Accueil   Réflexions d'actu   Lu, vu, entendu   Côté Privé   Côté public   Tout savoir   Écrits 
     
A la une
 Qui est Bruno Mégret
 Son parcours politique
 Ses options de A à Z
 Son autobiographie
 Ses ouvrages
 Découvrez le site du MNR

  Contacter Bruno Mégret

La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 4

Le choc de la mondialisation

Mondialisation, globalisation, dérégulation, tels sont les mots à la mode. Il n'est pas d'entreprises, d'administrations ou d'institutions qui ne se considèrent aujourd'hui comme engagées dans un processus d'internationalisation. Le monde serait devenu un village, les frontières seraient toutes destinées à disparaître et l'économie promue à une intégration mondiale, source de progrès et de croissance.

Cette conception quasi dogmatique de la mondialisation des économies relève davantage de la pensée magique ou du parti pris idéologique que d'une vision rationnelle de la réalité. Lorsque l'on considère en effet les conséquences objectives de cette évolution, on ne peut partager l'enthousiasme des sectateurs du mondialisme. Ce dernier conduit en effet au chômage, à la baisse des salaires, à la précarité, à la misère et, plus globalement, entraîne une régression sociale de grande ampleur. Sans compter qu'il fait perdre à notre pays une part de sa substance économique, menace son indépendance et donc sa liberté.

Laisser faire, laisser passer

Amorcée dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la pratique du laisser faire, laisser passer à l'échelle internationale s'est amplifiée au cours des dernières années au point de constituer, non plus seulement une réalité économique, mais un dogme de la pensée unique que l'on ne saurait critiquer sans passer pour rétrograde. L'ouverture des frontières, la suppression des droits de douane et la division internationale du travail, déjà largement mises en œuvre par les gouvernements occidentaux, sont considérées comme des évolutions bénéfiques qu'il serait stupide de contester et impensable de remettre en cause. Quant à l'intensification du commerce mondial, elle est pratiquement désignée par les économistes et les politiciens de l'établissement comme le premier objectif à poursuivre pour "maximiser" le bien-être des consommateurs.

Sans doute le développement massif des échanges a-t-il permis à certains pays du tiers monde, tels ceux du Sud-Est asiatique, de connaître un développement économique spectaculaire. Mais ce phénomène a-t-il été bénéfique au développement de la France ? En a-t-elle retiré des avantages en termes de croissance et d'emploi ? Quand on observe l'évolution de ces deux variables au cours des années écoulées. Rien ne permet de l'affirmer. En 1949, au lendemain de la guerre, la France jouissait d'une protection douanière dont les droits s'élevaient en moyenne pondérée à 20 p. cent. Progressivement, avec la ratification du traité de Rome la mise en place du tarif douanier commun, la signature des accords du GATT négociés dans le cadre du cycle Kennedy, du cycle de Tokyo et récemment du cycle de l'Uruguay, notre économie s'est presque totalement ouverte aux échanges mondiaux avec un tarif extérieur commun aux pays de l'Europe communautaire inférieur à 5 p. cent. Résultat : la croissance a diminué progressivement, passant de 5 p. cent à moins de 2 p. cent en moyenne, alors que le taux de chômage ne cessait d'augmenter, partant de 1 p. cent dans l'immédiat après guerre pour atteindre aujourd'hui le chiffre officiel de 1.3 p. cent. Il y a donc concomitance entre les mauvaises performances de l'économie française observées au cours des vingt dernières années et la libéralisation des échanges. A l'évidence, le libre-échangisme n'a pas provoqué les effets positifs qu'il était censé produire.

Mondialisme = chômage

Sur le plan économique, les effets du dogme mondialiste ne sont donc pas positifs en général et, dans le cas particulier des relations de la France avec les pays en voie d'industrialisation, ils sont même nettement négatifs. Ainsi, le commerce avec la Chine, I'Inde ou l'Indonésie, par exemple, s'effectuant sans aucune régulation, donne lieu à une concurrence totalement déloyale.

Ces pays bénéficient en effet de coûts de fabrication nettement plus faibles que ceux pratiqués en France. Les niveaux de vie et donc de rémunération y sont beaucoup plus bas, le système de protection sociale y est encore embryonnaire, la réglementation plus limitée et les contraintes d'environnement apparaissent inexistantes. Il en résulte que les articles fabriqués dans ces pays coûtent sensiblement moins cher que ceux produits à l'intérieur de nos frontières.

Nos entreprises subissent donc, de ce fait, un handicap structurel d'autant plus insurmontable que ces États pratiquent de surcroît le dumping monétaire, lequel accentue encore la différence de prix avec les fabrications françaises. Ainsi, à travers une politique de dévaluation compétitive d'autant plus facile à réaliser que leurs monnaies ne sont pas convertibles, la Chine, I'Inde et l'Indonésie ont réussi à diviser par quatre la valeur de leur monnaie. Ces trois nations ont ainsi pu abaisser la moyenne de leurs prix exprimés en francs, prix qui se situaient en 1990 entre le quart et le cinquième du niveau français, à un seuil qui correspond en 1995 au dixième de ce dernier pour l'Inde et l'Indonésie et au treizième pour la Chine.

Comment, dans ces conditions, nos entreprises peuvent-elles supporter une telle concurrence dès lors que les protections aux frontières ont été supprimées ? Celles qui produisent des biens exportés par ces pays se trouvent ainsi placées devant une alternative dramatique : déposer leur bilan ou délocaliser leur usine. Le libre-échangisme mondial est donc responsable d'une vague massive de délocalisations industrielles qui a déjà sinistre des secteurs entiers de notre économie, comme, par exemple, la construction navale, le textile, les biens de très grande consommation. Certes, notre pays peut chercher à compenser ces pertes de substance par le développement d'autres secteurs, notamment ceux à plus forte valeur ajoutée. C'est d'ailleurs ce qu'il a entrepris, comme le montre l'excédent global de la balance commerciale. Mais un tel redéploiement ne remédie en rien au déficit de l'emploi. Le mondialisme économique provoque en France un chômage massif et une précarité croissante.

Ainsi, dans l'organisation du commerce international de la France, les échanges avec les pays à faible coût de production restent encore secondaires, mais se révèlent, en termes d'emploi, terriblement pénalisants. Les importations en provenance de la Chine par exemple s'élèvent à 20 milliards de francs, alors que les exportations françaises vers ce pays ne dépassent pas la moitié de ce montant. Si l'effet sur le déficit commercial, limité à 10 milliards, reste donc relativement mineur, l'impact sur le marché du travail, en revanche, est beaucoup plus traumatisant. Les produits importés, s'ils avaient été fabriqués en France, auraient nécessité la mobilisation de deux cent cinquante mille emplois, alors que les articles exportés ne correspondent qu'à trente-cinq mille postes de travail. Le "déficit" en termes d'emploi atteint donc un chiffre considérable qui d'ailleurs ne concerne pas que les branches à faible valeur ajoutée. Dans le secteur des services aussi, une étude récente a montré que la mondialisation allait, par égalisation des niveaux de productivité, provoquer des licenciements massifs au sein des grands pays développés.

Baisse des salaires

Le mondialisme économique constitue de ce fait un facteur majeur d'aggravation du chômage et, plus globalement, de détérioration des conditions de vie des Français. Il provoque en effet d'autres phénomènes particulièrement néfastes à l'harmonie sociale et, notamment, une pression à la baisse des salaires et des prestations sociales. Dans un marché sans cloisonnement, les niveaux économiques tendent naturellement à s'égaliser selon le principe des vases communicants. Certes, si de profondes rigidités subsistent et si le nivellement des situations entre pays développés et pays du Tiers-monde n'est pas pour demain, une forte pression existe néanmoins en ce sens. La France et l'Europe en subissent actuellement les effets désastreux avec le transfert à l'étranger des emplois français et aussi avec la baisse des salaires. Cette pression à la diminution des rémunérations se manifeste d'ailleurs déjà de façon concrète au travers des décisions que prennent les dirigeants de la classe politique et les chefs d'entreprise. Ainsi le "SMIC jeune", que le gouvernement Balladur tenta d'instaurer en 1994, visait déjà à limiter les coûts de production face à la concurrence mondiale en réduisant le salaire d'embauche des plus jeunes. Quant aux patrons, pour tenter de sauver leur entreprise, ils sont de plus en plus souvent amenés à tenir à leurs employés un discours très brutal: "Si vous voulez éviter la faillite, il n'y a que deux solutions. Ou je mets certains d'entre vous au chômage ou tout le monde accepte une réduction de salaire." Cette évolution déplorable est d'ailleurs reconnue par des économistes pourtant partisans du libre-échangisme, tel le professeur Minford de l'université de Liverpool qui affirmait lors d'un colloque de l'ALEPS que " les travailleurs non qualifiés ont été lourdement perdants en termes relatifs et absolus ". Ce tenant du libre-échangisme allait même jusqu'à s'inquiéter : " La menace grandissante de la concurrence des bas salaires sur le niveau de vie des employés non qualifiés des pays riches est susceptible de rompre l'engagement de ces pays à pratiquer le libre-échange. "

Précarité des situations

A cette tendance à la baisse des salaires s'ajoute un accroissement de la précarité des situations. L'ouverture à-tout-va des frontières exerce en effet une très forte pression sur l'ensemble des entreprises et des professions qui fragilise désormais tout le monde. Telle société jusqu'à présent prospère peut être soudain l'objet d'une agression commerciale d'envergure venue de l'étranger et se voir contrainte de déposer son bilan. Telle autre, pour faire face à l'intensification de la concurrence, devra restructurer et licencier massivement. La plupart des emplois salariés deviennent aléatoires et des situations qui semblaient stables et inscrites dans une perspective de carrière sont dorénavant incertaines et susceptibles de revers brutaux. Les professions indépendantes connaissent des affres comparables. Les artisans subissent les effets pervers de la concurrence du travail clandestin, les commerçants ceux des groupes internationaux de la grande distribution. Quant aux professions libérales, naguère privilégiées, elles sont, pour beaucoup d'entre elles, en voie de prolétarisation. Les agents de la puissance publique eux-mêmes vont avoir à souffrir des conséquences de la mondialisation, laquelle, dans leur secteur, prend la forme de la dérégulation. Sous le couvert du traité de Maastricht, les services publics sont condamnés à perdre leur monopole, à plonger dans la concurrence internationale, à être privatisés et connaîtront donc, à terme, restructurations et licenciements. C'est déjà le cas, par exemple, d'Air Inter et d'Air France. De même, France Telecom et La Poste sont en voie d'être touchés par ce processus ; la SNCF, EDF ou la RATP pourraient suivre dans les années à venir. La mise en cause à cette occasion de quelques privilèges scandaleux réjouira sans doute ceux qui sont attachés à la rigueur et à la justice, mais une telle évolution se révèle globalement néfaste, car la performance économique n'est pas tout dans la vie des hommes et des sociétés. Et si trop de facilité peut pousser à la sclérose et à l'inaction, qui peut nier que la précarité, l'incertitude, la perte des repères et l'absence d'espoir suscitent l'angoisse, le sentiment de déracinement et le malheur ?

Aussi le mondialisme économique représente-t-il aujourd'hui la principale cause de la régression sociale que subit notre pays. Chômage, baisse du niveau de vie, précarité, tous ces maux vont de pair avec la concurrence sauvage à laquelle la France est soumise.

Les sophismes du mondialisme

Il est vrai que certains se refusent à reconnaître cette réalité et persistent à voir dans le libre-échangisme intégral un facteur d'amélioration du niveau global de richesse et donc du niveau de vie moyen. Certains avocats du mondialisme font ainsi valoir que, pour un vieux pays comme la France, ]'ouverture à la concurrence mondiale est nécessaire si l'on veut éviter la sclérose et la régression. Par la pression stimulante qu'elle exerce sur l'appareil industriel, disent-ils, la compétition internationale pousse les entreprises à développer au maximum leurs potentialités, exerçant ainsi sur le tissu économique une action bénéfique de régénération. Sans doute l'argument est-il plein de bon sens, mais, là encore, tout est question de mesure. Au Moyen Age ou dans l'Antiquité, les murailles érigées autour des cités pouvaient créer un sentiment fallacieux de sécurité et conduire les habitants à montrer moins de combativité et à se désintéresser de l'exercice des armes. Fallait-il pour autant, afin de maintenir en permanence la ville au maximum de son efficacité guerrière, détruire ces murailles par trop protectrices ?

D'autres défenseurs du mondialisme mettent en avant la baisse des prix qu'entraîne pour le consommateur l'ouverture des frontières. N'est-ce pas une amélioration des conditions d'existence que de pouvoir acheter son magnétoscope 1 000 francs moins cher qu'il ne coûterait s'il était fabriqué en France ? Certes, mais à quoi bon si, dans le même temps, il faut verser 5 000 francs ou 10 000 francs de charges sociales et d'impôts supplémentaires pour indemniser les chômeurs qui ne réalisent plus les produits importés et si, par ailleurs, il faut accepter une baisse de 10 p. cent de son salaire pour permettre a son entreprise de rester compétitive ? En clair, si le libre-échangisme peut être favorable au consommateur il ne l'est pas au travailleur ni au contribuable et le bilan global est donc loin d'être nécessairement positif.

Recommencer à zéro

D'autant que la liste des inconvénients ne s'arrête pas là, car la mondialisation accélérée des échanges pose également le problème de l'indépendance nationale. Si l'on accepte le développement sans frein d'un tel processus, des pans entiers de notre industrie peuvent disparaître. Déjà, dans le passé récent, les entreprises de certaines branches, soumises à une concurrence aussi brutale que déloyale, ont été acculées à la faillite et, de plans de restructuration en plans de redressement, la France a progressivement perdu toute potentialité industrielle dans ces secteurs.

Ainsi la construction navale s'est-elle trouvée totalement sinistrée et notre flotte de commerce réduite comme peau de chagrin. Sans doute certains peuvent-ils considérer qu'il s'agit là d'un secteur secondaire dont notre pays peut parfaitement se passer: si la France ne fabrique plus de bateaux et ne possède plus de flotte, elle peut faire transporter ses marchandises par des compagnies maritimes étrangères qui lui assurent le même service à meilleur prix. D'un strict point de vue marchand, la situation nouvelle peut être considérée comme parfaitement acceptable, mais, en termes d'indépendance nationale, elle est beaucoup plus discutable. En effet, en cas de crise internationale majeure, la France ne disposerait plus de navires pour assurer par elle-même ses approvisionnements les plus essentiels et elle ne serait même plus en mesure d'en construire. Non seulement ses chantiers navals auraient été démantelés, mais le savoir faire se serait progressivement perdu. Certes, on peut toujours tout recommencer à zéro, mais à quel coût et dans quels délais ? Un exemple d'autant plus éclairant qu'il n'est pas isolé, car d'autres secteurs, le textile, les machines outils. à bien des égards la sidérurgie et l'informatique, ont déjà subi le même sort. Et si la mondialisation se développe, d'autres domaines, et non des moindre, peuvent être sinistrés à leur tour. On peut citer l'électronique grand public, les industries d'armement et, au dire même de M. Calvet, le président de Peugeot, la branche automobile toute entière.

A ces constats d'évidence les sectateurs du mondialisme économique répliquent que le potentiel de production perdu par la France dans certains secteurs est compensé par les gains quelle réalise dans ses domaines d'excellence. Sur un strict plan comptable, un tel argument est recevable et se trouve d'ailleurs pour l'instant corroboré par l'excédent de la balance commerciale, même si cet excédent reflète surtout la très médiocre croissance de notre économie. Mais, outre qu'elle n'est pas fondée pour ce qui concerne l'emploi, cette vision exclusivement marchande ne prend pas en compte la globalité des enjeux. Car, avec l'acceptation de ces restructurations majeures, c'est en réalité la division internationale du travail qui se trouve approuvée et encouragée. La France dès lors perd son indépendance pour n'être plus qu'une pièce dans le Meccano économique mondial des grands maîtres du libre-échangisme. Elle n'a plus qu'à produire ce qui lui est assigné dans les secteurs qui lui restent accessibles. Tel est le dessein caché de l'ultra-libéralisme international : soumettre notre pays à un plan économique qui le dépasse et qu'il ne maîtrise pas.

Un marché de dupes

Pour la France, cette perspective de spécialisation absolue de l'économie nationale est totalement inacceptable. Car, s'il veut conserver un minimum d'indépendance, comment notre pays pourrait-il renoncer à une industrie diversifiée et ne plus produire à terme que des Airbus, des produits agro-alimentaires et des services ?

Les bénéfices de l'ultralibéralisme international sont par ailleurs illusoires, car les avantages qu'il est censé produire peuvent se révéler fallacieux une fois replacés dans la durée. En effet, la théorie de la division internationale du travail ne tient pas compte des variations dans e temps des termes de l'échange. Si bien qu'une restructuration qu'on nous présente aujourd'hui comme bénéfique peut apparaître demain catastrophique. Une situation donnée du marché mondial peut conduire la France a abandonner un secteur de production où elle ne parvient pas à affronter la concurrence sauvage qu'elle subit. Au prix de dramatiques restructurations, l'appareil productif est alors démantelé, les salariés reconvertis à grand-peine et, en contrepartie, les consommateurs achètent moins cher les produits désormais importés. Mais si, quelques années plus tard, la situation du marché se retourne et que les prix augmentent, parce que, par exemple, les nouveaux pays producteurs voient, avec l'élévation de leur niveau de vie intérieur, les coûts de revient augmenter chez eux, alors la France aura perdu sur tous les plans. Elle se sera appauvrie d'une partie de son potentiel industriel, elle aura amputé son indépendance et ne bénéficiera plus d'aucun avantage de prix pour ses consommateurs.

Il est donc criminel de ne pas prendre en considération la dimension temporelle des restructurations internationales. Ainsi, la Corée, qui, avec quelques autres pays, a largement contribué, en cassant les prix mondiaux, à détruire la construction navale française, connaît aujourd'hui une augmentation de ses coûts de fabrication liée au développement de l'économie et à l'élévation du niveau de vie. Qui peut dire si, dans quelques années. les prix coréens de construction de navires ne seront pas au niveau que les chantiers navals français auraient pu atteindre progressivement en multipliant les efforts pour décupler leur productivité ? Les Japonais se sont déjà livrés à de telles opérations. Forts de la puissance de leur marché intérieur et de leurs marchés captifs, ils n'ont pas hésité à pratiquer des prix de dumping sur certains produits afin de ruiner les entreprises nationales qui les concurrençaient, puis ont cyniquement racheté ces sociétés ou se sont installés à leur place pour, ensuite, remonter le niveau des prix. Sur le long terme, à accepter passivement le libre-échangisme mondial, la France risque de perdre son indépendance et de découvrir trop tard qu'elle a passé un gigantesque marché de dupes.

Dans l'arène, les mains liées

La mondialisation de l'économie nationale n est donc pas seulement un phénomène objectif auquel il faudrait s'adapter comme on prend en compte le progrès technique. Certes, elle résulte de l'amélioration des moyens de communication et donc du rapetissement de la planète, mais l'avènement du monde fini n'implique nullement la suppression des frontières et des nations. Il est d'ailleurs significatif qu'à rebours des idées reçues, la tendance actuelle soit à une relative restriction du volume des échanges extérieurs.

La mondialisation, parce qu'elle se révèle néfaste pour la prospérité de notre peuple et qu'elle attente à son indépendance, doit être combattue ou, à tout le moins, régulée si l'on veut limiter ses effets négatifs. Pour la France, il s'agit là d'un impératif d'autant plus nécessaire que le choc du mondialisme est encore aggravé par les effets délétères de l'étatisme. Le libre-échangisme sauvage exerce déjà, à lui seul, de fortes pressions déstabilisatrices sur la société française, mais celles-ci sont encore amplifiées par le handicap supplémentaire que représente le poids écrasant des ponctions publiques sur la nation. Accablés de charges et d'impôts, les acteurs économiques français se trouvent de surcroît exposés sans la moindre protection à la concurrence internationale. Alors même qu'on leur demande d'affronter dans une véritable guerre économique des concurrents pratiquant des prix redoutablement bas, on les oblige à incorporer dans leurs coûts des taxes de plus en plus élevées. Tout se passe comme si nos combattants étaient jetés dans l'arène les mains lices dans le dos ! Comment s'étonner dès lors que l'économie française connaisse une crise sans précédent et que nos compatriotes en subissent dans leur âme et dans leur chair les conséquences désastreuses ?

En poursuivant une politique inverse de celle des pays qui réussissent, la France va à l'encontre de ses intérêts. Au lieu d'imiter le Japon, par exemple, et de protéger son marché intérieur tout en limitant les charges imposées aux entreprises, elle ouvre ses frontières sans aucune réputation et fait crouler son économie sous le poids de taxes et de règlements. On ne peut cumuler plus de handicaps et c'est un miracle que le système français de production et d'échange n'ait pas encore sombré et que nos entreprises n'aient pas toutes disparu !

Cette vigueur face à l'ampleur des difficultés constitue d'ailleurs un motif d'optimisme. Notre économie se révèle, dans ses fondements, solide et pleine de ressources. Encore faut-il adopter, enfin, une stratégie propre à susciter le sursaut national.



   L'Autre scénario
   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
   La Troisième voie
   L'Alternative Nationale
   La Flamme

   www.Bruno-Megret.com > Ecrits > Ouvrages Remonter en haut de page