Loin d’être une construction de l'esprit, la nouvelle Europe peut
devenir demain une réalité politique et institutionnelle. Ceux qui la
considèrent comme utopique et qui refusent d'envisager d'autres voies
que celles de la construction bruxelloise abusent l'opinion ou se trompent
eux-mêmes. Ils semblent ne pas voir que l'Europe supranationale du traite
de Maastricht comporte trop de complexité et de contradictions internes
pour ne pas connaître demain une crise de grande ampleur. Or, si pareille
situation se présente, le projet d'Europe des nations pourrait bien
s'imposer comme la meilleure formule pour succéder a une Europe bruxelloise
a bout de souffle. Pour provoquer cette mutation, il suffirait que notre
pays, qui occupe une position géopolitique et idéologique déterminante
sur le continent, prenne les initiatives politiques et stratégiques
majeures susceptibles de précipiter les événements. Dans une telle perspective,
la nouvelle Europe pourrait voir le jour, et la France, qui aurait été
le promoteur de cet avènement, se retrouver en tête des nations européennes.
Personne n'y croit
Pour beaucoup de nos compatriotes, en effet, l’idée d'une Europe
des nations correspond a leurs aspirations véritables et ils seraient
même une écrasante majorité a l'approuver si celle-ci leur était proposée.
En revanche, la plupart des Français nourrissent une grande méfiance
a l’égard de l'Europe maastrichienne qu'ils saisissent mal et qui les
inquiète. Ils ne veulent cependant pas pour autant que la France se
coupe de ses voisins et s'isole dans une démarche autarcique et archaïque.
Chacun pourrait donc se retrouver dans l'Europe des nations, mais personne
aujourd'hui n'y croit, car tous les ténors de l’établissement la présentent
comme impossible, utopique et irréaliste.
La roue a cliquet
Les dirigeants de la classe politico-médiatique expliquent en effet
que l'Europe de Maastricht est la seule voie possible et qu'en interrompre
le processus provoquerait une catastrophe qui nous renverrait dans les
affres de la division et de l'isolement. Tout ce qui a été fait serait
selon eux totalement irréversible et il ne serait pas possible de revenir
sur l'Union douanière, sur le Marche unique ou sur la Politique agricole
commune, sans parler de l'euro, de Schengen ou de la construction institutionnelle.
A croire que l'Europe bruxelloise fonctionne comme une roue a cliquet
qui ne peut tourner que dans un sens et qui se bloque quand on veut
l'actionner en sens inverse.
D'ailleurs, les traites sont la, nous dit-on, ils engagent la parole
de notre pays, lient notre peuple et nos dirigeants. Et rien dans le
traite de Rome, de Maastricht ou celui d'Amsterdam n'autorise la moindre
remise en cause, car le droit de sécession n'est pas reconnu dans les
textes communautaires. Même si elle en avait la volonté, la France ne
pourrait donc pas revenir sur ses engagements, d'autant que ses partenaires
ne seraient pas d'accord. Quel que soit l’intérêt du projet d'Europe
des nations, la France, en effet, ne pourrait pas le mettre en oeuvre
toute seule, il lui faudrait pour ce faire l'appui d'autres pays européens
partageant ses vues. Or, actuellement, aucune nation européenne ne semble
prête a de tels bouleversements. Des lors, si elle ne veut pas s'isoler
complètement, notre nation n'a d'autre solution que de rester dans le
giron de la structure bruxelloise et d'accompagner ses diverses évolutions.
C'est impossible
Sans compter que l'Europe elle-même n'est pas seule, puisqu'elle
a pris de son cote d'innombrables engagements avec d'autres pays dans
le monde, lesquels devraient être dénoncés pour réaliser l'Europe des
nations. Or, ces accords eux aussi seraient irréversibles et ne pourraient
donc pas être rompus. D'autant qu'un certain nombre d'entre eux ont
été conclus avec les Etats-Unis d’Amérique, la plus grande puissance
mondiale, et qu'il ne serait pas possible de revenir sur ces textes
sans provoquer leur courroux. L'Europe s'exposerait en effet a des représailles,
elle serait accusée de ne pas jouer le jeu de la communauté internationale
et du nouvel ordre mondial.
Bref, nous disent les maîtres penseurs de l’établissement, vouloir réaliser
l'Europe des nations est a la fois absurde et scandaleux. Nous sommes
lies par d'innombrables fils qui nous tiennent et dont nous ne pouvons
nous défaire. L'Europe des nations, c'est impossible !
Derrière les bons sentiments
Rien cependant n'est plus faux que cette vision déterministe et
négative de la réalité. Croire que la France et les pays du continent
sont définitivement prisonniers de la construction bruxelloise, c'est
ne rien comprendre a la nature de cette entreprise, ni a la réalité
des phénomènes politiques et des grands courants historiques.
L'Europe de Maastricht est en effet très loin de fonctionner de façon
idyllique, car, derrière la façade des bons sentiments et des bonnes
intentions, se dissimule en réalité une machine de plus en plus lourde
et de plus en plus contestée. L'incroyable complexité institutionnelle
de l'Union européenne ne cesse de se développer a mesure que celle-ci
s'arroge de nouvelles compétences et qu'elle accepte de nouveaux membres.
Prenant par ailleurs toujours plus de responsabilités, l'Europe bruxelloise
est amenée a s'exposer de plus en plus au mécontentement des peuples,
perdant ainsi l'image positive qui était la sienne, sans gagner pour
autant une légitimité que son caractère anonyme l’empêche d’acquérir.
L’instabilité devient alors une caractéristique récurrente de la structure
maastrichienne car, son fonctionnement et ses résultats n’étant pas
satisfaisants dans le présent, il faut sans cesse répéter qu'ils seront
meilleurs dans l'avenir pour peu que l'on renforce encore ses prérogatives.
Et les responsables bruxellois d'expliquer que les difficultés de la
Communauté ne seraient pas dues a un excès d'Europe, mais a une insuffisance
de celle-ci. Il s'agit donc pour eux d'aller toujours plus loin et de
passer de l'Acte unique au traite de Maastricht et du traite d'Amsterdam
au prochain texte en préparation, tout en affirmant que, si l'on ne
franchit pas l’étape suivante, c'est l'ensemble de l’édifice qui va
s'effondrer. Ainsi, lors du référendum sur le traite de Maastricht,
les européistes ont-ils arrache un vote positif aux Français en agitant
l’épouvantail d'une catastrophe en cas de refus.
Quitte ou double
Le recours au chantage n'est d'ailleurs pas occasionnel et constitue
même l'un des éléments principaux du processus bruxellois de la construction
européenne. Celle-ci reposant sur une instabilité structurelle qui nécessite
d'aller toujours plus loin, le chantage se révèle en effet indispensable
pour progresser selon la méthode du quitte ou double.
Une telle dynamique a d'ailleurs été délibérément voulue par les responsables
européistes, car c'est elle qui permet de construire pas a pas une structure
supranationale sans l'accord des peuples. En effet, l'Europe bruxelloise
respecte apparemment les nations, mais elle comporte en son sein tous
les germes rendant possible sa transformation progressive en une fédération
sans que quiconque en prenne réellement conscience. Des lors, sur le
chemin qui la mène du schéma confédéral au système fédéral, elle se
trouve en perpétuel déséquilibre. Fonctionnant a moitié selon le principe
de la coopération, a moitié selon celui de l’intégration, elle ne gagnera
sa stabilité, si tant est qu'elle y parvienne, que le jour ou elle aura
soumis les nations a un pouvoir supranational incontesté.
Nous en sommes encore loin et la réside la principale faiblesse de l'Europe
bruxelloise, car il suffit que sa marche en avant soit interrompue pour
que l’édifice tout entier se trouve déstabilise. Or, plus le temps passe
et plus les forces de résistance au mécanisme bruxellois se multiplient
et prennent de l’intensité. Une course de vitesse est même engagée entre
ce processus institutionnel et un double phénomène qui, celui-là, concerne
les peuples, a savoir la montée du nationalisme et le rejet du mondialisme.
Ainsi se caractérise en effet le piège dans lequel est prise en tenaille
l'Europe bruxelloise : au moment ou elle accélère son entreprise supranationale,
le sentiment national se réveille sur le vieux continent.
Le regain national
La nouvelle situation géopolitique a laquelle a donne naissance
la fin de l'affrontement des deux blocs Est-Ouest a en effet dote les
nations d'une nouvelle capacité d'existence et d’indépendance qui leur
permet de revendiquer leur souveraineté plus facilement que par le passe.
Ainsi, l'effondrement de l'URSS et la disparition de l'antagonisme lie
a la guerre froide sont allés de pair avec le renouveau du sentiment
patriotique dans l'Est de l'Europe. Partout, dans cet ancien glacis
soviétique, les peuples se sont réveillés, cherchant a retrouver leur
expression nationale en même temps qu'ils se libéraient du joug communiste.
C'est le cas par exemple de la Lituanie, de la Lettonie et de l'Estonie
pourtant placées sous domination soviétique pendant plus de cinquante
ans. De même, la Slovaquie s'est séparée de la République tchèque, et
les peuples de l'ex-Yougoslavie ont voulu, dans la violence hélas, recouvrer
leur autonomie. Sans parler des autres nations, Pologne, Hongrie, Roumanie,
ou l'esprit nationaliste s'exprime avec vigueur.
En Europe occidentale, ce regain du sentiment national s'est traduit
par l’émergence de nombreux mouvements patriotiques plus ou moins organises,
qui obtiennent des résultats électoraux encore très contrastes selon
les pays, mais qui tous s'affirment comme le signe d'une profonde renaissance
nationale. De fait, le sentiment patriotique retrouve droit de cite
et revêt une ampleur qui va bien au-delà de l'audience actuelle de ces
mouvements.
Le rejet du mondialisme
Ce phénomène est renforce et relaye dans la société française,
comme dans celle des autres pays européens, par un profond courant,
plus important encore que le précèdent, de rejet du mondialisme. Pour
l'instant plutôt larve et informel, il se manifeste essentiellement
contre les conséquences économiques et sociales de cette idéologie et
beaucoup moins contre son expression politique ou institutionnelle.
Ainsi, en France, les grandes grèves de 1995 ont-elles été principalement
provoquées par le refus de la dérégulation et de la précarité causées
par la concurrence sauvage et le libre-échangisme mondial. Ainsi a-t-on
pu constater que les plus grandes manifestations de rues ont été organisées
a cette occasion dans des villes comme Marseille ou le non a Maastricht
avait remporte, lors du référendum de 1992, une écrasante majorité.
Depuis lors, le phénomène de mondialisation présente par l'ensemble
de l’établissement comme bénéfique et inévitable a cesse de faire l’unanimité.
Beaucoup de voix divergentes se sont élevées pour avancer l’idée que
tout était peut-être pas positif dans ce mécanisme implacable et qu'il
y avait peut-être lieu de chercher a le maîtriser et a le réguler. Certains
membres de l’établissement allant même jusqu’à plaider pour un retour
des valeurs traditionnelles, nationales et identitaires comme antidote
aux maux de notre société.
Ce double phénomène de rejet du mondialisme et de renaissance nationale
a éclate de façon inattendue a l'occasion de la Coupe du monde de football
de 1998. Malgré le caractère mondialise du discours officiel, obnubile
par la composition ethnique de l’équipe de France, la victoire de notre
nation a été l'occasion d'une véritable explosion de sentiment patriotique.
Drapeaux tricolores, Marseillaise, liesse dans les rues, ce succès a
montre combien, dans ses profondeurs, notre peuple est avide d'expression
nationale et de succès pour notre patrie. Tout semble donc le prouver
: en réaction au phénomène de mondialisation et en opposition a idéologie
mondialise prônée par les établissements occidentaux, la fin du vingtième
siècle est marquée par la naissance d'un puissant courant de renouveau
national.
Le blocage annonce
Cette donnée incontournable crée pour l'Europe de Maastricht une
situation nouvelle et particulièrement critique. Alors qu'elle est engagée
dans un processus d’intégration de plus en plus difficile a faire admettre
depuis qu'il révèle son caractère supranational, elle doit affronter
la montée d'un profond sentiment de rejet du mondialisme. Comme, par
ailleurs, la complexité de la machine maastrichienne ne cesse de grandir
a mesure que ses responsabilités augmentent et que le nombre de ses
membres s’accroît, toutes les conditions sont donc réunies pour un blocage
du système dans les années qui viennent.
Conscients de ce danger, certains responsables bruxellois s'efforcent
d’éviter l'enlisement en accélérant les reformes institutionnelles pour
atteindre au plus vite le stade fédéral. Mais, outre qu'il reste encore
beaucoup de chemin a parcourir pour y arriver, une telle pression ne
fera qu'exacerber la résistance des peuples et l'opposition de certains
Etats.
En réalité, pour qui connaît bien la Communauté, l’arrêt de la machine
bruxelloise est d'ores et déjà prévisible et la vraie question est de
savoir comment les nations d'Europe pourront sortir de l'impasse ou
elles vont se trouver. La situation est en effet celle d'une terrible
et brutale contradiction : la mécanique européiste est conçue pour détruire
les nations, or celles-ci refusent de mourir. A l’évidence, le remède
a la crise, qui parait donc inévitable, réside dans le schéma de l'Europe
des nations.
Qu'une nation se lève
L’idée d'une nouvelle Europe n'est donc pas un contre-projet qui
viendrait contrarier une réalité saine et légitime, mais au contraire
une entreprise positive capable de dénouer une situation en voie de
blocage et de substituer a une construction mouvante et absurde un édifice
stable et clair. Aussi la mise en oeuvre de cette Europe des nations
sera-t-elle plus simple que certains ne le prédisaient, car il suffira
qu'une nation se lève et prenne les initiatives appropriées pour que
la crise larvée se cristallise et que s'ouvre la voie pour la nouvelle
Europe.
Cette nation est, a n'en pas douter, la France, qui détient, a cet égard,
de nombreux atouts, a commencer par la position stratégique qu'elle
occupe dans le dispositif européen. Ayant été parmi les six pays a l'origine
du traite de Rome et même, avec l'Allemagne et l'Italie, parmi les trois
grands pays fondateurs, elle dispose dans édifice européen d'une légitimité
indéniable. Avec son territoire situe au coeur de l'Europe, elle jouit
de surcroît d'une position géopolitique centrale a la croisée des influences
nordiques, germaniques et latines. Alors que l'Union européenne peut
parfaitement se passer d'autres nations plus périphériques, une Europe
sans la France serait difficile a envisager, car son absence créerait
une rupture territoriale lourde de conséquences.
La France demeure par ailleurs l'un des plus grands pays du continent.
De par l'importance de sa population de cinquante-huit millions d'habitants,
la deuxième d'Europe avec la Grande-Bretagne, de par son PIB de 8200
milliards de francs, le deuxième du continent derrière l'Allemagne,
de par sa force nucléaire stratégique indépendante, la troisième du
monde, elle pèse d'un poids déterminant dans l'ensemble européen.
La France nationaliste
Sur le plan intérieur, notre pays est aussi de tous les grands
Etats d'Europe le plus nationaliste. Ayant subi l'influence du gaullisme
pendant seize ans et encore imprègne de son discours sur l’indépendance
et la grandeur de la France, il est aujourd'hui celui qui connaît le
mouvement national le plus fort d'Europe avec un parti national a plus
de 15 p. cent des voix, en pleine expansion de surcroît. Plus encore,
et au-delà même de l'aspect politique, notre pays se révèle, dans ses
profondeurs, hostile a Maastricht et très favorable a l'Europe des nations.
En effet, nos compatriotes sont a la fois profondément attaches a la
France et a l’idée européenne et, s'ils paraissent parfois divises entre
européistes et nationalistes, c'est parce qu'on les a toujours places
devant un choix impossible a leurs yeux : défaire la France ou faire
capoter l'Europe. Ainsi, alors qu'une moitié des Français a rejeté le
traite de Maastricht avec 49 p. cent de voix hostiles a sa ratification,
l'autre moitié l'a adopte sans enthousiasme, comme si elle soutenait
l'Union européenne par défaut. Mais, si le projet équilibre d'Europe
des nations, qui renforce a la fois l'Europe et les nations, leur était
propose, nul doute que l'immense majorité des Français serait en mesure
d'y adhérer par delà les oppositions traditionnelles entre la droite
et la gauche. Et cette capacité de rassemblement constitue bien un autre
avantage majeur pour la France qui fait de notre pays celui ou le projet
d'Europe des nations pourrait rencontrer d’emblée le plus large soutien
et susciter autour de lui un vaste rassemblement national.
Enfin, le dernier atout de la France est représenté par le Mouvement
national lui-même. La encore, notre pays est actuellement la seule grande
nation européenne ou un mouvement national est en situation d'arriver
au pouvoir. Or, le Mouvement national et ses allies, assurant la direction
de notre pays et disposant de la vision, de la volonté et de l'intelligence
politique nécessaire, prendrait les initiatives qui s'imposent afin
de promouvoir l'Europe des nations.
Les ruptures bénéfiques
Fort du soutien populaire qu'il pourra mobiliser et de la légitimité,
de la puissance et des attributs géopolitiques qui sont les siens, notre
pays pourra déclencher une grande stratégie de changement fondée sur
le principe de la rupture bénéfique. Rien en effet ne sera possible
par des amodiations, des inflexions ou des amendements qui ne pourraient
en aucune façon modifier la nature du processus mondialise de Bruxelles.
Pour enrayer la logique destructrice de Maastricht et engager une dynamique
de reconstruction, il faut que se produise un choc suffisamment puissant
que seule la France est en mesure de provoquer en prenant quatre décisions
unilatérales de rupture.
La première d'entre elles consistera pour notre pays a mettre en oeuvre
une reforme constitutionnelle visant a rétablir explicitement la supériorité
du droit français sur le droit européen et a le reconnaître comme seul
droit opposable au tiers sur le territoire national. De la sorte, la
France retrouvera d’emblée sa souveraineté juridique puisqu'aucun texte
ne pourra lui être impose.
La seconde rupture prendra la forme d'une dénonciation des accords de
Schengen conduisant notre pays a réédifier ses frontières et a y rétablir
des contrôles. La France retrouvera ainsi la plénitude de sa souveraineté
territoriale et redeviendra maîtresse chez elle, décidant a nouveau
qui peut pénétrer sur son territoire et y résider.
Par ailleurs, la France annoncera sa sortie de la monnaie unique et
refera du franc sa monnaie nationale. Il lui faudra pour cela remettre
la Banque de France a sa place en lui rendant ses prérogatives et laisser
flotter le nouveau franc par rapport a l'euro. Ce faisant, elle retrouvera
sa souveraineté monétaire.
Enfin, notre nation pourra appliquer une taxe exceptionnelle et temporaire
sur toutes les importations de produits étrangers, y compris ceux en
provenance de l'Union européenne. Un tel dispositif mettra en cause
le libre-échangisme mondial et la concurrence sauvage, deux fléaux que
la Commission bruxelloise tolère, voire encourage, dans le cadre actuel
de l'Union douanière.
La souveraineté reconquise
L'ensemble de ces mesures, prises unilatéralement par la France,
provoqueront, a n'en pas douter, une crise sérieuse dans le fonctionnement
de l'Europe maastrichienne. Par ces dispositions, notre pays perturbera
gravement des pans entiers du système bruxellois. La machine juridique
supranationale fondée sur les règlements communautaires sera bloquée,
le principe des frontières ouvertes et la politique d'immigration de
Bruxelles seront démantelés. L'Union monétaire et l'Union douanière
seront remises en cause.
Prises a la suite d'une élection importante ou d'une décision claire
et souveraine du peuple français, ces mesures s'inscriront dans un programme
volontariste de reconquête de la souveraineté nationale française et
seront donc présentées, aux partenaires de notre pays, comme des mesures
incontournables résultant d'une exigence populaire que la démocratie
interdit de contrarier. Mais, face a cette situation de crise, la France
devra montrer sa bonne volonté en expliquant qu'elle n'a certes pas
la possibilité de transiger sur le principe du retour a la souveraineté,
mais qu'elle veut en revanche continuer a participer a l'organisation
européenne.
La bonne volonté
Ainsi pourra-t-elle annoncer que, si les règlements communautaires
ne peuvent plus s'appliquer directement sur son territoire, elle demeure
prête a transformer tous ceux qui lui paraissent acceptables en lois
nationales. Dans le même esprit, elle rappellera que le rétablissement
des contrôles aux frontières ne remet pas en question la libre circulation
des ressortissants des pays membres de l'Union, une vérification des
titres légaux n'ayant jamais entrave les droits de ceux qui respectent
les lois. S'agissant de la taxe exceptionnelle sur les importations,
la France fera valoir qu'elle est provisoire et négociable produit par
produit et pays par pays et, surtout, qu'elle peut être supprimée des
lors qu'un dispositif équivalent serait instaure aux frontières extérieures
de l'Union. Quant a la monnaie, notre nation soulignera que le retour
au franc n'est pas incompatible avec le bon fonctionnement de la Communauté
puisque la Grande-Bretagne par exemple n'a pas pour sa part adopte l'euro.
Notre pays plaidera donc, dans un premier temps, pour un ajustement
des règles permettant de remédier aux dysfonctionnements provoques par
ses décisions. Il rappellera a cette occasion que le Danemark, qui avait
rejeté le traite de Maastricht, avait pu bénéficier de dérogations destinées
a satisfaire ses exigences.
Le parapluie français
Des aménagements pourront donc être trouves afin de pallier temporairement
aux difficultés créées par cette situation nouvelle. Gageons cependant
que, très rapidement, le fonctionnement de l'Europe maastrichienne connaîtra
une crise de première importance. Les problèmes nés de l'attitude de
la France viendront s'ajouter en effet a ceux, permanents, dus a la
complexité des structures bruxelloises et a l'augmentation incessante
du nombre des pays membres. Il apparaîtra donc progressivement a tous
que le système actuel de l'Europe maastrichienne n'est plus viable et
qu'une reforme d'envergure s'impose. Le moment sera alors venu d'ouvrir
de nouvelles négociations avec l'ensemble des pays européens concernes
et de réfléchir a la définition d'une nouvelle Europe. La France pourra
des lors proposer le schéma de l'Europe des nations et multiplier les
gestes de bonne volonté pour montrer que, loin de rejeter l’idée européenne,
elle se tient prête a des initiatives audacieuses, y compris dans des
domaines ou l'Europe de Bruxelles n'a rien entrepris.
Ainsi, pour faire progresser l’idée d'une alliance militaire européenne,
notre pays pourra-t-il proposer d'assurer la protection nucléaire de
l'Europe communautaire par sa propre force de dissuasion. Par ce geste,
la France s'engagerait a répondre par l'arme atomique aux agressions
majeures perpétrées contre les pays de l'Union, exactement comme a celles
dont elle serait elle-même la victime. Il s'agirait en quelque sorte
d’élargir le sancturaire nucléaire français aux dimensions de la Communauté
européenne et de faire peser sur les agresseurs éventuels des pays de
l'Union la même menace de représailles que sur les ennemis potentiels
de la France. En d'autres termes, l’idée serait de substituer ou de
superposer au parapluie nucléaire américain de plus en plus incertain
un parapluie nucléaire français sur l'Europe.
Tout est possible
Dans ce contexte de remise en cause générale, il serait surprenant
que la France reste isolée dans sa volonté de reconstruire une nouvelle
Europe, car la voie suivie par l'entreprise maastrichienne est loin
de faire l’unanimité. Un grand pays comme le Royaume-Uni n'y entre qu'a
reculons et le Danemark ne s'est résolu a ratifier le traite d'Amsterdam
que par crainte de l'isolement. Quant a l'Allemagne, elle ne joue le
jeu que dans la mesure ou la France en fait autant. Sans parler d'autres
pays, comme la Suisse ou la Norvège, qui ont préfère rester aux portes
de l'Europe plutôt que de l'accepter dans sa conception actuelle.
Des lors, si la France brise le tabou de l’intangibilité de édifice
européen actuel, de nombreuses nations du continent saisiront l'occasion
pour se dégager du carcan qu'il représenté aujourd'hui et pour rallier
le projet d'Europe des nations. L’unanimité de façade qui entoure la
construction maastrichienne volera en éclats et tout deviendra possible.
Les Etats du continent pourront alors se réunir pour construire une
nouvelle Europe réaliste, stable et respectueuse des peuples, c’est-à-dire
une communauté fondée sur les principes de l'Europe des nations.
Il s'agit la bien sur d'un scénario susceptible de connaître maints
développements en fonction des aléas propres a toute situation politique
complexe. Il existe d'ailleurs plusieurs autres scénarios, dont certains
paraissent encore plus séduisants, pour faire basculer le continent
de l'Europe bruxelloise vers l'Europe des nations. Mais celui-ci a le
grand avantage de montrer aux sceptiques et aux fatalistes que rien
n'est irréversible et que le projet du Mouvement national n'a rien d'utopique,
qu'il est même parfaitement réalisable pour peu, évidemment, que se
manifeste une volonté, en l'occurrence celle de la France !
Le droit supérieur
En effet, aucune des objections avancées par les grincheux et les
frileux ne tient, a commencer par l'argument majeur des opposants a
l'Europe des nations, selon lesquels les traites européens ne pourraient
pas être dénoncés ni transgresses. Que vaut en effet pareille conception
au regard des notions essentielles que représentent la volonté d'un
peuple et la légitimité de ses actes devant l'histoire ? Les traites
restent valides pour autant qu'ils demeurent utiles et voulus par les
peuples, sinon ils perdent toute légitimité et deviennent caducs. Conçus
pour répondre a une situation donnée, ils n'ont rien d’éternel et finissent
toujours par disparaître, qu'ils aient ou non été abroges dans les formes.
Si les traites avaient une valeur intangible, nous vivrions encore sous
le coup des dispositions du traite de Campoformio et le gouvernement
français serait aujourd'hui contraint d’exécuter toutes les dispositions
prévues dans le traite de rattachement de la Savoie a la France.
De plus, et en dernier ressort, c'est le peuple qui donne leur légitimité
aux institutions et aux actes publics, aux gouvernants, mais aussi aux
lois et aux traites. Et ce que le peuple a fait, il peut le défaire,
ou alors il n'est plus libre. De même qu'une loi peut être abrogée,
demain le traite d'Amsterdam pourra être dénonce par le peuple français
simplement parce que celui-ci ne souffre plus de subir sa contrainte
et qu'il entend souverainement s'en libérer. N'en déplaise aux juristes,
aucune instance ne disposera d'une autorité suffisante pour lui denier
ce droit supérieur, car, au-delà des textes, il y a les peuples, leur
volonté et leurs droits inaliénables qui fondent la légitimité et forgent
l'histoire.
D'ailleurs, pour satisfaire les formalistes, l'Europe des nations donnera
lieu a un nouveau traite qui viendra régulariser l'abrogation des autres
textes européens, de même que l'Acte unique ou le traite de Maastricht
ont partiellement modifie le traite de Rome.
Le renouveau européen
Ainsi la voie vers l'Europe des nations se trouve-t-elle ouverte
et les conditions peuvent-elles être réunies pour engager cette grande
mutation politique du continent européen. Dans cette entreprise historique,
la France porte une responsabilité essentielle, car c'est elle qui peut
être a l'origine de ce formidable renouveau de l'Europe.
A elle de saisir sa chance et être a la hauteur de l'enjeu. Comme promoteur
de la nouvelle Europe, elle peut se retrouver en tête des nations.