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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 8

L'échange régulé

La mondialisation accélérée de la France et de son économie constitue aujourd'hui la cause première de la crise que traverse notre pays. Agissant comme un dissolvant sur les structures traditionnelles et le tissu industriel de la nation, le libre-échangisme met en cause l'harmonie sociale, plonge des millions d'hommes dans le chômage, la misère et l'angoisse du lendemain. Il déstabilise l'appareil de production et met en danger l'indépendance et la sécurité de notre pays. Aussi le retour au développement passe-t-il par une protection face à ce fléau. Il n'est pas possible de reconstruire l'ordre social et de retrouver la croissance économique sans domestiquer la concurrence sauvage qui nous vient de l'étranger.

Mondialisme superstar

Le problème du mondialisme est en effet d'une ampleur considérable car, non seulement il détermine aujourd'hui tous les mécanismes économiques, mais il subjugue les experts, les gouvernements et les décideurs économiques. Libre-échangisme, concurrence internationale, globalisation des marchés, ouverture des frontières, dérégulation, les mots de la mondialisation de l'économie sont sur toutes les lèvres, dans les colonnes de tous les journaux et dans les préoccupations de tous les dirigeants. Il s'agit là d'un phénomène qui s'affirme comme le plus important de cette fin de siècle. Indiscutable et indiscuté, il est présenté à la fois comme une donnée objective inéluctable et une opportunité qu'il faut encourager.

A ce degré de présence médiatique, la mondialisation n'apparaît plus comme un fait ou une doctrine économique mais comme une idée à la mode ou, plus précisément, comme l'idée fixe de la pensée unique. Aussi convient-il d'examiner ce mécanisme avec recul pour en apprécier tous les aspects aussi bien négatifs que positifs. Car il n'est pas question de poser sur ce sujet un regard manichéen et de nier la nécessité et le caractère souvent bénéfique du commerce international. D'autant qu'il se révèle au tournant du siècle comme une réalité au sein de laquelle la France joue un rôle éminent.

Les échanges internationaux dans lesquels notre pays est impliqué ont en effet connu une croissance considérable depuis la guerre, passant en francs courants de 13 milliards en 1950 à 1 603 milliards en 1994, soit une augmentation de leur part dans le PIB de 13 p. cent à 22 p. cent. La France est aujourd'hui le quatrième exportateur de marchandises du monde et le second exportateur de services derrière les États-Unis et loin devant l'Allemagne. Apparemment, cette situation ne nous est donc pas défavorable, d'autant que la balance commerciale se trouve excédentaire et celle des paiements équilibrée.

Et il est vrai que le commerce international joue à bien des égards un rôle positif de stimulant de l'économie. La concurrence qui en résulte est en effet dans son principe saine et bénéfique puisque censée améliorer les performances économiques d'un pays. En favorisant l'innovation et la compétitivité, elle conduit en théorie à une augmentation de la richesse nationale et du niveau de vie des personnes. Aussi serait-il absurde de vouloir isoler la France du monde extérieur et de la priver de cette pression à l'excellence que constitue la compétition internationale. Un repli de notre pays sur lui-même selon une conception autarcique de l'activité économique dispenserait les entreprises françaises d'investir et d'innover et serait donc très préjudiciable au progrès technologique, à la prospérité et à la puissance de notre nation. Ce serait là un facteur majeur de stagnation, voire d'involution.

Le libre-échangisme extrémiste

Mais si l'autarcie se révèle une absurdité, l'ultralibéralisme international est-il pour autant bénéfique ? N'est-il pas, dans sa logique inverse, tout aussi néfaste que l'isolement intégral ? Et l'un et l'autre ne représentent-ils pas les deux conceptions extrémistes de l'organisation du commerce mondial ?

Car le libre-échangisme intégral tel qu'il est pratiqué aujourd'hui apparaît bien comme la version "jusqu'au-boutiste" de la libération des relations économiques internationales puisque son objectif consiste à l'évidence à créer un immense marché planétaire unifié. C'est vers ce but que tendent actuellement toutes les initiatives commerciales prises à l'échelle internationale. Déjà, au niveau européen, l'Union douanière et le Marché unique ont complètement déréglementé le commerce intérieur qui s'effectue désormais sans aucune entrave. Mais, dans le même temps, le tarif douanier extérieur commun, censé protéger l'Union européenne, a été réduit à 5 p. cent en moyenne et connaître d'innombrables dérogations. Certains pays associés, comme la Turquie, sont intégrés à l'Union douanière et une vaste zone de libre-échange est en train de se mettre en place pour ouvrir l'Europe à tous les États du pourtour de la Méditerranée. Avec les pays de l'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), pour la plupart anciennes colonies européennes, des accords préférentiels ont été signés qui leur permettent de faire pénétrer quasi librement la presque totalité de leur production sur le marché européen.

Enfin, à l'échelle mondiale, les négociations du GATT et leurs cycles successifs ont conduit à un abaissement massif des droits de douane avec tous les autres pays. Le cycle de l'Uruguay vient en outre de mettre en place l'Organisation mondiale du commerce (OMC), chargée de superviser cette libéralisation totale des échanges. Et les choses n'en resteront pas là, car les sectateurs de l'ultralibéralisme international veulent aller encore plus loin. De prochaines négociations sont prévues et ces derniers n'auront de cesse que le marché mondial ne soit unifié. La logique qui prévaut actuellement est donc bien celle du libre-échangisme extrémiste.

Dans ces conditions, le débat ne se réduit pas à un choix entre le commerce sauvage et le repli autarcique. Contrairement à ce qu'affirment les tenants du mondialisme, tout adversaire du libre-échangisme intégral n'est pas pour autant partisan de l'autarcie. Il existe en effet une infinité de solutions intermédiaires entre ces deux options extrêmes. Et le vrai dilemme ne se situe pas entre l'échange sauvage et le refus du commerce, mais entre le libre-échangisme intégral et l'échange régulé. Et c'est donc au nom de cette vision modérée qu'il convient de contester l'ultralibéralisme international et la cohorte de méfaits qu'il provoque aujourd'hui dans notre pays.

Le mirage de l'ultralibéralisme

L'ouverture totale des frontières et la compétition sauvage qui en résulte provoquent en effet une destruction massive du travail dans notre pays, crée une forte pression à la baisse des salaires pour les emplois peu qualifiés et instaure la précarité générale dans l'ensemble du système économique et social. Certes, la concurrence déloyale qui est imposée à nos entreprises avec les pays à faible coût de main-d'œuvre et à forte dépréciation monétaire n'entraîne pas encore de graves déséquilibres dans la balance des paiements, mais elle joue un rôle dévastateur dans l'aggravation du chômage. Et lorsque certains, pour justifier le libre-échangisme, rappellent qu'un Français sur quatre vit de l'exportation, ils omettent de souligner que les emplois détruits par l'importation sont en nombre supérieur.

Quant à la diminution des salaires, elle est incontestable, comme le souligne Maurice Allais : " En vingt ans le rapport des importations à la production intérieure brute est passé de 4 p. cent à l 1 p. cent. Dans le même temps, le salaire net réel des employés non cadres s'est abaissé de 0,73 p. cent par an, soit d'environ 15 p. cent, et le rapport entre la moyenne des 10 p. cent de rémunérations les plus élevées et la moyenne des 10 p. cent des rémunérations les moins élevées a été multipliée par 1,8 ".

Plus globalement, le mondialisme économique crée dans le système de production et d'échange, une instabilité d'une telle envergure que ses effets constituent l'essentiel de l'actualité quotidienne dans notre pays. Restructurations, délocalisations, dérégulations, chômage, pauvreté, manifestations affectent maintenant toutes les régions et tous les secteurs. Le développement anarchique du commerce international constitue donc pour la France un élément de déstabilisation sociale et de déstructuration industrielle auquel il est criminel de se soumettre sans réagir.

Enfin, le libre-échangisme intégral réduit notre pays au rôle de simple pion dans le jeu de Monopoly que devient l'économie mondiale. Chaque année qui passe le contraint à abandonner de nouveaux secteurs industriels au nom de la division internationale du travail. Et, ce faisant, l'économie française perd progressivement de sa substance et l'État de son indépendance. Qui peut croire que la France restera une grande nation si son système de production n'est plus capable de fabriquer l'essentiel des biens nécessaires à la vie d'un grand pays moderne ? Une économie diversifiée constitue un facteur de puissance, une économie spécialisée, une cause de dépendance et d'asservissement.

Le mondialisme économique n'est donc pas seulement la source principale du chômage et de la régression sociale, il représente aussi une grave menace pour la liberté collective du peuple français.

L'idéologie sous-jacente

Comment expliquer que cet aspect majeur des problèmes soulevés par le libre-échangisme mondial ne soit jamais pris en compte par les experts et les politiciens de l'établissement ? Serait-ce que l'intérêt national ne constitue plus la préoccupation principale de nos dirigeants ? Il est vrai que, s'ils se placent dans un processus d'unification européenne et, même, dans une perspective d'intégration mondiale, de telles considérations n'ont sans doute désormais pas plus d'importance à leurs yeux que n'en avait autrefois le choix entre Dijon et Rennes pour l'implantation d'une usine.

Vu sous cet angle, le libre-échangisme mondial se révèle comme beaucoup plus qu'une simple option technique relative au commerce international. Il s'affirme en réalité comme la composante économique de l'idéologie mondialiste. Or, cette doctrine est aujourd'hui si prépondérante dans l'esprit des dirigeants français et internationaux qu'on peut la considérer comme la pensée officielle de l'établissement occidental. Prenant peu à peu la place qu'occupait naguère le marxisme parmi les membres de l'intelligentsia internationale, elle s'affirme comme l'expression la plus achevée du "politiquement correct". A ce titre, elle comporte de nombreuses analogies de forme et de fond avec la vulgate marxiste. Selon elle, l'avenir ne passe plus par la société sans classes, mais par le monde sans nations, sans races, sans culture et sans religion. Il ne s'agit plus de lutter contre les inégalités mais contre les exclusions, et le bonheur humain n'est plus à rechercher dans le paradis rouge mais dans le paradis vert dollar. A l'échelle planétaire, cette idéologie prend la forme du nouvel ordre mondial qui, prôné par les Américains, vise à soumettre les nations à des institutions internationales, embryon d'un futur Etat mondial. Tel est le rôle assigné à l'ONU sur le plan politique, à l'OTAN dans le domaine militaire et à l'OMC en matière commerciale. Dans cette perspective, le libre-échangisme mondial apparaît davantage comme un outil de mondialisation des Etats que comme un instrument de prospérité économique.

La régulation nécessaire

Aussi convient-il de dénoncer le caractère idéologique de cette doctrine prétendument économique. Car chacun doit savoir que, sous le couvert du libre-échangisme mondial, il ne s'agit pas seulement de poursuivre un objectif économique, mais de faire aboutir un projet politique de destruction des nations et d'intégration mondiale. Le Mouvement national républicain, qui combat cette entreprise antinationale, ne peut donc pas accepter la mise en œuvre d'un libre-échangisme effréné qui aggrave le chômage, réduit les bas salaires, engendre la précarité et obère l'indépendance du pays. Une telle doctrine est en effet contraire à l'idée que nous nous faisons de l'économie, laquelle ne doit pas servir seulement l'intérêt des consommateurs, mais aussi celui de la nation, et contribuer tant à son indépendance qu'à sa cohésion sociale. Pour autant, le Mouvement national républicain ne s'oppose évidemment pas à la concurrence ni aux échanges internationaux qu'il considère nécessaires et bénéfiques. Son propos n'est pas d'abandonner le libre-échangisme pour basculer dans l'autarcie, mais d'adopter entre ces deux options extrémistes et néfastes une position mesurée visant à réduire le laxisme et à accroître la régulation au sein du commerce mondial. S'agissant des relations économiques internationales, la concurrence doit donc être organisée pour devenir loyale et de ce fait acceptable. C'est la raison pour laquelle le mouvement national est partisan de substituer au libre-échangisme la notion nouvelle d'échange régulé.

Pour maintenir les échanges commerciaux entre la France et le reste du monde, tout en évitant qu'ils ne détruisent l'équilibre économique et social de notre pays, l'État doit en effet instaurer des mécanismes de régulation destinés à le protéger. Or, depuis des siècles, nous disposons traditionnellement d'un instrument apte à résoudre ce type de problème, il s'agit de la frontière.

La membrane de la nation

Contrairement à la caricature qu'en donnent actuellement les sectateurs du mondialisme, la frontière remplit une fonction utile et nécessaire à la communauté. Elle n'est pas plus ce fauteur de guerres et de division qu'il faudrait supprimer pour faire prévaloir la paix et l'harmonie que cette muraille infranchissable derrière laquelle on ne pourrait que se blottir dans la peur ou la haine de l'étranger. Elle s'apparente plutôt à la membrane qui maintient la cellule vivante en osmose avec le monde extérieur, mais filtre les passages, laissant pénétrer ce qui est bénéfique, empêchant d'entrer ce qui est néfaste.

A l'échelle d'une nation, la frontière joue un rôle comparable de protection et de sécurité que personne ne peut contester. Lorsque l'épidémie de la vache folle s'est développée en Grande-Bretagne, c'est bien aux limites territoriales de notre pays qu'ont pu être arrêtées les importations de viandes bovines britanniques. A cet égard, la frontière a joué son rôle bénéfique en fonctionnant comme une cloison étanche destinée à être fermée lorsqu'une calamité survient de façon à circonscrire le mal à une région et à l'empêcher de contaminer le monde entier. Aussi est-il éminemment dangereux de vouloir détruire les frontières et créer d'immenses zones dépourvues de cloisonnement, car de tels espaces déstructurés sont plus sensibles aux dérèglements de toute sorte et plus exposés à tous les fléaux possibles. Comme l'a d'ailleurs expliqué Maurice Allais, l'instabilité augmente à mesure que s'élargit l'horizon économique ; un marché trop vaste et trop intégré se comporte comme une vaste plaine battue par les vents et sillonnée par les eaux. Les mondialistes ne sont-ils pas aussi irresponsables que ces technocrates, ignorants des lois de la nature, qui ont détruit les bocages, coupé les arbres et les haies, sans penser que le vent et les eaux emporteraient l'humus et rendraient la terre stérile ?

Les écluses douanières

Il importe donc de rétablir les frontières de la France et, si possible, de l'Union européenne et d'y installer une protection destinée à réguler les échanges internationaux. A cet égard, le meilleur dispositif reste l'écluse douanière car, sur le plan des principes, c'est elle qui assure le mieux le retour à l'équilibre dans la compétition économique. Si le coût de la main-d'œuvre incorporé dans un article d'importation est nettement inférieur à ce qu'il représenterait fabriqué en France, pourquoi ne pas lui appliquer une taxe qui compense cette différence ? Et pourquoi ne pas procéder de la même façon pour les distorsions de prix résultant d'un dumping monétaire ? Ainsi les productions nationales et étrangères pourraient-elles rivaliser sur notre sol à armes égales et les deux économies de structure différente continuer d'échanger sans se détruire mutuellement. La régulation des échanges fonctionnerait ainsi à la manière des écluses permettant le passage des bateaux entre deux plans d'eau pourtant situés à des niveaux différents. Ce modèle théorique montre clairement que l'objectif n'est pas d'interrompre le commerce, mais de le réguler pour ne plus perturber l'équilibre des économies concernées.

Dans la pratique, une telle régulation n'est certes pas simple à instituer. Elle se heurte à des obstacles techniques pour l'évaluation du montant des prélèvements, mais surtout à des difficultés diplomatiques dues, en l'état actuel des choses, à l'attitude mondialiste des grands pays industrialisés. Aussi faudrait-il renoncer à des schémas trop complexes, adopter une démarche pragmatique et engager une stratégie à triple détente.

Dix pour cent

Dans un premier temps, la France pourrait rétablir à ses frontières et de façon unilatérale une taxe exceptionnelle de 10 p. cent en moyenne sur tous les produits importés. Une telle mesure serait présentée à nos partenaires comme une disposition de sauvegarde justifiée par la gravité de la situation de l'emploi et la nécessité au moins provisoire de desserrer l'étau de la concurrence internationale. Elle offrirait à l'économie française les avantages classiques d'un droit de douane en organisant concrètement sur le marché intérieur une préférence pour les produits français et en dégageant pour les finances publiques une ressource nouvelle ponctionnée sur l'étranger de l'ordre de 120 milliards de francs. Un tel prélèvement, qui permettrait par ailleurs de casser la logique du libre-échangisme mondial, ne présenterait sur le plan économique interne aucun inconvénient de nature à perturber les grands équilibres. Une étude réaliste pour les États-Unis par l'économiste Harry Johnson a démontré que l'instauration d'un droit de douane de 10 p. cent à 1'entrée du territoire américain provoquerait une baisse du PNB de l'ordre de l p. mille, ce qui signifie qu'elle n'aurait aucun effet négatif sur la croissance.

Ce type de disposition, qui offrirait l'avantage de relâcher la contrainte de la concurrence internationale et de donner un coup d'arrêt au développement du mondialisme, serait donc à tous égards bénéfique pour notre pays. Certes, les profits économiques et politiques que ce dernier en retirerait seraient peut-être en partie contrebalancés par les mesures de rétorsion que prendraient certaines puissances étrangères. Mais, en politique, toute action qui produit des effets positifs entraîne également des conséquences négatives. L'essentiel est que les premières l'emportent sur les secondes. Et tel est bien le cas en l'occurrence, car les inconvénients que représentent d'éventuelles sanctions commerciales ou diplomatiques se révéleraient mineurs au regard de l'événement politique majeur que créerait ainsi la France en brisant l'unanimisme libre-échangiste et en se plaçant de la sorte en position de force. Lorsque le général De Gaulle a pratiqué la politique de la chaise vide au sein de la Communauté européenne, il a certes polarisé l'animosité de ses partenaires, mais, ayant accompli un acte de rupture, il s'est trouvé ensuite dans une situation avantageuse pour négocier avec profit.

Négociation contre représailles

Il en irait de même dans le cas d'espèce, d'autant que le problème des représailles commerciales est relativement circonscrit, 70 p. cent des exportations françaises s'effectuant dans neuf pays seulement.

Parmi ceux-ci, les États-Unis et le Japon, les seuls à ne pas faire partie de l'Europe, ne représentent respectivement que 7 et 2 p. cent des ventes françaises à l'étranger. D'autre part, leur balance commerciale avec notre pays est excédentaire. Leurs moyens de pression seraient donc à la fois limités et mal adaptés puisqu'à eux seuls, ils ne seraient pas en mesure de déséquilibrer la structure du commerce extérieur français et qu'ils auraient plus à perdre que nous à interrompre les échanges commerciaux. Quant au contentieux qui pourrait survenir avec les pays européens, il se pose en des termes différents car une telle taxe viendrait de surcroît mettre en cause le principe de l'Union douanière et du Marché unique. Il serait donc à intégrer au différend plus global qui naîtrait de la volonté française de réviser les traités européens. Passé une période de crispation, une négociation globale finirait par s'ouvrir, où notre pays se trouverait à la fois en situation de force et en position de faire valoir sa bonne volonté. Le taux très modique du prélèvement, son caractère exceptionnel rendu nécessaire par la gravité de la situation, l'accord de la France pour abandonner cette mesure si elle était instaurée aux frontières de l'Union, la référence aux dispositions des traités prévoyant des mesures de sauvegarde et à celles instaurant le principe de la préférence européenne, autant d'arguments qui permettraient de faire accepter un accord de compromis où le principe, sinon le taux, de la taxe pourrait être maintenu. Enfin, s'agissant des autres pays, la modicité de leurs échanges avec la France est telle qu'aucune mesure de rétorsion notable n'est à redouter.

D'une façon plus générale, penser que l'instauration d'un minimum de protection à nos frontières pénaliserait automatiquement nos exportations serait d'ailleurs une erreur. Les produits français vendus à l'étranger jouissent en effet d'une position solide et ce n'est pas parce que nous instituerions une taxe douanière de 10 p. cent que nos partenaires cesseraient d'acheter des Airbus dès lors que ces avions demeureraient à leurs yeux plus avantageux en prix, en qualité ou en performance que les Boeing. Quant aux relations commerciales avec les pays européens, elles sont désormais tellement enchevêtrées que ce n'est pas une décision politique de représailles qui pourrait les interrompre du jour au lendemain.

Éthique contre mondialisme

Ainsi est-il possible de remettre en cause le libre-échangisme mondial et de desserrer la contrainte de la concurrence extérieure. Encore faut-il, pour élargir la brèche et inverser la logique actuelle, que la décision initiale de rupture soit suivie par une action d'envergure et de longue haleine.

Dans un deuxième temps de sa stratégie, la France doit en effet prendre des initiatives propres à mettre en cause les aspects les plus contestables du système économique mondialiste. A cette fin, il lui faudra se doter d'une législation comparable à la section 301 du Trade Act américain lui permettant d'engager, comme le font les États-Unis, des actions de protection commerciale à l'encontre de ceux qui pratiqueraient une concurrence déloyale. Notre pays devrait aussi remettre en cause un grand nombre des accords multilatéraux de libre-échange signés en son nom par la Commission de Bruxelles en tirant argument du fait qu'ils ne sont pas compatibles avec le principe de la préférence européenne qui devrait prévaloir au sein de l'Union.

Par ailleurs, la France introduira la dimension éthique pour contester certains aspects les plus odieux du libre-échangisme mondial. Il est en effet frappant que les tenants de la pensée unique, généralement très actifs lorsqu'il s'agit de dénoncer les atteintes aux droits de l'homme à condition qu'elles soient imputables à des politiques, restent étrangement muets lorsque celles-ci sont commises à des fins économiques. Ainsi est-il scandaleux de voir les pays occidentaux accepter d'acheter à bas prix des produits fabriqués dans des conditions indignes par des enfants exploités ou des prisonniers esclaves. De même qu'il est inadmissible de les voir commercialiser certaines productions bon marché réalisées au prix de très graves pollutions par des pays qui n'hésitent pas à compromettre les équilibres écologiques de la planète. Un ouvrier français n'a pas à se trouver en concurrence avec un prisonnier du goulag chinois ou un enfant exploité du Pakistan pour des productions qui contribuent à détruire notre environnement. Il faut combattre le dumping économique et monétaire mais aussi le dumping social, humanitaire et écologique. Pour mettre un terme à ces méfaits et limiter par là même les excès du libre-échangisme mondial, la France exigera des instances internationales que les fabrications de ce type soient interdites à l'importation ou fassent l'objet de taxes ou de normes techniques dissuasives.

Le nouvel ordre national

Plus globalement, et c'est la troisième étape de la stratégie du Mouvement national républicain, notre pays devra engager une offensive diplomatique de grande envergure pour contester le nouvel ordre mondial. En se faisant le champion de la défense des peuples face à des puissances hégémoniques comme les Etats-Unis, en proposant un autre modèle d'organisation des relations internationales fondé non sur la mondialisation, mais sur le respect des nations, la France, prenant la tête d'une importante coalition de nations, pourra entreprendre d'inverser les mécanismes néfastes qui prévalent actuellement. Elle pourra en effet rallier à l'idée de ce "nouvel ordre national" un grand nombre de pays qui refusent les évolutions présentes et constituer ainsi un rapport de force plus favorable pour mettre en cause les institutions supranationales qu'on cherche à nous imposer.

Dans ce cadre, la France sera en mesure de faire valoir sa propre vision du commerce international et d'agir pour substituer au principe du libre-échangisme celui de l'échange régulé. Un changement d'option d'autant plus facile à obtenir que l'ultralibéralisme aura préalablement fait l'objet d'innombrables entorses et que l'opinion de certains gouvernements aura été amenée à évoluer. Ainsi, dans cette entreprise de modification du système économique international, la France ne sera pas isolée comme le prétendent aujourd'hui les frileux de l'établissement. Bien au contraire, elle y gagnera une audience et un prestige nouveaux sur la scène mondiale. En défendant ses intérêts, elle retrouvera sa grandeur.

Peut-on pour autant parler de retour au protectionnisme ? Certainement pas au sens où l'entendent ses détracteurs, car l'échange régulé ne vise en aucune façon à l'autarcie des nations. Il ne peut pas se manifester par une sorte de guérilla entre les États et de surenchère à coups de taxes ou de droits de plus en plus élevés. Car l'objectif n'est pas d'interdire la concurrence ni d'empêcher les échanges, mais de les réguler. Dans ces conditions les prélèvements douaniers doivent résulter de critères objectifs susceptibles d'acquérir une légitimité et d'être, le cas échéant, soumis à une cour arbitrale internationale. Il ne s'agit donc nullement de rétablir un protectionnisme archaïque, mais tout au plus d'instaurer un nouveau protectionnisme. Car, si le mot a été diabolisé par les sectateurs du mondialisme, il n'est pas à rejeter pour autant. La fonction de protection n'est-elle pas noble et bénéfique ? N'est-elle pas la première responsabilité d'un père à l'égard de ses enfants ou d'un gouvernement envers son peuple ?

Le franc-mark

Notons cependant qu'une telle entreprise de protection de l'économie française n'aurait pas de sens si elle ne s'accompagnait d'une politique monétaire appropriée. L'instrument douanier et l'outil monétaire sont en effet directement liés, car à quoi servirait-il d'instaurer un prélèvement de 10 p. cent aux frontières si, dans le même temps, la devise nationale était réévaluée d'autant? L'offensive à mener pour défendre le système français de production et d'échange doit donc être complétée par des actions offensives permettant à notre pays de mieux utiliser sa devise nationale dans la bataille commerciale. A cette fin, il convient donc d'abandonner le dogme du franc fort et de renoncer à la chimère de la monnaie unique.

Depuis de nombreuses années, en effet, les gouvernements successifs de notre pays ont mené une politique néfaste visant à arrimer le franc au mark. Ce faisant, ils ont systématiquement surévalué la devise nationale, comme si la valeur de la monnaie déterminait le succès économique. En agissant ainsi, ils ont lourdement handicapé notre système de production et d'échange. Car aujourd'hui, avec un franc surcoté, nos entreprises sont pénalisées à l'exportation, alors que les produits étrangers sont favorisés sur le marché intérieur. Les effets néfastes du libre-échangisme s'en trouvent donc encore amplifiés.

Pourquoi, dans ces conditions, continuer à mener une telle politique avec autant d'obstination ? Certainement pas pour ses effets économiques on ne peut plus discutables, mais pour une raison stratégique majeure qui n'est autre que la création de la monnaie unique. La stabilité de l'ensemble franc-mark apparaît en effet comme essentielle à la création de l'euro. Et l'établissement aspire tellement à faire aboutir ce projet qu'il est prêt, pour y parvenir, à sacrifier les intérêts nationaux. Si encore un tel projet était de nature à apporter un regain de prospérité à notre pays, on pourrait comprendre que des handicaps provisoires lui soient imposés dans l'attente d'une amélioration d'envergure. Mais il n'en est rien : le projet de monnaie unique représente au contraire une menace pour les intérêts de la France.

L'euro néfaste

L'Europe ne constitue pas une zone monétaire optimale au sens de Robert Mendel. La mobilité des différents facteurs de production y est limitée et l'homogénéité culturelle et économique insuffisante pour qu'une monnaie unique y produise des effets bénéfiques comme elle a pu le faire par exemple dans le cas de l'empire allemand au XIXe siècle. Si l'euro est néanmoins mis en place, les ajustements liés aux aléas de la conjoncture ne pourront plus s'effectuer entre les différentes économies européennes par le moyen du taux de change. Comme le montre Maurice Allais, les adaptations nécessaires devront donc se réaliser par le truchement d'autres variables comme les prix, les salaires ou, pire encore, le chômage. Tel est d'ailleurs le mécanisme malsain qui se développe dans notre pays. Depuis plusieurs années, le franc est arrimé au mark et constitue déjà en quelque sorte une monnaie unique avec la devise allemande. Or, durant cette période, le chômage n'a cessé de se développer.

Sur le plan intérieur, la monnaie unique présente donc de graves inconvénients et il en va de même vis-à-vis de l'extérieur, car, sur ce plan, elle laisse totalement pendante la question du désordre monétaire international et de la tutelle du dollar sur l'économie mondiale. La prééminence de la devise américaine comme monnaie d'échange et de réserve confère aux États-Unis un privilège illégitime et place les autres nations en situation de subir leur politique et ses errements. Or, le projet de monnaie unique européenne ne changera rien à cette insupportable sujétion. La monnaie commune restée embryonnaire sous la forme de l'écu aurait déjà pu engager une contre-offensive face au dollar et réduire au moins en Europe le rôle de cette devise comme monnaie de réserve. Il n'en a rien été et gageons qu'il en irait de même avec l'euro.

Il n'est que d'observer comment la Communauté européenne s'est montrée incapable d'utiliser l'Union douanière face aux Américains et comment elle s'est laissée subjuguer par eux dans les négociations commerciales internationales pour être certain que le scénario serait le même en matière monétaire et que, s'il voyait le jour, l'euro, loin de faire pièce au dollar, se mettrait à sa remorque. La monnaie unique ne serait donc pas mise au service d'une politique de puissance visant à replacer les Etats-Unis au même rang que les autres nations et à rééquilibrer le rapport de force euro-américain. Elle se révélerait donc inutile tant sur le plan extérieur qu'intérieur. Elle renforcerait en revanche le pouvoir des fonctionnaires irresponsables, faisant de l'Europe l'affaire des Tietmeyer et des Trichet.

Il est vrai que l'objectif poursuivi n'est sans doute pas la prospérité des économies ni la puissance des nations, mais l'intégration européenne. Dans l'esprit de ses promoteurs, la monnaie unique doit contraindre les Etats européens à unifier totalement leurs politiques économiques et donc à perdre leur souveraineté effective en même temps qu'ils abandonneront l'un des symboles de celle-ci. On comprend mieux dès lors pourquoi nos dirigeants sont prêts à sacrifier l'intérêt national sur l'autel de l'euro et pourquoi les avantages de la monnaie unique tels qu'ils sont présentés aux Français apparaissent si dérisoires : rendre les voyages plus pratiques par la suppression du changement de monnaie ! Le véritable objectif demeure caché. D'ordre idéologique, c'est le mondialiste de faire disparaître les nations souveraines d'Europe.

Le franc libre

Politiquement et économiquement néfaste, le projet de monnaie unique doit donc être abandonné. Et si, par malheur, l'euro devait être imposé à la France, le Mouvement national républicain serait partisan de l'en dégager dès que possible. Il n'y a à cela aucune impossibilité, car il est plus facile de sortir d'une union monétaire que d'y entrer. Des nations infiniment plus faibles que la France, comme les États baltes par exemple, ont su, en même temps qu'ils recouvraient leur indépendance face à 1'URSS, sortir de la zone rouble et se doter d'une monnaie nationale. Gageons que notre pays saurait en faire autant.

Il est en effet essentiel que la France puisse disposer en propre d'un outil monétaire indépendant. Aussi faut-il dès maintenant abandonner la politique dite du franc fort afin de pouvoir utiliser la devise nationale comme instrument de manœuvre au service de l'économie française. Bien sûr, il n'est pas question d'affaiblir massivement la monnaie ou de recourir à des dévaluations de faillite comme en pratiquait la IVe République. Il s'agit simplement, avec une politique de franc libre, d'ajuster les taux de change en fonction de la conjoncture économique et de l'intérêt national, comme le font d'ailleurs les plus grands pays industriels. Le Japon ne se sert-il pas du yen pour absorber avec souplesse les brusques variations du commerce mondial ? Plus près de nous, l'Italie, avec ses dévaluations successives, et la Grande -Bretagne, avec le flottement de la livre, recourent à des procédés comparables. Et ne parlons pas des États-Unis qui manipulent les taux du dollar en fonction de leurs intérêts bien compris. La France doit donc imiter ces grandes nations et se doter d'une politique monétaire offensive. M. Giscard d'Estaing, qui a conduit, sous l'autorité d'Antoine Pinay, le redressement économique et financier du pays de 1958 à 1962, a reconnu fort opportunément le bien-fondé de cette thèse.

Le Japon de l'Europe

Face à la guerre économique internationale, le mouvement national entend ainsi fournir à la France deux instruments de combat particulièrement efficaces : le franc libre et l'échange régulé. En ce sens il dotera notre pays des atouts que le Japon, champion du monde du commerce international, exploite avec talent et efficacité depuis des années. Ainsi renforcé, notre pays pourra, tout en adoptant vers l'extérieur une démarche offensive et conquérante, se protéger des effets délétères du mondialisme et limiter les conséquences néfastes du commerce international sur son économie. Le territoire national s'en trouvera doté d'une légitime protection et les lois exigeantes du marché libre pourront dès lors produire tous leurs effets bénéfiques.



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   La France à l'endroit
   Le Chagrin et l'espérance
   La Nouvelle Europe
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   L'Alternative Nationale
   La Flamme

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