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Deuxième partie : la France à nouveau
Chapitre 4: L'Europe

Sommaire

Chapitre 4

EUROPEENS D'ACCORD


L'Europe n'est pas une idée, c'est une réalité. Loin de se réduire à un projet politique imaginé par des idéologues ou à une entreprise juridique concoctée par des ingénieurs sociaux, elle existe, telle une entité charnelle, depuis la nuit des temps. Aussi, quoi de plus absurde que de chercher à établir un quelconque antagonisme entre certains que l'on qualifierait d'opposants à l'Europe et d'autres que l'on présenterait comme ses partisans? On ne peut pas être pour ou contre ce qui est. On ne peut que constater la réalité et lui témoigner plus ou moins d'intérêt. Le vrai débat se situe donc ailleurs. Portant sur l'organisation du vieux continent, il oppose les tenants de l'Europe mondialiste aux promoteurs de l'Europe des nations, ceux qui veulent utiliser la construction européenne pour détruire les patries à ceux qui veulent en faire un instrument de renaissance.

Pour l'Europe contre Bruxelles

Partisan de cette seconde conception, le Mouvement national républicain est sans doute, parmi toutes les forces politiques françaises, le mouvement le plus attaché à la réalité européenne. Champion de la défense de notre patrimoine de civilisation, le MNR s'affirme en effet comme l'expression politique du courant identitaire. À ce titre, l'Europe est pour lui une précieuse composante de notre personnalité qui vient enrichir les entités essentielles représentées notamment par la famille, les provinces et la nation.
La nation n'est en effet pas l'ultime cercle d'appartenance, car, au-delà, nous sommes aussi partie prenante dans la communauté de civilisation que constitue l'ensemble des nations européennes. Communauté très forte qui établit, entre les Européens et les autres peuples qu'ils n'ont pas engendrés, une distance beaucoup plus grande que celle qui peut les séparer. Les peuples européens sont en effet unis par une même civilisation ancrée dans une histoire, une religion, une origine commune. Ils ont tour à tour dominé le monde, ils se sont battus les uns contre les autres, mais ils ont aussi cheminé côte à côte, se sont influencés mutuellement et ont créé, chacun avec son génie propre, une culture qui n'aurait jamais pu éclore coupée des autres. Pour nous, l'Europe constitue donc d'ores et déjà une réalité tangible, celle d'une famille de peuples unis par une commune civilisation.
Civilisation si forte que les Français, comme d'ailleurs les autres peuples du vieux continent, cesseraient d'exister en tant que tels s'ils perdaient leur caractère européen. Si, en effet, la France n'était plus demain la patrie d'un peuple européen, au sens où le définit le général De Gaulle, c'est-à-dire "d'abord et avant tout un peuple de race blanche, de religion chrétienne et de culture grecque et romaine", elle cesserait d'être elle-même. Indissociable de l'Europe, notre pays n'existe qu'en tant que nation européenne. On peut même affirmer que la France est la synthèse la plus réussie du vieux monde. Au carrefour des influences celtes, romaines, germaniques et scandinaves, notre patrie est par excellence une nation européenne.
C'est pourquoi on ne peut défendre nos identités sans être attaché à cette réalité essentielle que constitue notre continent. On ne peut se faire le chantre de nos familles, de nos provinces et de notre nation et ignorer l'Europe, laquelle vient couronner en quelque sorte ce magnifique édifice identitaire. Aussi, défenseur exigeant de nos identités, le Mouvement national républicain, loin d'être hostile à l'Europe, se définit au contraire comme un farouche partisan de la préservation et de l'épanouissement de tout ce qu'elle représente depuis des siècles.

Non à l'euromondialisme

Est-ce à dire pour autant que nous serions favorables à l'Europe de Bruxelles? Certainement pas. Car cette Europe-là est en réalité une entreprise mondialiste qui veut non seulement détruire notre nation mais aussi mettre en péril l'identité, la liberté, la prospérité et la sécurité de notre peuple. Elle tend en effet à annihiler toute identité : non seulement les personnalités nationales sont systématiquement gommées, mais la spécificité européenne est par ailleurs totalement ignorée.
Ainsi les sectateurs de l'Europe de Bruxelles ont-ils entrepris de dissoudre l'Union douanière de la Communauté dans un ensemble euro-méditerranéen, créant ainsi une zone de libre-échange englobant l'Europe et tous les pays du pourtour de la Méditerranée. Quant au Marché unique, à peine est-il réalisé que certains proposent de passer à la phase suivante : le marché unique transatlantique euro-américain. Et d'aucuns de préconiser d'ores et déjà un taux de change fixe entre le dollar et l'euro pour créer l'embryon d'une monnaie mondiale. Car l'objectif consiste non pas à substituer une réalité européenne à des entités nationales, mais à détruire les identités, quelles qu'elles soient, pour les dissoudre dans un ensemble plus vaste à l'échelle de la planète.

Non à l'eurocratie

Pour parvenir à cet objectif, la structure bruxelloise s'attaque d'abord à toutes les spécificités nationales au nom de l'unification européenne. Il s'agit d'harmoniser à outrance la réglementation des pays de l'Union et, pour ce faire, d'utiliser les institutions européennes comme une gigantesque machine bureaucratique à rédiger des règlements sans aucune limite de compétence. Tout y passe : la composition du chocolat, l'agencement des salles de repos dans les usines, les caractéristiques des étals sur les marchés.
L'intégration avance dans tous les secteurs, tel un rouleau compresseur, au point qu'il y aura bientôt moins de différences juridiques entre les pays européens qu'entre les États des États-Unis. Ainsi la suppression de la peine de mort a-t-elle été imposée par l'échelon européen à tous les pays de l'Union, alors qu'en Amérique, certains États l'ont abrogée pendant que d'autres continuent de l'appliquer.

Non à l'eurodictature

Les méfaits normalisateurs de l'Europe maastrichienne sont d'ailleurs d'autant plus redoutables que celle-ci conduit le processus de déracinement de façon oligarchique, en se passant de l'assentiment des peuples et en mettant en cause la liberté des Français. Aussi l'entreprise bruxelloise revêt-elle un caractère totalitaire et constitue-t-elle une menace de première grandeur pour la république, laquelle se trouve dès lors gravement compromise dans l'un de ses principes fondateurs que constitue la souveraineté populaire. Les ministres et les députés en effet ne contrôlent plus que la moitié des textes régissant la vie des Français et les lois qu'ils votent peuvent être rendues inopérantes par un règlement européen adopté en dehors d'eux. Ainsi, lorsque le président de la République annonce à la télévision qu'il va réduire le taux de la TVA sur les produits multimédias, il ignore lui-même à quel point l'Europe a déjà réduit ses prérogatives puisqu'il n'a plus le pouvoir de prendre cette décision sans l'autorisation de Bruxelles.
Pourtant, la constitution dispose clairement dans son article 3 que "la souveraineté nationale appartient au peuple qui l'exerce par ses représentants et par voie de référendum". Mais l'Union n'en a cure : selon la Cour européenne de justice, les textes constitutionnels eux-mêmes sont juridiquement inférieurs au droit européen! La république et donc la démocratie se trouvent bafouées par l'Europe bruxelloise. Le gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple laisse la place au gouvernement de la Commission par les technocrates contre la nation.

Contre la politique de gribouille

Et tout cela, pour quel avantage ? Aucun, puisque cette Europe, loin de résoudre les problèmes concrets de nos compatriotes, ne contribue en réalité qu'à les aggraver. En ouvrant les frontières de notre pays, tout en démantelant celles qui séparent la Communauté du reste du monde, Bruxelles livre nos entreprises à une concurrence sauvage et déloyale qui les conduit trop souvent au dépôt de bilan ou à la délocalisation, c'est-à-dire, dans les deux cas, à l'augmentation du nombre des chômeurs.
Qui n'a pas entendu la plainte de ces dirigeants de petites ou moyennes sociétés, pris au piège des décisions contradictoires de l'Europe bruxelloise? Ainsi ce patron d'une conserverie de poissons près de Boulogne, contraint d'augmenter ses coûts de fabrication afin de financer les lourds investissements exigés pour mettre son usine aux normes européennes et qui se voit obligé dans le même temps de baisser ses prix de vente pour faire face à l'ouverture des frontières décidée à Bruxelles, laquelle le met en concurrence avec des entreprises situées en Afrique qui, naturellement, ne respectent aucune des normes auxquelles il est lui-même soumis.
Et que dire des agriculteurs de notre pays, condamnés à vendre leurs productions de blé, de maïs ou de bœuf à des prix proches des cours mondiaux alors que ceux-ci sont inférieurs à leurs prix de revient? Placés eux aussi dans une situation insupportable, ils ne survivent que grâce aux subventions qu'ils reçoivent de l'Europe, jusqu'à ce que celles-ci soient progressivement supprimées et que leurs terres soient mises en jachère.
Quant à l'immigration, elle se trouve facilitée et encouragée par la suppression pure et simple des frontières intra-européennes et par le principe de libre circulation des étrangers à l'intérieur de la Communauté. Résultat : le clandestin turc trafiquant de drogue peut passer la frontière franco-allemande avec autant de facilité que la ménagère française rapporte chez elle son pain acheté dans la commune d'à côté. Plus grave encore, le traité d'Amsterdam, en transférant aux instances bruxelloises les compétences étatiques en matière d'immigration, va empêcher les Français de décider eux-mêmes qui peut entrer sur leur territoire et y résider. Avec Bruxelles, le flux de l'immigration ira donc croissant, parallèlement d'ailleurs à la montée de la délinquance et de la criminalité, elles aussi favorisées par la disparition des frontières.
Par son objectif mondialiste et par les moyens contraignants qu'elle utilise pour l'atteindre, l'Europe de Maastricht ne contribue qu'à compliquer et à amplifier les problèmes des États membres.

Contre l'union des faiblesses

Améliore-t-elle pour autant la puissance, l'indépendance et la sécurité collective des nations européennes face au reste du monde? Nullement, puisque cette Europe ne songe pas à s'ériger en grande puissance ni à s'imposer face aux États-Unis ou au Japon. Effarouchée par la puissance, elle se montre encore plus impotente que chaque nation prise isolément. Dans tous les domaines, économique, militaire ou diplomatique, l'Europe se comporte en vassale docile des États-Unis et ne s'oppose jamais à leurs intérêts. On l'a vu dans les conflits, bosniaque, serbe ou irakien, dans les négociations commerciales internationales ou dans les relations au sein de l'Otan.
Cette incapacité congénitale à exiger l'indépendance et à rechercher la puissance est d'ailleurs ouvertement revendiquée par les instances communautaires. L'Europe n'a pas vocation à devenir une superpuissance ni une forteresse, entend-on régulièrement dans la bouche des ministres, des députés ou des fonctionnaires européens. Mais alors, à quoi sert-il de construire cette Europe-là ? L'union fait la force, dit-on parfois pour justifier l'entreprise, mais de quelle union peut-il bien s'agir si l'on rassemble des faiblesses pour fuir la puissance ?

Contre l'instrument du mondialisme

En réalité, l'Europe bruxelloise n'est animée que par des considérations mercantiles et n'a de sens que pour accélérer la marche forcée vers la mondialisation. Derrière tout l'édifice politico-administratif, il n'y a qu'un but, celui d'insérer ce que furent les nations européennes dans le nouvel ordre mondial américain. Loin de constituer un projet, l'Europe de Maastricht n'est qu'un instrument au service des penseurs anglo-saxons de l'économie globale. Ces penseurs qui conçoivent l'avenir sous la forme d'un grand marché mondial où domineront les forces de l'argent enfin libérées des contraintes, à leurs yeux dépassées, que représentent encore les nations, les peuples et les civilisations.
L'Europe de Bruxelles, parce qu'elle est d'essence mondialiste, n'effectue qu'une entreprise de destruction et ne sert aucun travail de construction. Elle détruit une œuvre historique pour n'aménager sur ses décombres qu'un grand espace économique. Elle remplace les conquérants, les génies et les bâtisseurs de nos anciennes nations par les technocrates de Bruxelles et les banquiers de Francfort. L'Europe de Maastricht, c'est la flamme d'une immense civilisation confiée à des bureaucrates et à des marchands !

Pour l'Europe des nations

Voilà pourquoi le Mouvement national républicain s'oppose à l'entreprise maastrichienne et se bat résolument pour cette autre forme d'organisation de notre continent que constitue l'Europe des nations.
L'Europe des nations qui veut, au contraire, rendre aux peuples européens la puissance qu'ils ont perdue et leur permettre ainsi de mieux défendre leurs intérêts et leur identité. Avec ce projet, nous voulons en effet organiser la famille des vieilles nations du continent de telle sorte qu'elles puissent faire contrepoids aux États-Unis d'Amérique et proposer aux peuples du monde un autre avenir que celui du grand melting-pot planétaire. Opposée au matérialisme et au déracinement, cette nouvelle organisation de l'Europe doit s'appuyer sur les valeurs de notre civilisation et rendre aux nations leur souveraineté.
Ainsi existe-t-il deux conceptions antagonistes de l'organisation du vieux continent, l'Europe mondialiste mise en œuvre par l'établissement qui veut niveler, mélanger et dissoudre, et l'Europe des nations proposée par le MNR qui veut préserver, transmettre, combattre et conquérir. Alors que l'une se soumet aux forces aveugles de la mondialisation, l'autre veut les dompter et les réguler. Pendant que l'une plonge les peuples dans le mercantilisme, l'autre veut leur redonner la puissance. Et, si l'une représente la fin de l'histoire pour les nations, l'autre vise à leur rendre un destin digne de leur histoire passée.
Il s'agit là de deux visions de l'Europe totalement antinomiques et c'est entre elles que les Français doivent aujourd'hui choisir leur destin. Dans notre pays, la classe politique, et l'établissement en général, considèrent que la question est définitivement tranchée et qu'il n'y a d'ailleurs pas d'alternative, le seul avenir possible étant celui de l'Europe bruxelloise. Le Mouvement national républicain, quant à lui, refuse ce déterminisme et fait pour la France le choix clair de l'Europe des nations.

Un nouveau traité pour l'Europe

Pour réaliser ce grand projet au service de la France et des autres nations européennes, nous voulons revoir entièrement la construction institutionnelle de l'Europe et faire table rase de ce qui existe pour élaborer un nouveau traité fondateur d'une Communauté des nations d'Europe. C'est d'ailleurs ce que préconisent beaucoup de personnalités éminentes, tel Maurice Allais, Prix Nobel d'économie, qui juge nécessaire de "réviser sans délai les traités fondateurs de l'Union européenne" afin de donner naissance à "une Europe fondée sur la préférence communautaire".
Beaucoup trop marqué par ses orientations fédéralistes, l'édifice bruxellois ne peut plus être corrigé à la marge. Le remède ne viendra pas d'astuces ou d'amodiations juridiques, mais d'un acte politique fort de rupture et de refondation. Inutile donc d'imaginer un énième pacte venant amender l'amoncellement des textes précédents. Le MNR est partisan d'élaborer un nouveau traité, simple, clair et court, dont la compréhension soit accessible à tous. Un traité mettant sur pied des institutions légères et légitimes et affirmant quelques grands principes fondateurs, parmi lesquels la souveraineté, la liberté, la puissance, la préférence et surtout l'identité.

Pour une Europe européenne

L'Europe des nations n'a en effet de sens que si elle est fondée sur le principe d'identité et si l'on met un terme à la logique folle de l'Europe sans limites et sans territoire précis, telle que la conçoivent les responsables bruxellois. Nous voulons donc en revenir à une conception simple mais claire selon laquelle ne peuvent appartenir à la Communauté des nations d'Europe que les seules nations européennes. Et que cette notion qui aurait été chère à Monsieur de La Palice ne soit pas dévoyée! Le seul critère territorial, linguistique ou ethnique est insuffisant : ne peut être européen que ce qui procède pleinement de la commune civilisation de notre continent.
Dans cet esprit, la Turquie, quelle que soit la qualité des relations géopolitiques qui peuvent être nouées avec elle, n'a pas vocation à en faire partie. N'étant européenne ni par la géographie, ni par l'histoire, ni par la religion, nous considérons que son entrée dans l'Europe bruxelloise est suicidaire pour notre civilisation. Ajoutons qu'a fortiori, les pays du Maghreb et ceux du Proche-Orient ne peuvent être acceptés dans l'Europe en dépit des liens historiques qui existent entre eux et certains États du vieux continent. L'Europe des nations, parce qu'elle n'est pas mondialiste, ne peut être qu'européenne.

Pour la souveraineté des nations

De même, elle n'a de sens que fondée sur le principe de souveraineté nationale, principe conçu comme une loi inaliénable à laquelle devra se soumettre l'ensemble de l'édifice institutionnel européen. Pas question de mutiler les peuples et de toucher à la substance des États comme c'est le cas actuellement : pour le MNR, l'Europe des nations doit respecter l'identité et la liberté des États. En lieu et place de l'intégration contraignante, nous voulons donc organiser la libre coopération dans le cadre d'une simple association d'États souverains. Et, comme la souveraineté ne se partage pas, cette communauté ne disposera d'aucune souveraineté propre. La souveraineté doit rester l'apanage des nations.
C'est pourquoi les compétences dévolues à la Communauté des nations d'Europe ne peuvent qu'être strictement limitées. Nous souhaitons donc que l'essentiel des responsabilités actuellement exercées, partiellement ou totalement, par Bruxelles revienne à titre exclusif aux États. Ainsi est-il anormal que l'Europe se mêle par exemple de la chasse ou de la pêche, de la santé publique ou du droit d'asile, de la justice ou de la police. Quant au niveau européen, nous considérons qu'il ne doit pouvoir intervenir que dans les seuls domaines de responsabilité gouvernementale où la puissance est nécessaire pour s'imposer dans le monde.

Pour la puissance européenne

Les nations européennes, prises isolément, ne disposant plus en effet d'un poids suffisant pour peser face aux États-Unis ou à d'autres grands ensembles, doivent donc se grouper pour retrouver à l'échelon européen la puissance qu'elles ont perdue à titre individuel. La puissance constitue donc la principale finalité de l'Europe des nations car, comme l'écrivait Denis de Rougemont à propos de notre continent, "ce foyer fatalement s'éteindra si la puissance doit lui être interdite, car la puissance est mère des utopies exaltées, de la confiance en soi, du gaspillage des forces et aussi du sens de la mesure, toutes choses sans lesquelles on ne crée rien de grand". Telle est la principale utilité de l'Europe des nations qui doit dès lors agir essentiellement dans les sphères où il se révèle indispensable de pouvoir mobiliser cette force collective.
Face à la guerre économique mondiale, nous souhaitons donc que les nations d'Europe recherchent ensemble la puissance nécessaire pour défendre et faire prévaloir leurs intérêts communs en matière de production et d'échange. De même, nous voulons que, pour se faire à nouveau respecter dans le monde, les pays européens nouent une alliance militaire propre à leur offrir une puissance comparable par exemple à celle des États-Unis. Enfin, bien que moins perceptible, l'enjeu culturel implique lui aussi que les nations du vieux continent unissent leurs forces afin de défendre efficacement leur identité et leur commune civilisation.
Pouvoir économique, puissance militaire, rayonnement culturel devront constituer, selon nous, les trois objectifs majeurs assignés par le traité à la Communauté des nations d'Europe.

L'Europe à la carte

Néanmoins, ces domaines d'intervention européenne, pour limités et légitimes qu'ils soient, ne sauraient être imposés globalement et une fois pour toutes aux pays membres. C'est pourquoi le pouvoir de définir les compétences européennes doit rester en permanence et de façon irréversible le privilège exclusif des États si l'on veut que leur souveraineté demeure pleinement respectée.
Chaque pays pourra ainsi choisir lui-même les domaines qu'il accepte de voir traiter au niveau européen et dans lesquels il est donc prêt à coopérer. L'Europe des nations voulue par le MNR prendra ainsi la forme concrète de coopérations différenciées constituant de la sorte un ensemble de cercles spécialisés, appelés pactes de coopération, auxquels seuls les États qui le souhaitent adhéreront. Ainsi le vieux continent pourra-t-il être organisé sur le principe de la coopération à la carte, système de liberté infiniment préférable au menu unique servi par les instances maastrichiennes.

La libre coopération

Ainsi pourra être proposé aux États qui le souhaitent un pacte de coopération douanière permettant d'assurer la régulation des échanges commerciaux au service des pays européens. De même qu'un pacte de développement économique visant à mobiliser la puissance européenne de production et d'échange au bénéfice des populations et des nations du continent. Un pacte de coopération monétaire pourra aussi être mis en œuvre, à condition qu'il se fixe comme objectif la création, en lieu et place de l'euro, d'une monnaie commune capable de faire pièce au dollar. Un pacte culturel pourra également créer un cadre favorisant la défense et le rayonnement des cultures et des identités propres aux pays européens. De même, des pactes seront prévus pour la mise en œuvre de l'Alliance militaire européenne et de la Chambre de règlement des conflits. À ces secteurs de coopération pourront s'ajouter en nombre limité quelques pactes plus spécialisés comme celui portant sur l'agriculture ou sur l'aéronautique et l'espace. Et l'ensemble de ce dispositif devra se substituer aux innombrables structures européennes actuelles, tels le Conseil de l'Europe, l'UEO et tant d'autres qui se chevauchent ou se concurrencent tout en s'ignorant.

Le vote à l'unanimité

En plus de la simplicité et de la clarté qu'il offre, ce mode d'organisation permettra de recourir systématiquement au vote à l'unanimité lors de la prise des décisions. Cette pratique ne sera plus en effet susceptible de conduire à des blocages, puisque les États qui ne sont pas d'accord pourront ne pas s'engager ou éventuellement se dégager, la coopération se limitant à ceux qui ont émis un vote positif. Ainsi, l'Europe des nations respectera scrupuleusement la souveraineté des États sans pour autant freiner ou bloquer la coopération qu'elle organise.

Le droit français supérieur au droit européen

Quant à la mise en œuvre des décisions, nous voulons qu'elle intervienne dans le respect de la souveraineté des nations, sans que l'Europe impose ses lois aux États. À cette fin, le MNR veut abroger la technique des règlements bruxellois directement applicables dans l'ordre juridique interne des pays membres. Sans passer par le parlement national, ces règlements ont actuellement force de loi et jouissent même d'une autorité juridique supérieure à celle de la législation des États.
Ainsi, lorsqu'en juin 1998, le parlement français adoptait à une forte majorité une loi modifiant les dates d'ouverture de la chasse à la palombe, il révélait l'ampleur de son impuissance. Cette disposition, parce que contraire à un règlement européen, devait en effet rester nulle et non avenue et ignorée des tribunaux français pourtant chargés de faire respecter les lois. En rendant caducs tous les textes nationaux antérieurs ou postérieurs qui leur sont contraires, les règlements constituent l'arme juridique majeure par laquelle les nations sont placées sous la tutelle des institutions bruxelloises.
Pour rétablir la pleine souveraineté des États, tout en assurant le fonctionnement de l'Europe des nations, nous souhaitons donc proscrire cette pratique et adopter celle de la directive par laquelle l'Europe définit des normes communes mais laisse à chaque État le soin de les reprendre et de les transformer en lois nationales.

La liberté d'entrer et de sortir

Ce dispositif sera d'autant plus facile à mettre en œuvre que chaque nation restera libre d'elle-même au sein de la communauté, tout particulièrement pour ce qui concerne son adhésion ou son retrait. Actuellement, ce n'est pas le cas puisqu'un pays qui souhaite adhérer à l'Europe bruxelloise doit se soumettre à de longues négociations et accepter toutes les contraintes imposées aux États déjà membres. De plus, une fois entré dans l'Union, un État n'a théoriquement plus la possibilité d'en sortir puisque rien n'est prévu en ce sens dans les traités.
S'agissant de l'Europe des nations, il en ira très différemment, car nous souhaitons que tous les pays européens aient la liberté d'entrer instantanément et sans conditions dans la communauté. Il leur appartiendra ensuite de définir les pactes de coopération auxquels ils participent dès lors qu'ils peuvent souscrire aux exigences particulières qui s'y rattachent. Quant au droit de sécession, il sera explicitement reconnu. Chaque nation, restant souveraine, conservera à tout moment la possibilité de se dégager de l'Europe des nations comme d'ailleurs de se retirer de tel ou tel pacte de coopération si, après y avoir adhéré, elle constatait que les orientations prises ne lui convenaient plus. Contrairement à la logique actuelle qui considère les transferts de compétence comme irréversibles, l'Europe des nations laissera à tout moment leur liberté aux États.

Le rétablissement des frontières

Dans le même esprit, nous voulons que les frontières soient impérativement maintenues, frontières entre l'Europe et le reste du monde, mais aussi frontières entre les pays européens eux-mêmes. L'Europe des nations ne peut en effet assurer le respect de la souveraineté des États membres et leur puissance collective qu'en s'appuyant sur le principe de la frontière, notion essentielle à l'intégrité de la France comme de l'Europe. Les frontières entre le vieux continent et le reste du monde doivent être strictement contrôlées de façon à y réguler le passage des hommes et des produits.
Mais les frontières intra-européennes doivent être également rétablies pour assurer une fonction de sécurité comparable à celle dévolue en cas d'avarie aux cloisons étanches d'un navire évitant que l'eau ne l'envahisse totalement et ne le fasse couler. Chacun d'ailleurs mesure bien l'importance des frontières lorsqu'il s'agit par exemple d'interdire l'importation du bœuf britannique susceptible d'être contaminé par la maladie de la vache folle. Les cloisonnements qu'elles permettent empêchent les épidémies de se répandre sur l'ensemble du continent comme elles peuvent limiter par ailleurs le trafic de drogue et l'immigration clandestine. Le MNR demande donc l'abolition des accords de Schengen, car le rétablissement des frontières est indispensable à la souveraineté et à la sécurité des nations.

Les Européens d'abord

Ces frontières sont d'ailleurs également nécessaires à la mise en application du principe de préférence, principe sans lequel aucune communauté ne peut exister ni survivre. En effet, de même que la préférence nationale est indispensable au maintien des nations, la préférence européenne, qui figurait d'ailleurs dans le traité de Rome, est la condition sans laquelle l'Europe ne peut avoir d'existence concrète. Nous sommes donc favorables à la préférence européenne pour les personnes, notamment en ce qui concerne leurs droits sociaux et leur aptitude à pénétrer et à résider sur le territoire des États.
Mais nous considérons qu'elle doit aussi être instaurée pour les produits, ce qui implique un minimum de régulation des échanges aux frontières extérieures de l'Europe afin d'assurer la priorité sur le marché européen aux produits fabriqués en Europe. Le MNR préconise donc la mise en application du mot d'ordre : les Européens d'abord. Ou, pour être plus précis, il veut affirmer la hiérarchie de préférence qui fonde sa philosophie : les Français d'abord, les Européens ensuite, les étrangers enfin.

Le conseil des nations

Pour faire appliquer tous ces principes, le MNR propose des institutions nouvelles beaucoup plus claires et transparentes que celles de Bruxelles. Fondées sur le respect des nations, elles attribueront aux États le pouvoir de décision et les érigeront en une instance suprême de la communauté. Instance qui prendra la forme d'un Conseil des nations réunissant tous les pays membres et décidant souverainement de tout ce qui concerne la nouvelle Europe. Il sera présidé à tour de rôle par une nation qui assurera l'exécutif de la communauté. La Commission bruxelloise sera supprimée et remplacée par un Secrétariat général du Conseil des nations. Placée directement sous l'autorité de l'assemblée des États, cette structure n'aura aucune existence politique propre et fonctionnera exclusivement comme une administration.
Quant à la Cour de justice et au Parlement européen qui constituaient, avec la Commission, les embryons d'une institution fédérale, ils redeviendront de simples instances consultatives. De la sorte, l'édifice institutionnel de l'Europe sera d'une totale transparence. Les nations restant souveraines, tout le pouvoir sera donné à l'assemblée qu'elles constituent et les instances qui, dans le système actuel, diluaient ou confisquaient les responsabilités seront supprimées ou confinées dans un rôle marginal.

Sur la scène de l'histoire

Retour de la puissance, défense des identités, respect de la souveraineté nationale, coopération entre les États, protection des frontières, préférence européenne, tels sont donc les principes avancés par le Mouvement national républicain pour fonder l'Europe des nations. Une Europe qui s'inscrit d'emblée dans une perspective historique totalement opposée aux conceptions utopiques de la construction bruxelloise et de la vision mondialiste qui la sous-tend.
L'Europe des nations que nous proposons s'affirme donc comme un projet bénéfique de rééquilibrage du monde et de régénérescence des nations européennes. Elle constitue l'instrument par lequel nos patries pourront à nouveau peser dans le monde pour la paix et l'harmonie, renouer avec le génie propre de leur peuple et faire prévaloir les vertus de leur extraordinaire civilisation.
En bref, la nouvelle Europe c'est le retour de la France et des pays européens sur la scène de l'histoire.



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