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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 1

L'explosion du chômage

Trois millions cent treize mille cinq cents chômeurs officiellement recensés en mai 1997, un taux de chômage de 13 p. cent selon l'OCDE, un quart des jeunes Français de dix-huit à vingt-cinq ans à la recherche d'un emploi, le chômage est aujourd'hui la manifestation la plus dévastatrice des graves désordres économiques et sociaux que connaît la France depuis maintenant plus de vingt ans et la concrétisation la plus douloureuse et parfois la plus tragique de la crise que traverse notre pays.

Pire encore, ce fléau n'est plus perçu comme un mal conjoncturel que des remèdes adaptés pourraient guérir, mais comme une fatalité d'ordre structurel devant laquelle tous les gouvernements se déclarent impuissants. "Le chômage, qui frappe d'ailleurs toutes les nations du monde développé, résulte de la situation économique imposée à notre pays par des contraintes extérieures qu'on ne peut qu'accepter. Si donc le mal se perpétue, les pouvoirs publics n'en sont pas responsables, d'autant qu'ils ont tout entrepris pour en limiter les effets les plus nocifs" : telle est la thèse officielle que répandent à l'envi les dirigeants de la classe politique.

Un mal français

En réalité, ce discours relève du mensonge, de la manipulation ou de l'aveuglement, car le chômage, qui atteint en France un niveau alarmant, est loin d'être aussi développé dans les autres pays industrialisés et n'a donc rien d'une fatalité (tableaux 1 et 2). Ainsi, lorsqu'en 1970 notre taux de chômage se situait à 2,5 p. cent, il était du même ordre de grandeur que celui du Japon, alors qu'il est aujourd'hui quatre fois plus élevé. S'il est vrai que le chômage constitue un mal mondial, la France détient en ce domaine de tristes records.

La forme que le fléau revêt chez nous est d'ailleurs particulièrement grave en raison de l'importance du chômage de longue durée et du nombre de jeunes gens sans travail. Ainsi, la durée moyenne du chômage atteint trois cent quatre-vingts jours et 35 p. cent des chômeurs restent sans emploi pendant plus de dix-huit mois. Quant au taux de chômage des plus jeunes, il est officiellement deux fois plus élevé que la moyenne nationale. De nombreuses familles françaises connaissent dès lors une situation inédite et tragique, où le chômage, frappant parents et enfants, semble se transmettre de génération en génération, comme une maladie héréditaire.

De surcroît, le mal est si profond que l'on ne porte plus à la connaissance de nos compatriotes les vrais chiffres du chômage. Les estimations officielles sont délibérément sous-évaluées et le nombre réel de personnes effectivement victimes de ce drame atteint le chiffre de six à sept millions. Aux chômeurs, officiellement recensés, il convient en effet d'ajouter les personnes inscrites à l'ANPE mais non comptabilisées comme telles, celles qui sont occupées à temps partiel mais recherchent un emploi à plein temps, celles qui sont contraintes à l'inactivité par des préretraites ou des stages rémunérés et celles qui vivent dans la marginalité. Loin d'être fortuite, cette sous-évaluation des chiffres résulte en réalité de la volonté concertée des gouvernants de masquer le caractère catastrophique de la situation et leur incapacité à résoudre le problème.

En matière de lutte contre le chômage, la politique de l'établissement a en effet toujours consisté à traiter les effets du mal et non à en éradiquer les causes. Telle est la philosophie du traitement social du chômage, alpha et oméga des politiques menées en ce domaine par les gouvernements successifs. Le mal paraissant incurable, on cherche à en dissimuler l'ampleur par des manipulations de statistiques et à en atténuer les effets humains par des prestations sans cesse plus onéreuses. Ainsi, tous les gouvernements, de droite comme de gauche, ont-ils multiplié les stages rémunérés aux dénominations plus technocratiques les unes que les autres: SIVP, CES, CIE. Un consensus malsain s'est ainsi progressivement instauré entre les différentes composantes de la classe politique pour préconiser les mêmes mesures palliatives face à ce qui leur apparaît comme une fatalité.

Pourtant, rien n'est inéluctable dans le développement du chômage, et la dégradation dramatique de la situation s'explique en réalité par le refus de la classe politique de traiter les véritables causes du problème. A moins qu'il ne s'agisse d'une volonté délibérée de ne pas s'y attaquer afin de respecter les normes idéologiques du "politiquement correct". Il y aurait alors, non pas soumission à la fatalité d'une tragédie jugée inévitable, mais acceptation cynique du mal pour ne pas toucher aux tabous. Si, en effet, on ne prend pas en compte des facteurs comme le libre-échangisme mondial, l'étatisme, le fiscalisme, l'immigration ou la carence du système de l'éducation nationale, non seulement on ne découvrira jamais les sources du chômage, mais on restera éternellement dans l'incapacité d'y apporter le moindre remède. Or, ce dernier est au cœur de la crise économique et sociale dans laquelle se trouve aujourd'hui notre pays ; si donc on refuse d'en identifier les ressorts, on ne pourra pas définir une politique propre à assurer le redressement national. Toute démarche efficace pour sortir de la crise passe donc par un examen sans a priori des causes réelles du chômage.

Des boulots de plus en plus petits

Certes, à l'état résiduel, celui-ci n'est pas anormal, car le marché de l'emploi génère mécaniquement un type de chômage qualifié par les économistes de frictionnel et résultant de la période d'attente que chacun peut connaître entre deux emplois successifs. La multiplication de ces phases de latence, variables selon les personnes, leur qualification et leur lieu de résidence, entraîne au plan national un taux de chômage quasi incompressible d'environ 2 à 3 p. cent de la population active. A ce niveau, qui correspond du reste à la situation que nous avons connue au début des années soixante-dix, le chômage frictionnel n'a rien d'alarmant. Il le devient, comme c'est le cas aujourd'hui, lorsqu'il dépasse ce seuil incompressible et que la durée moyenne d'attente entre deux emplois s'allonge pour dépasser une année.

Ce phénomène humainement et socialement inacceptable peut s'expliquer en première analyse par la mutation technologique et industrielle actuellement en cours dans le monde et en France en particulier. Celle-ci nécessite en effet des adaptations de tous ordres qui ralentissent le fonctionnement normal du marché du travail. Mais d'autres facteurs sont plus directement liés à la structure de la société française. C'est le cas, par exemple, du vieillissement relatif de la population. Une personne licenciée à cinquante ans éprouve en effet plus de difficultés à retrouver un emploi qu'un homme de trente-cinq ans. Devant inscrire son nouveau poste dans une carrière déjà construite, n'ayant pas les mêmes perspectives d'évolution, n'éprouvant pas les mêmes facilités à s'adapter à un métier différent, le chômeur proche de la retraite met plus de temps à retrouver un emploi que son collègue plus jeune. Le vieillissement de la population conduit donc à un accroissement du chômage frictionnel.

Le système d'indemnisation du chômage, bien que tout à fait légitime, produit de son côté des effets comparables. Offrant à la fois la couverture la plus élevée et la plus longue, le système français se situe en effet parmi les plus avantageux de tous les pays développés. La France est donc l'une des nations les plus protectrices du monde et, si l'on peut se réjouir de cet atout, force est de constater qu'il représente dans le même temps un lourd handicap, car il tend à accroître le chômage. La différence entre l'indemnité et le salaire, surtout pour les revenus les plus bas, est souvent trop faible pour inciter puissamment les personnes sans emploi à reprendre une activité, poussant même certaines d'entre elles à se dire: "Travailler pour 1 000 francs de plus ? A quoi bon" ! Sans compter que la période relativement longue de couverture permet à chacun de "voir venir".

Enfin, la précarité des emplois offerts constitue une autre cause de dérèglement. Le nombre de contrats de travail à durée déterminée ou d'emplois subventionnés pour une période limitée s'est en effet multiplié. Une dérive qui concerne surtout les jeunes gens, contraints souvent d'accepter plusieurs "petits boulots" avant d'obtenir enfin un emploi stable. Est-ce un hasard si pour eux la durée moyenne d'un poste est de dix-huit mois, alors que, dans les autres pays développés, elle est de cinq ans ? Cette instabilité du marché du travail, source d'angoisse pour tous ceux qui en sont victimes, contribue à augmenter encore le chômage frictionnel.

La montée de ces phénomènes n'explique cependant pas à elle seule le nombre catastrophique de "sans emplois" que connaît aujourd'hui notre pays. La cause principale réside en réalité dans le chômage structurel, dont relèvent sans doute plus de deux chômeurs sur trois. La plupart des experts économiques considèrent en effet que le chômage frictionnel frappe 4 p. cent seulement de la population active, pendant que le chômage structurel en toucherait aujourd'hui environ 9 p. cent. C'est donc ce dernier qui représente la véritable maladie de notre société et dont il faut rechercher les origines si on veut l'éradiquer. A cet égard, le coût excessif du travail, une réglementation de plus en plus pénalisante, une formation mal adaptée, une immigration massive et incontrôlée, la mondialisation sauvage de l'économie et une politique monétaire anti-nationale apparaissent comme les causes fondamentales du chômage structurel.

Le travail accablé

En France, aujourd'hui, lorsqu'un salarié reçoit cent francs de son employeur, ce dernier en dépense en moyenne cent quatre-vingt-huit car, à la rémunération nette, s'ajoutent les cotisations sociales, les prélèvements divers ainsi que le poids de la taxe professionnelle dont la moitié de l'assiette est constituée par les salaires. Des charges particulièrement lourdes pèsent donc sur la masse salariale des entreprises qui, incorporées dans les prix de revient, entravent la compétitivité et créent une pression au licenciement. La relation de cause à effet est sur ce point directe, car plus les cotisations et les taxes s'accumulent sur les salaires, moins les entreprises embauchent et plus le chômage tend à augmenter. Les politiques menées depuis près d'un quart de siècle, qui vont toutes dans le sens de l'alourdissement du coût du travail, se trouvent donc directement à l'origine de la montée du chômage dans notre pays. Et leurs conséquences sont d'autant plus pénalisantes que ces prélèvements sur les salaires sont nettement plus importants en France que dans la plupart des autres grands pays développés. Dans la concurrence que se livrent les entreprises sur un marché européen et mondial de plus en plus ouvert, nos sociétés sont donc handicapées par des coûts de revient plus élevés. Ce phénomène est encore aggravé par les autres charges, notamment fiscales, pesant sur elles, charges elles aussi nettement supérieures à celles que supportent les firmes étrangères. Ainsi, on a pu établir que les entreprises françaises subissent globalement une ponction supplémentaire par rapport à leurs homologues allemandes de l'ordre de sept points de PIB. A un tel degré de pression, y a-t-il encore lieu de s'étonner que la gangrène du chômage atteigne en parallèle le niveau insupportable que nous connaissons ?

Et cela d'autant que l'excès de réglementation étatique accentue encore le handicap que subit l'économie française. Horaires de travail, congés, normes de production, dispositions à caractère social, tout est soumis à des textes bureaucratiques qui ne cessent de se multiplier et de se complexifier. Depuis 1976, le nombre de pages du Journal officiel a augmenté de 142 p. cent. Le suivi administratif des salariés entraîne dix millions de transactions quotidiennes entre 2,4 millions d'entreprises et sept mille organismes sociaux recensés. Chaque société est en moyenne en contact avec une vingtaine d'institutions officielles différentes. Soumise aux règles du roi Ubu, l'économie française traîne un boulet qui limite sa capacité créatrice. Le coût du travail s'en trouve accru, la création d'entreprises nouvelles devient un exercice surhumain voué à l'échec dans trois cas sur quatre, le développement des entreprises existantes se fait aléatoire et beaucoup d'emplois qui auraient pu être créés ne voient jamais le jour. A l'évidence, l'excès de réglementation est directement responsable d'une partie du chômage structurel français.

L'exemple de l'agriculture est à cet égard particulièrement éclairant. Voilà un secteur, qui au travers de la Politique agricole commune, est parmi les plus réglementés, puisque, pendant trente ans, les technocrates de Bruxelles ont multiplié les textes, les subventions et les pénalités ! Résultat: la population agricole est passée de 4 millions de personnes en 1960 à 1,1 million en 1995, sans que pour autant l'agriculture française ait progressé, que la qualité des produits se soit améliorée et que le niveau de vie des exploitants se soit élevé au même rythme que celui des autres français.

La faillite de l'école

L'inadaptation du système éducatif aux besoins du marché constitue une autre source de chômage. Il n'est pas rare en effet d'entendre des chefs d'entreprise se plaindre, en pleine crise de l'emploi, de ne pas trouver de personnel qualifié pour occuper les postes qu'ils ont à pourvoir. Ils se heurtent en ce domaine à l'une des principales causes de la rigidité du marché du travail, à savoir que la formation est assurée par une éducation nationale dont les méthodes ne sont plus en phase avec les nécessités du monde de l'économie. A l'origine de cette distorsion majeure, il y a d'abord la faillite globale de l'école, laquelle s'enfonce dans la médiocrité. Incapable d'inculquer aux enfants le goût de l'effort et de la rigueur, souvent impuissant à transmettre à chaque Français le minimum de connaissances indispensables, le système éducatif produit en cette fin du XXe siècle plus d'illettrés que dans les années dix-neuf cent.

Au regard du monde du travail, L'éducation nationale porte également la responsabilité du mépris qu'elle a de tout temps manifesté à l'égard des activités manuelles et de son incapacité à comprendre l'univers de l'entreprise et à collaborer avec lui. L'apprentissage n'a-t-il pas toujours été considéré par elle comme un enseignement de second ordre ? Quant à l'objectif qu'elle s'est fixé de faire passer le baccalauréat à 80 p. cent d'une classe d'âge, il conduit beaucoup d'adolescents à se détourner de leurs véritables aptitudes ou à nourrir des ambitions qu'ils n'auront pas les moyens d'assumer. Sortant du monde éducatif et universitaire sans aucune qualification ou avec une formation qui n'est pas adaptée au marché du travail, ces jeunes gens doivent alors se contenter de "petits boulots" ou d'emplois précaires avant de trouver une place stable qui leur convienne. Comment dès lors s'étonner que le taux de chômage des jeunes Français soit aujourd'hui deux fois plus élevé que la moyenne nationale ?

Immigration = chômage

L'immigration massive et incontrôlée que subit notre pays constitue de son côté un autre facteur déterminant de développement du chômage. Le marché du travail même s'il a des caractéristiques propres, obéit en effet à la loi de l'offre et de la demande. Si donc, toute chose égale par ailleurs, le nombre des demandeurs d'emploi ~s'accroît, celui des chômeurs augmente. Tel est le phénomène simple mais implacable qui fait de l'immigration une source majeure du chômage depuis près de vingt ans et qui atteint aujourd'hui des proportions considérables puisqu'on peut estimer à près de six millions le nombre d'immigrés présents sur notre sol. Chaque année, environ deux cent cinquante mille personnes nouvelles d'origine étrangère s'installent ou naissent sur notre territoire. Un million tous les quatre ans! Une invasion silencieuse qui provoque sur le plan économique des dérèglements d'une ampleur insoupçonnée.

Il est en effet absurde de prétendre, comme le répète l'établissement, qu'il n'existerait aucun lien entre le chômage des Français et le travail des immigrés, les uns assurant des tâches que les autres refuseraient de remplir. L'étude publiée dans le Rapport Milloz démontre le contraire et établit qu'environ un million de chômeurs français pourraient occuper des postes de travail actuellement confiés à des étrangers. Le chômage structurel compte donc bien, parmi ses causes principales, la présence de travailleurs immigrés sur notre sol, d'autant qu'il convient d'ajouter au chiffre précédent celui du nombre des étrangers inscrits à l'ANPE, c'est-à-dire sans doute environ cinq cent mille personnes.

Mais les conséquences néfastes de l'immigration sur l'emploi ne s'arrêtent pas là, car aux incidences directes s'ajoutent les effets indirects. La présence immigrée pèse en effet très lourdement sur l'économie française par l'augmentation qu'elle entraîne des frais généraux de la nation. Le Rapport Milloz en estime le coût annuel à 279 milliards de francs, somme représentant le coût supplémentaire que l'immigration fait supporter aux principaux services publics tels que l'école, la police, la justice, les prisons, les HLM ou la Sécurité sociale. Ainsi, rien que dans le domaine social, les immigrés reçoivent actuellement sous forme de prestations environ 71 milliards de francs de plus qu'ils ne versent sous forme de cotisations. Financées par des prélèvements sur l'entreprise, ces charges supplémentaires conduisent donc à renchérir le coût du travail et, par voie de conséquence, à accroître encore le nombre des chômeurs.

Ajoutons enfin que beaucoup d'immigrés pratiquent le travail clandestin, pour des salaires parfois dérisoires, créant ainsi une concurrence déloyale à l'encontre des Français. De tel agissements tirent en effet les salaires et les conditions de travail vers le bas, ce qui se révèle non seulement socialement néfaste, mais économiquement malsain. Ainsi de nombreux chefs d'entreprise ayant adopté cette logique de main d'œuvre bon marché se sont crus dispensés de moderniser leur outil de production, sans voir qu'il s'agissait là d'une stratégie de facilité pouvant à terme les conduire au désastre. C'est le cas des industries automobiles françaises qui, ayant recouru massivement aux travailleurs immigrés dans les années soixante et soixante-dix, ont pris à l'époque un retard important dans le renouvellement de leurs moyens de production et se sont trouvées, de ce fait, pénalisées dans les années quatre-vingt et contraintes à des licenciements importants.

Les emplois délocalisés

La montée massive du chômage trouve enfin son origine dans l'ouverture systématique du marché français aux produits mondiaux. A force de jouer le jeu du libre-échangisme intégral, de la division internationale du travail et de la mondialisation économique, les gouvernants ont été amenés à supprimer les droits de douane et autres limitations aux échanges, non seulement avec les États européens mais avec la plupart des autres pays du monde Résultat: ils ont laissé se développer sur le territoire national une concurrence sauvage qui pénalise gravement nos entreprises et multiplie le nombre des chômeurs. En effet, les coûts de main-d'œuvre et de production sont beaucoup plus élevés en France que dans nombre de pays nouvellement industrialisés qui ne connaissent pas de lois sociales comparables aux nôtres, où le niveau de vie est beaucoup plus faible que le nôtre et les préoccupations d'environnement inexistantes. En conséquence, lorsqu'un article de confection coûte trente francs dans notre pays, son prix de fabrication ne dépasse pas trois francs à Shanghai. Si dès lors on accepte de mettre en concurrence directe, sans protection ni régulation, l'entreprise française avec celle de Shanghai, on accule la firme nationale soit à déposer son bilan, soit à déménager son unité de production à l'étranger. Dans les deux cas, l'opération se solde par la disparition d'un potentiel de production et la perte d'emplois sur le territoire français.

Répété des milliers de fois, ce mécanisme pervers a déjà profondément bouleversé la structure de notre industrie. Des secteurs entiers, la construction navale, la sidérurgie, la machine-outil, le textile, sont sinistrés. Demain, si rien ne change, l'électronique grand public ou l'automobile peuvent connaître le même sort. Dans un rapport sur les délocalisations, M. Arthuis expliquait que ce processus n'était pas parvenu à son terme et que, dans les années à venir, près de deux millions d'emplois étaient susceptibles d'être délocalisés à leur tour. Un tel phénomène, en créant une forte pression à la destruction des emplois existants, contribue puissamment au développement du chômage.

Les chômeurs de la monnaie unique

La politique du franc fort menée dans la perspective de la monnaie unique provoque des effets comparables. En maintenant la devise nationale à un taux artificiellement élevé, les dirigeants de la classe politique renchérissent les prix de nos produits à l'exportation, rendant du même coup plus attractifs encore les produits étrangers importés. Il est en effet absurde de maintenir le franc arrimé au mark alors que l'intérêt de la France et celui de l'Allemagne sont différents. Comme l'a montré M. Gérard, membre du Conseil de politique monétaire, les Allemands ont avantage à s'appuyer sur un mark relativement fort par rapport au dollar, alors que l'économie française exige un franc moins coté au regard de la devise américaine. Notre monnaie, à la parité exigée par l'Allemagne, freine donc nos exportations, ce qui entraîne une perte de production et donc un accroissement du chômage.

Cette politique absurde présente de surcroît l'inconvénient d'avoir nécessité des taux d'intérêt élevés ayant pu atteindre des niveaux extravagants de l'ordre de 10 à 12 p. cent, ce qui a handicapé encore plus nos firmes, rendant leurs investissements plus difficiles à financer et obérant ainsi les postes de travail de demain.

Ajoutons que la mise en œuvre de la monnaie unique si elle a lieu, risque d'aggraver elle aussi le chômage français. En effet, la théorie économique nous l'enseigne, imposer une même devise sur un territoire qui n'est pas économiquement homogène peut entraîner de graves perturbations. Les tensions ou les distorsions, n'étant plus régulées par le cours des monnaies, sont "corrigées" de façon plus brutale par d'autres variables et notamment par le taux de chômage. Telle est d'ailleurs déjà la situation de la France qui, en accrochant sa devise au mark, a créé de facto une monnaie unique franco-allemande, dont les effets négatifs en termes d'emplois se font sentir dès aujourd'hui chez nous.

Un handicap économique

Conséquence des choix politiques néfastes effectués par l'établissement et des maladies récurrentes de notre société que les gouvernements successifs se révèlent incapables de guérir, le chômage se trouve donc au cœur de la terrible crise que traverse notre pays. Mais il constitue aussi, par son ampleur, un drame social majeur et un handicap considérable pour l'économie nationale. A ce stade, le chômage n'apparaît donc pas simplement comme la résultante la plus grave des dérèglements qui entravent la vie de notre société, il devient à lui seul une cause directe de la crise aussi bien sur le plan économique que sur le plan social.

Le chômage, qui frappe aujourd'hui près de 6,7 millions de personnes en France, obère tout redressement d'envergure et plonge notre nation dans la spirale de la régression. Le chômage coûte en effet de plus en plus cher à la collectivité nationale et pèse tel un fardeau écrasant sur les entreprises et ceux qui travaillent, limitant d'autant la compétitivité des premiers et la consommation des seconds et créant de ce fait, comme dans un cercle vicieux, un surcroît de chômage.

Comment s'étonner dès lors du dérèglement de la plupart de nos institutions financières et économiques ? Si la sécurité sociale connaît un déficit structurel croissant, c'est aussi parce que les chômeurs de plus en plus nombreux ne versent plus de cotisations alors qu'ils continuent, comme il est normal, de bénéficier des prestations. Si l'État ne parvient plus à enrayer l'augmentation diabolique des déficits budgétaires, c'est aussi parce que, gangrenée par le chômage, l'économie ne produit plus de recettes fiscales suffisantes malgré la hausse permanente des taux de prélèvement. Le chômage apparaît comme le sida économique et social de la nation.

Le sida social

Sida économique certes, mais, plus grave encore, sida social. C'est en effet la société toute entière qui en est déstabilisée et notre peuple dans son âme qui s'en trouve martyrisé, car le chômage représente, pour les personnes qui en sont victimes, une souffrance non seulement matérielle mais aussi morale. Il va de pair avec la solitude, le poids de l'indifférence, la peur de l'avenir, le doute de soi et, pour certains, s'accompagne d'une lente désagrégation de leur personnalité.

Faut-il dès lors s'étonner de voir, à mesure que se développe ce fléau, monter les indicateurs de la mauvaise santé morale des Français ? En 1993, les médecins ont délivré soixante millions d'ordonnances comportant un ou plusieurs médicaments pour le stress, la dépression ou la maladie mentale, et nos compatriotes sont devenus les premiers consommateurs au monde de tranquillisants et de psychotropes. Les admissions dans les hôpitaux psychiatriques ont été multipliées par 4,5 depuis 1965 et, reflétant la situation nationale, une enquête effectuée en 1995 par 1'ANPE de Niort indique que le chômage serait responsable de 64 p. cent des divorces dans le département des Deux-Sèvres. La crise de l'emploi affecte donc de plus en plus le moral de nos compatriotes, mais, si l'on s'inquiète à juste titre du nombre des accidents de la route, qui se préoccupe de la scandaleuse augmentation des suicides chez les jeunes gens ?

Le chômage compromet par ailleurs l'équilibre humain de notre nation. Car le travail n'est pas seulement un moyen de subsistance, il remplit aussi une fonction psychologique irremplaçable pour l'harmonie de la communauté nationale. N'est-ce pas lui qui donne aux hommes leur place dans la nation ? N'est-ce pas lui qui, dans la société par trop matérialiste d'aujourd'hui, assure à chacun une reconnaissance sociale ? C'est au travers de son activité professionnelle que l'on se sent utile et reconnu par les autres. Aussi, lorsque celle-ci vient à disparaître, que reste-t-il pour conserver une place dans la société ? Le chômage met donc également en cause les équilibres psychologiques entre 1'homme et la nation. Quel sens peut avoir la fraternité dans un pays où ceux qui sont privés de travail éprouvent le sentiment de ne plus participer à la communauté ? Quel sens peut avoir l'égalité lorsque, parmi nos compatriotes en âge d'exercer une activité productive, trois Français sur dix sont privés d'emploi et que se constituent ainsi deux mondes étrangers l'un à l'autre, celui du travail et celui du chômage ? Quel sens peut avoir la liberté quand on a perdu le minimum d'indépendance que procure un salaire ? A ce stade, l'économie devient barbare, pour reprendre le titre d'un livre de Philippe Saint-Marc5, car elle cesse de jouer son rôle civilisateur au service de la prospérité nationale pour exercer une action de désagrégation sociale et de déstructuration humaine. Quant aux gouvernements qui laissent se développer une telle pandémie et se montrent incapables de la combattre efficacement, ils perdent leur légitimité. Le chômage n'est en effet pas seulement un dérèglement des mécanismes économiques, il constitue le cœur d'une crise majeure qui pourrait bien, si elle n'est pas jugulée, emporter notre société et, avec elle, nos valeurs et notre civilisation.



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