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La nouvelle Europe

Sommaire:
Introduction: Le nœud gordien
Chapitre 1: La voie unique
Chapitre 2: Les deux Europe
Chapitre 3: Le nouveau traité
Chapitre 4: La communauté de civilisation
Chapitre 5: La guerre économique
Chapitre 6: La liberté monétaire
Chapitre 7: Le renouveau agricole
Chapitre 8: La volonté de puissance
Chapitre 9: La France en tête
Conclusion: Le retour du possible


Chapitre 9
La France en tête

Loin d’être une construction de l'esprit, la nouvelle Europe peut devenir demain une réalité politique et institutionnelle. Ceux qui la considèrent comme utopique et qui refusent d'envisager d'autres voies que celles de la construction bruxelloise abusent l'opinion ou se trompent eux-mêmes. Ils semblent ne pas voir que l'Europe supranationale du traite de Maastricht comporte trop de complexité et de contradictions internes pour ne pas connaître demain une crise de grande ampleur. Or, si pareille situation se présente, le projet d'Europe des nations pourrait bien s'imposer comme la meilleure formule pour succéder a une Europe bruxelloise a bout de souffle. Pour provoquer cette mutation, il suffirait que notre pays, qui occupe une position géopolitique et idéologique déterminante sur le continent, prenne les initiatives politiques et stratégiques majeures susceptibles de précipiter les événements. Dans une telle perspective, la nouvelle Europe pourrait voir le jour, et la France, qui aurait été le promoteur de cet avènement, se retrouver en tête des nations européennes.

Personne n'y croit

Pour beaucoup de nos compatriotes, en effet, l’idée d'une Europe des nations correspond a leurs aspirations véritables et ils seraient même une écrasante majorité a l'approuver si celle-ci leur était proposée. En revanche, la plupart des Français nourrissent une grande méfiance a l’égard de l'Europe maastrichienne qu'ils saisissent mal et qui les inquiète. Ils ne veulent cependant pas pour autant que la France se coupe de ses voisins et s'isole dans une démarche autarcique et archaïque. Chacun pourrait donc se retrouver dans l'Europe des nations, mais personne aujourd'hui n'y croit, car tous les ténors de l’établissement la présentent comme impossible, utopique et irréaliste.

La roue a cliquet

Les dirigeants de la classe politico-médiatique expliquent en effet que l'Europe de Maastricht est la seule voie possible et qu'en interrompre le processus provoquerait une catastrophe qui nous renverrait dans les affres de la division et de l'isolement. Tout ce qui a été fait serait selon eux totalement irréversible et il ne serait pas possible de revenir sur l'Union douanière, sur le Marche unique ou sur la Politique agricole commune, sans parler de l'euro, de Schengen ou de la construction institutionnelle. A croire que l'Europe bruxelloise fonctionne comme une roue a cliquet qui ne peut tourner que dans un sens et qui se bloque quand on veut l'actionner en sens inverse.
D'ailleurs, les traites sont la, nous dit-on, ils engagent la parole de notre pays, lient notre peuple et nos dirigeants. Et rien dans le traite de Rome, de Maastricht ou celui d'Amsterdam n'autorise la moindre remise en cause, car le droit de sécession n'est pas reconnu dans les textes communautaires. Même si elle en avait la volonté, la France ne pourrait donc pas revenir sur ses engagements, d'autant que ses partenaires ne seraient pas d'accord. Quel que soit l’intérêt du projet d'Europe des nations, la France, en effet, ne pourrait pas le mettre en oeuvre toute seule, il lui faudrait pour ce faire l'appui d'autres pays européens partageant ses vues. Or, actuellement, aucune nation européenne ne semble prête a de tels bouleversements. Des lors, si elle ne veut pas s'isoler complètement, notre nation n'a d'autre solution que de rester dans le giron de la structure bruxelloise et d'accompagner ses diverses évolutions.

C'est impossible

Sans compter que l'Europe elle-même n'est pas seule, puisqu'elle a pris de son cote d'innombrables engagements avec d'autres pays dans le monde, lesquels devraient être dénoncés pour réaliser l'Europe des nations. Or, ces accords eux aussi seraient irréversibles et ne pourraient donc pas être rompus. D'autant qu'un certain nombre d'entre eux ont été conclus avec les Etats-Unis d’Amérique, la plus grande puissance mondiale, et qu'il ne serait pas possible de revenir sur ces textes sans provoquer leur courroux. L'Europe s'exposerait en effet a des représailles, elle serait accusée de ne pas jouer le jeu de la communauté internationale et du nouvel ordre mondial.
Bref, nous disent les maîtres penseurs de l’établissement, vouloir réaliser l'Europe des nations est a la fois absurde et scandaleux. Nous sommes lies par d'innombrables fils qui nous tiennent et dont nous ne pouvons nous défaire. L'Europe des nations, c'est impossible !

Derrière les bons sentiments

Rien cependant n'est plus faux que cette vision déterministe et négative de la réalité. Croire que la France et les pays du continent sont définitivement prisonniers de la construction bruxelloise, c'est ne rien comprendre a la nature de cette entreprise, ni a la réalité des phénomènes politiques et des grands courants historiques.
L'Europe de Maastricht est en effet très loin de fonctionner de façon idyllique, car, derrière la façade des bons sentiments et des bonnes intentions, se dissimule en réalité une machine de plus en plus lourde et de plus en plus contestée. L'incroyable complexité institutionnelle de l'Union européenne ne cesse de se développer a mesure que celle-ci s'arroge de nouvelles compétences et qu'elle accepte de nouveaux membres. Prenant par ailleurs toujours plus de responsabilités, l'Europe bruxelloise est amenée a s'exposer de plus en plus au mécontentement des peuples, perdant ainsi l'image positive qui était la sienne, sans gagner pour autant une légitimité que son caractère anonyme l’empêche d’acquérir.
L’instabilité devient alors une caractéristique récurrente de la structure maastrichienne car, son fonctionnement et ses résultats n’étant pas satisfaisants dans le présent, il faut sans cesse répéter qu'ils seront meilleurs dans l'avenir pour peu que l'on renforce encore ses prérogatives. Et les responsables bruxellois d'expliquer que les difficultés de la Communauté ne seraient pas dues a un excès d'Europe, mais a une insuffisance de celle-ci. Il s'agit donc pour eux d'aller toujours plus loin et de passer de l'Acte unique au traite de Maastricht et du traite d'Amsterdam au prochain texte en préparation, tout en affirmant que, si l'on ne franchit pas l’étape suivante, c'est l'ensemble de l’édifice qui va s'effondrer. Ainsi, lors du référendum sur le traite de Maastricht, les européistes ont-ils arrache un vote positif aux Français en agitant l’épouvantail d'une catastrophe en cas de refus.

Quitte ou double

Le recours au chantage n'est d'ailleurs pas occasionnel et constitue même l'un des éléments principaux du processus bruxellois de la construction européenne. Celle-ci reposant sur une instabilité structurelle qui nécessite d'aller toujours plus loin, le chantage se révèle en effet indispensable pour progresser selon la méthode du quitte ou double.
Une telle dynamique a d'ailleurs été délibérément voulue par les responsables européistes, car c'est elle qui permet de construire pas a pas une structure supranationale sans l'accord des peuples. En effet, l'Europe bruxelloise respecte apparemment les nations, mais elle comporte en son sein tous les germes rendant possible sa transformation progressive en une fédération sans que quiconque en prenne réellement conscience. Des lors, sur le chemin qui la mène du schéma confédéral au système fédéral, elle se trouve en perpétuel déséquilibre. Fonctionnant a moitié selon le principe de la coopération, a moitié selon celui de l’intégration, elle ne gagnera sa stabilité, si tant est qu'elle y parvienne, que le jour ou elle aura soumis les nations a un pouvoir supranational incontesté.
Nous en sommes encore loin et la réside la principale faiblesse de l'Europe bruxelloise, car il suffit que sa marche en avant soit interrompue pour que l’édifice tout entier se trouve déstabilise. Or, plus le temps passe et plus les forces de résistance au mécanisme bruxellois se multiplient et prennent de l’intensité. Une course de vitesse est même engagée entre ce processus institutionnel et un double phénomène qui, celui-là, concerne les peuples, a savoir la montée du nationalisme et le rejet du mondialisme. Ainsi se caractérise en effet le piège dans lequel est prise en tenaille l'Europe bruxelloise : au moment ou elle accélère son entreprise supranationale, le sentiment national se réveille sur le vieux continent.

Le regain national

La nouvelle situation géopolitique a laquelle a donne naissance la fin de l'affrontement des deux blocs Est-Ouest a en effet dote les nations d'une nouvelle capacité d'existence et d’indépendance qui leur permet de revendiquer leur souveraineté plus facilement que par le passe. Ainsi, l'effondrement de l'URSS et la disparition de l'antagonisme lie a la guerre froide sont allés de pair avec le renouveau du sentiment patriotique dans l'Est de l'Europe. Partout, dans cet ancien glacis soviétique, les peuples se sont réveillés, cherchant a retrouver leur expression nationale en même temps qu'ils se libéraient du joug communiste. C'est le cas par exemple de la Lituanie, de la Lettonie et de l'Estonie pourtant placées sous domination soviétique pendant plus de cinquante ans. De même, la Slovaquie s'est séparée de la République tchèque, et les peuples de l'ex-Yougoslavie ont voulu, dans la violence hélas, recouvrer leur autonomie. Sans parler des autres nations, Pologne, Hongrie, Roumanie, ou l'esprit nationaliste s'exprime avec vigueur.
En Europe occidentale, ce regain du sentiment national s'est traduit par l’émergence de nombreux mouvements patriotiques plus ou moins organises, qui obtiennent des résultats électoraux encore très contrastes selon les pays, mais qui tous s'affirment comme le signe d'une profonde renaissance nationale. De fait, le sentiment patriotique retrouve droit de cite et revêt une ampleur qui va bien au-delà de l'audience actuelle de ces mouvements.

Le rejet du mondialisme

Ce phénomène est renforce et relaye dans la société française, comme dans celle des autres pays européens, par un profond courant, plus important encore que le précèdent, de rejet du mondialisme. Pour l'instant plutôt larve et informel, il se manifeste essentiellement contre les conséquences économiques et sociales de cette idéologie et beaucoup moins contre son expression politique ou institutionnelle.
Ainsi, en France, les grandes grèves de 1995 ont-elles été principalement provoquées par le refus de la dérégulation et de la précarité causées par la concurrence sauvage et le libre-échangisme mondial. Ainsi a-t-on pu constater que les plus grandes manifestations de rues ont été organisées a cette occasion dans des villes comme Marseille ou le non a Maastricht avait remporte, lors du référendum de 1992, une écrasante majorité. Depuis lors, le phénomène de mondialisation présente par l'ensemble de l’établissement comme bénéfique et inévitable a cesse de faire l’unanimité. Beaucoup de voix divergentes se sont élevées pour avancer l’idée que tout était peut-être pas positif dans ce mécanisme implacable et qu'il y avait peut-être lieu de chercher a le maîtriser et a le réguler. Certains membres de l’établissement allant même jusqu’à plaider pour un retour des valeurs traditionnelles, nationales et identitaires comme antidote aux maux de notre société.
Ce double phénomène de rejet du mondialisme et de renaissance nationale a éclate de façon inattendue a l'occasion de la Coupe du monde de football de 1998. Malgré le caractère mondialise du discours officiel, obnubile par la composition ethnique de l’équipe de France, la victoire de notre nation a été l'occasion d'une véritable explosion de sentiment patriotique. Drapeaux tricolores, Marseillaise, liesse dans les rues, ce succès a montre combien, dans ses profondeurs, notre peuple est avide d'expression nationale et de succès pour notre patrie. Tout semble donc le prouver : en réaction au phénomène de mondialisation et en opposition a idéologie mondialise prônée par les établissements occidentaux, la fin du vingtième siècle est marquée par la naissance d'un puissant courant de renouveau national.

Le blocage annonce

Cette donnée incontournable crée pour l'Europe de Maastricht une situation nouvelle et particulièrement critique. Alors qu'elle est engagée dans un processus d’intégration de plus en plus difficile a faire admettre depuis qu'il révèle son caractère supranational, elle doit affronter la montée d'un profond sentiment de rejet du mondialisme. Comme, par ailleurs, la complexité de la machine maastrichienne ne cesse de grandir a mesure que ses responsabilités augmentent et que le nombre de ses membres s’accroît, toutes les conditions sont donc réunies pour un blocage du système dans les années qui viennent.
Conscients de ce danger, certains responsables bruxellois s'efforcent d’éviter l'enlisement en accélérant les reformes institutionnelles pour atteindre au plus vite le stade fédéral. Mais, outre qu'il reste encore beaucoup de chemin a parcourir pour y arriver, une telle pression ne fera qu'exacerber la résistance des peuples et l'opposition de certains Etats.
En réalité, pour qui connaît bien la Communauté, l’arrêt de la machine bruxelloise est d'ores et déjà prévisible et la vraie question est de savoir comment les nations d'Europe pourront sortir de l'impasse ou elles vont se trouver. La situation est en effet celle d'une terrible et brutale contradiction : la mécanique européiste est conçue pour détruire les nations, or celles-ci refusent de mourir. A l’évidence, le remède a la crise, qui parait donc inévitable, réside dans le schéma de l'Europe des nations.
Qu'une nation se lève

L’idée d'une nouvelle Europe n'est donc pas un contre-projet qui viendrait contrarier une réalité saine et légitime, mais au contraire une entreprise positive capable de dénouer une situation en voie de blocage et de substituer a une construction mouvante et absurde un édifice stable et clair. Aussi la mise en oeuvre de cette Europe des nations sera-t-elle plus simple que certains ne le prédisaient, car il suffira qu'une nation se lève et prenne les initiatives appropriées pour que la crise larvée se cristallise et que s'ouvre la voie pour la nouvelle Europe.
Cette nation est, a n'en pas douter, la France, qui détient, a cet égard, de nombreux atouts, a commencer par la position stratégique qu'elle occupe dans le dispositif européen. Ayant été parmi les six pays a l'origine du traite de Rome et même, avec l'Allemagne et l'Italie, parmi les trois grands pays fondateurs, elle dispose dans édifice européen d'une légitimité indéniable. Avec son territoire situe au coeur de l'Europe, elle jouit de surcroît d'une position géopolitique centrale a la croisée des influences nordiques, germaniques et latines. Alors que l'Union européenne peut parfaitement se passer d'autres nations plus périphériques, une Europe sans la France serait difficile a envisager, car son absence créerait une rupture territoriale lourde de conséquences.
La France demeure par ailleurs l'un des plus grands pays du continent. De par l'importance de sa population de cinquante-huit millions d'habitants, la deuxième d'Europe avec la Grande-Bretagne, de par son PIB de 8200 milliards de francs, le deuxième du continent derrière l'Allemagne, de par sa force nucléaire stratégique indépendante, la troisième du monde, elle pèse d'un poids déterminant dans l'ensemble européen.

La France nationaliste

Sur le plan intérieur, notre pays est aussi de tous les grands Etats d'Europe le plus nationaliste. Ayant subi l'influence du gaullisme pendant seize ans et encore imprègne de son discours sur l’indépendance et la grandeur de la France, il est aujourd'hui celui qui connaît le mouvement national le plus fort d'Europe avec un parti national a plus de 15 p. cent des voix, en pleine expansion de surcroît. Plus encore, et au-delà même de l'aspect politique, notre pays se révèle, dans ses profondeurs, hostile a Maastricht et très favorable a l'Europe des nations.
En effet, nos compatriotes sont a la fois profondément attaches a la France et a l’idée européenne et, s'ils paraissent parfois divises entre européistes et nationalistes, c'est parce qu'on les a toujours places devant un choix impossible a leurs yeux : défaire la France ou faire capoter l'Europe. Ainsi, alors qu'une moitié des Français a rejeté le traite de Maastricht avec 49 p. cent de voix hostiles a sa ratification, l'autre moitié l'a adopte sans enthousiasme, comme si elle soutenait l'Union européenne par défaut. Mais, si le projet équilibre d'Europe des nations, qui renforce a la fois l'Europe et les nations, leur était propose, nul doute que l'immense majorité des Français serait en mesure d'y adhérer par delà les oppositions traditionnelles entre la droite et la gauche. Et cette capacité de rassemblement constitue bien un autre avantage majeur pour la France qui fait de notre pays celui ou le projet d'Europe des nations pourrait rencontrer d’emblée le plus large soutien et susciter autour de lui un vaste rassemblement national.
Enfin, le dernier atout de la France est représenté par le Mouvement national lui-même. La encore, notre pays est actuellement la seule grande nation européenne ou un mouvement national est en situation d'arriver au pouvoir. Or, le Mouvement national et ses allies, assurant la direction de notre pays et disposant de la vision, de la volonté et de l'intelligence politique nécessaire, prendrait les initiatives qui s'imposent afin de promouvoir l'Europe des nations.

Les ruptures bénéfiques

Fort du soutien populaire qu'il pourra mobiliser et de la légitimité, de la puissance et des attributs géopolitiques qui sont les siens, notre pays pourra déclencher une grande stratégie de changement fondée sur le principe de la rupture bénéfique. Rien en effet ne sera possible par des amodiations, des inflexions ou des amendements qui ne pourraient en aucune façon modifier la nature du processus mondialise de Bruxelles. Pour enrayer la logique destructrice de Maastricht et engager une dynamique de reconstruction, il faut que se produise un choc suffisamment puissant que seule la France est en mesure de provoquer en prenant quatre décisions unilatérales de rupture.
La première d'entre elles consistera pour notre pays a mettre en oeuvre une reforme constitutionnelle visant a rétablir explicitement la supériorité du droit français sur le droit européen et a le reconnaître comme seul droit opposable au tiers sur le territoire national. De la sorte, la France retrouvera d’emblée sa souveraineté juridique puisqu'aucun texte ne pourra lui être impose.
La seconde rupture prendra la forme d'une dénonciation des accords de Schengen conduisant notre pays a réédifier ses frontières et a y rétablir des contrôles. La France retrouvera ainsi la plénitude de sa souveraineté territoriale et redeviendra maîtresse chez elle, décidant a nouveau qui peut pénétrer sur son territoire et y résider.
Par ailleurs, la France annoncera sa sortie de la monnaie unique et refera du franc sa monnaie nationale. Il lui faudra pour cela remettre la Banque de France a sa place en lui rendant ses prérogatives et laisser flotter le nouveau franc par rapport a l'euro. Ce faisant, elle retrouvera sa souveraineté monétaire.
Enfin, notre nation pourra appliquer une taxe exceptionnelle et temporaire sur toutes les importations de produits étrangers, y compris ceux en provenance de l'Union européenne. Un tel dispositif mettra en cause le libre-échangisme mondial et la concurrence sauvage, deux fléaux que la Commission bruxelloise tolère, voire encourage, dans le cadre actuel de l'Union douanière.

La souveraineté reconquise

L'ensemble de ces mesures, prises unilatéralement par la France, provoqueront, a n'en pas douter, une crise sérieuse dans le fonctionnement de l'Europe maastrichienne. Par ces dispositions, notre pays perturbera gravement des pans entiers du système bruxellois. La machine juridique supranationale fondée sur les règlements communautaires sera bloquée, le principe des frontières ouvertes et la politique d'immigration de Bruxelles seront démantelés. L'Union monétaire et l'Union douanière seront remises en cause.
Prises a la suite d'une élection importante ou d'une décision claire et souveraine du peuple français, ces mesures s'inscriront dans un programme volontariste de reconquête de la souveraineté nationale française et seront donc présentées, aux partenaires de notre pays, comme des mesures incontournables résultant d'une exigence populaire que la démocratie interdit de contrarier. Mais, face a cette situation de crise, la France devra montrer sa bonne volonté en expliquant qu'elle n'a certes pas la possibilité de transiger sur le principe du retour a la souveraineté, mais qu'elle veut en revanche continuer a participer a l'organisation européenne.

La bonne volonté

Ainsi pourra-t-elle annoncer que, si les règlements communautaires ne peuvent plus s'appliquer directement sur son territoire, elle demeure prête a transformer tous ceux qui lui paraissent acceptables en lois nationales. Dans le même esprit, elle rappellera que le rétablissement des contrôles aux frontières ne remet pas en question la libre circulation des ressortissants des pays membres de l'Union, une vérification des titres légaux n'ayant jamais entrave les droits de ceux qui respectent les lois. S'agissant de la taxe exceptionnelle sur les importations, la France fera valoir qu'elle est provisoire et négociable produit par produit et pays par pays et, surtout, qu'elle peut être supprimée des lors qu'un dispositif équivalent serait instaure aux frontières extérieures de l'Union. Quant a la monnaie, notre nation soulignera que le retour au franc n'est pas incompatible avec le bon fonctionnement de la Communauté puisque la Grande-Bretagne par exemple n'a pas pour sa part adopte l'euro.
Notre pays plaidera donc, dans un premier temps, pour un ajustement des règles permettant de remédier aux dysfonctionnements provoques par ses décisions. Il rappellera a cette occasion que le Danemark, qui avait rejeté le traite de Maastricht, avait pu bénéficier de dérogations destinées a satisfaire ses exigences.

Le parapluie français

Des aménagements pourront donc être trouves afin de pallier temporairement aux difficultés créées par cette situation nouvelle. Gageons cependant que, très rapidement, le fonctionnement de l'Europe maastrichienne connaîtra une crise de première importance. Les problèmes nés de l'attitude de la France viendront s'ajouter en effet a ceux, permanents, dus a la complexité des structures bruxelloises et a l'augmentation incessante du nombre des pays membres. Il apparaîtra donc progressivement a tous que le système actuel de l'Europe maastrichienne n'est plus viable et qu'une reforme d'envergure s'impose. Le moment sera alors venu d'ouvrir de nouvelles négociations avec l'ensemble des pays européens concernes et de réfléchir a la définition d'une nouvelle Europe. La France pourra des lors proposer le schéma de l'Europe des nations et multiplier les gestes de bonne volonté pour montrer que, loin de rejeter l’idée européenne, elle se tient prête a des initiatives audacieuses, y compris dans des domaines ou l'Europe de Bruxelles n'a rien entrepris.
Ainsi, pour faire progresser l’idée d'une alliance militaire européenne, notre pays pourra-t-il proposer d'assurer la protection nucléaire de l'Europe communautaire par sa propre force de dissuasion. Par ce geste, la France s'engagerait a répondre par l'arme atomique aux agressions majeures perpétrées contre les pays de l'Union, exactement comme a celles dont elle serait elle-même la victime. Il s'agirait en quelque sorte d’élargir le sancturaire nucléaire français aux dimensions de la Communauté européenne et de faire peser sur les agresseurs éventuels des pays de l'Union la même menace de représailles que sur les ennemis potentiels de la France. En d'autres termes, l’idée serait de substituer ou de superposer au parapluie nucléaire américain de plus en plus incertain un parapluie nucléaire français sur l'Europe.

Tout est possible

Dans ce contexte de remise en cause générale, il serait surprenant que la France reste isolée dans sa volonté de reconstruire une nouvelle Europe, car la voie suivie par l'entreprise maastrichienne est loin de faire l’unanimité. Un grand pays comme le Royaume-Uni n'y entre qu'a reculons et le Danemark ne s'est résolu a ratifier le traite d'Amsterdam que par crainte de l'isolement. Quant a l'Allemagne, elle ne joue le jeu que dans la mesure ou la France en fait autant. Sans parler d'autres pays, comme la Suisse ou la Norvège, qui ont préfère rester aux portes de l'Europe plutôt que de l'accepter dans sa conception actuelle.
Des lors, si la France brise le tabou de l’intangibilité de édifice européen actuel, de nombreuses nations du continent saisiront l'occasion pour se dégager du carcan qu'il représenté aujourd'hui et pour rallier le projet d'Europe des nations. L’unanimité de façade qui entoure la construction maastrichienne volera en éclats et tout deviendra possible. Les Etats du continent pourront alors se réunir pour construire une nouvelle Europe réaliste, stable et respectueuse des peuples, c’est-à-dire une communauté fondée sur les principes de l'Europe des nations.
Il s'agit la bien sur d'un scénario susceptible de connaître maints développements en fonction des aléas propres a toute situation politique complexe. Il existe d'ailleurs plusieurs autres scénarios, dont certains paraissent encore plus séduisants, pour faire basculer le continent de l'Europe bruxelloise vers l'Europe des nations. Mais celui-ci a le grand avantage de montrer aux sceptiques et aux fatalistes que rien n'est irréversible et que le projet du Mouvement national n'a rien d'utopique, qu'il est même parfaitement réalisable pour peu, évidemment, que se manifeste une volonté, en l'occurrence celle de la France !

Le droit supérieur

En effet, aucune des objections avancées par les grincheux et les frileux ne tient, a commencer par l'argument majeur des opposants a l'Europe des nations, selon lesquels les traites européens ne pourraient pas être dénoncés ni transgresses. Que vaut en effet pareille conception au regard des notions essentielles que représentent la volonté d'un peuple et la légitimité de ses actes devant l'histoire ? Les traites restent valides pour autant qu'ils demeurent utiles et voulus par les peuples, sinon ils perdent toute légitimité et deviennent caducs. Conçus pour répondre a une situation donnée, ils n'ont rien d’éternel et finissent toujours par disparaître, qu'ils aient ou non été abroges dans les formes. Si les traites avaient une valeur intangible, nous vivrions encore sous le coup des dispositions du traite de Campoformio et le gouvernement français serait aujourd'hui contraint d’exécuter toutes les dispositions prévues dans le traite de rattachement de la Savoie a la France.
De plus, et en dernier ressort, c'est le peuple qui donne leur légitimité aux institutions et aux actes publics, aux gouvernants, mais aussi aux lois et aux traites. Et ce que le peuple a fait, il peut le défaire, ou alors il n'est plus libre. De même qu'une loi peut être abrogée, demain le traite d'Amsterdam pourra être dénonce par le peuple français simplement parce que celui-ci ne souffre plus de subir sa contrainte et qu'il entend souverainement s'en libérer. N'en déplaise aux juristes, aucune instance ne disposera d'une autorité suffisante pour lui denier ce droit supérieur, car, au-delà des textes, il y a les peuples, leur volonté et leurs droits inaliénables qui fondent la légitimité et forgent l'histoire.
D'ailleurs, pour satisfaire les formalistes, l'Europe des nations donnera lieu a un nouveau traite qui viendra régulariser l'abrogation des autres textes européens, de même que l'Acte unique ou le traite de Maastricht ont partiellement modifie le traite de Rome.

Le renouveau européen

Ainsi la voie vers l'Europe des nations se trouve-t-elle ouverte et les conditions peuvent-elles être réunies pour engager cette grande mutation politique du continent européen. Dans cette entreprise historique, la France porte une responsabilité essentielle, car c'est elle qui peut être a l'origine de ce formidable renouveau de l'Europe.
A elle de saisir sa chance et être a la hauteur de l'enjeu. Comme promoteur de la nouvelle Europe, elle peut se retrouver en tête des nations.



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