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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 3

La montée de l'étatisme

Profondément malade, l'économie française ne se trouve pas seulement soumise aux effets délétères du rejet des valeurs et aux conséquences catastrophiques de l'explosion du chômage, elle est minée par l'étatisme qui consomme sa substance et constitue depuis des décennies son principal handicap.

L'étatisation de la nation

L'étatisme ne date en effet pas d'aujourd'hui. Sans doute remonte-t-il au moins à 1936, date à partir de laquelle s'est installée progressivement en France cette forme hybride de marxisme qu'est la social-démocratie. Moins totalitaire que le communisme, celle-ci n'en est pas moins fondée sur les mêmes principes philosophiques. Comme le socialisme, elle repose sur l'idée que la société peut être construite de toutes pièces et qu'il lui revient de façonner l'individu. Comme lui, elle poursuit l'objectif d'égaliser les conditions de tous et considère que l'État a pour mission de transformer la société et de prendre les hommes en main du berceau à la tombe. Cette conception a donné naissance à la notion d'État providence, ou de Welfare State, qui a conduit à une étatisation progressive de la nation française. Peu à peu, des secteurs entiers de notre économie sont passés sous la coupe de la puissance étatique. Les nationalisations, la création et le développement tentaculaire des organismes sociaux, la multiplication des structures para-étatiques ont développé démesurément la sphère publique. Dans le même temps, des systèmes étatisés captaient dans une proportion croissante les flux financiers, alors que, par ailleurs, la législation et la réglementation ne cessaient de s'amplifier et de se complexifier. Aujourd'hui, le monde étatique pèse tel un monstre obèse sur l'ensemble de la société française.

Le nombre de fonctionnaires et d'agents publics, qui ne dépassait pas les 3,5 millions en 1976, s'élève désormais à 6,3 millions. Les dépenses du secteur public représentent actuellement plus de 56 p. cent du PIB de la nation, ce qui place à cet égard notre pays dans une situation finalement plus proche de celle de l'ex-URSS que du Japon. Enfin, le taux des prélèvements obligatoires atteint les 45 p. cent du revenu national, de sorte que les Français travaillent en moyenne un jour sur deux pour la puissance publique. De surcroît, I'argent ponctionné par l'État et les autres collectivités est loin d'être utilisé à bon escient ! L'étatisme est en effet synonyme d'immobilisme, de gaspillage et même de nocivité, car beaucoup de dépenses publiques se révèlent stériles et souvent nuisibles.

La subventionnite

Ainsi, de nombreuses dépenses de l'État, parfois très lourdes comme celles affectées au remboursement de la dette, ne sont pas consacrées à des actions bénéfiques pour le pays. Alors que 5 p. cent seulement du budget est réservé aux investissements civils, plus d'un quart des crédits est utilisé dans des interventions économiques et sociales, parmi lesquelles figurent de multiples actions de redistribution et notamment les subventions à-tout-va. Celles dévolues aux entreprises publiques et nationalisées tombent généralement dans le tonneau des Danaïdes de leurs déficits perpétuels. Gérées souvent sans rigueur et sans contrôle ou soumises aux caprices des politiques et à la pression démagogique de syndicats archaïques, elles ne parviennent plus à équilibrer leurs comptes et croulent aujourd'hui sous le poids des dettes. Ainsi en est-il de la SNCF, d'Air France et d'Air Inter, du Crédit foncier, qu'il a fallu liquider, ou du Crédit Lyonnais dont les contribuables n'ont pas fini de rembourser les placements aussi irresponsables que démesurés.

Citons également les subventions versées à la multitude d'associations à travers lesquelles les politiciens financent leurs clientèles aux frais des contribuables. Ces derniers ne tirent en général aucun bénéfice des crédits ainsi alloués, car, en ce domaine, le gaspillage et la corruption sont rois. Ainsi, l'OCTET, créée en 1983 et censée œuvrer à la promotion de la culture et des nouvelles technologies, sera dissoute en mars 1986 sans s'être livrée à la moindre activité utile, quelques mois seulement après avoir reçu du ministère de la Culture une subvention de 6 921 000 francs~. Que dire aussi des crédits de la politique de la Ville distribués sans contrôle pour financer des actions aussi absurdes que des stages de tir pour jeunes délinquants ou des vacances à Los Angeles pour quarante jeunes d'une banlieue de l'Essonne ? Cette triste énumération à la Prévert pourrait s'allonger à l'infini, tant est immense le registre de la gabegie étatique.

Des collectivités pharaoniques

Pourtant, le gaspillage n'épargne pas les collectivités locales qui contribuent elles aussi à cette dilapidation de l'argent des Français. Nos trente-six mille communes ont dépensé en 1995 plus de 400 milliards de francs, soit 40 p. cent de plus qu'il y a dix ans. La dotation que leur verse l'État étant restée stable, c'est le produit des taxes locales qui s'est envolé: plus 50 p. cent depuis 1985. L'encours de la dette a suivi la même progression, pour dépasser actuellement les trois cents milliards de francs, soit plus des trois quarts des recettes annuelles des communes. Le montant de l'endettement de la ville de Marseille, par exemple, a atteint en 1989 le chiffre de 12 500 francs par habitant ! Il représente aujourd'hui 11 600 francs mais, pour une ville qui compte quarante mille "érémistes", dont le taux de chômage est supérieur à 20 p. cent et qui a perdu 10 p. cent de sa population en dix ans, le pire est loin d'être évité. Multiplication des projets pharaoniques et incapacité à maîtriser les dépenses de fonctionnement, telles sont les deux principales causes de cette dérive.

La loi Durafour de 1990 a imposé une revalorisation annuelle de 2 p. cent du traitement des fonctionnaires de catégories C et D. " Si donc, comme le souligne Alain Richard, président du Syndicat de l'agglomération nouvelle de Cergy-Pontoise et actuel ministre de la Défense, les communes ne sont pas capables de réaliser 1,5 p. cent de gains de productivité par an sur leurs dépenses courantes, elles ne pourront pas s'en sortir ". La plupart d'entre elles, loin d'être en mesure d'améliorer leur productivité, n'ont cessé, en outre, d'augmenter leurs effectifs d'employés. Comment s'étonner dès lors de la croissance des impôts et des emprunts communaux ?

De plus, les collectivités territoriales se lancent parallèlement dans des investissements souvent aussi luxueux que dispendieux. Ainsi la commune de Vitrolles, qui compte trente-neuf mille habitants, a fait construire, pour 100 millions de francs et pratiquement à ses seuls frais, une salle de spectacle gigantesque qui concurrence celle de Marseille. Et que dire de la commune d'Amnéville, petite ville mosellane de neuf mille âmes, qui n'a pas hésité à s'offrir une salle de concert de douze mille places ? Quant aux nouveaux sièges des Conseils généraux et des Conseils régionaux, qui s'apparentent généralement à de véritables palais, ils ont été construits à grands frais dans chaque préfecture sans souci des deniers du contribuable.

Comment en est-on arrivé là ? La réponse est à chercher dans la démagogie des politiciens et le mercantilisme de l'établissement, deux mécanismes qui se conjuguent.

La priorité au clientélisme

La dégénérescence de la classe politique a en effet accéléré le processus pervers du clientélisme. N'ayant plus de convictions à défendre ni de projet à proposer, les dirigeants politiques tentent de satisfaire telle ou telle "clientèle" et de contenter les lobbies qui frappent à leur porte les uns après les autres. La formule est simple: on accorde de l'argent à certaines catégories de Français sous forme d'aides ou de subventions et on en fait supporter le poids à la population toute entière. Comme la pression fiscale est diluée, le risque de révolte des assujettis est réduit. En revanche, on exploite médiatiquement cet avantage, comme au jeu du Millionnaire, et l'on s'assure ainsi la sympathie d'une clientèle dont on peut espérer qu'elle restera fidèle. Ainsi, à Angoulême, ville totalement ruinée par la gabegie et la malhonnêteté de son ancien maire aujourd'hui en prison, ceux qui, par exemple, avaient bénéficié de la réhabilitation gratuite de leur logement continuent de vouer une profonde reconnaissance à cet édile pourtant condamné par la justice. Il s'agit là d'une logique à l'évidence profondément malsaine, car elle fait passer les exigences des lobbies avant l'intérêt général, sacrifiant ainsi l'avenir au présent. Or, comme le faisait observer Barrès, l'intérêt général doit tenir compte non seulement des générations présentes mais aussi de celles à venir.

Une autre attitude propre à alourdir les dépenses publiques se répand de plus en plus chez les politiciens et les fonctionnaires: elle consiste à croire que, pour résoudre un problème, il suffit de dépenser de l'argent.

On achète tout

Ainsi, face à la dégradation du système scolaire, l'établissement a toujours répondu par des augmentations de crédit. Prioritaire depuis près de dix ans, le budget de l'Education nationale est actuellement le premier loin devant celui de la Défense, ce qui n'empêche pas des voix de s'élever à chaque rentrée pour le déclarer encore insuffisant. Pourtant, alors même que les financements s'alourdissaient, la qualité de l'enseignement se dégradait. Aujourd'hui, un enfant sur sept, qui entre en sixième, ne sait pas vraiment lire ni écrire ; un enfant sur quatre ne possède pas les connaissances de base en calcul et l'on dénombre 12 p. cent d'illettrés parmi les élèves de troisième. Depuis 1969, 1'enseignement français a produit chaque année en moyenne quatre mille neuf cents bacheliers supplémentaires. Parallèlement, cinq mille personnes sont venues annuellement grossir les effectifs d'enseignants. Pour former un bachelier de plus, il a donc fallu recruter un professeur supplémentaire ! Sans pour autant d'ailleurs réussir à enrayer la baisse de la qualité générale des études, car beaucoup de titulaires du baccalauréat n'ont plus aujourd'hui le niveau du certificat d'études des années cinquante ! Quand on sait de surcroît que, sur un million cent cinquante mille agents que compte l'Éducation nationale, il n'y a en réalité que six cent trente mille enseignants, on comprend que la solution au problème ne réside pas dans l'augmentation des crédits.

Il en va de même en matière d'immigration. La politique de la Ville, censée assurer l'intégration des étrangers, consiste à déverser sur les cités une masse considérable de subventions pour rénover, réparer, construire, rémunérer des animateurs, financer des stages et des avantages de toute sorte. Or, depuis la mise en route de cette politique, la délinquance n'a cessé de se développer et la situation de se dégrader. Là encore, ce n'est donc pas en dépensant toujours plus d'argent que l'on résoudra les problèmes.

On peut faire une démonstration similaire dans le domaine de l'emploi. Les gouvernements ont cru qu'en consacrant une part du budget de l'État à la lutte contre le chômage, ils allaient créer des postes de travail. Une multitude de programmes a donc été lancée à cette fin, tous plus onéreux les uns que les autres. Mais, là encore, à mesure que l'on augmentait les crédits d'aide à l'emploi, le chômage poursuivait sa progression.

Quel curieux et scandaleux aveuglement que l'adhésion à cette conception mercantile selon laquelle tout pourrait s'acheter ! Comme s'il suffisait de payer pour rétablir la paix dans les banlieues, juguler le chômage ou améliorer l'enseignement ! Il se peut, il est vrai, que l'établissement ne soit pas dupe et feigne de croire à l'efficacité de cette méthode pour camoufler son impuissance et pouvoir prouver à l'opinion, chiffres à l'appui, que, malgré ses échecs, il a agi et que sa responsabilité est donc dégagée. En toute hypothèse, une telle attitude va à l'encontre du but recherché, car ces dérives ne font en réalité que renforcer encore le poids de l'État, lequel joue un rôle majeur dans le développement de la crise.

La corne de pauvreté

Ces errements trouvent sans doute leur origine dans une idée absurde chère aux tenants de la social-démocratie, idée selon laquelle, comme dans un conte de fées l'État serait doté d'une corne d'abondance capable dé subvenir aux besoins de toute la population. Il y a cent cinquante ans, l'économiste Frédéric Bastiat démontrait déjà l'inanité de cette thèse: l'État, rappelait-il, ne crée pas de richesses, il ne fait que répartir celles produites par la nation. Or, la redistribution massive des revenus par la puissance publique entraîne un tarissement de la production des biens et des services. Lorsque l'État ponctionne cent francs, il ne peut en redistribuer que cinquante, le reste se trouvant stérilisé sous forme de frais financiers et de dépenses de fonctionnement. De plus, la redistribution pénalise en général les plus actifs et les décourage de produire davantage. Résultat : la conception redistributrice de la social-démocratie conduit à l'appauvrissement.

S'agissant des entreprises, ce phénomène est particulièrement néfaste puisqu'en ponctionnant une firme prospère pour maintenir artificiellement en vie une société non rentable, on accroît finalement le chômage. Appliquée aux personnes, cette redistribution s'est révélée par ailleurs incapable d'enrayer la montée de la misère. Depuis 1980, les administrations publiques ont fait passer leur dépense de 47 à 56 p. cent du PIB et, dans le même temps, la croissance a chuté et la nouvelle pauvreté a fait son apparition. Le nombre des "sans domicile fixe" a explosé et il a fallu multiplier les associations privées comme les Restos du cœur pour venir en aide aux marginaux. Quant aux catégories les plus riches de la population, elles ont largement réussi, par l'expatriation ou par des montages juridiques appropriés, à se mettre à l'abri des ponctions de l'État, de sorte que la redistribution étatique, si lourde et si coûteuse, ne touche pas vraiment ceux qu'elle visait et ne fonctionne qu'en circuit fermé à l'intérieur de la classe moyenne qu'elle voue à une progressive paupérisation.

Si l'objectif annoncé, qui devait consister à ponctionner les riches pour aider les pauvres, n'a pas été atteint, en revanche le poids de l'étatisme a massivement limité la création de richesses dans notre pays. Des catégories entières de la population parmi les plus productives et les plus inventives se trouvent aujourd'hui démotivées. Quant aux entreprises, écrasées sous le poids des charges et des impôts, elles manquent de fonds propres pour investir et ne sont pas suffisamment compétitives pour exporter.

L'Etat étouffoir

La charge des dépenses publiques constitue donc la principale tare de l'économie française, tare que vient encore aggraver, dans la compétition mondiale, le faible niveau des ponctions étatiques subies par ses concurrents étrangers. Ainsi, lorsque les dépenses collectives représentent 56 p. cent du PIB en France, elles ne dépassent pas 29 p. cent aux États-Unis et 34 p. cent en Allemagne, hors coût de la réunification. Rapporté aux entreprises ce handicap se révèle encore plus lourd puisque les sociétés françaises subissent en moyenne une ponction de 24 p. cent du PIB contre 17 p. cent pour les firmes allemandes, soit un écart de sept points ou une charge supplémentaire de plus de cinq cents milliards de francs, presque l'équivalent de l'épargne brute des sociétés !

La situation de l'économie française apparaît encore plus inquiétante si l'on observe son évolution dans le temps Notre pays se trouve en effet engagé dans la voie de la détérioration avec une élévation des dépenses publiques systématiquement supérieure à celle du PIB, alors que nos principaux concurrents occidentaux suivent désormais le chemin de l'assainissement.

La France connaît ainsi un déficit budgétaire en croissance constante qui est de l'ordre de 320 milliards de francs pour 1996. Sans parler d'une dette qui ne cesse de s'alourdir et dont l'encours atteignait la même année un montant de 3 500 milliards de francs, soit 60 000 francs par habitant ! Les marchés financiers s'en trouvent perturbés, puisque les emprunts publics, en raréfiant l'argent disponible, favorisent le maintien de taux d'intérêt élevés et pénalisent par là même l'investissement des entreprises. Ainsi, l'Etat asphyxie les agents économiques non seulement en les ponctionnant, mais en les privant de capitaux abondants et bon marché. Il est vrai que la puissance publique elle-même rencontre désormais des difficultés financières considérables. Avec 226 milliards de francs en 1996, le service de la dette représente le premier poste du budget de l'État, il a cru de 8,2 p. cent de 1995 à 1996, pour une croissance du PIB de 1,5 p. cent. La France, agissant comme les pays du Tiers-monde, est obligée d'emprunter pour honorer ses engagements et couvrir ses dépenses courantes.

L'Etat est en train d'étouffer la communauté nationale. Il fait dépérir ses forces vives, appauvrit ses membres et se dévore lui-même. Il est donc extrêmement urgent d'interrompre ce processus suicidaire, d'autant que le fléau de l'étatisme, endémique depuis de nombreuses années en France, prend aujourd'hui des proportions démesurées sous l'effet démultiplicateur du mondialisme qui frappe notre pays.



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