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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 11

Libérer l'entreprise

Principal moteur de l'économie, l'entreprise doit faire l'objet de toutes les attentions de l'État et constituer une priorité pour la politique gouvernementale. Si, en effet, le but premier du système économique est la production des biens et des services, qui, sinon l'entreprise, accomplit cette tâche ? Et selon que celle-ci sera entravée par des contraintes, écrasée de charges et vilipendée devant l'opinion ou, au contraire, libérée, allégée, encouragée et respectée, notre pays connaîtra le marasme ou la prospérité. Comment, dès lors, ne pas vouloir rendre aux acteurs productifs de notre pays la place et la liberté qu'ils méritent et dont ils ont besoin pour accomplir leur mission au service de la nation ?

Une machine à produire

Aujourd'hui, le rôle bénéfique de l'entreprise dans l'économie est loin d'être reconnu par les faiseurs d'opinion pour qui ce sont encore les grandes institutions collectives qui doivent jouir du prestige ou de la sympathie du public. Tout ce qui relève des structures étatiques tout ce qui est lié au monde syndical ou associatif est davantage considéré et valorisé par le gouvernement et les médias que le secteur des producteurs et des acteurs économiques. Bien que les valeurs marchandes occupent une place dominante dans notre pays, les entreprises industrielles ou commerciales sont paradoxalement les mal aimées de la société actuelle. Reléguées en quelque sorte dans les soutes de la nation, on leur demande de produire des richesses sans leur en donner les moyens mais en les accablant de contraintes et de règlements dé p]us en plus tatillons. On voudrait qu'elles créent des emplois, tout en les alourdissant de charges et d'impôts. On les blâme quand elles licencient, mais on leur demande une efficacité sans cesse accrue dans la compétition internationale. On les montre du doigt lorsqu'elles délocalisent leurs activités à l'étranger, mais on laisse notre pays grand ouvert à la concurrence sauvage. On les critique si elles perdent des parts de marché face à leurs concurrents étrangers, mais on ne les place pas à armes égales avec ces derniers. Bref, on leur demande de se battre et de gagner pour créer de la richesse et des emplois, mais, dans le même temps, on continue à ne voir en elles que 1'hydre capitaliste abhorrée qui exploite le travailleur et trompe le consommateur. Toujours très imprégnée par la pensée marxiste, notre société considère trop souvent encore l'entreprise comme un lieu d'exploitation des individus, un instrument d'enrichissement illégitime des patrons et une source inépuisable de richesses que l'on peut ponctionner sans retenue. Tel demeure le discours archaïque du parti communiste et des syndicats institutionnels qui refusent de voir le monde économique et social dans sa réalité.

Les entreprises sont pourtant fort éloignées des schémas qu'impose la gauche traditionnelle. Elles ne fonctionnent pas comme des gisements de richesse à débusquer et à répartir, mais comme des machines à produire des biens et des services. Toute dépense, qu'elle soit légitime comme les salaires ou l'achat des matières premières et des outils de production, ou stérile et souvent abusive comme les ponctions fiscales et sociales, se retrouve au bout du compte dans les coûts de revient et donc dans les prix de vente des produits qui doivent pourtant rester suffisamment compétitifs pour trouver des acheteurs. Quant au profit, qui ne représente généralement qu'une fraction infime du chiffre d'affaires global, il se révèle indispensable en tant que critère de bonne gestion, facteur de motivation et source d'autofinancement des investissements. L'entreprise, qui n'a rien à voir avec ce lieu d'exploitation et de lutte décrit naguère par les marxistes, apparaît au contraire comme une étonnante machine à produire de la richesse. Si elle est bien sûr loin d'être parfaite, elle constitue cependant la base même du système de production et d'échange et demeure irremplaçable comme source première de la prospérité.

La libération des entreprises

Pour toutes ces raisons, l'entreprise doit retrouver sa place éminente dans l'économie nationale, elle doit être traitée comme le principal moteur économique et, à ce titre, faire l'objet d'une priorité absolue. Il convient donc de mettre en œuvre un vaste plan de promotion de l'entreprise française qui tourne le dos aux pratiques actuelles. En effet, pour aider les sociétés, l'établissement ne connaît qu'une méthode: le recours aux subventions. Or, ce procédé est néfaste, car une entreprise saine doit précisément pouvoir vivre, créer et se développer par la seule vertu de son activité propre, sans l'appui de quiconque. Il ne s'agit donc pas de multiplier les mesures d'aide aux sociétés industrielles et commerciales, mais bien plutôt de les libérer de toutes les contraintes qui entravent leur fonctionnement et freinent leur expansion. L'objectif est de créer l'environnement qui favorisera leur essor et leur rendra la pleine maîtrise de leur propre gestion. Voici l'esprit qui préside au plan de libération des entreprises préconisé par le Mouvement national républicain, un plan dont l'application devra porter prioritairement sur les petites et moyennes entreprises.

Avec 64 p. cent du chiffre d'affaires global des entreprises françaises, les PME constituent en effet la chair du corps économique de notre pays. De plus, ce sont elles qui peuvent créer le plus grand nombre d'emplois nouveaux quand les grands groupes industriels se trouvent encore enlisés dans des plans de restructuration et donc de licenciements. Par ailleurs, véritable tissu vivant en perpétuel renouvellement, les PME se multiplient au rythme de plus de deux cent mille par an, alors qu'on voit rarement une grande entreprise se créer de toutes pièces. C'est donc par leur truchement que le corps des entreprises françaises se régénère et peut se développer. Enfin, les PME, en raison de la souplesse de leurs structures, s'adaptent aisément aux grands changements que connaît aujourd'hui le monde. Capacité d'innovation, faculté d'adaptation, aptitude à saisir l'occasion favorable, à faire face aux difficultés et à accepter les risques, autant d'atouts qui font des PME les outils privilégiés d'une économie en restructuration, disposée à reprendre l'offensive industrielle et commerciale.

Certes, les grandes entreprises ont aussi leur rôle à jouer comme armature de notre économie. Par leur puissance et leurs réseaux, elles représentent des instruments majeurs dans la confrontation industrielle avec les autres pays développés. Mais, de par leur taille et leur assise désormais souvent internationale, elles souffrent moins que les PME des contraintes de l'environnement étatiste français. Quant à celles qui sont encore nationalisées et dans la mesure ou elles n'assurent pas un service public ou une mission stratégique, elles seront privatisées et disposeront donc des mêmes avantages que tous les grands groupes privés. C'est la raison pour laquelle le plan de libération des entreprises, qui concernera toutes les sociétés, donnera néanmoins la priorité aux PME.

Dans ce cadre, il conviendra d'alléger la réglementation qui étrangle les entreprises, de faciliter les financements dont elles ont besoin, d'améliorer l'environnement dans lequel elles baignent et de favoriser la motivation de leurs dirigeants et de leurs salariés.

La maîtrise des leviers

La réglementation à laquelle elles sont soumises constitue généralement un obstacle à leur développement. Les textes qui les régissent, loin d'assurer leur protection et de garantir la bonne marche de leurs activités, semblent au contraire avoir été conçus dans un esprit de défiance et de quasi-hostilité à leur égard. Cela est si vrai que la législation qui leur est appliquée apparaît aujourd'hui inextricable. Code fiscal, code de la sécurité sociale, code du travail, code du commerce, au total plus de huit mille pages souvent incompréhensibles à qui n'est pas juriste. Le rapport de M. Dalle, pourtant réputé à gauche, décrit la réglementation du code du travail comme " à la fois complexe, non cohérente, arbitraire, archaïque, parcellisée, instable, coûteuse et finalement inefficace au regard des principes qu'elle veut défendre". La boulimie normative de l'État se traduit donc pour les sociétés qui la subissent par des coûts supplémentaires, des occasions manquées et des adaptations non réalisées. La puissance publique se doit donc d'entreprendre un effort considérable pour la clarifier et la réduire.

C'est dans cet état d'esprit que les fonctionnaires doivent dorénavant engager un travail de déréglementation réaliste mais significatif. D'une façon plus précise, il faut rendre aux entrepreneurs la libre disposition des principaux leviers qui leurs sont nécessaires pour la direction de leurs affaires. Déjà, la réglementation des prix a été presque totalement supprimée, rendant ainsi aux chefs d'entreprise la capacité de fixer ceux-ci par eux-mêmes en fonction des contraintes du marché.

Des effectifs libres

Toujours dans la même perspective, il faut permettre aux dirigeants de société de décider librement de la taille de leurs effectifs, car, si l'embauche est libre, il importe que, dans le respect des contrats de travail, les licenciements le soient également. Le nombre des salariés constituant souvent un facteur important du prix de revient, il est donc essentiel que le chef d'entreprise puisse ajuster ses effectifs en fonction de la situation. Si on l'empêche de le faire, on le contraint à des surcoûts qui peuvent se révéler fatals. En effet, combien de sociétés n'ont-elles pas été conduites au dépôt de bilan parce que l'administration refusait ou freinait des licenciements ? Et comment ne pas voir le caractère paradoxal de cette réglementation qui, conçue à l'origine pour protéger les emplois, provoque en réalité leur destruction en nombre souvent supérieur à ceux qu'on prétendait préserver ? Il est en effet absurde de vouloir combattre le chômage en bloquant artificiellement les inévitables ajustements économiques. En les retardant, on ne fait qu'en augmenter l'ampleur et, loin de réduire le chômage, on l'aggrave.

En revanche, la liberté d'adapter les effectifs aux nécessités de l'entreprise constitue en réalité un facteur de maintien, voire de développement, de l'emploi en général. En effet, beaucoup de patrons hésitent à embaucher du personnel par crainte de ne pouvoir ensuite débaucher si, par malheur, la conjoncture l'impose. Et cette inquiétude est si forte que certains dirigeants en viennent à maintenir délibérément leur société en sous effectif plutôt que de courir le risque d'alourdir leurs frais fixes. 11 faut donc se garder de rétablir 1'autorisation administrative de licenciement, mais il faut aussi dans ce domaine cantonner les services de l'État dans un rôle de garant du droit sans pouvoir d'intervention a priori.

De la même manière, il apparaît aujourd'hui souhaitable de supprimer les seuils sociaux qui, à dix et cinquante salariés, entraînent des contraintes telles que beaucoup d'entrepreneurs renoncent à embaucher pour éviter de franchir le seuil fatidique. On peut certes critiquer une telle attitude et soupçonner les dirigeants de mauvaise volonté à l'égard de leur personnel. Mais l'économie est le domaine des réalités concrètes, aussi, lorsqu'une mesure provoque des effets pervers qui pénalisent l'emploi, il ne faut pas craindre d'y renoncer, car il y va de l'intérêt de tous les acteurs. Les lois doivent donc être modifiées en vue d'instaurer un dispositif permanent de représentation et de défense des salariés indépendant des variations d'effectif.

Des horaires souples

Il convient d'autre part d'assouplir la réglementation sur le temps de travail pour permettre aux entreprises de mieux s'adapter aux difficultés qu'elles rencontrent. Il est en effet malsain que, pour gérer les variations de la demande, elles n'aient à leur disposition que le recours au chômage à temps partiel et aux heures supplémentaires, lesquelles ne sont d'ailleurs pas toujours payées. Ventes saisonnières, annulations de contrat, commandes inattendues, aléas techniques, autant de situations souvent imprévisibles qu'une réglementation trop rigide empêche aujourd'hui de maîtriser efficacement. Résultat : des marchés perdus ou des commandes honorées avec retard au plus grand mécontentement du client.

Certes, il n'est pas question de remettre en cause la protection des salariés. La durée légale de travail doit être maintenue à trente-neuf heures et le principe du repos hebdomadaire respecté. Pour autant, à l'intérieur de ce cadre, les employeurs comme les salariés doivent pouvoir disposer d'une marge de manœuvre suffisante leur permettant d'adapter les horaires aux situations particulières qu'ils rencontrent et d'envisager des solutions originales. Pourquoi ne pas faciliter le recours aux horaires variables ? Pourquoi ne pas encourager les dispositifs de temps partiel, les solutions de travail à domicile ou de télétravail ? Le choix opéré par Pernod Ricard, consistant à découper l'année en deux périodes pour adapter la production à une consommation qui varie selon les saisons, est à cet égard intéressant. Pendant la période rouge, les heures effectuées au-delà de la durée légale sont payées 70 p. cent de mieux et récupérées pendant la période bleue. Chacun y trouve son compte, aussi bien l'entreprise que les salariés, et cet accord conjoint constitue bien sûr la condition sine qua non pour procéder à tout aménagement. Notons cependant que les dirigeants d'entreprise ne sont pas les seuls demandeurs de telles adaptations d'horaires. Beaucoup de Français seraient heureux de pouvoir travailler plus, pendant certaines périodes, pour disposer, à d'autres moments de la semaine, du mois ou de l'année, d'un temps de loisir plus important, surtout si de tels aménagements s'accompagnent d'un supplément de salaire. Seules les technocraties syndicales et étatiques murées dans leur archaïsme rechignent à s'adapter aux nouvelles conditions du monde moderne. Inversement, entrepreneurs et salariés sont ouverts à ces nouvelles dispositions et considèrent en ce sens la souplesse du temps de travail comme un progrès social à mettre en œuvre.

L'apprentissage revalorisé

Ce surcroît de liberté à donner aux entreprises dans la conduite de leur développement doit s'accompagner par ailleurs d'un effort important pour adapter la formation à leurs besoins. Aujourd'hui, en pleine période de chômage, il n'est pas rare que des dirigeants de société ne trouvent pas de personnel qualifié pour occuper les postes qu'ils proposent. La main-d'œuvre de qualité devient rare par la faute de l'éducation nationale qui a failli à sa tâche. En voulant exercer un quasi-monopole sur l'enseignement technique, en le considérant comme une formation de second ordre et en cultivant une méfiance atavique à l'égard du monde du travail, le ministère de la rue de Grenelle a créé sur le marché de l'emploi un vide paradoxal qui pénalise aujourd'hui les entreprises comme les jeunes Français.

Il est donc essentiel de remédier au plus vite à cette grave insuffisance en développant de façon massive et systématique le recours à l'apprentissage. Encore est-il nécessaire au préalable de le sortir de l'impasse où il a été relégué par l'éducation nationale. Aujourd'hui victime des options idéologiques de l'établissement enseignant, réduit à la portion congrue et considéré comme une sorte de dépotoir éducatif, l'apprentissage doit devenir demain le fer de lance du nouvel enseignement professionnel. Cette méthode de formation sur le tas, dans l'entreprise, complétée par des cours à l'école reste en effet inégalée. Plongés d'emblée dans le monde du travail où ils sont encadrés par des professionnels, formés sur des machines opérationnelles et confrontés aux exigences de qualité propres à l'entreprise, les élèves acquièrent dès le plus jeune âge la rigueur nécessaire à l'exercice d'un métier: le respect des horaires, de la discipline et de la hiérarchie, toutes choses que l'éducation nationale est dorénavant incapable de leur inculquer. L'apprentissage commencé dès l'âge de quatorze ans représente donc le meilleur moyen d'apprendre un métier, mais aussi la filière de formation la moins coûteuse pour la collectivité. Est-ce un hasard si l'Allemagne, qui a largement misé sur ce type de formation, ne manque pas de main-d'œuvre qualifiée et ne connaît pas le problème spécifique du chômage des jeunes ?

Une grande politique de l'apprentissage fera donc de ce dernier la voie d'accès privilégiée à tous les métiers. Confié à des contremaîtres expérimentés, géré par les représentants des professions, intégré dans l'organisation des entreprises, l'apprentissage retrouvera ainsi ses lettres de noblesse et offrira aux jeunes Français une formation qu'ils pourront valoriser sur le marché de l'emploi et dont ils pourront être fiers. D'autant que son essor s'accompagnera d'une réhabilitation du travail manuel permettant aux cols bleus de retrouver la place et la considération légitime qui leur reviennent dans la nation. Quant aux entreprises, elles pourront enfin trouver les salariés de qualité réellement adaptés à leurs besoins, pour peu qu'elles acceptent de prendre dans leurs ateliers un quota d'apprentis. Cet intérêt des entreprises à la formation des jeunes gens devra d'ailleurs être encouragé et élargi, au-delà même de l'apprentissage, à l'ensemble de l'enseignement professionnel. Car celui-ci aussi devra être revalorisé, notamment par la recherche systématique de l'excellence, le recours à l'émulation et la reconnaissance du mérite.

Non à l'argent d'État

La libération des entreprises exige en troisième lieu que leur financement puisse être assuré plus facilement qu'à l'heure actuelle. En effet, handicapées par de lourdes ponctions fiscales et sociales, malmenées par la concurrence internationale, les sociétés françaises, malgré leur remarquable productivité, ne réalisent pas, contrairement par exemple aux firmes allemandes ou américaines, des profits suffisants pour dégager une masse d'autofinancement significative. Elles se trouvent dès lors pénalisées dans leur capacité d'investissement puisque, contraintes de se tourner vers des sources de financement externe, elles se heurtent à la rigidité du marché des capitaux et du marché financier. Marchés qui, en France, ne sont pas adaptés à leurs exigences, car dominés indirectement par l'État qui fait tout pour encadrer et diriger l'argent frais en fonction de ses propres besoins. Ainsi, de nombreux produits financiers ne sont conçus que pour faire converger l'épargne des Français vers les circuits publics. La Caisse des dépôts et consignations, par exemple, ne sert qu'à monopoliser l'épargne populaire au service des collectivités publiques. Ainsi, en exerçant une sorte de captation à son profit de l'épargne nationale, l'État à la fois raréfie et renchérit l'argent disponible pour les entreprises.

Pour ce qui est du système bancaire, il a été lui-même entièrement étatisé et ne se remet que très progressivement de la mainmise bureaucratique qu'il a subie, ce qui le rend trop souvent inadapté au monde de l'entreprise. S'agissant des PME en particulier, il est incapable de prendre le moindre risque et n'octroie des financements qu'avec la prudence d'un usurier. Face aux très grandes entreprises, en revanche, ses dirigeants, prisonniers de leur connivence avec la technostructure, se lancent souvent sans discernement dans des financements aussi massifs que hasardeux, comme le Crédit Lyonnais en a fait la pitoyable démonstration. Dans un cas comme dans l'autre, le système bancaire ne remplit pas son rôle, sans compter que les taux qu'il pratique, conditionnés par la politique gouvernementale du franc fort, sont particulièrement élevés, handicapant ainsi encore davantage le financement des entreprises.

Le financement facilité

Pour rendre aux sociétés françaises une plus grande liberté de financement, il est donc essentiel de leur assurer d'abord une véritable capacité d'autofinancement.

Une solution, une seule, s'impose, qui consiste à réduire les prélèvements obligatoires que leur font supporter les organismes sociaux, les collectivités territoriales et l'Etat. Ainsi, les cotisations sociales de solidarité cesseront d'être ponctionnées sur les entreprises pour être transférées sur le budget de l'État, les assurances sociales seront réformées pour permettre la maîtrise des cotisations et la taxe professionnelle sera supprimée. Des mesures qui, ajoutées aux allégements de charges résultant de la baisse du chômage, pourront à terme représenter une diminution globale des prélèvements sur les entreprises de l'ordre de 400 milliards de francs, somme susceptible d'être intégralement transformée en fonds propres.

Dans le même esprit, un effort considérable devra être accompli pour diriger de nouveau l'épargne des Français en direction des agents productifs. A cette fin, la réglementation du marché financier devra être allégée et réformée de façon à faciliter son accès pour les entreprises. Les investisseurs publics institutionnels, de leur côté, subiront des empiétements destinés à réduire leur poids et leur influence. Ainsi la Caisse des dépôts devra-t-elle se séparer de la plupart de ses filiales qui pourront alors être privatisées. Quant aux banques, dont le programme de dénationalisation devra être mené à son terme, elles seront appelées à se dégager de la tutelle du Trésor. Le financement des entreprises pourra dès lors s'effectuer plus facilement et de façon plus abondante. D'autant que le programme de réduction des déficits budgétaires et de remboursement de la dette de l'État libérera des masses de capitaux considérables et que, dans le même temps, l'abandon de la politique du franc fort et la baisse des taux d'intérêt réduiront le coût de l'argent.

Il conviendra cependant de prévoir des dispositions particulières propres à faciliter le financement des PME, en encourageant à leur profit la constitution d'un authentique capitalisme populaire. A cette fin, des mesures fiscales seront prises pour inciter les personnes privées à participer au capital des PME et notamment à celui des entreprises qui se créent. Dans le même esprit, la création de sociétés de capital risque capables d'assurer, sans garanties majeures, le financement de projets d'entreprise crédibles sera fortement encouragée.

Protéger les petits

Selon les mêmes perspectives, il importe de protéger les PME des contraintes financières illégitimes que peut entraîner paradoxalement un excès de libéralisme lorsque les lois du capitalisme sauvage finissent par asservir les petits aux puissants, sans autre logique que le rapport de force le plus brutal. Il en résulte souvent des distorsions économiques qui causent un grave préjudice à l'équilibre du marché et à l'harmonie du système de production.

Tel est le cas lorsque les PME se trouvent confrontées aux exigences souvent insupportables des géants de la grande distribution. Ceux-ci n'hésitent pas en effet, pour réduire leurs coûts au minimum, à imposer à leurs fournisseurs des tarifs souvent même inférieurs aux coûts de fabrication et à exiger d'eux des délais de paiement de plusieurs mois. Ces petites ou ces moyennes entreprises se trouvent alors contraintes de vendre à perte et d'assumer des frais financiers considérables sous peine de perdre l'essentiel de leurs débouchés.

Des mécanismes analogues peuvent s'observer dans le secteur du bâtiment où les PME subissent la concurrence déloyale d'entreprises souvent clandestines qui, au bénéfice des grands groupes, cassent les prix des travaux de sous-traitance. Il convient donc de renforcer les règles propres à protéger la liberté des petites et moyennes entreprises. La vente à perte doit, dans cette perspective, être totalement interdite et des délais de paiements raisonnables imposés par la loi. Quant au travail noir et clandestin, il doit être impitoyablement pourchasse et réprimé.

Les comités stratégiques

Pour renforcer encore la liberté des entreprises, il faut de surcroît leur assurer un environnement favorable au regard de la concurrence internationale. Si en effet les sociétés françaises se trouvent prises à la gorge par une concurrence déloyale, leur marge de manœuvre sera nulle et leur mort quasi assurée. Certes, il n'est pas question de vouloir soustraire les entreprises françaises au jeu bénéfique de la concurrence, y compris celle qui vient de l'étranger. Mais, parce que la compétition internationale prend la dimension et l'intensité d'une véritable guerre économique où tous les coups sont permis, il devient du devoir de l'État de soutenir au mieux les formes françaises, tant sur le marché intérieur que dans leurs conquêtes extérieures.

Les entreprises nationales bénéficieront sur le marché français de l'instauration du prélèvement douanier de 10 p. cent sur les importations et, sur les marchés extérieurs, de l'abandon de la politique du franc fort qui transformera la monnaie nationale en arme de combat économique. Ces avantages devront être mis à profit par les entreprises françaises pour engager une reconquête du marché intérieur susceptible de consolider leurs assises en vue d'offensives commerciales extérieures.

De plus, si la compétition internationale s'apparente à une forme de guerre, il convient de se montrer conséquent et de mettre notre pays en situation de se battre efficacement. A cette fin, la France devra coordonner ses forces et faire jouer la solidarité nationale dans la conquête des marchés extérieurs à la manière des pays les plus performants et les plus puissants comme le Japon ou les États-Unis. Dans cet esprit, des comités stratégiques devront être créés au niveau gouvernemental dans chaque grand secteur économique. || ne s'agira pas d'instances bureaucratiques comme il en existe sous l'égide du Commissariat au plan, des ministères et des organisations professionnelles, où sont menées des discussions théoriques et prospectives ne débouchant sur aucune décision concrète. Au contraire, placés sous la présidence d'un chef d'entreprise, ces comités réuniront les principaux acteurs industriels et administratifs d'un secteur concerné autour d'un objectif concret consistant à favoriser la conquête de marchés extérieurs et la reconquête du marché intérieur.

L'initiative appartiendra aux acteurs économiques, les représentants de l'État n'étant là que pour répondre aux demandes de concours des industriels. Ainsi, pour aider ces derniers à faire progresser un domaine de production, à pénétrer un nouveau marché étranger ou à emporter un appel d'offres international particulièrement important, la puissance publique pourra fournir la dérogation, les crédits de recherche, le soutien diplomatique ou le concours des services de renseignements qui se révéleraient nécessaires. Ces comités stratégiques pourront aussi assurer les arbitrages ou organiser les ententes entre les entreprises françaises de façon qu'à l'étranger notre industrie parle d'une seule voix. Il s'agit donc de mobiliser les forces du pays et de les coordonner en une stratégie cohérente pour assurer le succès de nos entreprises.

La nouvelle participation

Celui-ci ne sera cependant pas définitivement acquis tant que les dirigeants de société et leurs salariés n'auront pas retrouvé une motivation inébranlable. S'agissant des employés des entreprises, il est essentiel qu'ils cessent d'être considérés comme de simples facteurs de production pour devenir les membres d'une authentique communauté de travail. Car qui, sinon eux, constitue la substance humaine des sociétés et, à ce titre, en assure quotidiennement et concrètement le fonctionnement ? De leur bonne volonté et de leur motivation dépend donc largement l'efficacité de la production. Aussi est-ce l'intérêt de tous que les travailleurs se sentent bien dans leur entreprise et éprouvent en quelque sorte le sentiment qu'elle leur appartient aussi. D'où la nécessité de créer au sein des firmes françaises un nouvel état d'esprit où prévale le sens de la communauté et de la solidarité. Ouvrier, contremaître, cadre, dirigeant, chacun adhère à une même entité engagée dans la bataille économique et tous doivent donc se sentir liés par des intérêts communs plus forts que les oppositions traditionnelles, lesquelles sous la pression des syndicats marxistes, déchiraient naguère les entreprises. Il est par ailleurs important de créer des conditions de travail qui traduisent cette nouvelle donne sociale afin que les salariés trouvent un réel intérêt à leur tâche et se considèrent comme partie prenante dans les résultats de leur société. Il faut enfin que les travailleurs puissent eux aussi être intéressés financièrement à la marche de leur atelier, de leur établissement et de leur entreprise. Ils doivent donc pouvoir acquérir de façon privilégiée des actions de leur groupe et se sentir ainsi concernés par la marche de leur entreprise afin d'obtenir par ce biais un statut nouveau qui les assimile, pour ainsi dire, à une nouvelle catégorie d'associés.

Motivation

Quant aux chefs d'entreprise, il est indispensable qu'ils puissent à nouveau tirer de leur activité un légitime profit. Dans cet esprit, la rentabilité du métier d'entrepreneur, aujourd'hui en baisse, doit être revalorisée pour devenir supérieure à celle du rentier. Actuellement, en effet, cette juste hiérarchie entre l'un et l'autre n'est plus respectée comme on le constate en observant la différence de taux entre la croissance de l'économie et le prix de l'argent. Avec un taux d'intérêt à 5 p. cent, le rentier peut voir doubler son capital tous les dix ans, alors qu'avec un taux de croissance de 1,3 p. cent, 1'entrepreneur doit attendre cinquante ans avant que la valeur de sa société ait doublé. Sans doute s'agit-il là d'un calcul schématique, mais qui n'en fait pas moins apparaître l'importance de l'enjeu que représente la rentabilité des entreprises, car, si celle-ci est trop faible, pourquoi l'industriel prendrait-il des risques inutiles quand il peut amasser plus d'argent en toute quiétude grâce à la seule spéculation ? Le plan de libération des sociétés françaises, en rétablissant leur rentabilité, rendra donc aux dirigeants économiques la motivation dont ils manquent aujourd'hui. Motivation que viendront d'ailleurs encore renforcer la baisse puis la suppression de l'impôt sur le revenu et la possibilité qu'ils auront, à leur mort, de transmettre sans prélèvements fiscaux leur œuvre et leur patrimoine à leurs enfants.

L'entreprise, ainsi libérée d'une réglementation excessive, ayant désormais la possibilité de recruter la main-d'œuvre qualifiée dont elle a besoin, enfin en mesure de financer ses investissements par des fonds propres ou des financements à bon marché, deviendra une machine économique d'une redoutable efficacité. Si, de surcroît, ses dirigeants et ses salariés retrouvent toute leur motivation et si elle reçoit le soutien intelligent de l'État pour favoriser ses projets, elle représentera alors pour notre pays un puissant moteur de la croissance, de l'emploi et de l'expansion économique française.



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