Accueil   Réflexions d'actu   Lu, vu, entendu   Côté Privé   Côté public   Tout savoir   Écrits 
     
A la une
 Qui est Bruno Mégret
 Son parcours politique
 Ses options de A à Z
 Son autobiographie
 Ses ouvrages
 Découvrez le site du MNR

  Contacter Bruno Mégret

La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 2

La crise des valeurs

Avant d'apparaître comme une réalité mécanique et quantifiée, l'économie est d'abord constituée d'hommes et de femmes qui travaillent. Entité spirituelle autant que matérielle, elle ne peut donc être régie exclusivement par des équations, des lois financières ou des modèles économétriques. Représentant l'une des facettes de l'activité de la communauté, elle fait partie intégrante de la nation et se trouve ainsi déterminée par les qualités et les valeurs propres aux hommes qui la composent. A ce titre, le système d'échange et de production reflète aussi le génie d'un peuple et le système de valeurs dont il est porteur.

C'est dire si l'économie est également conditionnée par l'état éthique, psychologique et physique de la population. Si celle-ci est jeune, nombreuse, entreprenante et si les valeurs qu'elle porte sont celles, exigeantes, du dépassement, du travail, de la compétition, de la rigueur et de l'honnêteté, l'économie tendra naturellement à la croissance et à l'expansion. Si, à l'inverse, la population stagne en nombre et vieillit, si elle se recroqueville sur des anti-valeurs, comme le laxisme, l'hédonisme, l'individualisme, l'égalitarisme ou le parasitisme, alors, mécaniquement, le système économique connaîtra la régression. Ce n'est donc pas un hasard si la crise économique que subit notre pays depuis plus de vingt ans va de pair avec une crise démographique majeure et un incontestable déclin des valeurs.

Le travail déconsidéré

Malgré la mécanisation et l'automatisation des tâches, l'économie reste fondée sur le travail des hommes. Aussi est-il pénalisant pour les performances de l'industrie et des services que le travail ne soit plus honoré comme une valeur en soi. Cette situation résulte des actions menées par les gouvernements socialistes et sociaux-démocrates qui, en diffusant dans la société les notions d'égalitarisme et d'assistanat, traitent à l'identique celui qui est productif et celui qui ne 1'est pas, celui qui apporte et celui qui profite. Dès lors, le travail s'en trouve dévalorisé et les plus actifs dissuadés de s'y consacrer pleinement, comme on le constate un peu partout dans la société française. Chez les salariés des administrations et des grandes bureaucraties privées, la rémunération dépend plus de l'ancienneté que des résultats obtenus dans le travail. Parmi les chefs d'entreprise, les professions libérales, les artisans ou les commerçants, les revenus sont systématiquement amputés par des prélèvements publics de plus en plus lourds. Ce refus de récompenser le mérite, l'effort, le talent et, plus globalement, le travail bien fait porte atteinte aux performances de notre pays au plan de la productivité comme à celui de la capacité à inventer et à entreprendre.

Cet état d'esprit fâcheux conduit de surcroît à l'abandon de notions aussi indispensables à l'efficacité économique que la conscience professionnelle et le goût du travail bien fait. Or, lorsque de telles valeurs font défaut, c'est l'économie toute entière qui peut en être gravement affectée. Ainsi, les performances à l'exportation s'obtiennent non seulement grâce à des prix compétitifs, mais aussi par le respect des délais de livraison et la fiabilité des produits, autant de critères que nos entreprises négligent trop souvent aujourd'hui. Comment expliquer ces carences sinon par un relâchement de la conscience professionnelle et de la rigueur dans le travail ? Sans doute un tel abandon se trouve-t-il aussi à l'origine des dysfonctionnements parfois tragiques qui affectent les services publics : perte ou retard dans l'acheminement du courrier, perturbation des horaires ou accidents sur les lignes ferroviaires. En revanche, les pays les plus performants parmi les États nouvellement industrialisés, comme les dragons du Sud-Est asiatique, Singapour ou Taiwan, sont précisément ceux qui honorent le plus le travail.

La corruption et la crise

De même, une économie prospère et dynamique exige l'ordre et l'honnêteté. Des relations de confiance entre salariés et employeurs, entre producteurs et clients, entre pouvoirs publics et entreprises sont essentielles au bon fonctionnement du système de production et d'échange Or, aujourd'hui, en France, la délinquance qui gangrène la vie économique et pèse d'un lourd fardeau sur les finances de la nation a rompu cette nécessaire harmonie.

Qui n'a entendu parler de ces entreprises sauvages du secteur du bâtiment qui, montées par des immigrés en marge des lois, ne payant ni impôts ni charges sociales, assurent à des prix imbattables des travaux de sous-traitance pour de plus grandes sociétés ayant pignon sur rue ? Les petites entreprises françaises qui règlent leur dû à l'administration et respectent les lois sont alors victimes d'une concurrence déloyale à laquelle elles ne peuvent faire face et qui les accule à la ruine. Ces pratiques malhonnêtes ont un effet dévastateur sur le tissu des petites et moyennes entreprises adeptes du travail bien fait. Les unes disparaissent pendant que les autres voient leurs charges s'alourdir à mesure que le travail au noir monte en flèche.

Quant au vol, il constitue non seulement une calamité pour les personnes privées, mais aussi un handicap de plus en plus lourd pour le système économique. Certaines entreprises moyennes se trouvent ainsi réduites au dépôt de bilan à la suite de cambriolages massifs perpétrés dans leurs ateliers. Quant au vol dans les commerces et les grandes surfaces, il pèse maintenant si lourdement sur le chiffre d'affaires qu'il devient nécessaire d'en répercuter le montant sur les prix de vente.

Et que dire de la corruption qui se généralise ? Lorsqu'un élu prévaricateur exige une commission sur un marché public, non seulement il fausse le jeu de la concurrence en accordant sa préférence à l'entreprise qui accepte le racket, mais il provoque de surcroît une augmentation du montant du marché, dont au bout du compte le contribuable fera les frais. La corruption conduit également les élus à multiplier à l'excès les investissements publics pour majorer d'autant les montants sur lesquels ils peuvent prélever leur dîme. La malhonnêteté de nombreux édiles est donc directement à l'origine d'un alourdissement de la fiscalité locale et donc d'un handicap accru pour la croissance économique et la compétitivité des entreprises.

Quant à celle des dirigeants de grandes sociétés, elle exerce un effet démobilisateur sur leur personnel lorsqu'elle ne déstabilise pas de fond en comble leur entreprise, comme on a pu le constater à l'occasion de la mise en examen et de l'incarcération de M. Le Floch-Prigent alors président de la SNCF au moment même où il engageait la restructuration de la société nationale.

L'économie anti-patriote

La perte des valeurs patriotiques représente également un frein au développement économique de notre nation. Dans la bataille sans merci qui fait rage sur les marchés extérieurs, certains peuples, tout en jouant le jeu de la concurrence à outrance, acceptent d'introduire dans leur comportement la notion de préférence nationale. Ce n'est pas le cas des Français. Ainsi n'est-il pas rare de voir deux entreprises nationales se concurrencer au point de se neutraliser pour obtenir un marché à l'étranger, alors que les Japonais ou les Allemands ne mettent en avant qu'une seule offre, offre que leurs autorités politiques peuvent alors appuyer sans réserve. De même, les sociétés françaises ne jouent pas toujours le jeu de la solidarité nationale. Lorsque l'une d'elles est mal placée pour obtenir un contrat, il est rare qu'elle invite son concurrent national à soumissionner à sa place. Et, dans le cas où elle est choisie pour effectuer le travail, donne-t-elle toujours la priorité aux firmes françaises pour les travaux de sous-traitance ? Le président ivoirien Houphouët-Boigny faisait observer, en son temps, qu'à l'étranger les Anglo-Saxons, quelle que soit leur appartenance politique, se font les apôtres de leur pays, alors que les Français excellent à décrier le leur.

Plus grave encore, nos gouvernants, animés par l'idéologie mondialiste, privilégient les principes du libre-échangisme ou de l'européisme au détriment de la défense de l'intérêt national. Dans les enceintes européennes, on les a vus ont trop souvent chercher à s'imposer comme le meilleur élève de la classe européenne, n'hésitant pas, pour ce faire, à multiplier les concessions, quitte à compromettre les positions françaises face à des partenaires britanniques ou allemands qui, inversement, s'efforcent de tirer des négociations le maximum d'avantages pour leurs compatriotes. Alors que Paris cède au moindre froncement de sourcil du commissaire bruxellois à la concurrence, les Allemands lui résistent avec efficacité. Pour faire accorder à Daimler-Benz une subvention de plusieurs centaines de millions de marks par le Land de Saxe en dérogation à toute les normes européennes, il aura suffi d'une pression du ministre allemand sur la Commission pour que celle-ci renonce à s'y opposer. Quant à l'échelon communautaire, il est encore plus indifférent à la défense de l'économie nationale et européenne, comme on a pu le constater lors des négociations du GATT où les intérêts français, notamment agricoles, ont été bradés aux Américains.

L'esprit d'avachissement

L'effondrement des valeurs nécessaires à l'économie se manifeste aussi par le relâchement de l'esprit d'entreprise, du sens de l'aventure et de la volonté de dépassement. Notre nation ne semble plus animée par ce souffle vital, cet influx d'énergie qui, au fil des siècles écoulés, l'ont amenée à inventer, à explorer le monde, à accumuler des connaissances et à construire une grande civilisation. Or, sans ce ressort, rien de grand n'est possible, car, en économie comme en d'autres domaines, il faut, pour réussir, être porté par l'esprit de conquête et le goût du défi.

L'un des symptômes de cet avachissement réside dans l'écart qui se creuse entre les taux de rendement du capitalisme productif et ceux du capitalisme spéculatif. Le premier investit dans des outils de production et s'exprime par une création matérielle de biens ou de services tangibles. Le second est purement stérile puisqu'il se manifeste par la vente et la revente d'unités de valeurs souvent même immatérielles. Or, aujourd'hui, le second est souvent plus rémunérateur que le premier. Quel chef d'entreprise, petite ou moyenne, n'a pas été tenté, face aux difficultés de sa tâche, de céder sa société et de placer le fruit de sa vente sur le marché financier, avec la perspective de pouvoir ainsi gagner plus en travaillant moins ? N'est-il pas inquiétant que les investissements les plus fructueux de ces dernières années aient pris la forme de Sicav monétaires plutôt que d'actions de sociétés industrielles ? N'est-il pas significatif que la filiale financière de Thomson ait été, avant d'être cédée au Crédit Lyonnais, la seule source de profit du groupe nationalisé ? Est-il sain que les grandes surfaces de distribution ne tirent pas leur profit des bénéfices de leurs ventes mais des placements financiers que leur permet leur situation de trésorerie ? De telles distorsions se révèlent dangereuses pour le dynamisme de l'économie, car, s'il est plus avantageux de spéculer que de produire, cela signifie que l'esprit d'entreprise et de création est aujourd'hui moins rémunéré et donc moins honoré que des comportements parasites ou marginaux.

Le baby-krach

L'effondrement démographique de notre pays constitue un autre fléau particulièrement grave quant à ses conséquences économiques et sociales. Pour que le renouvellement des générations soit assuré, il faut en effet que l'indice de fécondité atteigne deux cent dix enfants pour cent femmes, soit le chiffre de 2,1. Or, ce taux, qui était de trois en 1948, à 1'époque du "baby-boom", et de 2,9 en 1964, n'a cessé de descendre pour tomber à 1,65 en 1994. Cet effondrement s'est accompagné d'une hausse de l'âge moyen de la maternité qui a dépassé 28 ans et demi en 1992 et d'une réduction du nombre d'enfants français dont les effectifs ont diminué d'un million six cent mille entre 1975 et 1990. C'est, en réalité, à un véritable "baby-krach" que nous sommes aujourd'hui confrontés.

Ces chiffres inquiétants ne font pas encore sentir pour l'instant tous leurs effets désastreux, car les conséquences de la chute démographique sont décalées dans le temps. Actuellement, le nombre de naissances reste supérieur à celui des décès et la population continue de croître. Ainsi, en 1993, les naissances, au nombre de 712 000, l'ont emporté sur les décès limités à 528 000. Mais cette balance encore favorable n'est due qu'à la concomitance de plusieurs phénomènes appelés à disparaître : les femmes en âge d'avoir des enfants appartiennent encore à des générations nombreuses, alors que les personnes âgées relèvent des classes creuses. Il y a là, selon la terminologie des démographes, un effet de pyramide qui permettait encore à notre pays de bénéficier d'un excédent de 184 000 personnes en 1993, mais qui, malgré l'allongement de l'espérance de vie, va faire apparaître un déficit au cours de la première décennie du XXe siècle, époque à laquelle la population commencera à diminuer.

Ajoutons que ce constat est encore plus dramatique qu'il n'y paraît, car les chiffres précédents sont artificiellement gonflés par la prise en compte des résidents étrangers. Si l'on ne s'intéresse qu'à la population française proprement dite, le tableau s'assombrit encore. En 1991, dernière année dont 1'INSEE a publié les statistiques, 57 p. cent seulement des 759 000 naissances sont issues d'un couple marié de nationalité française et l'on estime que, sans apport étranger, le nombre de naissances n'aurait été à cette date que de 663 000. Si rien ne change d'ici là, les Français commenceront donc à être de moins en moins nombreux dès le début du siècle prochain.

D'ores et déjà, le vieillissement de notre peuple s'inscrit dans les statistiques démographiques. Le nombre de personnes âgées de plus de soixante-cinq ans est passé de 5,8 millions en 1965 à 8,5 millions en 1994 et il devrait atteindre 11,7 millions en 1'an 2015. Actuellement, pour la première fois dans notre histoire, le nombre des adultes de plus de soixante ans dépasse celui des enfants de moins de quinze ans.

Le nombre en péril

Cette situation inquiétante en elle-même pour la survie de la nation française constitue de surcroît une cause importante et souvent négligée du marasme, voire de la régression économique.

C'est d'abord tout le système de l'assurance vieillesse qui peut se trouver ainsi mis en péril puisqu'il repose sur l'équilibre démographique entre actifs et retraités. Or, le ratio des cotisants par rapport aux pensionnés, qui était encore de 2,24 en 1990, ne cesse de diminuer et tombera, si rien ne change, à 1,5 en 2040. Il apparaît donc qu'en l'absence de tout redressement, les difficultés du régime de retraite sont aujourd'hui dérisoires au regard de ce qu'elles seront au siècle prochain. Elles constituent néanmoins dès maintenant un handicap pour l'économie nationale dont le système productif se trouve pénalisé par le poids croissant des charges sociales.

Au-delà de ces effets mécaniques, la chute de la natalité affecte directement le dynamisme de l'économie nationale. Une démographie vigoureuse représente, chacun le sait, un facteur de croissance, alors qu'à l'inverse une population vieillissante dont le nombre diminue ne peut soutenir qu'une économie stagnante ou régressive. L'explication est évidente : le nombre constitue un facteur de puissance et de créativité pour une nation. Comme le dit William Petty en forme de boutade, " il est p]us probable de trouver un homme ingénieux et curieux parmi quatre millions de personnes que parmi quatre cents ". Si les Américains reçoivent le plus grand nombre de Prix Nobel, c'est qu'ils sont les plus nombreux parmi les peuples développés. Si, dans le passé, la France, l'Allemagne, l'Italie ou la Grande-Bretagne ont donné naissance aux civilisations les plus brillantes, c'est que ces nations étaient les plus peuplées d'Europe. Certes, le nombre n'est rien sans le niveau d'instruction et le génie d'un peuple, mais, à qualité égale, la célèbre formule de Jean Bodin, " il n'est de richesses que d'hommes ", demeure aujourd'hui comme hier une vérité première.

Le nombre est d'ailleurs d'autant plus nécessaire que, dans le monde actuel où la concurrence économique se fait impitoyable entre les nations, le rapport de force demeure une réalité incontournable. Or, un peuple nombreux est indéniablement un facteur de puissance, ne serait-ce que par la taille du marché intérieur qu'il permet d'organiser et qui constitue dans la compétition internationale un instrument de sécurité et de pression non négligeable.

En manque de jeunesse

Encore faut-il que l'âge moyen de la population soit relativement bas, car, là encore, la jeunesse est un facteur de croissance et de prospérité. Certes, les enfants et les adolescents sont des inactifs et, à ce titre, ils consomment sans produire et pèsent donc eux aussi sur l'ensemble du système économique. Mais considérer la présence des jeunes générations comme une cause de la limitation du niveau de vie moyen de la population n'est qu'une vision à court terme, car les enfants d'aujourd'hui sont les jeunes gens de demain. Certes, les nouveau-nés de cette année ne seront pas "productifs" avant 2020 mais ce sont les Français qui auraient pu naître en 1970 qui font actuellement défaut dans la population active. A cet égard, les enfants constituent en quelque sorte l'investissement humain de la nation.

Quant aux jeunes gens, ils ont à jouer un rôle essentiel dans le redressement économique de notre pays. Un jeune travailleur n'est-il pas en effet un atout indéniable pour une entreprise ? Par sa formation plus récente, par son ouverture aux nouvelles technologies, sa capacité d'adaptation et son coût salarial inférieur à celui de ses aînés, il représente a priori pour son employeur un potentiel de rentabilité. Certes, chacun dans la société a son rôle à tenir, mais si les qualités d'expérience, de pondération et de prudence des générations plus anciennes sont nécessaires dans la vie nationale, il serait dangereux qu'elles soient seules à s'exprimer. Car celles qu'incarnent les plus jeunes sont aussi indispensables au redressement économique et, si les valeurs d'entreprise, de volonté de conquête, d'audace, d'imagination et de créativité propres à la jeunesse venaient à manquer, la crise deviendrait peut-être insurmontable.

La famille désintégrée

Sans doute en va-t-il de même des valeurs de la famille dont la décomposition est aujourd'hui directement liée à l'effondrement démographique. L'institution familiale subit en effet depuis la fin des années soixante une profonde déstabilisation : le nombre des mariages, qui avait atteint le chiffre de 416 000 en 1972, est tombé à 254 000 en 1993 et, à l'inverse, celui des divorces, de 30000 environ en 1960, dépasse aujourd'hui les 100 000. Actuellement, deux millions d'enfants vivent séparés de leur père et l'on assiste à une redoutable montée de la solitude avec plus de 5,8 millions de personnes isolées, soit 50 p. cent de plus qu'en 1975. Ce phénomène de destruction de la famille accompagne ou explique la dénatalité, puisque la fécondité hors mariage est inférieure de plus de moitié à la fécondité légitime. A ce titre, la dégradation de l'institution familiale compromet donc l'équilibre du système économique et social. Et l'établissement, qui se préoccupe davantage du mariage des homosexuels par le biais du Contrat d'union civile et sociale que de la préservation des valeurs familiales, porte devant l'histoire une écrasante responsabilité.

La famille est en effet le lieu par excellence où se constituent les patrimoines, lesquels sont nécessaires à la solidité de l'économie et à la stabilité des structures sociales. Au plan financier, ce sont eux qui assurent la richesse sur laquelle se fondent la prospérité et la vitalité économique. Sans eux, et donc sans capitaux privés, le système de production et d'échange se trouve gravement handicapé comme peut l'être une entreprise qui manque de fonds propres. Au plan social, les actifs patrimoniaux, même modestes, représentent une assurance et une sécurité vis-à-vis des aléas de l'existence. La famille, lieu privilégié où s'accumulent et se transmettent les patrimoines, constitue donc une institution économiquement bénéfique, aussi sa décomposition met-elle en péril le retour de la prospérité.

L'égoïsme social

Ajoutons que, si la structure familiale se délite, tous les groupes traditionnels qui contribuaient à organiser les solidarités au sein de la nation connaissent le même sort. C'est le cas de la communauté de travail qu'incarnait peu ou prou l'entreprise et qui vole en éclats sous la pression de la crise et de la concurrence mondiale. Beaucoup de sociétés évoluent en effet d'une structure de type bureaucratique et paternaliste vers une forme d'organisation entièrement consacrée à la guerre économique où seule compte l'efficacité la plus totale. Subissant des restructurations incessantes et pratiquant des licenciements massifs et successifs, les entreprises soumettent leurs salariés à une pression de plus en plus dure: ceux-ci se trouvent écrasés de travail, pressurés sans égards, licenciés à la moindre faiblesse et rémunérés au plus juste. Ainsi voit-on des firmes renouer avec des conceptions du passé où seule prévalait la dure loi du profit.

On voit alors l'égoïsme le plus total se substituer aux liens traditionnels et le monde se faire dur et implacable, surtout aux faibles. Disparaissent alors les notions de solidarité, d'appartenance et de protection. La société se massifie et les personnes deviennent des individus isolés et exposés sans défense à la loi impitoyable de l'argent et du chacun pour soi.

Le sursaut vital

Dévalorisation du travail, montée de la corruption, rejet de la nation, avachissement des esprits, dénatalité, vieillissement, décomposition de la famille, développement de l'égoïsme social, ces phénomènes de dégradation des structures et des valeurs sociales vont se multipliant et jouent un rôle funeste dans le développement de la crise économique. Certes, ils n'en constituent pas les déclencheurs ni les causes premières, mais ils créent au sein de la société un état de déliquescence qui favorise le marasme dans lequel s'enlise notre pays.

Dès lors, un gouvernement qui veut véritablement apporter des remèdes de fond pour engager le redressement ne doit pas ignorer cette dimension que l'établissement occulte pourtant totalement. Car, si l'économie est avant tout une activité humaine, elle ne peut prospérer que nourrie par un tissu de valeurs et d'institutions saines et exigeantes poussant au dépassement de soi. L'ardeur économique passe par le regain de la vie et le retour des vertus fondatrices de notre civilisation.



   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

   www.Bruno-Megret.com > Ecrits > Ouvrages Remonter en haut de page