, ils recommenceraient de compter a échelle de la planète et seraient a nouveau en mesure de faire prévaloir leurs vues et leurs projets.
Aussi est-il important de concevoir, au service de la puissance européenne, un deuxième domaine de coopération portant, lui, sur le volet diplomatique.

Le plus petit commun dénominateur

Dans le domaine des relations internationales, l'Europe bruxelloise a instaure de son cote une politique étrangère et de sécurité commune désignée du sigle barbare de PESC. Cette initiative aux contours et aux principes mal définis s'est soldée jusqu'à présent par un véritable fiasco. Hormis la supervision de quelques élections dans des pays tiers et le financement de certaines zones défavorisées, la PESC s'est surtout signalée par son inexistence. Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement ? Cette PESC instaure en effet des procédures de consultation complexes pour pousser les Etats a adopter une même politique étrangère. Quoi de plus absurde et de plus malsain, alors que, chacun le sait, les nations souveraines ont, par définition, des intérêts divergents et ne peuvent donc, a moins de renoncer a leur indépendance, s'accorder sur une politique extérieure commune ? En l'occurrence, la PESC les conduit donc a se mettre d'accord sur le plus petit commun dénominateur susceptible être en cohérence avec leurs politiques respectives. Et l'imbroglio des procédures accouche, après des délais considérables, d'une position commune affligeante de platitude et d'inefficacité. On a d'ailleurs vu, a l'occasion du conflit bosniaque, comment cette méthode a conduit l'Europe bruxelloise a étaler son impuissance et ses contradictions.

La Chambre des conflits

Il faut donc, la encore, rompre avec les méthodes maastrichiennes et imaginer pour l'Europe des nations un autre schéma respectant la souveraineté des peuples. Loin de vouloir brider les Etats et chercher a leur imposer une politique étrangère commune, il faut au contraire les laisser totalement maîtres de leurs actions internationales et ne prévoir une intervention de la nouvelle Europe qu'en cas d'antagonisme majeur entre pays du continent. A cette fin, pourrait être créée une institution de sécurité collective, appelée Chambre de règlement des conflits, destinée a apporter une solution aux affrontements du type de ceux qui ont fait rage ces dernières années sur le territoire de l'ex-Yougoslavie.
N'est-il pas en effet humiliant pour les peuples européens que de tels troubles soient l'occasion pour des puissances extérieures a l'Europe d'intervenir au coeur de notre continent ? Si l'Europe doit redevenir un pole de puissance, elle ne peut plus tolérer l'intervention sur son sol de troupes ou de gouvernements étrangers, de même qu'elle ne doit plus accepter l'immixtion dans ses affaires d'organisations extra-européennes. Pour éviter ces intrusions et tenter de résoudre les graves différends qui peuvent survenir sur son territoire, la nouvelle Europe doit se doter d'une instance propre de règlement des crises, comparable, a échelle de l'Europe, au Conseil de sécurité de l'Onu. Emanation du Conseil des nations, cette Chambre des conflits, qui pourrait être saisie de toute tension sérieuse entre pays européens, devrait rendre des arbitrages et prendre des mesures incitatives pour les faire appliquer.

Un peuple sur une terre

Pour être légitime, cette institution devrait rassembler tous les Etats européens concernes et leur faire approuver une charte fondatrice sur la base de laquelle les décisions pourraient être rendues. Bâtie sur le principe national, cette charte garantirait a chaque nation le droit de s'organiser comme telle sur un territoire qui lui soit propre. Elle pourrait prévoir le principe de l'autodétermination des populations, l'intangibilité des frontières, sous réserve de modifications mineures approuvées par référendum, ainsi que la protection des minorités. Cet organisme de sécurité européen pourrait ainsi contrôler plus efficacement les conflits qui éclatent dans l'Est de l'Europe. Car, contrairement a ce qu'affirment certains, ces affrontements ne sont pas dus a un nationalisme exacerbe, mais sont plutôt la manifestation d'un sentiment national bafoue. C'est parce que l'on veut faire vivre ensemble des populations qui se disputent une même terre que les conflits perdurent et dégénèrent. Des lors, pour y mettre fin, est-il essentiel d'appliquer au mieux le principe de la charte : un peuple sur une terre !

Récuser l'Onu

Certains feront sans doute valoir que l'Europe des nations serait mieux avisée de ne pas se préoccuper de ces affrontements et de s'en remettre a d'autres pour tenter de les régler. Semblable dérobade ne serait cependant pas compatible avec le principe de la puissance et de indépendance. La nouvelle Europe, qui revendique en effet la force et la liberté, doit accepter en contrepartie les charges et les contraintes qui s'y attachent.
Contrairement a l'Europe de Bruxelles qui, avec l'Onu et l'Otan, perd son indépendance collective en se déchargeant sur des organisations étrangères au continent, la nouvelle Europe doit assumer ses responsabilités et, pour faire respecter son autonomie, récuser toute initiative de l'Onu concernant d'éventuels conflits situes sur son territoire, exactement comme le ferait la France, par exemple, si elle était visée par une résolution de l'institution new-yorkaise. Pour mettre en oeuvre ce principe, notre pays dispose d'ailleurs de son droit de veto a l'Onu, droit qui pourrait s'exercer systématiquement chaque fois que la crise concernée serait de la compétence de la Chambre européenne de règlement des conflits. Ainsi la nouvelle Europe retrouverait-elle a échelle de la planète une autorité et un prestige capable de forcer le respect.

Le modèle alternatif

L'ensemble de ce dispositif sera encore renforce par la stratégie commune de la nouvelle Europe pour imaginer un nouveau modèle des relations internationales et tenter de le faire prendre en compte par les nations du monde dans leurs conceptions et leurs pratiques des échanges multilatéraux.
Actuellement, en effet, les Etats-Unis sont seuls a avoir développe une conception globale de l'organisation de la planète fondée sur une vision mondialiste qui leur est propre et qui les sert. En prônant un nouvel ordre mondial, ils se sont dotes d'un discours par lequel ils légitiment leur ingérence et leur hégémonie. Et, si de nombreux pays, de par le monde, perçoivent que cette idée d'ordre planétaire peut leur être néfaste et profite prioritairement aux Etats-Unis, ils ont été impuissants jusqu'à présent a lui opposer un schéma de remplacement.
C'est donc a l'Europe des nations, et a la France en particulier, d'élaborer ce modèle alternatif des relations internationales et de le faire valoir dans le monde. Nouveau concert des nations dont la mise en oeuvre pourrait constituer l'objectif du second volet de coopération diplomatique propre a la nouvelle Europe. Chacun des pays du vieux continent se trouvant, a échelle de la planète, dans la même configuration géopolitique peut en effet avoir interêt a promouvoir une même vision globale de l'organisation du monde. Il s'agirait donc pour les pays européens de définir et d'adopter un projet unique constituant en quelque sorte la référence commune de chaque diplomatie nationale. Continuant d'oeuvrer d façon libre et décentralisée, les nations d'Europe conserveraient leur souveraineté, mais, partageant un but commun, elles agiraient de façon convergente et complémentaire pour faire triompher leur projet.

Le nouveau concert des nations

Fonde sur le principe national, ce nouveau concert des nations prendrait le contre-pied du discours américain. Alors que l'un prône la mondialisation de la planète, l'affaiblissement des nations par leur soumission a des organisations multilatérales et la dérégulation systématique de économie mondiale, l'autre reconnaîtrait le fait national comme incontournable, rétablirait le principe bénéfique des frontières et militerait pour une régulation générale des échanges. Alors que l'un va dans le sens du nivellement et du brassage, l'autre préconiserait le respect des différences et des identités.
Concrètement, ce modèle européen oeuvrerait pour une régulation des mouvements économiques et des courants migratoires. Il s'agirait dans les trois cas de mettre un terme a un libéralisation excessive pouvant conduire a de graves distorsions, sinon a des conflits majeurs. Et d'instaurer des mécanismes visant a contrôler ces différents courants d'échange de façon qu'ils ne se fassent pas contre la volonté d'une nation et qu'ils cessent de provoquer des déséquilibres humains ou sociaux.

Au bénéfice des peuples

Ainsi, dans le domaine commercial, cette régulation pourrait se concrétiser par la mise en place de systèmes écluses aux frontières des grands ensembles économiques homogènes, procède qui permettrait éviter la pratique d'une concurrence déloyale dans les pays développes, mais aussi de mettre un terme a une exploitation éhontée de la main-d'oeuvre dans certains pays du tiers monde. S'agissant de la circulation des capitaux, la régulation a instaurer viserait a atténuer les effets, déstabilisateurs pour les économies, de la circulation parfois erratique de masses financiers colossales qui franchissent les frontières a la vitesse d'une transmission de donnée informatique. Quant au dispositif de contrôle des mouvements migratoires, il devrait prévoir une responsabilité des pays d'émigration et une coopération financière accrue entre les pays du Sud et ceux du Nord pour la limitation des flux de population et le retour chez eux des immigres. Pareille conception, fondée sur le droit des peuples a indépendance et a la souveraineté et sur une aide renforcée a égard des pays du tiers monde, pourrait contrebalancer avec efficacité le schéma du nouvel ordre mondial américain. La nouvelle Europe, brandissant cet étendard, ne resterait pas isolée et, ralliant de nombreux pays a son projet, serait susceptible, non seulement de créer un nouveau pole géopolitique, mais aussi de faire prévaloir une autre organisation du monde, plus bénéfique pour les peuples et les nations de la terre.

Le premier pôle

Ainsi conçue, la coopération des pays européens dans le domaine militaire et diplomatique permettra de rendre a l'Europe et aux patries qu'elle rassemble la puissance et le prestige qu'elles ont aujourd'hui perdus. Notre continent pourra redevenir un pole majeur vers lequel se tourneront les peuples et les Etats de la planète. Sans perdre leur souveraineté, les nations européennes cesseront de subir et de jouer les figurants, pour être a nouveau maîtres de leur destin et capables d'écrire l'histoire. Toutes ensemble, elles retrouveront la place qui aurait toujours du rester la leur : la première.



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