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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 5

Le modèle national

Confrontée à une crise économique majeure et à une catastrophe sociale de grande envergure, la France ne peut continuer à subir la politique absurde que lui imposent des gouvernements sans convictions, sans projet et sans courage. Aussi convient-il d'imaginer et de mettre en œuvre au plus vite des principes, des méthodes, des solutions et, plus globalement, un modèle nouveau propre à assurer à notre pays le sursaut salvateur faute duquel il est condamné.

Droit dans le mur

Depuis des années, les dirigeants de l'établissement, incapables de peser sur la réalité, laissent passivement se développer le chômage, la précarité et la misère quand ils ne favorisent pas la baisse du pouvoir d'achat ou la destruction de notre appareil de production. Or, plus la situation se détériore et plus ils s'entêtent dans leurs erreurs. Tel ce conducteur fou qui, voyant son véhicule quitter la route et foncer contre un mur, accélère au lieu de ralentir, ils expliquent aux Français qu'il n'est pas d'autre politique possible et que personne ne pourrait faire mieux qu'eux. Face à pareil aveuglement, comment s'étonner que nos compatriotes sombrent dans la résignation et parfois dans le désespoir ?

Aujourd'hui, en effet, la France cumule les inconvénients de tous les systèmes. Écrasée par l'étatisme, elle souffre de l'héritage marxiste et de ses conséquences néfastes sur le dynamisme économique. Prise à la gorge par l'ultralibéralisme international, elle subit de plein fouet le souffle dévastateur de la concurrence sauvage. Livré à la fois aux pesanteurs du socialisme et à la loi d'airain du marché mondial, notre pays est broyé par les mécanismes aveugles auxquels nos gouvernants l'ont livré et dont ils ne maîtrisent aucun des rouages. Victime impuissante de la mise en application effrénée de dogmes plus dangereux les uns que les autres, notre peuple éprouve jusque dans sa chair les effets ravageurs de ce séisme économique et social.

La voie nationale

Conscient du caractère dramatique de la situation, le Mouvement national républicain, récusant la politique du pouvoir, propose une autre voie, une autre conception de l'organisation économique et sociale. Ce modèle n'est autre que le modèle national, le seul auquel la France puisse se rattacher.

Procédant d'une démarche originale qui ne relève ni du socialisme ni du libéralisme, ce dernier peut se définir comme une troisième voie économique et sociale, une voie nationale en rupture avec le mondialisme dont dérivent maintenant les deux systèmes qui naguère se combattaient. Ce modèle exprime d'abord la volonté de placer I économie en position subordonnée par rapport à la souveraineté nationale, de rejeter la domination des valeurs marchandes et d'éviter la confusion entre l'État et l'économie. Il se conçoit également comme une synthèse entre les principes de liberté sur le marché intérieur, de régulation ou de protection dans les échanges extérieurs et de retour à l'harmonie dans les relations sociales. Enfin, il repose sur les valeurs traditionnelles considérées comme le substrat indispensable du dynamisme économique et de l'ordre social. En bref, il subordonne l'économique et le social à l'intérêt national.

Le gérant, pas le maître

Tel est en effet le sens de la hiérarchie des valeurs selon lequel la nation ne doit pas être soumise aux lois de l'économie ni aux valeurs marchandes. Un peuple a d'autres préoccupations, d'autres modes de comportement et d'autres activités que ceux décrits par les économistes et un pays n'a pas comme seule expression matérielle la production et l'échange. L'économie, en retour, se trouve donc déterminée par des facteurs ne relevant pas de sa sphère, de même qu'elle doit être subordonnée à des objectifs étrangers à son domaine. A vrai dire, elle appartient à l'ordre non pas des fins, mais des moyens. Sa fonction consiste à produire des biens et des services pour l'ensemble du corps social. Et, à ce titre, elle doit servir la société et la nation et non leur imposer des objectifs. Ce n'est pas un hasard si le terme d'économie renvoie étymologiquement au domaine de la bonne administration des choses : l'économe est à l'origine l'administrateur de la maison (oikos, nomos), c'est-à-dire le gérant, pas le maître.

Non à la société marchande

Malheureusement, le système économique a fini par sortir de son cadre traditionnel et les valeurs marchandes qu'il sécrète ont de ce fait conquis une position hégémonique. Portées progressivement par la révolution de 1789, puis par la révolution industrielle du XIXe siècle, celles-ci se sont épanouies dans notre pays au lendemain des Trente Glorieuses de l'après-guerre. Aujourd'hui, elles dominent la société où elles font prévaloir une conception matérialiste et économiste totalement imprégnée de l'esprit marchand.

Il en résulte un individualisme qui se défie des groupes et des ordres et donc s'oppose à tout ce qui ne relève pas de la production et de l'échange. Dès lors, les nations, elles aussi, apparaissent comme des freins au commerce. Car, si l'argent n'a pas de frontières, les communautés traditionnelles constituent un obstacle à l'efficacité économique. Aussi la société marchande ne peut-elle que les détruire et déboucher, comme on le constate aujourd'hui, sur le mondialisme le plus ravageur. De même, la conception égoïste des rapports sociaux entraîne une mise en cause des institutions particulières qui naguère protégeaient les personnes des rigueurs de l'existence. De ce fait, la société marchande, en plaçant l'individu seul face aux lois implacables de l'économie, a rendu inéluctable la montée de la social-démocratie.

Ainsi l'hégémonie des valeurs économiques a-t-elle suscité l'émergence du mondialisme et de l'étatisme, les deux principaux fléaux qui accablent à ce jour notre pays. Nous touchons là du doigt le paradoxe de la crise que nous traversons : à mesure en effet que la société marchande assurait son succès et sa prééminence, elle détruisait les institutions, les communautés et les valeurs grâce auxquelles pourtant elle avait pu naître et se développer. Redoutablement efficace lorsqu'il s'agit de subvertir l'ordre traditionnel, elle s'est révélée incapable de fonder une nouvelle harmonie sociale. Actuellement, la société marchande arrive au bout de sa logique et, gangrène par les maux qu'elle a sécrétés, elle entame sa propre destruction, entraînant dans sa chute notre peuple et notre nation. Il faut donc de toute urgence donner un coup d'arrêt à ce phénomène et, pour cela, s'opposer à la domination des valeurs et de l'idéologie marchandes. Il convient, en conséquence, de remettre l'économie à sa place, de la cantonner dans le domaine des moyens et donc de la subordonner à celui de la souveraineté. Tel est le premier objectif du modèle que propose le mouvement national pour engager le redressement de notre pays.

Les trois fonctions

Plus précisément, il importe de revenir à l'équilibre traditionnel des trois fonctions tel qu'il structure les sociétés européennes depuis la nuit des temps. Comme l'a montré le professeur Dumézil, toute société d'origine indo-européenne est organisée selon un système trifonctionnel quasi immuable'. La première fonction correspond à l'activité politique et religieuse, laquelle définit les normes, les lois, les croyances ; elle concerne l'identité d'un peuple, ainsi que les valeurs morales et sacrées. De nature régalienne, elle relève de la souveraineté. La deuxième fonction est celle de la défense et de la sécurité. C'est elle qui organise la protection de la nation et qui, à cette fin, détient le monopole de la force et des armes. C'est en son sein que se développent et s'épanouissent les valeurs propres à l'art de la guerre, la force et le courage, mais aussi l'honneur et le sens du sacrifice. Enfin, la troisième fonction a trait à la fécondité, à la production et aux échanges. C'est elle qui exprime l'essentiel des activités quotidiennes d'un peuple. Lui est rattaché tout ce qui relève de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Elle constitue par excellence la fonction économique.

Ces trois ordres sont bien sûr interdépendants. La fonction régalienne a besoin de la fonction guerrière pour accomplir ses missions. Cette dernière dépend de la fonction productive pour disposer des moyens nécessaires à son action, laquelle en retour ne peut assurer sa tâche sans la protection et les lois que lui procurent les deux premières fonctions. Ce système est cependant fortement hiérarchisé, car les trois fonctions ne se situent pas sur le même plan. La première l'emporte en autorité sur la deuxième, laquelle domine la troisième par son prestige. Mais toutes assurent chacune à sa façon des missions vitales indispensables à la nation.

Cette structure trifonctionnelle caractéristique du monde européen a marqué de son empreinte toute l'histoire de notre civilisation: Jupiter, Mars et Quirinus à Rome; oratores, bellatores et laboratores à l'époque médiévale; clergé, noblesse et tiers état sous l'Ancien Régime. Il s'agit là d'une permanence de l'organisation des sociétés européennes dont l'harmonie et la prospérité dépendent du bon équilibre entre ces trois ordres. Si la fonction souveraine s'étiole, le pays n'ayant plus de tête pour le diriger ni de direction à suivre, le désordre s'installe, les valeurs sont bafouées et le déclin menace. Si la fonction guerrière faillit à sa mission, la nation, n'étant plus défendue, peut être asservie et rançonnée. Si enfin la fonction marchande est asphyxiée, c'est la communauté toute entière qui se trouve privée de ressources et le peuple menacé de disparition, faute de moyens matériels de survie.

Si chaque fonction a donc un rôle essentiel à jouer, il est tout aussi capital qu'aucune d'entre elles n'empiète sur le terrain des autres. Si la fonction souveraine envahit le domaine des guerriers et des marchands, c'est le totalitarisme qui s'instaure dans la société. En effet, lorsque l'autorité régalienne vient régir des activités qu'elle se doit de respecter, la sphère du privé n'est plus protégée et les libertés sont en danger. De même, si la fonction guerrière s'impose aux deux autres, c'est l'armée qui sort de son rôle et la dictature militaire qui s'installe. Enfin, si les marchands diffusent leurs valeurs et leurs méthodes dans le domaine des autres fonctions, ce sont la souveraineté et la sûreté qui risquent de dégénérer. La société en est alors profondément déstabilisée, car tout ce qui relève du sacré, des normes fondatrices et de l'identité d'un peuple, se trouve progressivement corrompu par la conception mercantile et matérialiste de la troisième fonction. La sécurité n'est plus assurée, l'activité souveraine perd son autorité et tous adoptent les comportements et les critères des marchands.

Telle est actuellement la situation de la France. Une France dominée par les valeurs destructrices de la société marchande. Une France où l'équilibre traditionnel des trois ordres a été rompu. A l'évidence, la prééminence de la troisième fonction, qui fait aujourd'hui de l'économie la mesure de toute chose, est la cause principale des nombreux dérèglements dont souffre notre nation, y compris dans le domaine de la production et des échanges.

L'Etat à sa place

Pour remettre l'économie à sa place, il importe donc de renforcer la fonction souveraine et, à cette fin, de dégager l'État des préoccupations mercantiles auxquelles il s'est laissé entraîner pour le rétablir dans ses missions régaliennes. Tel est le second objectif du modèle national que nous appelons de nos vœux. Aujourd'hui, en effet, l'État gère des services industriels et commerciaux, s'immisce dans tous les rouages de la société civile et finit par se révéler impuissant à assumer ses véritables responsabilités. Demain, il doit cesser d'être ce monstre obèse et impotent soumis aux lois des valeurs marchandes pour revenir à sa mission souveraine qui consiste à garantir la sécurité et l'indépendance de notre pays, à préserver son identité, à protéger les plus faibles et à faire régner la justice sur le territoire national.

Assurer la sécurité extérieure et intérieure de la nation, telle est bien en effet la première responsabilité de l'Etat. Et, à cet égard, un redressement de grande envergure apparaît nécessaire, car l'ordre public est actuellement loin d'être assuré dans notre pays. La délinquance et la criminalité qui, dans les années soixante, représentaient cinq cent mille méfaits annuels, ont dépassé dans les années quatre-vingt-dix le chiffre de quatre millions d'infractions. L'une des principale priorités de l'État doit donc viser au rétablissement de la sécurité sans laquelle aucune activité, même économique, ne pourra plus s'exercer normalement. S'agissant de la défense extérieure, il importe de reconstruire une armée digne de ce nom, car, si la menace que faisait peser l'Union soviétique a aujourd'hui disparu, un monde dangereux et incertain se fait jour qui impose à la France de ne pas baisser sa garde.

La seconde mission de l'État consiste à gérer les relations avec les autres nations et à assurer à la France ce minimum d'indépendance sans lequel elle cessera d'être un pays libre. La politique étrangère, apanage de l'État, doit donc viser à conserver à notre patrie un libre arbitre suffisant pour lui permettre en tout temps de choisir sa voie et donc de maîtriser son destin.

L'État se doit également, en raison de ses responsabilités régaliennes, de préserver l'identité de notre nation. Bien précieux, venu du fond des âges et enrichi par l'histoire, l'identité est indissolublement liée à l'existence même de notre peuple. Qu'elle vienne à s'estomper et notre patrie deviendrait la proie de désordres aussi graves que ceux que l'on observe chez un individu atteint de troubles de la personnalité. Il revient donc à l'autorité souveraine de donner à notre peuple les moyens de poursuivre sa marche dans l'histoire, enraciné dans ses valeurs immémoriales.

De plus, l'État ne doit pas renoncer à sa mission de protection. De même qu'il lui faut défendre collectivement la nation contre les menaces extérieures et intérieures, il lui appartient de protéger les plus faibles de nos compatriotes, notamment face aux dérèglements économiques et sociaux qui peuvent plonger certains d'entre eux dans la misère et la détresse. Ainsi, par exemple, l'État se doit de combattre le chômage, car c'est faillir à sa mission souveraine de protection des personnes que de laisser à l'écart de la vie nationale des millions de chômeurs dans le désarroi.

Enfin, il appartient à l'État d'assurer la justice et donc de définir les normes législatives et réglementaires des activités nationales. Qui songerait à nier que l'aspiration à la justice est un sentiment profondément enraciné dans le cœur des hommes ? Il est donc essentiel que toute personne victime d'un méfait puisse obtenir réparation par un jugement rigoureux et impartial. Encore faut-il que les lois aient assez d'autorité, de légitimité et qu'elles soient suffisamment peu nombreuses pour pouvoir être appliquées avec force. Sur ce plan, le rôle de l'État consiste essentiellement à mettre en forme juridique les traditions forgées par les siècles, à l'origine des principales structures de notre nation. Comme le souligne le professeur Hayek, les institutions les plus bénéfiques qui organisent notre vie ne sont pas le produit de décisions constructivistes et arbitraires de la puissance publique, mais le fruit des traditions, telles qu'elles s'expriment, par exemple, à travers la culture, la famille, la nation ou l'entreprise. Contrairement à la conception marxiste selon laquelle la société constituerait une sorte de chantier susceptible d'être planifié par des ingénieurs sociaux, le mode d'organisation le plus bénéfique pour la nation est au contraire celui que l'expérience, accumulée par les générations, a progressivement modelé. Certes, il ne s'agit pas de tout figer dans un respect glacé des traditions, mais de concevoir les évolutions à venir en prenant en compte les acquis du passé. Et ce n'est que dans le respect de ce principe que les lois et les décisions de justice retrouveront force et autorité, assurant de la sorte le règne du droit.

L'impératif national

Ainsi recentré sur ses principales missions régaliennes, l'Etat doit se désengager du secteur économique. Comme le souligne Yvan Blot, "à l'égard des tâches de création de richesse, la fonction souveraine dans sa partie étatique a pour mission de créer un cadre dans lequel les individus et les groupes puissent travailler à leurs objectifs propres dès lors que ces derniers ne remettent pas en cause les règles de conduite générales qui constituent l'armature d'une civilisation de liberté". L'économie, de son côté, doit donc occuper une place plus limitée dans les préoccupations de nos gouvernants. Elle y gagnera un surcroît de liberté et pourra évoluer dans un cadre plus propice à l'épanouissement de ses activités propres. Elle n'en demeure pas moins subordonnée à l'échelon souverain, notamment en ce qui concerne sa finalité. C'est d'ailleurs là que doit s'opérer le changement majeur par rapport à la situation actuelle. Aujourd'hui, certes, l'Etat a totalement envahi la sphère économique, mais celle-ci est laissée à elle-même quant à la définition des buts à poursuivre. Demain, la puissance publique devra se dégager de l'appareil de production et d'échange, mais, en revanche, il lui appartiendra de fixer l'objectif propre du système économique. Et, dans le cadre du modèle proposé par le mouvement national, cet objectif constitue un troisième principe fondateur : l'économie doit servir l'intérêt national.

Actuellement, le système de production et d'échange tel que le conçoivent les membres de l'établissement ne se fixe pour but que de maximiser le bien-être des individus. Un projet déjà particulièrement réductionniste car, l'économie étant par excellence le domaine du quantifiable, il conduit donc à limiter le bien-être à la seule maximisation des biens et des services susceptibles d'être comptabilisés et consommés. Ce faisant, il réduit l'homme à l'homo economicus et tend à diffuser une vision purement matérialiste du bonheur humain. La Comptabilité nationale donne à la question toute son acuité puisqu'elle mesure le bien-être collectif à l'importance du PIB. Or, celui-ci est ainsi évalué qu'il ne peut pas intégrer, par exemple, des notions comme la qualité de la vie ou l'équilibre écologique. La perversité des chiffres apparaît dans le cas d'espèce si prononcée que la pollution, pour peu qu'elle nécessite des activités d'épuration, entraîne un surcroît de production et donc un accroissement du PIB.

Pour la France et les Français

Il convient donc de relativiser la notion de bien-être telle que les économistes peuvent l'appréhender. En réalité, le but qu'ils affichent est plus prosaïquement la maximisation de la satisfaction des consommateurs mesurée en quantités de biens et de services marchands. Objectif qui n'est cependant pas à rejeter et qui peut constituer une finalité légitime pour le système de production et d'échange. Encore faut-il en discerner les limites, car cette conception ne prend pas en compte la globalité de la dimension économique des individus ni leur appartenance à des groupes. En effet, elle ne voit en eux que des consommateurs alors qu'ils sont aussi des travailleurs et qu'à ce titre leur contentement dépend également de la possibilité qui leur est offerte d'accéder à un emploi valorisant. De plus, la notion de bien-être ne considère que les personnes, alors que celles-ci n'existent que rassemblées en communautés de peuple et de nation. Il y a donc lieu d'ajouter à la notion classique de maximisation de la satisfaction des personnes une perspective sociale et communautaire qui passe par un second objectif, celui de la maximisation des avantages pour la nation.

La prise en compte de cette dimension supplémentaire conduit à renforcer en retour la satisfaction des personnes. Car, à ne s'intéresser aux Français que pris isolément, on les réduit à des êtres déracinés, sans histoire ni appartenance, et rien ne vient contenter la partie de leur personnalité qui relève de la communauté et de son harmonie. Pourtant, il n'est pas indifférent, à un niveau de richesse donnée, d'appartenir ou non à une nation puissante, capable d'assurer la sécurité des personnes et le rayonnement de son identité. Cela est si vrai que certaines nations n'hésitent pas à limiter la satisfaction des personnes pour accroître les avantages de la collectivité. Ainsi, les autorités japonaises ont, pendant de nombreuses années, pratiqué délibérément des niveaux de prix élevés sur leur marché intérieur pour fournir à leurs entreprises une base renforcée dans la conquête des marchés extérieurs. Le bien-être des consommateurs se trouvait sacrifié à la puissance extérieure du pays.

Sans nécessairement vouloir imiter cette manière d'agir, il convient cependant de placer l'ensemble de l'appareil national de production et d'échange au service non seulement des Français, mais aussi de la France.

La puissance et le social

Ainsi l'économie nationale doit-elle œuvrer à l'indépendance et à la puissance du pays. Cela signifie que, pour maintenir l'autonomie de la nation, il n'est pas acceptable, par exemple, de laisser disparaître des entreprises stratégiques au motif qu'on peut acheter ailleurs et moins cher l'équivalent de ce qu'elles produisent. Ainsi en est-il du secteur de l'armement, mais aussi des principales industries de base sans lesquelles notre pays deviendrait peu à peu un simple sous-traitant de l'étranger et un pion dans le cadre de la division internationale du travail.

Ajoutons que, dans le monde actuel, de plus en plus interdépendant, l'autonomie ne peut plus s'obtenir par l'autarcie, mais seulement par la puissance. Les liens d'interdépendance ne sont en effet pas neutres, mais conditionnés par les rapports de force : le plus libre est le plus fort. L'économie, qui constitue avec les armées l'un des principaux facteurs de puissance, se révèle donc un instrument primordial de l'indépendance de la nation. Aussi convient-il que l'économie nationale ait également pour objectif le renforcement de la puissance du pays, ce qui implique la croissance, l'exportation, les performances technologiques, le contrôle de secteurs clefs, mais aussi une volonté politique et une vision stratégique.

De même, le système de production et d'échange, dès lors qu'il prend en compte l'intérêt de la collectivité, doit aussi se mettre au service de la cohésion sociale. En effet, celle-ci n'est pas automatiquement assurée par le libre jeu des mécanismes naturels du marché. On en fait aujourd'hui le constat dramatique avec le fléau du chômage et de la pauvreté qui frappe une partie croissante de la population. Comme il n'est pas question de passer cette terrible réalité par pertes et profits, il faut donc placer l'économie au service de la communauté si l'on veut rétablir l'ordre et l'harmonie sociale.

Ainsi le modèle national que nous préconisons redéfinit-il clairement la place de l'économie dans la nation. Celle-ci doit être subordonnée à la fonction souveraine et à ses valeurs, ce qui implique, symétriquement, que l'État se désengage du secteur marchand pour se consacrer à ses missions régaliennes. Pour autant, l'économie se doit de servir non seulement la prospérité des personnes, mais aussi l'intérêt de la nation, lequel passe par sa puissance et sa cohésion sociale.

Les concepts du développement

S'agissant des mécanismes de fonctionnement, le modèle national doit se concevoir comme une synthèse originale entre différents impératifs.

Sur le plan économique, il procède des principes du marché libre, lesquels l'emportent en efficacité sur les méthodes de l'étatisme. Les vertus de la concurrence, de la liberté d'entreprendre, de la juste rémunération du travail et du bénéfice légitime pour les initiatives prises, constituent en effet autant de ressorts propres à favoriser la création de richesses et à assurer la prospérité. Une telle vision s'oppose évidemment aux conceptions planificatrices et collectivistes qui ont prévalu peu ou prou dans le passé et montre que le mouvement national fait confiance aux acteurs économiques. Qui, en effet, est mieux placé que les entrepreneurs pour maximiser la production de richesse dès lors qu'ils sont dégagés des contraintes inutiles et jouissent d'une large liberté de manœuvre sur le marché ? A cet égard, le Mouvement national républicain adhère aux principes de l'économie de liberté. Certains parleraient de libéralisme, mais le mot n'est pas approprié, car il renvoie à une doctrine plus contestable et plus globale qui dépasse le cadre économique et l'espace national.

En effet, si le libre jeu de l'entreprise et du marché permet d'atteindre un optimum en termes marchands, il n'est bénéfique qu'appliqué sur un territoire donné. Pas question de négliger la dimension nationale des enjeux économiques et de considérer que les principes du marché libre peuvent ignorer les frontières ! Pour le mouvement national, les lois de la liberté économique sont valables dans l'espace national, mais s'arrêtent à ses extrémités, là où doivent être rétablies des frontières destinées à défendre les intérêts de la nation. Il est en effet indispensable que notre pays se dote des moyens adéquats pour préserver l'appareil industriel qu'exige sa sécurité et pour assurer l'intégrité de son système économique et social face aux attaques déloyales et intempestives venues de l'extérieur. Afin de maintenir l'indépendance de notre nation et la cohésion sociale de notre peuple, il convient donc de limiter les lois de l'économie de marché au territoire français et de concevoir à ses frontières un minimum de protection. Une protection qui ne se propose d'ailleurs pas d'interrompre le commerce avec l'extérieur et de couper notre pays du reste du monde, mais de réguler les échanges de façon qu'ils s'effectuent dorénavant à l'avantage de la France. Ce système d'échange régulé, qui est à établir à nos frontières, pourrait cependant être repoussé aux limites de l'Union européenne si les autres Etats membres cessaient de concevoir celle-ci comme une zone ouverte et acceptaient de mettre en œuvre systématiquement le principe de la préférence européenne.

Ajoutons que le modèle national comporte un troisième concept de base, celui de l'ordre social. Les seules lois du marché libre même protégé de la concurrence extérieure ne permettent pas en effet d'assurer l'harmonie sociale au sein de notre peuple. Il importe donc de développer un ensemble de principes originaux propres à fonder un nouvel ordre social ne procédant en rien du socialisme. A cette fin, il faudra s'appuyer sur les valeurs traditionnelles qui fondent notre nation, qu'il s'agisse des communautés naturelles, du principe de préférence, de la notion d'enracinement, de la justice sociale ou de la dignité des personnes. Dès lors, nous mettrons également l'économie au service de cet objectif et de ses principes, sans pour autant rétablir par ce biais l'étatisme et l'assistanat. Car l'originalité de la voie sociale proposée par le Mouvement national républicain est qu'elle tourne le dos à la vision collectiviste et redistributrice du socialisme et qu'elle préconise des mesures sociales qui ne sont pas en contradiction avec les exigences du dynamisme économique. Ainsi en est-il par exemple du développement de la propriété, de la préférence nationale, de la politique familiale ou du relèvement des bas salaires. Il n'en demeure pas moins que l'équilibre à rechercher n'est pas nécessairement celui que procurerait l'application pure et simple du libéralisme. L'optimum national choisi par la puissance régalienne peut être légèrement différent de l'optimum économique que définiraient les seules lois du marché.

Marché libre, échange régulé, ordre social, tels sont les fondements du modèle national. Mais, limité à ces concepts, le système économique et social de notre pays manquerait encore de ce souffle sans lequel il resterait une mécanique désincarnée. Il lui faut, pour être porté par un élan d'ardeur et d'expansion, pour redevenir l'expression vivante de la volonté et de l'espoir d'un peuple, s'enraciner dans les vertus qui ont fait notre civilisation. Le modèle national n'est viable que soutenu par le combat pour un renouveau des valeurs.

Vertu et fécondité

Dans cet esprit, il est primordial que la famille, source de vie par excellence, retrouve dans la société la place prééminente qu'elle mérite. Chacun s'accorde en effet pour reconnaître que la vitalité, la jeunesse et l'importance de la population conditionnent le dynamisme du système de production et d'échange. Aussi le redressement économique doit-il aller de pair avec un retour de la fécondité et donc avec une grande politique familiale.

De même, il convient de multiplier les initiatives pour réhabiliter les vertus civiques indispensables au bon fonctionnement des mécanismes économiques et commerciaux. N'en déplaise à l'établissement, il est donc nécessaire de rétablir les cours de morale à l'école et d'enseigner aux jeunes enfants des notions simples mais essentielles telles que l'honnêteté, l'effort, la ponctualité le respect de la parole donnée, le sens du devoir et lé goût du travail bien fait. Dans ce domaine, l'exemple doit venir d'en haut, ce qui implique que la corruption soit impitoyablement bannie de la classe politique et que l'activité économique puisse être ainsi assainie et retrouve des pratiques loyales et dignes. Sans doute, la nature humaine étant ce qu'elle est, notre pays comptera toujours des personnages publics indélicats et malhonnêtes. Mais, dans une société saine, les moutons noirs sont exclus du troupeau et les coupables condamnés.

Esprit de conquête

Pour favoriser le retour à une économie offensive de création, d'initiative et d'entreprise, notre pays doit renouer avec les valeurs ancestrales qui ont façonné notre civilisation, à commencer par celles du combat, de la compétition, de l'émulation, celles qui permettent la conquête, la découverte, celles qui incitent à repousser ses propres limites. Autant d'exigences qui ont conduit nos ancêtres européens à acquérir toujours plus de connaissances et à découvrir la planète entière. Il revient aux pouvoirs publics d'insuffler dans la société ce goût de l'entreprise, de la lutte et du dépassement de soi et d'œuvrer à ce grand renouveau en fixant dans tous les domaines des objectifs ambitieux, en exaltant les succès et les victoires, en récompensant les exploits, le mérite et le talent. Admises dans le sport, la compétition et la sélection doivent être rétablies pleinement dans la vie économique et professionnelle comme dans l'enseignement et l'administration.

Encore faut-il pouvoir placer les Français devant leurs responsabilités face aux difficultés qu'ils traversent et, pour cela, redonner vie aux valeurs de courage, de patriotisme et de dévouement. De ce point de vue, la notion de droit universellement revendiquée et étendue sans discernement au domaine économique et social doit elle aussi reprendre sa juste place, qui n'est pas toute la place. Il n'y a de droits pour un membre de la communauté nationale qu'assortis de devoirs envers les autres et envers la nation.

Là encore, un travail de réhabilitation des valeurs de solidarité et de fraternité devra être entrepris. Car il est essentiel, pour assurer l'harmonie sociale, que les initiatives gouvernementales puissent demain prendre racine dans une société ayant rompu avec l'égoïsme, l'individualisme et la loi du chacun pour soi. Le combat pour un retour des valeurs du cœur, de l'altruisme et de l'entraide fait aussi partie des exigences du redressement national.

Ainsi la réhabilitation de notre système de valeurs constitue-t-elle un aspect capital du modèle national que nous proposons. Caractérisé par ailleurs par un refus de la prééminence de la société marchande, par une volonté de dégager l'État du monde de la production et des échanges et de placer l'économie au service de l'intérêt national, fondé en outre sur les notions d'ordre social, d'échange régulé et de marché libre, ce modèle profondément original constitue à l'évidence l'alternative aux schémas éculés de l'établissement. Encore faut-il disposer d'une méthode pour le mettre en œuvre et ouvrir ainsi les voies du redressement.



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