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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 7

L'ordre social

Harmonie au sein de la communauté et croissance équilibrée de la production et des échanges, autant d'impératifs que la nation française ne peut espérer atteindre sans se fonder sur une conception des structures et des valeurs de la société autre que celle qui prévaut actuellement. Aussi est-il essentiel d'instaurer aujourd'hui dans notre pays un nouvel ordre social renouant avec les vertus et les principes traditionnels et capable de rendre à notre peuple la force et la cohésion dont il a besoin pour affronter l'avenir.

La mise en harmonie

L'économie, parce qu'elle doit être mise au service de l'intérêt national, ne peut donc prétendre être la première à imposer ses lois à la société. Elle doit plutôt servir de modèle d'organisation sociale, lequel constitue par ailleurs l'un des objectifs majeurs à poursuivre.

Un tel agencement des hiérarchies et des perspectives peut surprendre car, pour beaucoup, le social n'est destiné qu'à corriger les dysfonctionnements de l'économie et doit donc lui être subordonné. Pourtant, cette conception, particulièrement justifiée pour combattre une politique sociale de type socialiste, perd toute pertinence dès lors qu'il s'agit de l'ordre social prôné par le Mouvement national républicain. Cette dernière notion, en effet, ne relève ni de la social-démocratie ni de l'État providence, mais vise à définir de nouvelles lignes de force dans l'organisation de la société et à proposer pour elle un nouvel ordre, c'est-à-dire, pour reprendre la définition du dictionnaire : "une disposition des choses selon la place qui leur convient".

Cet ordre social, que le mouvement national appelle de ses vœux, consiste donc à remettre en harmonie la société française en se fondant sur ses structures et ses valeurs les plus légitimes. Il n'est donc pas question d'entreprendre une démarche de type constructiviste à la manière des marxistes ou des ultralibéraux, mais au contraire de s'appuyer sur les traditions pour remettre les idées à l'endroit, les hommes et les choses à leur juste place.

Dans ce contexte, le social n'est plus conçu comme un correctif de l'économie, mais se révèle une vision globale de la société à l'organisation de laquelle le système de production et d'échange doit concourir. L'ancienne opposition entre l'économique et le social, qui recouvrait autrefois des clivages politiques droite-gauche, n'a donc plus lieu d'être. L'ordre social devient l'une des bases du développement de la nation.

Il est en effet nécessaire de tourner le dos à la conception socialiste comme à l'idée libérale, qui, bien qu'elles se soient affrontées dans le passé, procèdent aujourd'hui d'une même vision matérialiste et mondialiste du monde, et ont, à ce titre, largement contribué l'une comme l'autre à détruire les structures traditionnelles de la société et à plonger notre pays dans l'individualisme et le désordre social.

Non au libéralisme destructeur

Le libéralisme, et tout particulièrement l'ultralibéralisme, ont conduit au triomphe des valeurs marchandes qui dominent désormais tous les secteurs de la nation. Régie exclusivement par le jeu de la concurrence et du profit, ayant pour seules normes la compétitivité et l'efficacité, la société, en quelque sorte subjugue par l'économie, dissout progressivement le tissu traditionnel qui assurait son harmonie. En effet, bénéfiques si elles sont circonscrites au domaine des activités marchandes, les lois propres à la doctrine libérale se font ravageuses dès lors qu'elles sont appliquées à tous les aspects de la vie du pays. La loi de l'argent écrase toute autre considération et la richesse devient la seule source de reconnaissance sociale. La course au profit justifie tous les moyens et s'affirme comme le seul facteur de motivation des personnes. Il en résulte un individualisme forcené et un éclatement de la société en une multitude de classes, de catégories, de groupes qui s'ignorent ou s'affrontent. Et, derrière le paravent du moralisme et du "droit-de-l'hommisme" se profile un égoïsme profond, d'autant plus brutal que la concurrence sauvage sécrète par ailleurs pauvreté, chômage et misère. Face au recul du système de valeurs moral et national, le matérialisme s'érige en maître de la société française, laquelle tend à n'être plus qu'une masse. L'économie ultralibérale dominatrice n'est donc pas compatible avec l'ordre social dont la France a besoin.

Non au socialisme anti-social

Fondé sur de tout autres principes, le socialisme a joué un rôle encore plus néfaste dont on mesure aujourd'hui les effets désastreux. Mis en place par étapes (1936, 1945, 1981), il porte une très lourde responsabilité dans la déstabilisation de notre pays et la perte de cohésion de notre peuple. Comment s'en étonner ? En faisant sienne la théorie de la lutte des classes, en instillant la doctrine marxiste de l'économie dans la société et en usant du levier de l'envie pour dresser les Français les uns contre les autres, la gauche a mis en cause l'harmonie sociale et introduit dans la mentalité nationale le poison de l'égalitarisme fondé sur le ressentiment. Le projet utopique consistant à ramener au même niveau la situation de tous les Français a provoqué une profonde dégradation de l'esprit public. Car, se trouvant ainsi légitimés par un discours marxiste omniprésent, les individus ont été incités à considérer comme injuste toute différence de revenus ou de richesse et à revendiquer comme un du un alignement artificiel de leur situation sur celles des plus fortunés. Ce faisant, ils ont souhaité la généralisation du système d'assistance et contribué à l'instauration d'un État providence qui a entrepris de tout régenter de façon quasi totalitaire. N'ayant de références que financières, ce modèle d'organisation sociale a lui aussi favorisé l'occultation des valeurs traditionnelles et la montée du matérialisme, sources d'individualisme et d'égoïsme. Sachant que l'État prend tout le monde en charge, l'individu se sent dégagé de toute responsabilité à l'égard des autres: chacun pour soi, l'Etat pour tous !

Comment alors s'étonner que ce système ait débouché sur une catastrophe humaine sans précédent ? Échec, pour le socialisme, d'autant plus retentissant que c'est à travers ses idées sociales qu'il dominait le monde politique et intellectuel français depuis près d'un siècle. Il a donc échoué dans son domaine d'excellence. Le bouleversement qui en résulte est aussi important sur le plan des idées que l'effondrement du mur de Berlin l'a été en termes géopolitiques. Naguère personne dans l'établissement ne savait comment faire du social sans faire peu ou prou du socialisme. Aujourd'hui, la vérité a éclaté : le socialisme n'est pas social ! Mondialisme = régression sociale

Pire, il organise le cataclysme social car, tout comme le libéralisme, il s'est rallié au mondialisme. Pour la doctrine libérale, le cheminement est naturel, puisque n'ayant d'autres références qu'économiques, elle ne peut que méconnaître les communautés et ignorer les structures traditionnelles. Il est donc normal qu'elle déborde les frontières, qu'elle refuse de prendre en compte les nations et qu'elle cherche à s'épanouir à l'échelle du monde. Porté par la puissance des effets unificateurs du commerce mondial et par le rôle croissant des entreprises et des institutions internationales, le libéralisme débouche naturellement sur le mondialisme.

Il en va de même du socialisme qui, discrédité dans ses fondements marxistes, s'est trouvé poussé vers le dogme mondialiste par sa tradition internationaliste. Chantres du combat contre le capitalisme il n'y a pas si longtemps encore, les grands maîtres du socialisme en viennent maintenant à défendre les vertus de l'ultralibéralisme international ! Soutenant sans réserve la construction européenne et le traité de Maastricht fondé sur la doctrine libérale, défendant le GATT et la concurrence sauvage qu'il instaure à l'échelle mondiale, les socialistes ont ouvert notre pays au "grand capitalisme international". En ce sens, ils ont rejoint les libéraux au nom du mondialisme qu'ils partagent avec eux.

Les uns et les autres sont donc de ce fait co-responsables de la régression sociale qui frappe aujourd'hui notre pays. Car la mondialisation est l'une des causes principales du chômage, elle provoque la baisse des salaires les plus modestes, instaure partout la précarité et, avec la montée de l'immigration, tiers-mondiste la nation. Le mondialisme fonctionne selon le principe bien connu des vases communicants: I'ouverture des frontières crée une pression à l'égalisation des situations et, en l'occurrence, à l'alignement de la situation des Etats européens sur celle des pays sous-développés, ce qui constitue le facteur principal de la désagrégation sociale de la France.

Traditions, contrepoison

Aussi est-il nécessaire, face au libéralisme, au socialisme et, aujourd'hui, au mondialisme, de restaurer un ordre social enraciné. Pour tourner le dos à ces systèmes inhumains qui conduisent au matérialisme, à l'individualisme et à la régression sociale, le Mouvement national républicain propose de suivre un chemin plus traditionnel et plus conforme à la réalité du monde tel qu'il est. Plutôt que d'adopter une attitude visant à organiser la société selon des théories abstraites, il entend s'appuyer sur les structures traditionnelles et les valeurs immémoriales qui de tout temps ont fait la force de notre nation. C'est la démarche organique fondée sur l'idée que les hommes doivent s'épanouir conformément aux traditions forgées par des siècles d'expérience. Cette voie est d'ailleurs celle que suivent certains grands pays particulièrement performants sur le plan économique et qui disposent dans le même temps d'un ordre social relativement heureux. L'harmonie qui règne dans ce type de société s'explique sans doute par la persistance au sein de l'économie moderne de comportements traditionnels profondément ancrés dans la réalité paysanne et aristocratique d'autrefois. Tel est le cas du Japon, par exemple, où les zaibatsu, c'est-à-dire les grands groupes nippons, apparaissent issus des anciennes fratries féodales et où le terme amoe, qui désigne le lien du salarié à son entreprise, pourrait se traduire en français par vassalité. Tel est aussi le cas de l'Allemagne dont la relative adaptation à la société industrielle serait directement lice au fait que la société traditionnelle n'a pas eu à subir une révolution comme celle de 1789 et n'a été que tardivement touchée par la révolution industrielle.

C'est sans doute là que réside l'un des secrets des économies développées: pour être efficaces, il leur faut s'appuyer sur des mécanismes traditionnels qu'elles tendent naturellement à détruire lorsqu'elles se développent. Telle est notamment la thèse de Jean Fourastié et François Perroux pour qui "toute société capitaliste fonctionne grâce à des secteurs qui ne sont pas imprégnés par l'esprit de gain (...) un esprit antérieur et étranger au capitalisme soutient pendant une durée variable les cadres dans lesquels l'économie fonctionne. Mais celle-ci, par son expansion et sa réussite même (...), entame les institutions traditionnelles et les structures mentales sans lesquelles il n'est aucun ordre social". Sans doute est-ce d'ailleurs pour cette raison que, soumis à la très forte pression du mondialisme, les systèmes allemand et japonais commencent à être ébranlés eux aussi dans leurs valeurs et leurs traditions.

Combattre le mal, pas le malade

Quelles que soient cependant les attaques dont il est I'objet, il apparaît essentiel que le système économique et social puisse s'appuyer sur un ordre, des valeurs et des comportements traditionnels qu'il faut donc défendre et encourager. Tel est le sens du nouvel ordre social que le Mouvement national républicain se propose d'édifier sur les décombres des modèles marxiste et capitaliste.

Notons qu'il s'agit là d'une entreprise de portée historique puisqu'elle vise à inverser un phénomène de grande magnitude qui semblait jusqu'à présent déployer ses effets néfastes sans rencontrer le moindre obstacle. Vouloir mettre un terme au processus de destruction des structures traditionnelles peut donc au premier abord paraître difficile, sinon impossible. Il s'agit pourtant là d'une démarche indispensable à la survie de la nation et au redressement du système de production et d'échange. Quant à la tâche à accomplir, elle est sans doute moins ardue qu'on ne le croit. Les mécanismes de l'économie mondialiste sont en effet d'autant plus dévastateurs qu'à ce jour, aucun gouvernement français n'a tenté de les enrayer. Loin de s'opposer à la mondialisation de notre pays, les dirigeants de la classe politique encouragent et facilitent son développement tout en expliquant aux Français que les maux qu'ils subissent ne viennent pas du fléau qui les frappe mais d'une incapacité de leur part à s'y adapter. Ils ne combattent pas le mal, mais le malade, et la maladie se développe.

La situation s'inverserait totalement si demain l'État combattait le mondialisme et reconstruisait les structures traditionnelles de notre nation. Non seulement la catastrophe sociale pourrait être évitée, mais l'économie retrouverait les ressorts moraux nécessaires à son dynamisme et à sa créativité. En ce sens, les principes sociaux préconisés par le Mouvement national républicain apportent une réponse globale et de fond aux graves dérèglements que connaît notre pays. Aussi est-il essentiel pour la France et pour les Français de réussir à édifier ce nouvel ordre social et de le fonder sur les communautés et les valeurs qui ont fait notre nation.

Les communautés naturelles

Un homme, en effet, n'existe en tant que tel que s'il appartient à une communauté qui l'enracine, lui offre à la fois un cadre de référence et un système de valeurs. Celui qui vivrait seul depuis sa naissance en dehors de tout groupe ne parviendrait jamais au stade d'homme accompli. Il resterait à l'état sauvage puisque, privé de l'héritage de la civilisation, il ne pourrait compter que sur ce qu'il découvre ou invente par lui-même. C'est dire si la personnalité même des individus est liée aux communautés dont ils font partie. Et, selon que celles-ci sont vigoureuses et saines ou atrophiées et décadentes, les hommes seront épanouis et équilibrés ou déracinés et désorientés. Avant d'être répartis en catégories socio-professionnelles, en classes ou en strates de revenus, les Français sont d'abord les membres de groupes organiques hiérarchisés forgés par les siècles et sans lesquels ils ne sont que des individus perdus dans une masse. C'est donc au sein de ces communautés que peuvent se nouer le plus solidement les liens de solidarité, d'entraide, bref, de fraternité, qui rendent la vie plus humaine et, en cas de malheur, plus supportable. Elles jouent à cet égard un rôle infiniment plus important que les mécanismes bureaucratiques et froids que multiplie l'établissement. L'ordre social tel que le préconise le Mouvement national républicain passe donc par la consolidation et la revivification du réseau des communautés naturelles.

Nation et famille

La première de ces communautés est bien sur la nation. Constituée d'un peuple, installée sur une terre, dotée d'une culture, c'est à travers cette forme de communauté la plus accomplie que les hommes européens ont pu s'épanouir et trouver une place et un rôle dans l'histoire. Elle constitue aussi le premier cercle de solidarité et de protection sur lequel chacun doit pouvoir compter face aux dangers du monde extérieur. Comme le disait Jaurès, la patrie est la seule richesse des pauvres. A une époque où la nation subit les coups de boutoir du mondialisme, il est donc essentiel de la défendre et de la réhabiliter afin d'assurer à l'ordre social le cadre privilégié sans lequel il n'existe pas. Il convient donc de remettre à l'honneur les valeurs de patriotisme et de fraternité de façon à recréer, par la conscience d'une commune appartenance, une solidarité de peuple et à rétablir pour nos compatriotes la protection traditionnelle qui s'attache à toute communauté souveraine.

La famille, cellule de base de la société, représente par ailleurs, avec la nation, la communauté la plus apte à consolider l'édifice social. C'est en son sein que les générations se renouvellent et que les enfants reçoivent les soins et l'éducation nécessaires pour devenir des hommes. C'est elle qui donne aux personnes leur place dans l'espace et le temps, qui crée entre elles un tissu étroit de relations affectives et fraternelles et donc contribue à leur assurer un équilibre psychologique et social. La famille incarne aussi l'espace de solidarité et de sécurité le plus proche des hommes: lorsque survient un revers de fortune, c'est d'abord sur sa famille que l'on doit pouvoir compter. Et, à cet égard, les populations africaines, maghrébines ou asiatiques ont des leçons à donner aux Français, car elles font montre d'un sens de la solidarité familiale infiniment plus développé que celui qui prévaut chez nos compatriotes. La famille française doit donc être favorisée et consolidée.

Travail et terroir

D'autres groupes jouent également un rôle éminent, comme l'entreprise ou, plus globalement, la communauté de travail. Chacun consacre en effet une grande partie de son existence à son métier, lequel constitue I l'une des composantes de la personnalité d'un individu et l'un des principaux signes de reconnaissance sociale. Le cercle où s'exerce l'activité professionnelle représente donc l'un des éléments importants de l'ordre social à reconstruire. Selon que cette communauté se présentera comme un lieu hostile, théâtre de conflits, où l'on subit des vexations et connaît l'inquiétude ou, au contraire, comme un domaine d'épanouissement, de satisfaction et d'enrichissement, l'équilibre social de notre pays s'en trouvera amoindri ou renforcé.

Sans tomber dans l'angélisme ou l'utopie, il convient donc d'œuvrer pour que l'entreprise et les autres collectivités professionnelles deviennent de véritables communautés où, malgré les tensions propres à toute société humaine, puisse se développer un sentiment de commune appartenance et de solidarité interne, fondé sur des intérêts partagés. L'entreprise ne peut se borner à n'être qu'un lieu de production où le "facteur" humain pourrait être "géré" exclusivement selon le rapport de force et la motivation du gain. D'autres préoccupations doivent intervenir, tel le bien-être lié aux conditions de travail, le sens de la responsabilité réciproque, la protection des personnes et la satisfaction que chacun doit pouvoir retirer de son activité. La ville ou le bourg sur le territoire duquel on réside, le terroir ou la province d'où l'on est issu constituent aussi des communautés indispensables à l'établissement du nouvel ordre social. Ces lieux d'enracinement, où se déroule la vie lorsqu'on ne travaille pas, doivent donc être valorisés et consolidés pour devenir d'authentiques communautés. A cet égard, si l'on veut donner à ces dernières une identité plus forte et une dimension correspondant mieux au cadre naturel d'exercice des activités locales, il y a lieu de revoir l'organisation territoriale de notre pays. En effet, trop complexe et trop bureaucratique, la structure des collectivités locales ne répond plus aujourd'hui aux exigences des réalités communautaires. On pourrait par exemple, tout en les conservant, regrouper les communes rurales en "pays". Un pays étant une entité constituée du bourg et de sa zone d'influence, réalité à la fois géographique et historique que connaissent bien les gens du cru. De même, dans les zones urbaines, les communes d'une même agglomération pourraient être réunies au sein de "villes", afin de supprimer l'actuelle ségrégation entre centre et banlieues et de réintégrer celles-ci dans une communauté unique et plus représentative de la réalité. Par ailleurs, les régions, au besoin redécoupées ou regroupées pour mieux cadrer avec les réalités historiques et géographiques des anciennes provinces, pourraient se voir renforcées, car mieux adaptées, de par leurs dimensions, aux impératifs du monde moderne. Les départements, constructions artificielles nées de la Révolution, seraient, dans cette hypothèse, supprimés et leurs compétences dévolues pour une part aux régions et, pour l'autre, aux villes et aux pays, lesquels se substitueraient par ailleurs aux syndicats mixtes, structures d'intercommunalité, districts, autorités d'agglomération, etc. Il en résulterait une simplification administrative, et donc des économies budgétaires, mais aussi une meilleure adéquation des collectivités locales aux réalités géographiques et économiques, ainsi qu'un réenracinement de nos compatriotes dans des entités territoriales plus adaptées aux besoins des citoyens, plus fortes et mieux identifiées.

Ainsi l'ordre social à rétablir pourra-t-il s'ancrer dans les communautés naturelles qui encadrent traditionnellement la vie des hommes. Parallèlement, il devra s'appuyer sur les notions d'enracinement et de préférence. Ce dernier concept est d'abord indispensable à l'existence même des communautés, alors que celui de "refus de l'exclusion", cher à l'établissement, conduit à leur disparition. En effet, un groupe n'existe que fondé sur un critère par lequel on accepte les uns et exclut les autres. Si n'importe qui peut faire partie de n'importe quelle communauté, celle-ci est détruite. Que deviendrait la famille si chacun pouvait s'introduire dans le foyer et exiger les mêmes droits que le mari à l'égard de la femme et que le père vis-à-vis des enfants ? Si, dans la théorie des ensembles, on avait autorisé tous les éléments à appartenir à tous les ensembles, rien ne se distinguerait et aucune science ne pourrait se construire. Pour préserver les groupes, il faut donc que ceux qui n'en font pas partie en soient exclus. Certes, la formule est brutale, mais elle correspond à une réalité nécessaire et bénéfique et c'est parce que le terme d'exclusion comporte une connotation péjorative qu'il vaut mieux utiliser celui de préférence. Pourtant, l'idée est la même: s'il n'y a pas d'exclusion il n'y a pas de groupe, s'il n'y a pas de préférence nationale, il n'y a plus de nation.

Cette hiérarchie des priorités s'affine de surcroît comme une exigence morale dont le nouvel ordre social ne peut faire l'économie. En effet, la notion de "refus des exclusions", qui conduit à la destruction des communautés, débouche également sur la négation de toute fraternité. Refuser d'exclure qui que ce soit, c'est vouloir intégrer tout le monde, et donc étendre la notion de solidarité sans aucune limite. Or, plus celle-ci est étendue, plus elle s'affaiblit. Si l'on est solidaire du monde entier, on n'est en réalité responsable de personne. Il en va tout autrement lorsqu'on limite par une démarche de préférence le champ de la solidarité à un groupe plus étroit, car alors la responsabilité devient exigeante, en même temps qu'elle s'affirme concrètement. La personne dans la détresse n'apparaît plus sous la forme abstraite d'une réalité relayée par la télévision, mais de façon tangible à travers un être de chair et de sang qui s'adresse à vous et à qui il faut répondre. Il n'est plus possible, dès lors, de s'acheter une bonne conscience par le truchement d'une de ces opérations de "charity business" chères à l'établissement, il faut payer de sa personne. En ce sens, l'ordre social fondé sur la préférence est moralement supérieur à cette conception pseudo-sociale de lutte contre l'exclusion. N'est-ce d'ailleurs pas ce qu'enseigne l'Evangile à travers la célèbre parole du Christ "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" ? Même Jean-Jacques avait compris combien cette préférence est un impératif légitime. "Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d'aimer ses voisins", écrivait-il dans l'Émile.

Il convient par ailleurs de favoriser tout ce qui va dans le sens de l'enracinement des personnes et de considérer cette notion comme un facteur majeur de stabilité et d'ordre social. L'attachement à un groupe, à un sol, à un bien, la propriété d'une demeure ou d'un patrimoine constituent en effet de puissants instruments d'équilibre psychologique et social pour notre peuple. C'est par ce biais que nos compatriotes peuvent se fixer, trouver des repères, des protections et la sécurité indispensable à l'harmonie de la société. Dans cet esprit, il est donc essentiel de développer la propriété, qui représente, ne l'oublions pas, l'un des droits inaliénables et imprescriptibles de l'homme tels que définis par la déclaration de 1789. Lorsque l'on possède un bien, immobilier en particulier, on lui est attaché et on se sent enraciné dans la terre et dans le lieu où il est implanté. D'autre part, comme le risque de le perdre existe, on est davantage intéressé à la stabilité sociale, au respect des lois et des valeurs. On peut aussi le transmettre à ses enfants, le recevoir de ses parents et maintenir ainsi une continuité par-delà les générations, source d'enracinement dans une lignée. Enfin, un patrimoine constitue une sécurité indéniable face aux aléas de l'existence. Lorsque l'on subit un revers de fortune, c'est au premier chef grâce à la possession d'un logement ou d'un bien que l'on peut éviter de sombrer dans la misère. L'ordre social que nous appelons de nos vœux passe en conséquence par le développement et la généralisation de la propriété, notamment pour les Français aux revenus les plus modestes. Il passe aussi par le sens de la justice et le goût de la dignité.

Justice sociale

Le mot de justice sociale a été, il est vrai, galvaudé par la classe politicienne, mais l'acception que nous lui donnons correspond à une vision radicalement différente de celle diffusée par l'établissement, car totalement opposée à l'égalitarisme socialiste. Certes, l'égalité est l'une des valeurs fondatrices de nos institutions et, à ce titre, nous lui sommes fondamentalement attachés. Mais il s'agit là de l'égalité des droits et nullement de l'égalité des résultats. Car, autant la première est un facteur de justice entre les individus, autant la seconde est une source d'iniquité. Les hommes ayant par nature des dons et des mérites inégaux, n'est-il pas logique qu'ils occupent des positions inégales dans la hiérarchie sociale et dans l'échelle des revenus ? En revanche, ne serait-il pas profondément injuste que ceux qui déploient un grand talent et beaucoup d'efforts au service de la communauté soient traités comme ceux qui vivent en parasite à ses dépens ? L'ordre social implique donc des inégalités, c'est-à-dire une hiérarchie de situations et un échelonnement des rétributions. Encore faut-il que ces différences financières et sociales soient justifiées par le talent, le travail et le service rendu aux autres. Conçue selon la formule "à chacun selon son mérite", la justice sociale constitue dès lors un élément capital de l'ordre social à rétablir. Elle implique donc une redéfinition de l'échelle des salaires et des revenus dans notre pays.

Dignité

Ajoutons que pour le Mouvement national républicain tous les hommes sont égaux en dignité et que l'ordre social auquel il aspire se fonde sur une haute conception de la personne humaine. A ses yeux, en effet, chaque être incarne une individualité libre, autonome, dotée d'une personnalité propre et unique. Rien ni personne ne peut le façonner, comme le prétendaient les marxistes, car il n'est pas l'élément d'une masse, interchangeable et anonyme. Il doit être respecté et pris en considération dans sa dignité d'homme. Or, les mécanismes sociaux inventés par l'idéologie socialiste bafouent les personnes en multipliant des prestations d'assistance qui les placent sous la tutelle de l'État. Plus l'autorité publique intervient pour encadrer et assister les individus, plus elle limite leur liberté, les rabaisse, les soumet et les dépouille de leur dignité. Lorsqu'on ne peut plus décider de sa vie par soi-même, lorsqu'on est pris en charge du berceau à la tombe par une puissance tutélaire dont on dépend totalement, on perd une partie de l'estime que l'on se porte. Le soutien que l'on reçoit ne va plus alors dans le sens du progrès social.

Ce dernier exige au contraire le retour à la dignité pour les personnes, ce qui implique que chacune d'entre elles jouisse du maximum d'autonomie et de liberté. L'ordre social voulu par le Mouvement national républicain tourne donc le dos à la vision de l'établissement. Selon ce dernier, plus les prestations étatiques sont nombreuses et importantes, meilleure apparaît la politique sociale. Pour le mouvement national, à l'inverse, le vrai progrès est celui qui offrira à tous les Français la possibilité de vivre sans aides des fruits de leur travail passé ou présent et rendra de ce fait inutiles les prestations d'assistance. Il ne s'agit donc pas de supprimer celles-ci tant qu'elles sont utiles, mais de les considérer comme un palliatif destiné à disparaître lorsque les difficultés qui les ont rendues nécessaires auront cessé d'exister. La première conception est synonyme de mise sous tutelle et de régression, la seconde, la nôtre, de responsabilité et de libération.

Précisons cependant que cette exigence de dignité propre au nouvel ordre social ne met nullement en cause les mécanismes sociaux fondés sur l'assurance ou la solidarité. Les assurances sociales, comme celles concernant la maladie ou les retraites, qui offrent des prestations financées par des cotisations, sont en effet particulièrement bénéfiques et ne mettent nullement en cause l'autonomie et la dignité des personnes. Il en va de même des prestations de solidarité, comme les allocations familiales qui compensent le coût financier d'un service rendu à la communauté, en l'occurrence celui d'assurer le renouvellement des générations. En revanche, les allocations d'assistance, comme par exemple le RMI, les allocations logement ou les aides sociales doivent être rendues progressivement inutiles par le biais d'une grande politique sociale assurant à chacun un emploi et un revenu qui permette de vivre dignement sans l'aide de l'État. Mieux vaut en effet un salaire plus important versé directement par l'employeur plutôt que des gages de misère abondés par des allocations étatiques elles-mêmes ponctionnées sur l'entreprise. Renforcer les communautés naturelles, instaurer le principe de préférence, favoriser l'enracinement des Français, assurer la justice sociale et défendre la dignité des personnes, tels sont donc les principaux leviers à actionner pour rétablir dans notre pays un ordre social aujourd'hui dangereusement troublé. En œuvrant en ce sens, le mouvement national jettera les bases d'une grande politique capable de sauver la France de la catastrophe sociale, mais aussi de rendre à notre peuple les structures et les valeurs traditionnelles indispensables à son expansion économique. De la sorte, il replacera l'impératif social au cœur du modèle de développement propre à assurer la prospérité et l'harmonie de la nation. Encore faut-il, pour y parvenir, se protéger des effets délétères du mondialisme.



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