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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 15

La nouvelle participation

La fraternité entre les Français et la protection sociale pour nos compatriotes doivent aller de pair avec une plus grande participation des travailleurs et des professionnels à la vie économique et sociale. Il ne s'agit pas seulement de consolider les structures traditionnelles d'instaurer une authentique solidarité à l'égard des plus démunis et de refonder la sécurité sociale, encore faut-il que les Français puissent intervenir dans le système économique pour y faire valoir leurs intérêts et y être pris en considération. Encore faut-il que les conflits sociaux puissent trouver une issue équitable sans préjudice pour la collectivité. Tel est l'objet de la nouvelle participation que nous voulons instaurer dans la vie nationale.

Le marxisme décrépit

Pour construire ce nouvel édifice social, il convient au préalable de prendre conscience de la caducité du système actuel de représentation sociale hérité en France du XIXe siècle. Pendant des décennies en effet, sous l'influence de la gauche, les problèmes sociaux ont été vécus dans notre pays au travers de la grille d'analyse marxiste. Le moteur de l'histoire fondé sur la lutte des classes, mettait aux prises patrons et ouvriers, les premiers exploitant les seconds pour augmenter leurs profits, les seconds combattant les premiers pour assurer le progrès social. Dans notre société contemporaine, ce schéma a été plaqué sur la réalité et a fini par prendre une forme institutionnelle organisée autour de trois protagonistes: d'un côté le patronat, de l'autre les syndicats les uns et les autres soumis aux arbitrages de l'État. Il s'agit en quelque sorte d'une lutte des classes ritualisée, institutionnalisée et régulée, telle qu'on peut l'observer lors des grandes négociations sociales mettant en scène dans les salons dorés de Matignon, les états-majors syndicaux et patronaux sous la présidence du Premier ministre et de ses collaborateurs. C'est aussi selon ce schéma que sont composés le Conseil économique et social et d'innombrables instances officielles où siègent conjointement les représentants des syndicats, des patrons et de l'État. Aujourd'hui, cependant, ce modèle d'organisation des relations sociales se trouve être totalement déconnecté des réalités. IL constitue d'ailleurs une exception sur la scène internationale. L'Allemagne par exemple, bien que Marx soit né à Trèves, n'a jamais adhéré au modèle de la lutte des classes et, de Bismarck à Kohl, a toujours fait prévaloir le concept de communauté populaire pour fonder son organisation sociale.

Le CNPF déconnecté

En France, chacun des partenaires du jeu social institutionnel est désormais coupé des réalités nationales et populaires et procède d'une caste de privilégiés placée sous l'influence de l'Etat.

De moins en moins représentatif des chefs d'entreprise, le patronat institutionnel est dominé par les très grandes sociétés dont, pour beaucoup d'entre elles, l'essentiel des activités ne se trouve plus en France et qui se sentent dès lors peu concernées par l'intérêt national. Les petites et moyennes entreprises, qui constituent pourtant la chair du corps économique français, y sont, à l'inverse, mal représentées, souvent même méprisées et considérées comme quantité négligeable. Il faut aussi rappeler que le CNPF subit de surcroît, dans sa sphère dirigeante, l'influence écrasante de l'État et de ses hauts technocrates, un grand nombre de ses entreprises adhérentes étant encore nationalisées, d'autres restant contrôlées par des banques d'État. Enfin, les grandes sociétés réellement privées sont, quant à elles, pour la plupart dirigées non par des capitaines d'industrie, mais par des technocrates, grands commis de l'État qui conservent d'innombrables liens de connivence avec les cadres de la fonction publique, les uns et les autres constituant ce qu'on peut appeler la technostructure.

Pour ce qui est des idées et des valeurs véhiculées par le patronat institutionnel, elles ne diffèrent guère de celles de l'établissement politicien. Certes, les patrons s'irritent du poids de l'étatisme, mais, comme les représentants de la classe politique, ils sont avant tout préoccupés de jouer sans réserve le jeu du libre-échangisme mondial. Sans se préoccuper de l'intérêt national, sans prendre en considération la souffrance humaine des centaines de milliers de Français qu'ils rejettent sur le bord de leur route, ils s'engagent toujours davantage dans la voie du mondialisme. A l'exception de quelques personnalités comme Jacques Calvet, président de Peugeot-Citroën (PSA), pratiquement aucune voix ne s'élève dans leurs rangs pour s'opposer à cette politique absurde et en dénoncer les dangers. Déjà, dans les années soixante, beaucoup de patrons avaient adopté le processus mondialiste et amorcé les pompes de l'immigration en allant chercher à l'étranger des travailleurs dociles et peu payés. Or, chacun aujourd'hui le sait, non seulement cette pratique s'est retournée contre la société française en créant le problème dramatique de l'immigration, mais elle a pénalisé les entreprises qui, cédant à la tentation d'une main-d'œuvre abondante et bon marché, ont renoncé à moderniser leur outil et leurs méthodes de production, lesquels se sont donc retrouvés, dix ou vingt ans plus tard, nettement moins performants que ceux de leurs concurrents. Gageons que cette obsession libre-échangiste, qui habite les patrons et dont les Français subissent déjà les effets désastreux, se retournera demain également contre les grandes entreprises et leurs dirigeants. C'est donc à un double titre que le CNPF et ses démembrements ont perdu une grande part de leur légitimité: d'un côté, ils ne représentent pas l'immense armée des petites et moyennes entreprises et, de l'autre, se trouvant en totale osmose avec l'Etat, ils jouent le jeu antinational de la mondialisation à-tout-va.

Les syndicats zombies

Les syndicats institutionnels, qui ont vu leur influence diminuer considérablement, ne sont pas, de leur côté, plus représentatifs. Leurs effectifs ont en effet fondu au point que la France est aujourd'hui, parmi les nations occidentales, l'une des moins syndiquées. Les bastions qui leur restent se trouvent pour la plupart au sein des entreprises nationales et des administrations où ils ne se maintiennent que grâce aux avantages institutionnels et financiers que l'État leur concède. Quant à l'audience des syndicats auprès des salariés, elle s'est largement détériorée puisqu'ils apparaissent chaque jour davantage comme des appareils qui ne cherchent plus à défendre les intérêts de leurs mandants mais veulent conserver à tout prix leurs privilèges. Ainsi, lors des mouvements sociaux de décembre 1995, les syndicats semblaient beaucoup moins concernés par l'avenir de la protection sociale des salariés que par celui de leur pouvoir sur les caisses de la sécurité sociale.

De plus, ayant approuvé peu ou prou le GATT et le traité de Maastricht, ils se sont eux aussi laissé prendre par la logique mondialiste. Certes, ils émettent parfois des réserves sur l'intégration européenne et sur le libéralisme international, mais on n'a vu personne, dans leurs rangs, s'opposer clairement au libre-échangisme mondial, réclamer le retour des immigrés dans leur pays d'origine, exiger des protections aux frontières, demander la renégociation des traités européens et dénoncer les accords de Schengen et du GATT. D'ailleurs, leurs revendications elles-mêmes, qui souvent ne sont plus en phase avec les préoccupations des salariés, mettent en évidence leur ralliement au dogme mondialiste. Les voit-on en effet entreprendre la moindre action sérieuse lorsque leurs mandants sont frappés par les effets du mondialisme ? Mènent-ils une lutte quelconque en faveur de la sécurité des agents des services publics, qu'il s'agisse des conducteurs de bus, des policiers, des postiers ou des enseignants ? Se battent-ils pour que les Français soient prioritaires en matière d'emploi ou pour refuser les délocalisations ? Le cas de la CGT est typique. Ses adhérents, qui subissent de plein fouet le choc de la mondialisation, seront les premières victimes de la monnaie unique, mais, prisonniers de leur alliance électorale avec l'établissement, la CGT et le PC ne combattent pas efficacement l'Union monétaire et se contentent de réclamer un référendum dont ils savent qu'il n'aura pas lieu. Les syndicats institutionnels sont coupés du peuple français.

Comment ne le seraient-ils pas ? Eux aussi sont placés sous la dépendance de l'État et des collectivités territoriales et vivent de leurs largesses. C'est la puissance publique qui leur verse des subventions considérables pour leur permettre de compenser la perte de leurs adhérents et la chute des cotisations. C'est le pouvoir qui maintient leur monopole aux élections professionnelles et leur procure de nombreux postes dans toutes les instances officielles. C'est encore le gouvernement qui, bien qu'ils soient régulièrement débordés par la "base" lors des conflits sociaux, continue de les considérer comme les seuls interlocuteurs valables. Sans le soutien de l'État, les syndicats dits représentatifs ne seraient plus que des zombies et c'est pourquoi l'on peut dire qu'ils procèdent eux aussi de l'établissement.

Le schéma obsolète

Et l'État, est-il encore en mesure de jouer son rôle d'arbitre ? Certainement pas, car il est juge et partie. C'est lui, en effet, le moteur français de la mondialisation de notre société, principale cause de la régression sociale, c'est lui aussi le premier acteur du système économique qui, par son omnipotence et son poids, régente dans le détail le monde de la production et des échanges. Avec près de six millions de salariés placés sous son contrôle, il est de loin le premier employeur de France et, grâce à la législation et à la réglementation, il fait la pluie et le beau temps dans les entreprises.

Que reste-t-il alors du schéma d'école hérité du marxisme: syndicat contre patronat sous l'arbitrage de l'État ? Plus grand-chose en réalité, puisque la puissance publique est omniprésente à la fois derrière les syndicats et derrière le patronat et qu'elle définit les règles du jeu. N'est-ce pas l'Etat qui, dans les coulisses du théâtre de marionnettes qu'est désormais la vie sociale institutionnelle, tire les ficelles du spectacle ? La sécurité sociale, par exemple, est en principe gérée de façon paritaire par les partenaires sociaux, mais qui peut encore prétendre que ce n'est pas le gouvernement qui mène la danse ? Sans compter que l'État partage son projet mondialiste avec ses prétendus partenaires et que, dans la pratique, les uns comme les autres adhèrent aux grands principes de la politique définie par le pouvoir. Le système de représentation sociale issu du socialisme, qui organisait l'affrontement entre les patrons et les syndicalistes sous la houlette d'un État arbitre, se révèle donc totalement obsolète puisque les trois protagonistes sont liés par des intérêts communs, qu'ils sont tous trois coupés du peuple et de leurs mandants et qu'ils adhèrent au même projet. Est-ce à dire que tout clivage aurait pour autant disparu ? Certainement pas, car de nouveaux antagonismes viennent se substituer aujourd'hui aux anciens.

Quand le social rejoint le national

Car, si la bourgeoisie capitaliste et le patron mythique, honnis et vilipendés par les marxistes, n'existent plus en tant que réalités sociales, une nouvelle "classe d'exploiteurs" pourrait être désignée. Celle des nomenklaturistes de l'établissement, bureaucrates ou hauts fonctionnaires, grands patrons ou apparatchiks syndicaux, tous procédant du même système et, pour avoir légitimé le mondialisme, portant tous ensemble la responsabilité du cataclysme social qui frappe notre pays.

La grève générale du mois de décembre 1995 est emblématique du fossé qui se creuse entre les Français et l'établissement. Officiellement, ce mouvement, qui portait sur des questions classiques-statut de la SNCF et réforme de la sécurité sociale-, était organisé, régulé et négocié par les partenaires institutionnels, mais, dans la pratique, les syndicats, malgré leurs efforts pour sauver la face, ne contrôlaient rien et se contentaient de suivre les événements. La grève exprimait en réalité la profonde inquiétude des travailleurs français du public comme du privé confrontés aux effets délétères de Maastricht, de la mondialisation et de la dérégulation. Est-ce un hasard si la carte des plus grosses manifestations de rue coïncidait avec celle des meilleurs scores électoraux du non à Maastricht ? Pour la première fois, débordant les structures institutionnelles, un mouvement social d'envergure s'est organisé contre le mondialisme, prouvant, s'il en était besoin, qu'aujourd'hui, le combat social rejoint le combat pour la nation. Sur ce point, la scène sociale ressemble à la scène politique : l'antagonisme entre les travailleurs et l'établissement correspond à celui qui oppose le peuple à la classe politicienne et, dans les deux cas, le clivage est celui qui sépare partisans et adversaires du mondialisme. Même le PC et la CGT sont condamnés à la position inconfortable du grand écart entre leurs électeurs, qui, de plus en plus nombreux, soutiennent les positions du Mouvement national républicain, et l'établissement auquel leurs états-majors appartiennent de facto.

Il faut donc à tout prix établir un système de représentation des travailleurs français qui soit à nouveau légitime et enraciné dans les réalités, qui permette de dénouer les conflits, de faire participer les professionnels à la vie économique et sociale et qui procède de la fraternité nationale. A cette fin, il convient de renouveler le syndicalisme et ses méthodes d'action, de reconsidérer l'organisation interne de l'entreprise et de construire un nouvel édifice de représentation sociale.

Libérer le syndicalisme

Aujourd'hui totalement sclérosé, le syndicalisme doit être rénové de fond en comble si l'on veut lui rendre sa légitimité et lui permettre de jouer un rôle bénéfique au service des Français. Dans cet esprit, sera supprimé le principe de la représentativité qui confère aux cinq grandes centrales institutionnelles un monopole indu empêchant la création de nouveaux syndicats et limitant toute autre participation aux scrutins dans les entreprises. Conformément à la constitution, on doit donc pouvoir créer librement un syndicat et toute organisation syndicale doit pouvoir présenter des candidats au premier tour des élections professionnelles. Il importe en outre que les aides financières octroyées par la puissance publique aux syndicats soient équitablement réparties en fonction de leur représentativité effective. Le respect de ces principes devrait permettre au tissu syndical de se renouveler naturellement: les vieilles structures seront amenées à s'étioler et de nouveaux organismes émergeront. Par ce biais, le monde syndical pourra reprendre vie, se réenraciner dans les vraies préoccupations des salariés français et retrouver une réelle légitimité.

Encore faut-il faire jouer le mécanisme des élections à tous les niveaux et ne pas prendre comme interlocuteurs des instances auto-proclamées, mais des représentants élus. Dans les entreprises comme à l'échelon national, seuls des délégués dûment investis par un mandat obtenu à la faveur d'un vote doivent être pris en considération par les patrons ou les pouvoirs publics, car seuls de tels partenaires détiennent la légitimité requise pour représenter les salariés. Cette exigence de liberté et de réelle représentativité permettra d'en finir avec les instances archaïques et néfastes d'aujourd'hui, de régénérer le tissu syndical et de renouveler le dialogue social.

Il importe par ailleurs que les conflits sociaux inévitables puissent prendre une nouvelle forme et faire l'objet d'un minimum de régulation afin de servir réellement la cause de ceux qui les engagent et de limiter le plus possible le préjudice que pourraient en subir les tiers. Il faut notamment que les syndicats renoncent au cliché marxiste du patron ennemi et de l'entreprise corne d'abondance et lieu de lutte et que, symétriquement, les dirigeants d'entreprise cessent de considérer systématiquement le syndicaliste comme un adversaire adepte de la lutte subversive ou du sabotage délibéré. A cette fin, il faudra promouvoir un nouvel état d'esprit et des formules rénovées de concertation et de dialogue dans les entreprises de telle façon que les notions de communauté de travail, de solidarité d'entreprise et d'intérêts communs puissent y prendre corps.

Réguler les conflits

La grève doit, bien sûr, demeurer un droit inaliénable des salariés et l'un des outils de la revendication sociale. Encore faut-il qu'elle soit régulée pour ne pas se retourner contre les travailleurs qui l'organisent, ni causer de graves dommages aux employés d'autres entreprises qui en subissent les conséquences. Combien de sociétés en difficulté n'ont-elles pas été définitivement réduites au dépôt de bilan par des grèves intempestives menées par des agitateurs irresponsables ? Et combien de salariés n'ont-ils pas subi, sans aucun profit par ailleurs, tous les contrecoups néfastes de mouvements sociaux qui, décidés à l'extérieur de leur entreprise, l'ont durablement et totalement paralysée ? Il convient donc que la décision de déclencher une grève puisse être prise démocratiquement par un vote à bulletins secrets contrôlé par des autorités extérieures à l'entreprise, juges ou inspecteurs du travail, afin que les salariés puissent se prononcer en toute liberté, sans subir la moindre pression, d'où qu'elle vienne. Il importe également que les grèves ne puissent donner lieu à la prise en otage de tierces personnes comme, par exemple, en cas de paralysie des services publics ou lorsque les transporteurs routiers mettent en place des barrages sur les routes. Dans les entreprises publiques, un service minimum doit être assuré quoi qu'il arrive. Quant aux actions interdites par la loi, blocage, sabotage ou chantage, elles doivent être empêchées, au besoin par la contrainte.

D'autres méthodes d'action doivent d'ailleurs être imaginées pour dénouer les conflits qui n'auraient pu être résolus par la concertation. S'il n'est peut-être pas envisageable de recourir à des grèves symboliques comme dans les pays asiatiques où les ouvriers continuent à travailler mais en portant un brassard en signe de désaccord, on peut cependant concevoir d'autres modes d'action. L'objectif n'est pas d'empêcher les conflits ni les affrontements, mais de les replacer dans une perspective constructive de participation commune à un projet. A cet égard, il importe que les syndicats et les représentants qu'ils font élire défendent les intérêts de leurs mandants en jouant le jeu des défis qui sont lancés à leur société. Ainsi, dans les services publics, est-il légitime de s'opposer à la privatisation et à la dérégulation mais à condition d'accepter par ailleurs le principe de l'assainissement financier des entreprises nationales et de l'amélioration de leur rentabilité. Les représentants des salariés ne peuvent donc plus se désintéresser des performances de l'entreprise ni de la qualité de service qu'elle offre à ses clients.

L'avènement de cet état d'esprit et l'instauration de ces nouvelles règles doivent certes découler de la participation qu'il conviendra de mettre en place au service des salariés, mais aussi des quelques sanctions qu'il faudra utiliser pour imposer la régulation des conflits. Ainsi des pénalités doivent être prévues contre les syndicats ou les patrons qui ne respecteraient pas les règles de régulation des conflits, notamment en ce qui concerne l'exercice du droit de grève.

Non au capitalisme sauvage

Alors même que l'on assiste à un retour très inquiétant du capitalisme sauvage, l'entreprise et ses dirigeants doivent eux aussi modifier leur approche des problèmes sociaux et des relations avec leurs employés. De nombreux patrons, obnubilés par les impératifs de l'ultra-libéralisme international, ont en effet adopté l'attitude brutale, cynique et inhumaine des capitalistes du XIXe siècle tels que Zola les a décrits. N'ayant d'autre référence que le taux de profit, beaucoup d'entre eux, jouant à une sorte de Monopoly industriel, se livrent à des restructurations massives et incessantes souvent contraires à l'intérêt national et dont les salariés font toujours les frais.

Les licenciements sont devenus pour beaucoup de dirigeants un instrument de gestion quasi quotidien auquel on recourt même lorsque les bénéfices sont substantiels. Les cadres sont pressurés, soumis à des horaires de stakhanovistes et révoqués à la moindre faiblesse, sans égard ni mansuétude. De leur côté, les ouvriers et les employés sont impitoyablement licenciés dès qu'ils ne sont pas au maximum de leur capacité de production. Dans un passé récent, l'entreprise acceptait de maintenir sur ses rôles des salariés peu performants en raison de leur ancienneté et des services rendus ou par souci de ne pas jeter à la rue un employé aux capacités limitées. En agissant ainsi, elle fonctionnait comme une authentique communauté qui protège et défend les siens, tout particulièrement les plus faibles d'entre eux. Aujourd'hui, telle une machine impitoyable, elle abandonne trop souvent sur les bas-côtés de sa route tous ceux qu'elle considère comme inadaptés ou inutiles. Désormais, dans les entreprises, on achève les blessés !

Une telle attitude doit être combattue avec la plus extrême vigueur, car elle se situe aux antipodes de l'ordre social que le Mouvement national républicain entend instaurer dans notre pays. Et, pour s'y opposer, la méthode la plus efficace consiste d'abord à changer le contexte dans lequel se développe cet état d'esprit malsain. Ce sont en effet le mondialisme et la guerre économique sauvage qu'il provoque qui contraignent les patrons à jouer le jeu de l'ultra-libéralisme international et à ne plus se préoccuper que de rentabilité à n'importe quel prix. Si donc on rétablit la protection aux frontières et si l'on diminue le taux des ponctions étatiques, l'intensité de la concurrence s'en trouvera réduite et la rentabilité des entreprises facilitée au point qu'elle cessera d'être une obsession pour les patrons. Ceux-ci pourront alors porter un intérêt nouveau à leurs salariés et développer des liens de solidarité plus étroits au sein de leur firme.

La communauté de travail

Dans ce nouveau contexte, il deviendra possible de concevoir l'entreprise comme une communauté de travail. Certes, il n'est pas question de tomber dans l'angélisme et de croire qu'elle pourra demain être animée d'un esprit de concorde et de philanthropie, car les milieux professionnels connaîtront toujours des conflits, des tensions et des antagonismes comme il en existe dans toutes les organisations humaines. Il importe seulement de rendre tangible l'existence d'une véritable communauté de travail soudée par un sentiment d'appartenance et par la conscience de partager des intérêts communs. Pour y parvenir, les entreprises doivent reconstruire et affirmer leur identité, c'est-à-dire se forger une culture et une personnalité propre, afin de donner naissance à un patriotisme d'entreprise de telle sorte que leurs membres, quel que soit leur niveau dans la hiérarchie, tirent de leur appartenance un sentiment de fierté.

De même, chaque firme devra cultiver en son sein un esprit de solidarité de façon que tous se sentent embarqués dans le même navire, soumis aux mêmes attaques et placés devant les mêmes risques face à la menace que représente pour les entreprises la guerre économique mondiale. Aussi est-il indispensable que les dirigeants, lorsqu'ils se battent pour préserver leur société, considèrent les membres du personnel comme une composante essentielle de ce combat et s'efforcent en conséquence de sauvegarder également leurs intérêts. Dans cet esprit, la pérennité des situations, la possibilité de faire carrière au sein de la firme et d'être protégé par elle constituent des impératif.s sociaux que les patrons doivent prendre en compte. La fidélité des cadres et des employés à leur entreprise va de pair avec la protection que leur doivent les dirigeants. A cet égard, le modèle japonais, qui introduit dans le monde du travail des relations communautaires et traditionnelles, est infiniment préférable au système américain dans lequel le salarié n'existe qu'au travers de son labeur et de son salaire. Et s'il n'est pas question de vouloir imiter l'exemple nippon trop éloigné de nos propres traditions, c'est néanmoins en s'en rapprochant et en tournant le dos au schéma américain qu'il faut recréer un modèle original de l'entreprise française conçue comme une communauté d'intérêts.

Les salariés associés

Dans cet esprit, la participation des salariés doit trouver son expression dans la vie courante de l'entreprise mais aussi dans la place qu'il leur faut occuper au sein de la structure de pouvoir de la société.

Au quotidien, il convient de mettre en œuvre des méthodes de participation concrètes et actives, comme il en existe déjà dans certaines entreprises, de façon à permettre aux salariés d'être associés à la marche de leur atelier, de leur bureau ou de leur établissement. Il ne s'agit pas de parasiter la hiérarchie, mais de concevoir la chaîne de décision et l'agencement de l'usine de telle sorte que les structures conduisent naturellement les employés à s'intéresser au travail qui leur est confié et à participer à son organisation. Pourquoi ne pas procéder, par exemple, grâce à des méthodes de comptabilité analytique, à l'évaluation de la plus-value qu'ils réalisent dans leur unité de production et utiliser celle-ci dans le calcul de leur rémunération afin qu'ils soient ainsi financièrement intéressés aux résultats de leur travail ?

A l'échelle de l'établissement, il faudra concevoir le comité d'entreprise comme une réelle instance de concertation et de participation, non seulement pour ce qui touche directement les employés, mais aussi pour ce qui détermine de façon plus globale la vie de la société.

Ce comité devra aussi contribuer à renforcer la solidarité entre les membres de la firme face aux défis et aux menaces venues de l'extérieur et à développer le patriotisme d'entreprise. Certes, nombre d'établissements ont déjà adopté beaucoup de ces dispositions, mais il importera de les étendre le plus possible et de multiplier les incitations en ce sens pour faire des sociétés de véritables communautés de travail.

Les employés actionnaires

Cet objectif sera d'autant mieux atteint que se développera l'actionnariat populaire grâce auquel les salariés deviendront propriétaires d'une partie de leur entreprise. La création de mécanismes de participation permettra d'effectuer chaque année une distribution systématique d'actions à tous les employés en fonction des résultats obtenus par l'entreprise. Par ce biais, les salariés se sentiront plus solidaires de la direction de leur société et placés institutionnellement en situation d'associés, plus concernés par les contraintes auxquelles elle est soumise. Mais, surtout, leur statut s'en trouvera implicitement revalorisé puisqu'ils deviendront eux aussi propriétaires de leur firme et qu'à ce titre ils se situeront juridiquement sur le même plan que les autres actionnaires. Ils pourront participer aux assemblées générales et, en se coalisant, y exercer une influence non négligeable. Quant aux plus anciens d'entre eux, ils auront l'occasion, au fil des années, de se constituer un patrimoine important.

Cette pratique, qui existe déjà dans certaines sociétés mais qui devra être généralisée, permettra, avec le temps, de diffuser un nombre significatif d'actions au sein du peuple français, ce qui contribuera à éviter la concentration du capital entre les mains de quelques grands magnats souvent étrangers. Elle présentera en outre l'avantage de développer le patrimoine des Français, amplifiant ainsi la politique de propriété populaire voulue par le Mouvement national républicain. Les actions distribuées aux salariés resteront en effet leur propriété pleine et entière même s'ils quittent la société : ils pourront les vendre, les échanger ou les conserver. Cette initiative favorisera le développement d'un capitalisme populaire de grande envergure qui, en faisant participer tous les travailleurs français à la propriété économique, créera un nouvel état d'esprit propre à faciliter la transformation des entreprises en communautés de travail. Ce sera l'avènement de la nouvelle participation.

Le Sénat économique et social

Pour être complète, celle-ci devra aussi se traduire dans les institutions représentatives de notre pays afin de transposer à l'échelon national cet esprit communautaire et cette méthode de participation. Pour ce faire, il est nécessaire de créer des corps intermédiaires et de les renforcer ou de les ranimer s'ils existent. Déjà, les chambres de commerce et d'industrie, les chambres de métier ou les chambres d'agriculture jouent un rôle intéressant qui mériterait d'être amplifié. Encore faut-il que ces chambres redeviennent vraiment représentatives, ce qui nécessite le renouveau des organisations syndicales et patronales et la réforme du mode de scrutin par lequel elles sont élues. Selon ce modèle, il pourrait d'ailleurs être créé systématiquement, au plan national et pour chaque grande branche industrielle ou commerciale, une chambre professionnelle constituée de représentants élus de salariés et de dirigeants d'entreprise. Chaque instance de ce type devrait ainsi assumer un rôle d'orientation dans son secteur et servir de cadre légitime lors des négociations par branche.

Enfin, pour couronner l'édifice de la nouvelle participation et la hisser au plus haut niveau de l'État, le Sénat pourrait à terme être rénové et devenir la chambre des professions chargée des intérêts économiques et sociaux des Français. Déjà représentés en tant que citoyens au Palais-Bourbon~ nos compatriotes pourraient donc l'être aussi au travers de leurs métiers ou de leur condition sociale par l'intermédiaire de la haute assemblée. Concrètement. tous les Français, qu'ils soient salariés, patrons, artisans? membres de professions libérales, fonctionnaires, agriculteurs, mères de famille ou retraités, etc, seraient amenés à s'inscrire dans l'un des grands collèges socio-professionnels. Et chacun, au sein de son collège, élirait des représentants nationaux au scrutin proportionnel et au suffrage universel. Le Sénat, qui conserverait l'intégralité de ses pouvoirs constitutionnels, se verrait dès lors doté d'un poids et d'un prestige renforcés puisqu'ainsi constitué, il représenterait le peuple dans ses forces vives et disposerait de la sorte d'une autorité nouvelle pour mieux adapter la législation aux exigences de l'efficacité économique et de l'harmonie sociale. La représentation des différentes conditions ou professions se trouverait donc assurée au plus haut niveau de l'État, comme elle pourrait l'être dans chaque région en faisant élire de la même façon les comités économiques et sociaux.

La nouvelle participation prendrait ainsi une forme tangible à tous les échelons du pays et serait en mesure d'œuvrer à l'harmonie sociale. En rejetant les schémas archaïques du marxisme, en renouvelant les organisations syndicales et patronales, en régulant les conflits, en transformant les entreprises en communautés de travail et les salariés en actionnaires et en créant des chambres représentatives du peuple au travail, la nouvelle participation diffusera ses effets bénéfiques tant au sein des entreprises que dans la nation toute entière. L'ordre social sera rétabli et, avec le redressement économique, il permettra de sortir de la crise et de retrouver l'espoir.



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