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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Introduction

Le cataclysme social

Pour la première fois de sa vie, Bernard Dautrand ne rentre pas directement chez lui. Il marche dans les rues, au hasard, sans se soucier de la pluie qui tombe. De toute façon, ce soir, il a tout son temps puisqu'il vient d'être licencié et que, demain, il pourra se lever plus tard que d'habitude. A l'angle de la rue, il prend enfin la direction de sa maison, mais il n'a pas encore trouvé le courage d'affronter sa femme et ses deux enfants.

Les affres de Bernard Dautran

Il faudra leur dire ! Comprendront-ils qu'il n'y est pour rien, qu'il n'est pas le seul, que quatre cents de ses collègues sont dans le même cas que lui : une restructuration, comme ils disent ! Il a le cœur serré, car il sait qu'à cinquante-trois ans, il ne retrouvera plus de travail, surtout dans la région et par les temps qui courent... Pourtant, son métier il en était fier. Ses chefs lui avaient même donné une promotion il y a deux ans déjà et, maintenant il est chômeur et il a peur, il a honte, il se sent mal.

Combien sont-ils à vivre aujourd'hui les affres de Bernard Dautrand ? Treize p. cent des Français en situation de travailler, nous disent les statistiques officielles. Mais celles-ci sont faites pour tromper, car, loin de révéler la nature et l'étendue du fléau, elles en donnent une image volontairement limitée et aseptisée. Et, pourtant, elles ne parviennent pas à occulter l'ampleur du drame.

Comment, en effet, ne pas voir le décalage entre ces chiffres qu'on lit dans les rapports gouvernementaux et la réalité vécue par les femmes et les hommes qu'ils comptabilisent ? Car, derrière ces données abstraites, il y a des êtres de chair et de sang et, si le chômage gangrène l'économie nationale, ce sont surtout des destins personnels qu'il fauche et des vies qu'il bouleverse. Les yeux rivés sur les indicateurs économiques, les technocrates qui nous gouvernent ont tendance à l'oublier. Un licenciement n'est pas seulement un matricule de plus à gérer par l'ANPE.

Et quand le fléau ne concerne plus seulement quelques cas ici où là, mais tend à se répandre telle une épidémie, quand le mal n'est plus W1 phénomène théorique que l'on connaît par la télévision, mais une réalité quotidienne et maligne qui frappe amis, frères, fils ou pères, ce n'est plus alors d'une crise économique qu'il s'agit mais d'un véritable cataclysme social.

Car au-delà des chômeurs reconnus, il y a ceux qui ne travaillent plus parce qu'on les a écartés du monde professionnel : les préretraités, les femmes, les jeunes. Il y a ceux à qui on a confié un travail qui n'en est pas un, ceux qui vont de stages en CES et de petits boulots en emplois précaires. Et, si l'on pense également aux conjoints, aux enfants ou aux parents qui subissent indirectement mais quotidiennement les vicissitudes du chômage de leurs proches, combien sont-ils au total à être ainsi victimes du désastre social qui frappe notre peuple ? Quinze millions, peut-être plus, près d'un Français sur trois !

Telle la peste

Certes, tous ne sont pas affectés de la même façon car tous ne sont pas dans la misère. Mais comment fonder une famille quand on est obligé de rester chez ses parents parce qu'en sortant de l'école ou de l'université on n'a trouvé aucun poste stable ? Comment ne pas connaître l'amertume quand on a multiplié les sacrifices pour offrir des études à ses enfants et que ceux-ci, bardés de diplômes devenus inutiles, ne parviennent pas à prendre leur envol ? Et comment ne pas sombrer dans la désespérance quand, incapable de gravir les échelons de la réussite, on se trouve hanté par la peur de glisser sur la pente de la déchéance.

Car elle est là, tapie dans l'ombre, hideuse et obsédante, l'angoisse de perdre pied, de sombrer, de se trouver privé d'emploi et de logement et d'être happé par le cycle infernal de la marginalité. Dans notre société, pourtant si structurée, si encadrée, il en faut peu en effet pour sortir des chemins de la vie normale et être rejeté du monde des gens heureux. Pour obtenir un poste, il faut pouvoir disposer d'un domicile fixe et, pour louer un logement, il faut pouvoir justifier d'un emploi stable. Celui qui perd l'un et l'autre peut dès lors se trouver très vite privé de tout et, incapable de briser le cercle vicieux de l'indigence, connaître le sort de ces malheureux qui errent dans les rues de nos villes.

La pauvreté se répand telle la peste et ne touche plus seulement les individus vulnérables, les vieillards, les handicapés ou les mères célibataires, elle frappe aussi ceux qui se croyaient à l'abri et prend une ampleur telle que les sociologues éprouvent des difficultés à la nommer: exclusion, précarité, paupérisation, désinsertion, galère. Il est vrai qu'elle revêt mille visages. Celui de cette vieille dame qui hante les rues, la nuit tombée, en soulevant le couvercle des poubelles pour y récupérer ce qu'elle ne peut plus acheter. Celui de ces SDF qui, recroquevillés derrière des cartons dans les coins des stations de métro ou des abribus, deviennent chaque année, l'espace d'un hiver, la mauvaise conscience de notre société. Ou encore celui de ces Français qui se glissent furtivement, le regard triste, dans les locaux des Restos du cœur ou de Fraternité française pour obtenir, un peu honteux, de quoi se nourrir ou se vêtir.

Survivre n'est pas vivre

La misère a pris aujourd'hui une telle ampleur que, pour la contenir ou la soulager, les organisations charitables publiques ou privées se multiplient et développent leur activité. Pourtant, quelle que soit leur efficacité, elles ne peuvent guérir la blessure qui ronge nos compatriotes dans la détresse, car celle-ci n'est pas que matérielle, elle est aussi morale.

Je me souviens de cet ouvrier marseillais hébergé dans un logement d'urgence. Il enrageait de se trouver ainsi l'objet de la charité des autres, humilié de ne plus pouvoir être son propre maître. Et qui peut dire que des perspectives se soient réellement ouvertes à ce jeune homme embauché pour quelques mois avec un contrat emploi solidarité et que l'on occupe à repeindre les cages d'escalier d'une cité HLM pour un salaire de misère ? Car c'est l'avenir qui se dérobe quand on n'a plus un emploi suffisamment stable et durable pour construire sa vie et assurer la sécurité matérielle des siens. Vivre, c'est se projeter dans le futur, vivre sans projet, c'est seulement survivre.

D'autant que le travail n'est pas qu'un moyen de gagner sa vie, c'est aussi un moyen de se réaliser. Et, au delà de l'emploi qui assure un salaire, c'est l'exercice d'un métier qui apporte équilibre et harmonie. Ce mineur de fond rencontré sur le marché de Gardanne l'avait bien compris. Il luttait avec l'énergie du désespoir pour démontrer la rentabilité de sa mine dont les technocrates ont programmé la fermeture pour l'an 2005. Certes, il défendait son emploi, mais il luttait surtout pour conserver son métier. Peu lui importait que la direction lui ait promis une retraite anticipée ou une reconversion. Mineur, fils de mineur, cet homme tirait sa fierté de la rudesse et de la difficulté de sa tâche. Elle lui apportait non seulement les moyens de sa subsistance, mais aussi des satisfactions d'homme au sens le plus noble: le goût de la difficulté surmontée, du risque maîtrisé, de l'utilité pour la collectivité et de la camaraderie fondée sur une tâche partagée. Sans doute n'était-il pas pleinement conscient de ce qui le liait à son travail, mais, en un mot, il aimait son métier. "Nous avons connu des ouvriers qui avaient envie de travailler, chantait Charles Péguy. Il y avait un honneur incroyable au travail. Il ne fallait pas qu'il fût bien fait pour le salaire ou pour le patron. Il fallait qu'il fût bien fait en lui-même."

Et tel était bien l'état d'esprit de cet homme heureux de travailler en son édifice souterrain et qui ne comprenait pas qu'on puisse le payer à ne rien faire. Tout comme cette femme salariée de Moulinex ne comprenait pas pourquoi, après vingt ans de travail, elle était condamnée au licenciement: "Je suis entrée à l'usine à dix-huit ans. Je n'ai jamais été absente plus de trois jours par an, même quand les enfants étaient malades, et aujourd'hui, on me met au chômage. Mais pourquoi ? "

Le grand malentendu

Et, sans doute, cette incapacité à appréhender les causes du fléau qui s'abat sur eux fait-elle aussi partie du profond malaise qui étreint nombre de nos compatriotes. La plupart ont l'impression d'être broyés par les mécanismes implacables d'une économie aux lois d'airain. Ils se sentent dépassés, incompris, rejetés et d'autant plus impuissants que, dans le même temps, les dirigeants de notre pays semblent ignorer leurs malheurs.

Loin de comprendre le désarroi et la souffrance des Français, les gouvernements qui se succèdent leur font la leçon et leur expliquent que les maux qu'ils subissent ne sont que les conséquences nécessaires d'une évolution économique par ailleurs inéluctable et bénéfique. Tel est l'objet du profond malentendu qui s'instaure entre le peuple et l'établissement. Alors que nos compatriotes sont de plus en plus nombreux à vivre dans les affres du présent ou dans l'angoisse de l'avenir, nos gouvernants, les yeux rivés sur les indicateurs macro-économiques, considèrent que la situation n'est pas si mauvaise et qu'en tout cas, elle n'a rien de catastrophique. La balance commerciale de la France est excédentaire : notre pays est donc performant sur les marchés extérieurs, le franc reste fort et stable, l'inflation est jugulée. La croissance est certes modeste, mais néanmoins positive, et les critères de Maastricht sont en passent d'être respectés. Seul indicateur au rouge, le chômage est cependant contenu puisque, s'il ne ralentit pas, sa progression demeure limitée, en tout cas au vu des statistiques officielles.

Ainsi se creuse un formidable fossé entre la classe politique qui parle d'un cycle économique d'adaptation à la mondialisation et le peuple français qui endure un cataclysme social sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour ceux qui vivent dans l'univers cossu des palais nationaux et ne connaissent que les données macro-économiques, la conjoncture est en effet celle d'une crise maîtrisée. Pour ceux qui vivent dans la brutalité du monde réel et subissent le chômage, la précarité, la pauvreté et la baisse du pouvoir d'achat, la situation est celle d'une régression dramatique. D'un côté, on mène une politique rationnelle d'adaptation à un monde à venir dont on dit qu'il est bénéfique et, de l'autre, on vit, au quotidien et dans sa chair, l'effondrement du monde qui assurait jusqu'à présent la sécurité et la prospérité. Là réside l'origine de la vraie crise : l'établissement poursuit une politique abstraite et théoriquement positive quand les Français souffrent de meurtrissures concrètes et pratiquement insupportables.

La troisième voie économique et sociale

Aussi faut-il renouveler la classe dirigeante, changer radicalement la politique actuellement suivie et proposer aux Français une grande alternative économique et sociale. Le système de production et d'échange n'est pas une machine désincarnée à laquelle il faudrait tout sacrifier tel Moloch dévorant ceux qui le servent. L'économie est faite d'hommes et de femmes au travail et n'a de sens que si elle est au service de leur prospérité et de leur bien-être. Et si, aujourd'hui elle est la cause de leur malheur et de leur souffrance, c'est qu'on l'a totalement dévoyée et qu'il faut donc la reconstruire sur de nouvelles bases.

Ce livre se propose de définir les structures, les mécanismes et les finalités du nouvel ordre économique et social qu'il faut donc substituer au désordre actuel pour assurer le retour de la prospérité et de l'harmonie. Il démontre qu'il existe un autre modèle, différent de ceux qu'ont enfantés le libéralisme et le socialisme. Une troisième voie économique et sociale qui, en rupture avec l'idéologie mondialiste, entend replacer le système de production et d'échange au service de la France et des Français.

Cet ouvrage n'est pas le travail d'un expert ni d'un économiste, il est le fruit de l'expérience, de la réflexion et des rêves d'un homme politique qui n'engage ici que lui-même 11 est un cri de colère face aux souffrances que l'on impose aux Français. Il ne cherche pas à bâtir une théorie nouvelle ou à découvrir des vérités abstraites, mais à dégager des solutions d'envergure aux problèmes que connaît notre pays. Fondé à la fois sur l'intelligence et les convictions, sur l'espoir et la volonté, il est un refus de la fatalité et une entreprise de renouveau politique. Il a pour ambition d'ouvrir la voie à la grande alternative qu'attendent aujourd'hui les Français pour qu'enfin l'on s'attaque aux causes du désastre.



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