Confrontée à une crise économique majeure et à une
catastrophe sociale de grande envergure, la France
ne peut continuer à subir la politique absurde que
lui imposent des gouvernements sans convictions, sans
projet et sans courage. Aussi convient-il d'imaginer
et de mettre en œuvre au plus vite des principes,
des méthodes, des solutions et, plus globalement,
un modèle nouveau propre à assurer à notre pays le
sursaut salvateur faute duquel il est condamné.
Droit dans le mur
Depuis des années, les dirigeants de l'établissement,
incapables de peser sur la réalité, laissent passivement
se développer le chômage, la précarité et la misère
quand ils ne favorisent pas la baisse du pouvoir d'achat
ou la destruction de notre appareil de production.
Or, plus la situation se détériore et plus ils s'entêtent
dans leurs erreurs. Tel ce conducteur fou qui, voyant
son véhicule quitter la route et foncer contre un
mur, accélère au lieu de ralentir, ils expliquent
aux Français qu'il n'est pas d'autre politique possible
et que personne ne pourrait faire mieux qu'eux. Face
à pareil aveuglement, comment s'étonner que nos compatriotes
sombrent dans la résignation et parfois dans le désespoir
?
Aujourd'hui, en effet, la France cumule les inconvénients
de tous les systèmes. Écrasée par l'étatisme, elle
souffre de l'héritage marxiste et de ses conséquences
néfastes sur le dynamisme économique. Prise à la gorge
par l'ultralibéralisme international, elle subit de
plein fouet le souffle dévastateur de la concurrence
sauvage. Livré à la fois aux pesanteurs du socialisme
et à la loi d'airain du marché mondial, notre pays
est broyé par les mécanismes aveugles auxquels nos
gouvernants l'ont livré et dont ils ne maîtrisent
aucun des rouages. Victime impuissante de la mise
en application effrénée de dogmes plus dangereux les
uns que les autres, notre peuple éprouve jusque dans
sa chair les effets ravageurs de ce séisme économique
et social.
La voie nationale
Conscient du caractère dramatique de la situation,
le Mouvement national républicain, récusant la politique
du pouvoir, propose une autre voie, une autre conception
de l'organisation économique et sociale. Ce modèle
n'est autre que le modèle national, le seul auquel
la France puisse se rattacher.
Procédant d'une démarche originale qui ne relève
ni du socialisme ni du libéralisme, ce dernier peut
se définir comme une troisième voie économique et
sociale, une voie nationale en rupture avec le mondialisme
dont dérivent maintenant les deux systèmes qui naguère
se combattaient. Ce modèle exprime d'abord la volonté
de placer I économie en position subordonnée par rapport
à la souveraineté nationale, de rejeter la domination
des valeurs marchandes et d'éviter la confusion entre
l'État et l'économie. Il se conçoit également comme
une synthèse entre les principes de liberté sur le
marché intérieur, de régulation ou de protection dans
les échanges extérieurs et de retour à l'harmonie
dans les relations sociales. Enfin, il repose sur
les valeurs traditionnelles considérées comme le substrat
indispensable du dynamisme économique et de l'ordre
social. En bref, il subordonne l'économique et le
social à l'intérêt national.
Le gérant, pas le maître
Tel est en effet le sens de la hiérarchie des valeurs
selon lequel la nation ne doit pas être soumise aux
lois de l'économie ni aux valeurs marchandes. Un peuple
a d'autres préoccupations, d'autres modes de comportement
et d'autres activités que ceux décrits par les économistes
et un pays n'a pas comme seule expression matérielle
la production et l'échange. L'économie, en retour,
se trouve donc déterminée par des facteurs ne relevant
pas de sa sphère, de même qu'elle doit être subordonnée
à des objectifs étrangers à son domaine. A vrai dire,
elle appartient à l'ordre non pas des fins, mais des
moyens. Sa fonction consiste à produire des biens
et des services pour l'ensemble du corps social. Et,
à ce titre, elle doit servir la société et la nation
et non leur imposer des objectifs. Ce n'est pas un
hasard si le terme d'économie renvoie étymologiquement
au domaine de la bonne administration des choses :
l'économe est à l'origine l'administrateur de la maison
(oikos, nomos), c'est-à-dire le gérant, pas le maître.
Non à la société marchande
Malheureusement, le système économique a fini par
sortir de son cadre traditionnel et les valeurs marchandes
qu'il sécrète ont de ce fait conquis une position
hégémonique. Portées progressivement par la révolution
de 1789, puis par la révolution industrielle du XIXe
siècle, celles-ci se sont épanouies dans notre pays
au lendemain des Trente Glorieuses de l'après-guerre.
Aujourd'hui, elles dominent la société où elles font
prévaloir une conception matérialiste et économiste
totalement imprégnée de l'esprit marchand.
Il en résulte un individualisme qui se défie des
groupes et des ordres et donc s'oppose à tout ce qui
ne relève pas de la production et de l'échange. Dès
lors, les nations, elles aussi, apparaissent comme
des freins au commerce. Car, si l'argent n'a pas de
frontières, les communautés traditionnelles constituent
un obstacle à l'efficacité économique. Aussi la société
marchande ne peut-elle que les détruire et déboucher,
comme on le constate aujourd'hui, sur le mondialisme
le plus ravageur. De même, la conception égoïste des
rapports sociaux entraîne une mise en cause des institutions
particulières qui naguère protégeaient les personnes
des rigueurs de l'existence. De ce fait, la société
marchande, en plaçant l'individu seul face aux lois
implacables de l'économie, a rendu inéluctable la
montée de la social-démocratie.
Ainsi l'hégémonie des valeurs économiques a-t-elle
suscité l'émergence du mondialisme et de l'étatisme,
les deux principaux fléaux qui accablent à ce jour
notre pays. Nous touchons là du doigt le paradoxe
de la crise que nous traversons : à mesure en effet
que la société marchande assurait son succès et sa
prééminence, elle détruisait les institutions, les
communautés et les valeurs grâce auxquelles pourtant
elle avait pu naître et se développer. Redoutablement
efficace lorsqu'il s'agit de subvertir l'ordre traditionnel,
elle s'est révélée incapable de fonder une nouvelle
harmonie sociale. Actuellement, la société marchande
arrive au bout de sa logique et, gangrène par les
maux qu'elle a sécrétés, elle entame sa propre destruction,
entraînant dans sa chute notre peuple et notre nation.
Il faut donc de toute urgence donner un coup d'arrêt
à ce phénomène et, pour cela, s'opposer à la domination
des valeurs et de l'idéologie marchandes. Il convient,
en conséquence, de remettre l'économie à sa place,
de la cantonner dans le domaine des moyens et donc
de la subordonner à celui de la souveraineté. Tel
est le premier objectif du modèle que propose le mouvement
national pour engager le redressement de notre pays.
Les trois fonctions
Plus précisément, il importe de revenir à l'équilibre
traditionnel des trois fonctions tel qu'il structure
les sociétés européennes depuis la nuit des temps.
Comme l'a montré le professeur Dumézil, toute société
d'origine indo-européenne est organisée selon un système
trifonctionnel quasi immuable'. La première fonction
correspond à l'activité politique et religieuse, laquelle
définit les normes, les lois, les croyances ; elle
concerne l'identité d'un peuple, ainsi que les valeurs
morales et sacrées. De nature régalienne, elle relève
de la souveraineté. La deuxième fonction est celle
de la défense et de la sécurité. C'est elle qui organise
la protection de la nation et qui, à cette fin, détient
le monopole de la force et des armes. C'est en son
sein que se développent et s'épanouissent les valeurs
propres à l'art de la guerre, la force et le courage,
mais aussi l'honneur et le sens du sacrifice. Enfin,
la troisième fonction a trait à la fécondité, à la
production et aux échanges. C'est elle qui exprime
l'essentiel des activités quotidiennes d'un peuple.
Lui est rattaché tout ce qui relève de l'agriculture,
du commerce et de l'industrie. Elle constitue par
excellence la fonction économique.
Ces trois ordres sont bien sûr interdépendants.
La fonction régalienne a besoin de la fonction guerrière
pour accomplir ses missions. Cette dernière dépend
de la fonction productive pour disposer des moyens
nécessaires à son action, laquelle en retour ne peut
assurer sa tâche sans la protection et les lois que
lui procurent les deux premières fonctions. Ce système
est cependant fortement hiérarchisé, car les trois
fonctions ne se situent pas sur le même plan. La première
l'emporte en autorité sur la deuxième, laquelle domine
la troisième par son prestige. Mais toutes assurent
chacune à sa façon des missions vitales indispensables
à la nation.
Cette structure trifonctionnelle caractéristique
du monde européen a marqué de son empreinte toute
l'histoire de notre civilisation: Jupiter, Mars et
Quirinus à Rome; oratores, bellatores et laboratores
à l'époque médiévale; clergé, noblesse et tiers état
sous l'Ancien Régime. Il s'agit là d'une permanence
de l'organisation des sociétés européennes dont l'harmonie
et la prospérité dépendent du bon équilibre entre
ces trois ordres. Si la fonction souveraine s'étiole,
le pays n'ayant plus de tête pour le diriger ni de
direction à suivre, le désordre s'installe, les valeurs
sont bafouées et le déclin menace. Si la fonction
guerrière faillit à sa mission, la nation, n'étant
plus défendue, peut être asservie et rançonnée. Si
enfin la fonction marchande est asphyxiée, c'est la
communauté toute entière qui se trouve privée de ressources
et le peuple menacé de disparition, faute de moyens
matériels de survie.
Si chaque fonction a donc un rôle essentiel à jouer,
il est tout aussi capital qu'aucune d'entre elles
n'empiète sur le terrain des autres. Si la fonction
souveraine envahit le domaine des guerriers et des
marchands, c'est le totalitarisme qui s'instaure dans
la société. En effet, lorsque l'autorité régalienne
vient régir des activités qu'elle se doit de respecter,
la sphère du privé n'est plus protégée et les libertés
sont en danger. De même, si la fonction guerrière
s'impose aux deux autres, c'est l'armée qui sort de
son rôle et la dictature militaire qui s'installe.
Enfin, si les marchands diffusent leurs valeurs et
leurs méthodes dans le domaine des autres fonctions,
ce sont la souveraineté et la sûreté qui risquent
de dégénérer. La société en est alors profondément
déstabilisée, car tout ce qui relève du sacré, des
normes fondatrices et de l'identité d'un peuple, se
trouve progressivement corrompu par la conception
mercantile et matérialiste de la troisième fonction.
La sécurité n'est plus assurée, l'activité souveraine
perd son autorité et tous adoptent les comportements
et les critères des marchands.
Telle est actuellement la situation de la France.
Une France dominée par les valeurs destructrices de
la société marchande. Une France où l'équilibre traditionnel
des trois ordres a été rompu. A l'évidence, la prééminence
de la troisième fonction, qui fait aujourd'hui de
l'économie la mesure de toute chose, est la cause
principale des nombreux dérèglements dont souffre
notre nation, y compris dans le domaine de la production
et des échanges.
L'Etat à sa place
Pour remettre l'économie à sa place, il importe
donc de renforcer la fonction souveraine et, à cette
fin, de dégager l'État des préoccupations mercantiles
auxquelles il s'est laissé entraîner pour le rétablir
dans ses missions régaliennes. Tel est le second objectif
du modèle national que nous appelons de nos vœux.
Aujourd'hui, en effet, l'État gère des services industriels
et commerciaux, s'immisce dans tous les rouages de
la société civile et finit par se révéler impuissant
à assumer ses véritables responsabilités. Demain,
il doit cesser d'être ce monstre obèse et impotent
soumis aux lois des valeurs marchandes pour revenir
à sa mission souveraine qui consiste à garantir la
sécurité et l'indépendance de notre pays, à préserver
son identité, à protéger les plus faibles et à faire
régner la justice sur le territoire national.
Assurer la sécurité extérieure et intérieure de
la nation, telle est bien en effet la première responsabilité
de l'Etat. Et, à cet égard, un redressement de grande
envergure apparaît nécessaire, car l'ordre public
est actuellement loin d'être assuré dans notre pays.
La délinquance et la criminalité qui, dans les années
soixante, représentaient cinq cent mille méfaits annuels,
ont dépassé dans les années quatre-vingt-dix le chiffre
de quatre millions d'infractions. L'une des principale
priorités de l'État doit donc viser au rétablissement
de la sécurité sans laquelle aucune activité, même
économique, ne pourra plus s'exercer normalement.
S'agissant de la défense extérieure, il importe de
reconstruire une armée digne de ce nom, car, si la
menace que faisait peser l'Union soviétique a aujourd'hui
disparu, un monde dangereux et incertain se fait jour
qui impose à la France de ne pas baisser sa garde.
La seconde mission de l'État consiste à gérer les
relations avec les autres nations et à assurer à la
France ce minimum d'indépendance sans lequel elle
cessera d'être un pays libre. La politique étrangère,
apanage de l'État, doit donc viser à conserver à notre
patrie un libre arbitre suffisant pour lui permettre
en tout temps de choisir sa voie et donc de maîtriser
son destin.
L'État se doit également, en raison de ses responsabilités
régaliennes, de préserver l'identité de notre nation.
Bien précieux, venu du fond des âges et enrichi par
l'histoire, l'identité est indissolublement liée à
l'existence même de notre peuple. Qu'elle vienne à
s'estomper et notre patrie deviendrait la proie de
désordres aussi graves que ceux que l'on observe chez
un individu atteint de troubles de la personnalité.
Il revient donc à l'autorité souveraine de donner
à notre peuple les moyens de poursuivre sa marche
dans l'histoire, enraciné dans ses valeurs immémoriales.
De plus, l'État ne doit pas renoncer à sa mission
de protection. De même qu'il lui faut défendre collectivement
la nation contre les menaces extérieures et intérieures,
il lui appartient de protéger les plus faibles de
nos compatriotes, notamment face aux dérèglements
économiques et sociaux qui peuvent plonger certains
d'entre eux dans la misère et la détresse. Ainsi,
par exemple, l'État se doit de combattre le chômage,
car c'est faillir à sa mission souveraine de protection
des personnes que de laisser à l'écart de la vie nationale
des millions de chômeurs dans le désarroi.
Enfin, il appartient à l'État d'assurer la justice
et donc de définir les normes législatives et réglementaires
des activités nationales. Qui songerait à nier que
l'aspiration à la justice est un sentiment profondément
enraciné dans le cœur des hommes ? Il est donc essentiel
que toute personne victime d'un méfait puisse obtenir
réparation par un jugement rigoureux et impartial.
Encore faut-il que les lois aient assez d'autorité,
de légitimité et qu'elles soient suffisamment peu
nombreuses pour pouvoir être appliquées avec force.
Sur ce plan, le rôle de l'État consiste essentiellement
à mettre en forme juridique les traditions forgées
par les siècles, à l'origine des principales structures
de notre nation. Comme le souligne le professeur Hayek,
les institutions les plus bénéfiques qui organisent
notre vie ne sont pas le produit de décisions constructivistes
et arbitraires de la puissance publique, mais le fruit
des traditions, telles qu'elles s'expriment, par exemple,
à travers la culture, la famille, la nation ou l'entreprise.
Contrairement à la conception marxiste selon laquelle
la société constituerait une sorte de chantier susceptible
d'être planifié par des ingénieurs sociaux, le mode
d'organisation le plus bénéfique pour la nation est
au contraire celui que l'expérience, accumulée par
les générations, a progressivement modelé. Certes,
il ne s'agit pas de tout figer dans un respect glacé
des traditions, mais de concevoir les évolutions à
venir en prenant en compte les acquis du passé. Et
ce n'est que dans le respect de ce principe que les
lois et les décisions de justice retrouveront force
et autorité, assurant de la sorte le règne du droit.
L'impératif national
Ainsi recentré sur ses principales missions régaliennes,
l'Etat doit se désengager du secteur économique. Comme
le souligne Yvan Blot, "à l'égard des tâches de création
de richesse, la fonction souveraine dans sa partie
étatique a pour mission de créer un cadre dans lequel
les individus et les groupes puissent travailler à
leurs objectifs propres dès lors que ces derniers
ne remettent pas en cause les règles de conduite générales
qui constituent l'armature d'une civilisation de liberté".
L'économie, de son côté, doit donc occuper une place
plus limitée dans les préoccupations de nos gouvernants.
Elle y gagnera un surcroît de liberté et pourra évoluer
dans un cadre plus propice à l'épanouissement de ses
activités propres. Elle n'en demeure pas moins subordonnée
à l'échelon souverain, notamment en ce qui concerne
sa finalité. C'est d'ailleurs là que doit s'opérer
le changement majeur par rapport à la situation actuelle.
Aujourd'hui, certes, l'Etat a totalement envahi la
sphère économique, mais celle-ci est laissée à elle-même
quant à la définition des buts à poursuivre. Demain,
la puissance publique devra se dégager de l'appareil
de production et d'échange, mais, en revanche, il
lui appartiendra de fixer l'objectif propre du système
économique. Et, dans le cadre du modèle proposé par
le mouvement national, cet objectif constitue un troisième
principe fondateur : l'économie doit servir l'intérêt
national.
Actuellement, le système de production et d'échange
tel que le conçoivent les membres de l'établissement
ne se fixe pour but que de maximiser le bien-être
des individus. Un projet déjà particulièrement réductionniste
car, l'économie étant par excellence le domaine du
quantifiable, il conduit donc à limiter le bien-être
à la seule maximisation des biens et des services
susceptibles d'être comptabilisés et consommés. Ce
faisant, il réduit l'homme à l'homo economicus et
tend à diffuser une vision purement matérialiste du
bonheur humain. La Comptabilité nationale donne à
la question toute son acuité puisqu'elle mesure le
bien-être collectif à l'importance du PIB. Or, celui-ci
est ainsi évalué qu'il ne peut pas intégrer, par exemple,
des notions comme la qualité de la vie ou l'équilibre
écologique. La perversité des chiffres apparaît dans
le cas d'espèce si prononcée que la pollution, pour
peu qu'elle nécessite des activités d'épuration, entraîne
un surcroît de production et donc un accroissement
du PIB.
Pour la France et les Français
Il convient donc de relativiser la notion de bien-être
telle que les économistes peuvent l'appréhender. En
réalité, le but qu'ils affichent est plus prosaïquement
la maximisation de la satisfaction des consommateurs
mesurée en quantités de biens et de services marchands.
Objectif qui n'est cependant pas à rejeter et qui
peut constituer une finalité légitime pour le système
de production et d'échange. Encore faut-il en discerner
les limites, car cette conception ne prend pas en
compte la globalité de la dimension économique des
individus ni leur appartenance à des groupes. En effet,
elle ne voit en eux que des consommateurs alors qu'ils
sont aussi des travailleurs et qu'à ce titre leur
contentement dépend également de la possibilité qui
leur est offerte d'accéder à un emploi valorisant.
De plus, la notion de bien-être ne considère que les
personnes, alors que celles-ci n'existent que rassemblées
en communautés de peuple et de nation. Il y a donc
lieu d'ajouter à la notion classique de maximisation
de la satisfaction des personnes une perspective sociale
et communautaire qui passe par un second objectif,
celui de la maximisation des avantages pour la nation.
La prise en compte de cette dimension supplémentaire
conduit à renforcer en retour la satisfaction des
personnes. Car, à ne s'intéresser aux Français que
pris isolément, on les réduit à des êtres déracinés,
sans histoire ni appartenance, et rien ne vient contenter
la partie de leur personnalité qui relève de la communauté
et de son harmonie. Pourtant, il n'est pas indifférent,
à un niveau de richesse donnée, d'appartenir ou non
à une nation puissante, capable d'assurer la sécurité
des personnes et le rayonnement de son identité. Cela
est si vrai que certaines nations n'hésitent pas à
limiter la satisfaction des personnes pour accroître
les avantages de la collectivité. Ainsi, les autorités
japonaises ont, pendant de nombreuses années, pratiqué
délibérément des niveaux de prix élevés sur leur marché
intérieur pour fournir à leurs entreprises une base
renforcée dans la conquête des marchés extérieurs.
Le bien-être des consommateurs se trouvait sacrifié
à la puissance extérieure du pays.
Sans nécessairement vouloir imiter cette manière
d'agir, il convient cependant de placer l'ensemble
de l'appareil national de production et d'échange
au service non seulement des Français, mais aussi
de la France.
La puissance et le social
Ainsi l'économie nationale doit-elle œuvrer à l'indépendance
et à la puissance du pays. Cela signifie que, pour
maintenir l'autonomie de la nation, il n'est pas acceptable,
par exemple, de laisser disparaître des entreprises
stratégiques au motif qu'on peut acheter ailleurs
et moins cher l'équivalent de ce qu'elles produisent.
Ainsi en est-il du secteur de l'armement, mais aussi
des principales industries de base sans lesquelles
notre pays deviendrait peu à peu un simple sous-traitant
de l'étranger et un pion dans le cadre de la division
internationale du travail.
Ajoutons que, dans le monde actuel, de plus en plus
interdépendant, l'autonomie ne peut plus s'obtenir
par l'autarcie, mais seulement par la puissance. Les
liens d'interdépendance ne sont en effet pas neutres,
mais conditionnés par les rapports de force : le plus
libre est le plus fort. L'économie, qui constitue
avec les armées l'un des principaux facteurs de puissance,
se révèle donc un instrument primordial de l'indépendance
de la nation. Aussi convient-il que l'économie nationale
ait également pour objectif le renforcement de la
puissance du pays, ce qui implique la croissance,
l'exportation, les performances technologiques, le
contrôle de secteurs clefs, mais aussi une volonté
politique et une vision stratégique.
De même, le système de production et d'échange,
dès lors qu'il prend en compte l'intérêt de la collectivité,
doit aussi se mettre au service de la cohésion sociale.
En effet, celle-ci n'est pas automatiquement assurée
par le libre jeu des mécanismes naturels du marché.
On en fait aujourd'hui le constat dramatique avec
le fléau du chômage et de la pauvreté qui frappe une
partie croissante de la population. Comme il n'est
pas question de passer cette terrible réalité par
pertes et profits, il faut donc placer l'économie
au service de la communauté si l'on veut rétablir
l'ordre et l'harmonie sociale.
Ainsi le modèle national que nous préconisons redéfinit-il
clairement la place de l'économie dans la nation.
Celle-ci doit être subordonnée à la fonction souveraine
et à ses valeurs, ce qui implique, symétriquement,
que l'État se désengage du secteur marchand pour se
consacrer à ses missions régaliennes. Pour autant,
l'économie se doit de servir non seulement la prospérité
des personnes, mais aussi l'intérêt de la nation,
lequel passe par sa puissance et sa cohésion sociale.
Les concepts du développement
S'agissant des mécanismes de fonctionnement, le
modèle national doit se concevoir comme une synthèse
originale entre différents impératifs.
Sur le plan économique, il procède des principes
du marché libre, lesquels l'emportent en efficacité
sur les méthodes de l'étatisme. Les vertus de la concurrence,
de la liberté d'entreprendre, de la juste rémunération
du travail et du bénéfice légitime pour les initiatives
prises, constituent en effet autant de ressorts propres
à favoriser la création de richesses et à assurer
la prospérité. Une telle vision s'oppose évidemment
aux conceptions planificatrices et collectivistes
qui ont prévalu peu ou prou dans le passé et montre
que le mouvement national fait confiance aux acteurs
économiques. Qui, en effet, est mieux placé que les
entrepreneurs pour maximiser la production de richesse
dès lors qu'ils sont dégagés des contraintes inutiles
et jouissent d'une large liberté de manœuvre sur le
marché ? A cet égard, le Mouvement national républicain
adhère aux principes de l'économie de liberté. Certains
parleraient de libéralisme, mais le mot n'est pas
approprié, car il renvoie à une doctrine plus contestable
et plus globale qui dépasse le cadre économique et
l'espace national.
En effet, si le libre jeu de l'entreprise et du
marché permet d'atteindre un optimum en termes marchands,
il n'est bénéfique qu'appliqué sur un territoire donné.
Pas question de négliger la dimension nationale des
enjeux économiques et de considérer que les principes
du marché libre peuvent ignorer les frontières ! Pour
le mouvement national, les lois de la liberté économique
sont valables dans l'espace national, mais s'arrêtent
à ses extrémités, là où doivent être rétablies des
frontières destinées à défendre les intérêts de la
nation. Il est en effet indispensable que notre pays
se dote des moyens adéquats pour préserver l'appareil
industriel qu'exige sa sécurité et pour assurer l'intégrité
de son système économique et social face aux attaques
déloyales et intempestives venues de l'extérieur.
Afin de maintenir l'indépendance de notre nation et
la cohésion sociale de notre peuple, il convient donc
de limiter les lois de l'économie de marché au territoire
français et de concevoir à ses frontières un minimum
de protection. Une protection qui ne se propose d'ailleurs
pas d'interrompre le commerce avec l'extérieur et
de couper notre pays du reste du monde, mais de réguler
les échanges de façon qu'ils s'effectuent dorénavant
à l'avantage de la France. Ce système d'échange régulé,
qui est à établir à nos frontières, pourrait cependant
être repoussé aux limites de l'Union européenne si
les autres Etats membres cessaient de concevoir celle-ci
comme une zone ouverte et acceptaient de mettre en
œuvre systématiquement le principe de la préférence
européenne.
Ajoutons que le modèle national comporte un troisième
concept de base, celui de l'ordre social. Les seules
lois du marché libre même protégé de la concurrence
extérieure ne permettent pas en effet d'assurer l'harmonie
sociale au sein de notre peuple. Il importe donc de
développer un ensemble de principes originaux propres
à fonder un nouvel ordre social ne procédant en rien
du socialisme. A cette fin, il faudra s'appuyer sur
les valeurs traditionnelles qui fondent notre nation,
qu'il s'agisse des communautés naturelles, du principe
de préférence, de la notion d'enracinement, de la
justice sociale ou de la dignité des personnes. Dès
lors, nous mettrons également l'économie au service
de cet objectif et de ses principes, sans pour autant
rétablir par ce biais l'étatisme et l'assistanat.
Car l'originalité de la voie sociale proposée par
le Mouvement national républicain est qu'elle tourne
le dos à la vision collectiviste et redistributrice
du socialisme et qu'elle préconise des mesures sociales
qui ne sont pas en contradiction avec les exigences
du dynamisme économique. Ainsi en est-il par exemple
du développement de la propriété, de la préférence
nationale, de la politique familiale ou du relèvement
des bas salaires. Il n'en demeure pas moins que l'équilibre
à rechercher n'est pas nécessairement celui que procurerait
l'application pure et simple du libéralisme. L'optimum
national choisi par la puissance régalienne peut être
légèrement différent de l'optimum économique que définiraient
les seules lois du marché.
Marché libre, échange régulé, ordre social, tels
sont les fondements du modèle national. Mais, limité
à ces concepts, le système économique et social de
notre pays manquerait encore de ce souffle sans lequel
il resterait une mécanique désincarnée. Il lui faut,
pour être porté par un élan d'ardeur et d'expansion,
pour redevenir l'expression vivante de la volonté
et de l'espoir d'un peuple, s'enraciner dans les vertus
qui ont fait notre civilisation. Le modèle national
n'est viable que soutenu par le combat pour un renouveau
des valeurs.
Vertu et fécondité
Dans cet esprit, il est primordial que la famille,
source de vie par excellence, retrouve dans la société
la place prééminente qu'elle mérite. Chacun s'accorde
en effet pour reconnaître que la vitalité, la jeunesse
et l'importance de la population conditionnent le
dynamisme du système de production et d'échange. Aussi
le redressement économique doit-il aller de pair avec
un retour de la fécondité et donc avec une grande
politique familiale.
De même, il convient de multiplier les initiatives
pour réhabiliter les vertus civiques indispensables
au bon fonctionnement des mécanismes économiques et
commerciaux. N'en déplaise à l'établissement, il est
donc nécessaire de rétablir les cours de morale à
l'école et d'enseigner aux jeunes enfants des notions
simples mais essentielles telles que l'honnêteté,
l'effort, la ponctualité le respect de la parole donnée,
le sens du devoir et lé goût du travail bien fait.
Dans ce domaine, l'exemple doit venir d'en haut, ce
qui implique que la corruption soit impitoyablement
bannie de la classe politique et que l'activité économique
puisse être ainsi assainie et retrouve des pratiques
loyales et dignes. Sans doute, la nature humaine étant
ce qu'elle est, notre pays comptera toujours des personnages
publics indélicats et malhonnêtes. Mais, dans une
société saine, les moutons noirs sont exclus du troupeau
et les coupables condamnés.
Esprit de conquête
Pour favoriser le retour à une économie offensive
de création, d'initiative et d'entreprise, notre pays
doit renouer avec les valeurs ancestrales qui ont
façonné notre civilisation, à commencer par celles
du combat, de la compétition, de l'émulation, celles
qui permettent la conquête, la découverte, celles
qui incitent à repousser ses propres limites. Autant
d'exigences qui ont conduit nos ancêtres européens
à acquérir toujours plus de connaissances et à découvrir
la planète entière. Il revient aux pouvoirs publics
d'insuffler dans la société ce goût de l'entreprise,
de la lutte et du dépassement de soi et d'œuvrer à
ce grand renouveau en fixant dans tous les domaines
des objectifs ambitieux, en exaltant les succès et
les victoires, en récompensant les exploits, le mérite
et le talent. Admises dans le sport, la compétition
et la sélection doivent être rétablies pleinement
dans la vie économique et professionnelle comme dans
l'enseignement et l'administration.
Encore faut-il pouvoir placer les Français devant
leurs responsabilités face aux difficultés qu'ils
traversent et, pour cela, redonner vie aux valeurs
de courage, de patriotisme et de dévouement. De ce
point de vue, la notion de droit universellement revendiquée
et étendue sans discernement au domaine économique
et social doit elle aussi reprendre sa juste place,
qui n'est pas toute la place. Il n'y a de droits pour
un membre de la communauté nationale qu'assortis de
devoirs envers les autres et envers la nation.
Là encore, un travail de réhabilitation des valeurs
de solidarité et de fraternité devra être entrepris.
Car il est essentiel, pour assurer l'harmonie sociale,
que les initiatives gouvernementales puissent demain
prendre racine dans une société ayant rompu avec l'égoïsme,
l'individualisme et la loi du chacun pour soi. Le
combat pour un retour des valeurs du cœur, de l'altruisme
et de l'entraide fait aussi partie des exigences du
redressement national.
Ainsi la réhabilitation de notre système de valeurs
constitue-t-elle un aspect capital du modèle national
que nous proposons. Caractérisé par ailleurs par un
refus de la prééminence de la société marchande, par
une volonté de dégager l'État du monde de la production
et des échanges et de placer l'économie au service
de l'intérêt national, fondé en outre sur les notions
d'ordre social, d'échange régulé et de marché libre,
ce modèle profondément original constitue à l'évidence
l'alternative aux schémas éculés de l'établissement.
Encore faut-il disposer d'une méthode pour le mettre
en œuvre et ouvrir ainsi les voies du redressement.