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La troisième voie

Sommaire:
Introduction: Le cataclysme social
Chapitre 1: L'explosion du chômage
Chapitre 2: La crise des valeurs
Chapitre 3: La montée de l'étatisme
Chapitre 4: Le choc de la mondialisation
Chapitre 5: Le modèle national
Chapitre 6: La méthode du MNR
Chapitre 7: L'ordre social
Chapitre 8: L' échange régulé
Chapitre 9: Le marché libre
Chapitre 10: En finir avec la bureaucratie
Chapitre 11: Libérer l'entreprise
Chapitre 12: Rendre l'argent aux Français
Chapitre 13: La fraternité française
Chapitre 14: La protection sociale
Chapitre 15: La nouvelle participation
Chapitre 16: Juguler le chômage
Chapitre 17: Retrouver l'expansion
Conclusion: Le choix de la France


Chapitre 9

Le marché libre

Pour asseoir les bases de son développement, l'économie française ne doit pas seulement être protégée des excès du libre-échangisme mondial et fortifiée par un nouvel ordre social, il lui faut aussi, et surtout, retrouver sur le marché intérieur les vertus prométhéennes de l'entreprise, de la concurrence et du gain. Aujourd'hui, écrasée par un étatisme pesant, elle a besoin, pour se revivifier, du vent frais des lois de la liberté. Car ce sont ces dernières qui peuvent assurer sur le territoire national la croissance la plus efficace de la production et des échanges et la meilleure allocation spontanée des biens et des services. Le mouvement national entend fonder l'expansion de l'économie française sur le principe du marché libre.

Entre les deux méthodes de régulation du système économique que sont le marché et la planification, le Mouvement national républicain choisit donc sans hésitation le premier terme de l'alternative. Certes, dans le monde d'aujourd'hui et au niveau de développement qu'a atteint notre pays, le choix véritable ne se situe pas entre les versions pures et dures des deux voies possibles. La planification intégrale a été pratiquée pendant des décennies en Union soviétique avec les résultats catastrophiques que l'on sait. Quant à la formule ultralibérale, elle n'existe sans doute nulle part, car son adaptation au réel exige nécessairement un encadrement minimum de l'Etat souverain. Il ne s'agit donc pas de faire un choix théorique entre ces deux options aussi utopiques l'une que l'autre, mais d'affirmer qu'il est aujourd'hui nécessaire pour le redressement de l'économie française de limiter le dirigisme dont elle souffre et d'accroître la liberté dont elle a besoin.

Le singe previsionniste

Ce choix stratégique s'impose d'autant plus que la conception planificatrice de l'économie se trouve largement discréditée par les progrès les plus récents de la pensée économique moderne et par les apports de la théorie des jeux et des mathématiques de la décision. Ces nouveaux outils démontrent en effet que les planificateurs, comme coupables d'une espèce de péché d'orgueil, commettent l'erreur fondamentale de croire que l'homme peut maîtriser la totalité des informations nécessaires à la planification d'un système aussi complexe qu'une économie. Déjà, l'expérience atteste quotidiennement la démesure de cette ambition. Ainsi, depuis plus de trois ans, le Wall Street Journal organise régulièrement une compétition entre un singe et les analystes spécialisés dans les cours de la bourse. Les experts mobilisent tout leur savoir~ utilisent les meilleurs modèles et font tourner les ordinateurs les plus puissants. L'animal, quant à lui, lance des fléchettes sur le journal ouvert à la page de la bourse. Résultat : les prévisions du singe ne sont pas en moyenne nettement moins bonnes que celles des prévisionnistes !

Pourtant, avec la puissance de l'informatique et des moyens de communication, notre époque offre la possibilité de collecter et de traiter un nombre considérable d'informations. Tout cela reste cependant insuffisant lorsqu'il s'agit de prévoir et de planifier. C'est ce que nous rappelle l'histoire de Bill Gates, le créateur milliardaire de Microsoft. En 1980, ce dernier achète le système DOS (Disc operating system) à un inventeur génial, mais, ne sachant comment exploiter ce brevet, il le propose à IBM pour 75 000 dollars. La grande firme américaine refuse l'offre, incapable d'imaginer que ce qui lui était présenté allait devenir le principal système d'exploitation des micro-ordinateurs. Mais l'histoire ne s'arrête pas là, car, en 1986, IBM repousse une nouvelle offre de Bill Gates, prêt à lui céder 10 p. cent du capital de sa société pour 70 millions de dollars. Aujourd'hui, Microsoft est évalué à 28 milliards de dollars. Dans cette affaire, ni IBM ni le promoteur de Microsoft lui-même n'avaient prévu le formidable développement de la micro-informatique et de ses produits. Les grands maîtres de l'informatique, qui disposent des moyens les plus sophistiqués, n'ont pas été en mesure d'anticiper l'extraordinaire essor de leur propre domaine d'activité !

Le papillon du Brésil

Comment cependant s'en étonner lorsque les progrès les plus récents de la science nous font découvrir que l'incertitude, l'instabilité, voire le chaos, font intrinsèquement partie de la réalité du monde ? En 1961, le mathématicien Edward Lorenz du MIT mettait au point un modèle de douze équations différentielles pour simuler l'évolution des conditions météorologiques sur un ordinateur. Sa méthode procédant par étapes successives, il décida un jour, pour gagner du temps, de faire redémarrer sa machine à partir des données imprimées lors d'une étape intermédiaire plutôt que de recommencer à zéro avec les données initiales. Il eut alors la grande surprise de constater qu'entre les deux procédures un écart considérable s'était creusé. Lorenz finit par trouver l'explication: les nombres qu'il avait repris du listing étaient arrondis trois chiffres après la virgule, alors que ceux traités par l'ordinateur comportaient une précision double. Cette différence de un pour mille était donc à l'origine de la divergence entre les deux calculs. Un écart infime portant sur les données de départ avait entraîné une différence majeure au stade des résultats finaux. Cette expérience révèle l'extraordinaire sensibilité des phénomènes dynamiques aux conditions initiales, ce que Lorenz qualifia d'effet papillon : " le battement d'ailes d'un papillon au Brésil est susceptible de provoquer une tempête au Texas ". Autrement dit, à petites causes, grands effets. Tel est l'enseignement de la théorie du chaos qui, sur le plan théorique, remet en cause le principe même de la prévision et donc de la planification.

Le monde est donc si complexe, ses configurations si instables, les décisions de chacun si diverses que l'économie d'un pays ne peut être encadrée trop sévèrement car, à vouloir réglementer le chaos, on brise l'énergie créative qu'il contient. Aussi, plutôt que de tout miser sur une macro-régulation centralisée et limitée, mieux vaut s'en remettre à la multitude des micro-régulations sécrétées par les acteurs individuels. L'État et la macro-économie se révèlent à cet égard moins performants que les agents économiques et la micro-économie.

L'économie organique

Dans ce contexte d'incertitude et d'instabilité, le hasard joue lui aussi un rôle non négligeable. Ainsi, par exemple, le progrès, qu'il prenne la forme de découvertes scientifiques, d'inventions technologiques ou de réussites économiques, est bien souvent le fruit de la chance. On ne retient en effet que les succès, mais, pour une réussite, combien a-t-il fallu d'échecs ? Il ne faut donc pas planifier ni centraliser, car en évacuant l'aléatoire, on est statistiquement quasi certain de perdre. Le monde de l'économie et de la technologie s'apparente à un organisme vivant régi, selon la formule du professeur Monod, par les lois du "hasard et de la nécessité". Comme l'évolution du monde vivant, qui passe par l'accumulation des tentatives de mutations génétiques effectuées de façon aléatoire et dont certaines seulement sont retenues et concourent au progrès des espèces, l'économie, pour prospérer, a besoin d'une grande multiplication des initiatives et de leur sélection par le critère de l'efficacité, c'est-à-dire par celui du marché.

Une économie plongée dans un marché libre est donc supérieure à celle régie par le dirigisme. La première relève de la matière organique, la seconde n'est qu'un système physique. La première permet la complexité car elle fonctionne par le biais d'une multitude de micro-régulations. La seconde est condamnée à la simplicité car elle ne peut être régulée que de façon centralisée. La première correspond à la réalité du monde, la seconde ne reflète qu'une caricature de celui-ci.

Ce que nous appelons l'économie réelle tire donc l'essentiel de son activité, de son dynamisme et de sa capacité de création de la multitude des organismes décentralisés qui la composent. Ce sont donc les agents productifs élémentaires, c'est-à-dire les entreprises, qui jouent le rôle principal et c'est donc à leur niveau que s'opère le développement économique. Aussi le Mouvement national républicain est-il partisan d'effectuer un autre choix fondamental consistant à privilégier une économie de l'offre par rapport à une économie de la demande.

Depuis des décennies, l'État s'intéresse principalement, en matière économique, à la demande, laquelle fait l'objet de la plus forte régulation et des mesures dirigistes les plus contraignantes. Plutôt que de développer l'offre, c'est-à-dire la création de richesse, les technocrates s'efforcent en effet de modifier l'allocation des ressources. Est-ce d'ailleurs un hasard si les politiques de relance ont toujours visé à augmenter artificiellement la demande ? Ainsi, il y a quelque temps, deux Premiers ministres successifs n'ont pas hésité à subventionner purement et simplement les particuliers pour qu'ils achètent des automobiles au besoin étrangères, immortalisant ainsi leur nom sans crainte du ridicule au travers des célèbres "balladurettes" et "juppettes ".

Une telle conception n'est pas saine, car le problème économique d'aujourd'hui ne concerne pas la demande mais l'offre. C'est cette dernière qui est déficiente et doit donc être libérée et encouragée. En effet, il convient de ne pas la confondre avec la notion plus triviale de production. De nos jours, chacun le sait, la fabrication ne pose plus de problèmes techniques ni quantitatifs et la difficulté principale concerne la compétitivité et l'adaptation au marché. Une offre valable s'exprime donc par un produit dont le coût est performant vis-à-vis de la concurrence et qui répond à une aspiration, même potentielle mais solvable, des consommateurs. Pour les entreprises capables de présenter sur le marché une telle offre, la question des débouchés ne se pose pas. Comme le disait déjà Jean-Baptiste Say, l'offre crée toujours sa propre demande. Il n'est, pour s'en convaincre, que d'observer les habitudes de consommation: dès qu'un produit nouveau répondant à une attente de la population est mis sur le marché, il trouve des acheteurs en grand nombre, même en plein marasme économique, si son prix est adapté. L'explosion des ventes de téléphones portables et la généralisation des micro-ordinateurs domestiques montrent bien cette évidence. Certes la prospérité économique ne peut pas dépendre seulement des marchés de produits nouveaux en pleine expansion. Il n'en demeure pas moins que la crise trouve aussi son origine dans une offre insuffisante, soit que celle-ci manque d'innovation, soit qu'elle se révèle inadaptée aux besoins, soit enfin qu'elle manque de compétitivité.

Liberté, concurrence, profit

Dans les trois cas, il est cependant nécessaire, pour stimuler l'offre, d'encourager la libre entreprise, d'accepter les profits et de laisser faire la concurrence. Rien de meilleur, en effet, que la compétition pour aiguiser l'imagination, la créativité et l'efficacité d'acteurs économiques indépendants. Aussi la concurrence apparaît-elle bien comme une vertu éminemment bénéfique de la vie économique, une vertu qui doit jouer tout son rôle pour organiser le marché libre préconisé par le Mouvement national républicain. Ce n'est pas parce que ce dernier est partisan d'assurer un minimum de protection aux frontières de la France ou de l'Europe pour réguler la compétition internationale sauvage qu'il refuse pour le marché intérieur les effets bénéfiques et naturels de la concurrence. Dès lors que celle-ci se trouve limitée territorialement, elle doit pouvoir s'exprimer sans réserve et pousser à l'innovation et à la compétition. La concurrence est donc le premier l'acteur de relance d'une économie de l'offre.

Le second est celui de la liberté d'entreprise. Dans une économie de l'offre, l'entrepreneur joue à l'évidence un rôle décisif. Il lui appartient d'ouvrir de nouveaux horizons de déploiement, d'identifier des besoins solvables encore inconnus et d'imaginer des produits inédits, puis de mobiliser les moyens nécessaires et de développer les efforts de compétitivité suffisants pour créer l'offre correspondante. Pour mener à bien une opération aussi complexe, le chef d'entreprise doit disposer d'un maximum de marge de manœuvre et d'un minimum de charges et de contraintes. La liberté permet en effet aux créateurs de chercher, le plus avantageusement pour eux, et par conséquent pour la communauté, les systèmes de production et de distribution les plus performants. Et c'est l'ensemble de la société qui en tire avantage, car, lorsqu'un entrepreneur ouvre un nouveau marché, non seulement les consommateurs en bénéficient, mais l'économie et la nation toute entière y gagnent un surcroît de richesse et d'activité.

Encore faut-il que l'entrepreneur y trouve un profit pour lui et sa société, car la difficulté et les risques sont tels qu'on ne voit pas pourquoi il s'engagerait dans cette voie en l'absence d'une forte motivation. Le profit est donc à cet égard légitime s'il assume cette fonction d'incitation et de juste rétribution. D'autant qu'il remplit une seconde mission, au service de la collectivité cette fois, puisqu'il est en quelque sorte l'indicateur de la bonne gestion grâce auquel on sait si l'entreprise effectue la meilleure allocation possible des hommes et des biens qu'elle mobilise. En ce sens d'ailleurs, il permet de mesurer les excès, ceux commis par exemple par certaines entreprises qui, peu soucieuses de l'ordre social licencient massivement alors même qu'elles engrangent de très forts bénéfices. Sous cette réserve, le profit trouve donc sa place naturelle dans l'économie du marché libre. Du reste, il constitue une chance pour l'économie dans son ensemble, car, si l'entrepreneur le dépense, la consommation qui en résulte contribue à faire fonctionner l'appareil de production et développe donc le travail. S'il l'épargne, les sommes correspondantes seront transformées en crédits à la consommation ou en investissements pour les entreprises. Dans les deux cas, le profit sert l'économie et l'emploi, alors que, s'il est ponctionné par l'État, il sera, pour une large fraction, gaspillé dans des dépenses stériles ou nuisibles.

Aussi est-ce là la raison pour laquelle le Mouvement national républicain entend effectuer un troisième choix fondamental, celui de favoriser les entreprises. Celles-ci doivent pouvoir constituer une priorité pour l'Etat et pour la nation et, à cette fin, être libérées et encouragées sur la scène économique.

Honneur aux entrepreneurs

Il convient pour commencer que l'entrepreneur cesse d'être vilipendé comme il l'est trop souvent. A tout le moins, le véritable entrepreneur, celui qui est créateur ou détenteur de sa société et qui n'a rien de commun avec ces gestionnaires technocrates qui passent du secteur public au secteur privé, quittent leur entreprise pour une autre au gré de l'avancement de leur carrière et dirigent leurs firmes comme on administre un bureau de ministère. Les vrais chefs d'entreprise, Peugeot, Béghin, Dassault, Schneider, Latécoère, Servier, Renault, Michelin, les frères Pereire ou encore Jaluzot, la France en a connu beaucoup. Ces hommes ont créé l'économie française et, à ce titre, méritent le respect de nos compatriotes. Leur génie-car ils en avaient-, ils ne le tiraient pas des diplômes qu'ils avaient ou non obtenus, mais ils le puisaient dans leur caractère trempé, dans la vitalité qui les animait et dans ce souffle qui les poussait à forcer le destin et à aller au bout de leurs rêves. Ainsi en était-il de Latécoère qui, à la veille de se lancer dans un grand projet, s'exprimait en ces termes : " J'ai refait tous les calculs. Ils confirment l'opinion des spécialistes. Notre idée est irréalisable. Il ne reste plus qu'une chose à faire : la réaliser ". Le chef d'entreprise est par excellence un homme de décision et de responsabilité. L'anonymat et la collégialité ne sont pas son affaire. Est-ce un hasard si le plus souvent sa société porte son nom ? Il ne se cache pas, il assume. A une époque où la pusillanimité, la lâcheté, le conformisme et l'irresponsabilité sont rois, le chef d'entreprise tranche sur le lot commun, car, contrairement à certains, il n'hésite pas à affronter la dure loi des réalités et à côtoyer quotidiennement le risque. Il connaît le prix de l'effort et de l'échec et le goût de la vraie vie, celle des hommes qui existent et qui comptent. Aussi convient-il de promouvoir les véritables entrepreneurs et d'encourager et d'honorer les vertus dont ils sont porteurs. Sans doute des capitaines d'industrie de cette trempe se font-ils aujourd'hui plus rares à la tête des grandes sociétés, mais ils sont encore nombreux aux commandes des petites et moyennes entreprises.

La force des petits

C'est là l'une des raisons pour lesquelles il convient aujourd'hui de privilégier les petites et moyennes entreprises. Celles-ci incarnent à merveille les qualités nécessaires au développement d'une économie de l'offre. Généralement plus créatives que les grosses sociétés et plus aptes à réagir rapidement, les PME sont également mieux adaptées aux incertitudes et aux aléas de l'économie moderne. Comme le roseau dans la tempête, elles peuvent plier sans rompre et se transformer avec facilité en fonction des difficultés qu'elles rencontrent. Or, ces capacités d'adaptation et de réaction rapide sont aujourd'hui considérées comme les critères essentiels de la bonne gestion. Ainsi que le soulignent P.A. Julien et M. Marchesnay, " la petite entreprise est, de par sa taille, beaucoup plus apte à s'adapter aux changements. Les PME compensent le manque de certaines économies d'échelle par une plus grande flexibilité, en particulier dans une période de changement rapide ". On peut donc considérer avec l'économiste Tom Peters que " le dogme de la grandeur pour la grandeur a vécu (…) les dimensions appropriées sont probablement plus petites qu'on n'aurait imaginé (...). La masse critique peut se résumer dans certains cas à un noyau de dix, vingt ou trente personnes ".

En revanche, les grands groupes ont du mal à s'adapter à la conjoncture, car leurs structures sont souvent rigides et leur organisation bureaucratique. Elles présentent donc une certaine inertie face aux retournements de situation et, lorsqu'elles s'adaptent enfin, c'est avec brutalité, en procédant à des licenciements massifs. Ainsi, de 1981 à 1990, les grandes entreprises françaises ont supprimé des emplois par dizaines de milliers : Saint-Gobain a perdu 35 000 emplois, Thomson 23 500, Renault 58 430. Handicapés par leur taille et confrontés aux lois antitrust, certains groupes américains en viennent d'ailleurs à se scinder en plusieurs entités distinctes. A l'automne 1995, le groupe ATT, numéro un mondial du téléphone, a éclaté en trois unités indépendantes et, depuis lors, ses performances globales sont de nouveau en hausse. Aux Etats-Unis encore, où les entreprises ne sont pas bridées par l'État, les PME suppléent aux carences des grands groupes en créant des emplois là où ceux-ci licencient. Ainsi, en 1993 à Milwaukee, lorsque la société Allis Chalmers a fait faillite, mettant à pied trente mille personnes, le tissu des PME de la région a compensé ces pertes en créant un nombre d'emplois équivalent.

En France, les PME constituent, malgré les difficultés propres à notre pays, le secteur le plus important de l'économie nationale. Elles emploient 13,4 millions de salariés pour une population active de 22,2 millions et produisent 64 p. cent de la richesse de la nation. Par ailleurs, sept millions de personnes travaillent dans une société de un à cinquante salariés et une PME sur deux est située dans un département non urbain. En faisant travailler les Français dans des entreprises à taille humaine et dans des départements où il fait bon vivre, les PME jouent donc un rôle indéniable dans la préservation de la qualité de la vie. Nos compatriotes apprécient manifestement cet avantage puisqu'ils sont 57 p. cent à préférer travailler dans des structures petites ou moyennes. Pourtant, dans ce domaine, la France est en retard par rapport à d'autres nations particulièrement performantes sur le plan industriel comme les États-Unis et le Japon, où la taille médiane des entreprises est respectivement de cinquante-cinq et vingt-cinq salariés, alors qu'elle atteint dans notre pays quatre-vingts employés. De surcroît, le nombre de PME nouvellement créées sur le territoire national est dérisoire comparé à celui de nos concurrents. Ainsi, dans la période 19701990, le taux de croissance de la population des PME n'a pas dépassé 0,6 p. cent en France, alors qu'il s'élevait à 2,3 p. cent au Japon, à 3,2 p. cent en Grande-Bretagne et à 7,7 p. cent aux États-Unis.

Les entreprises d'abord

Il est vrai que les conditions imposées aux entreprises dans notre pays sont aujourd'hui particulièrement néfastes et contrastent singulièrement avec les efforts considérables qu'elles ont accomplis pour améliorer leurs performances. La productivité du travail n'a en effet jamais été meilleure puisque, dans ce domaine, la France est passée, entre 1950 et 1994, du dernier rang des pays développés au premier rang devant les États-Unis avec un ratio de 29,60 dollars de PIB par heure de travail. C'est dire si la baisse régulière de la rentabilité des entreprises n'est donc pas due à des insuffisances qui leur seraient propres, mais bien aux contraintes fiscales et sociales auxquelles la puissance publique les soumet. Le résultat, c'est une baisse du chiffre d'affaires des entreprises françaises depuis 1993, ainsi qu'une motivation moindre des entrepreneurs. Déjà, en 1991~ la COFREMCA avait sonné l'alarme : " Pour la première fois, nous voyons baisser en France la motivation d'entreprenariat, c'est-à-dire la motivation à créer sa propre entreprise."

Comment s'étonner de ce recul alors que charges et contraintes de toutes sortes s'accumulent sur les petites et les moyennes entreprises et que le gouvernement ne propose rien de déterminant en leur faveur ? Certes, il leur tient le discours démagogique des bonnes intentions mais ce n'est pas d'une énième loi PME que les entreprises ont besoin. Les cent quarante mesures de la loi Madelin de 1993 et la centaine de dispositions de la loi Raffarin de 1996 ne servent qu'à compliquer un dispositif déjà inappliqué parce qu'inapplicable. Le poids de l'étatisme reste aussi fort et lorsque les effets conjugués de la concurrence sauvage et de l'étouffement bureaucratique ne les conduisent pas à la mort, les PME manquent désespérément d'oxygène pour se développer. D'une part, leurs profits sont obérés par les ponctions fiscales et ne leur permettent pas, comme à leurs homologues américaines, de bénéficier d'un véritable autofinancement. D'autre part, le crédit bancaire reste largement contrôlé par l'État et donc dispensé selon des processus et des critères bureaucratiques excluant toute prise de risque. Les PME éprouvent donc les plus grandes difficultés à obtenir les financements dont elles ont besoin.

Aussi est-il essentiel pour le redressement économique de la France de miser sans réserve sur les entreprises et de mettre en œuvre un programme de grande envergure visant à leur rendre leur capacité productive, à alléger leurs charges, à faciliter leur financement, à limiter la réglementation à laquelle elles sont soumises et à leur donner les moyens d'investir, notamment pour exploiter au maximum les progrès technologiques.

Vive la science !

Dans le cadre du marché libre, le Mouvement national républicain veut en effet asseoir le renouveau économique de notre pays sur une quatrième priorité qui n'est autre que le progrès scientifique et technique. La France ne peut se permettre de manquer la révolution technologique qui se déroule sous ses yeux et à laquelle elle était d'ailleurs mal préparée. Au lendemain de la guerre, l'économie française évoluait encore dans la logique du siècle dernier. Le tissu économique était constitué de grandes unités et les mécanismes de production restaient comparables à celui d'une machine : plus on produisait, plus on vendait, plus on s'enrichissait et, pour paraphraser Henry Ford, peu importait l'emballage. Aujourd'hui, tout est changé puisque la France est entrée il y a vingt ans dans une ère nouvelle. La micro-informatique est devenue un produit grand public au point qu'on peut acheter dans le commerce pour 10 000 francs un ordinateur aussi puissant que celui dont la NASA s'est servie pour envoyer la fusée Apollo vers la lune. Les techniques de communication ont accompli des progrès spectaculaires, tout comme l'automatisme et la robotique. Et la combinaison de tous ces facteurs nous plonge dans un monde nouveau qui impose progressivement ses moyens, sa logique et ses avantages à tous les secteurs de la vie quotidienne comme de l'activité économique. L'intensification de la concurrence et sa mondialisation en sont une conséquence directe, aussi le problème de l'industrie n'est-il plus de produire, mais d'affronter la bataille de la compétitivité et la guerre économique internationale. Après la révolution industrielle, c'est la révolution de l'information qui s'accomplit sous nos yeux.

Pour faire face à ce bouleversement, les entreprises ont le choix entre deux logiques. La première les conduit, sous la pression de la concurrence, à baisser leurs coûts et, pour ce faire, à sous-qualifier leur personnel et à réduire leurs salaires, ce qui entraîne une diminution du pouvoir d'achat et une baisse de l'activité économique. C'est la logique de la régression et de la paupérisation. L'autre doit pousser les sociétés à réaliser des progrès de compétitivité grâce à la technologie, ce qui nécessite une plus grande qualification des emplois et donc des hausses de salaire : c'est la logique du développement, qui exige l'utilisation maximale du progrès technologique. Ce dernier est en effet l'arme principale dont disposent la France et les pays occidentaux pour conserver leur suprématie mondiale. Certes, beaucoup de pays nouvellement industrialisés se sont adaptés à la science moderne, mais leur savoir-faire se limite généralement au pire au plagiat, au mieux à l'adaptation ou au développement d'une technique déjà mise au point, toutes pratiques que l'on qualifie du terme pudique de transfert de technologie. La recherche fondamentale, la découverte scientifique, l'invention technologique restent encore et doivent demeurer l'apanage des grandes nations occidentales.

La technologie bénéfique

Il convient donc que notre pays joue sans réserve la carte du progrès technique. Dans tous les secteurs de l'économie, en effet, des innovations sont possibles, car la période contemporaine a ouvert de nouveaux espaces de connaissance dont personne n'a encore tiré toutes les conséquences technologiques. La France doit sans tarder se livrer avec ardeur à cette entreprise prométhéenne qui constitue à bien des égards la voie royale du retour à la prospérité et à l'expansion. Le progrès technologique est sans conteste synonyme de progrès économique et le recours aux techniques les plus modernes et les plus sophistiquées s'est révélé porteur de productivité et de croissance. Bénéfique sur le plan économique, le développement de la technologie l'est aussi sur le plan social, car ce serait une grave erreur de croire qu'il joue contre l'harmonie nationale et qu'il engendre le chômage, par exemple. Certes, l'automatisation des tâches réduit le nombre d'emplois, mais elle apporte un surcroît de richesses et donc de pouvoir d'achat, de même qu'elle entraîne une baisse des prix de vente et donc une augmentation de la consommation. Autant d'avantages qui favorisent la croissance et la création d'emplois nouveaux, généralement plus intéressants et mieux rémunérés que ceux qui ont été détruits. L'apparition de la machine à vapeur a, il est vrai, fait disparaître la diligence, mais elle n'a pas supprimé les déplacements. L'économiste Schumpeter a même démontré que l'industrie des transports née du chemin de fer a créé plus d'emplois que l'abandon de la voiture à cheval n'en a fait perdre. Ajoutons que la machine remplace l'homme dans les tâches standardisables de faible qualification et qu'en revanche, elle suscite la création de postes de plus haute compétence, notamment pour assurer son contrôle et sa maintenance. Cette évolution, d'ailleurs générale, est directement liée à la révolution technologique que connaît notre pays : la pénibilité des tâches diminue avec, par exemple, la disparition progressive du travail à la chaîne, alors que des emplois plus qualifiés et humainement plus valorisants ont tendance à se multiplier.

La stratégie d'excellence

C'est dire s'il est important de revenir sur deux erreurs d'envergure commises au cours des dernières années par l'établissement de notre pays: le recours à l'immigration et la non-adaptation de l'école. Car ces deux fautes majeures expliquent à elles seules la difficulté de notre économie à s'adapter à la nouvelle révolution industrielle. Faire appel aux travailleurs immigrés, c'est-à-dire à une main-d'œuvre sous-qualifiée, c'était céder à la facilité, renoncer à moderniser l'outil de production et tourner le dos au progrès technologique et au monde moderne. De même, ne pas adapter le système éducatif aux exigences de l'économie d'aujourd'hui, ne pas assurer une véritable formation professionnelle et ne pas promouvoir les hautes qualifications, c'était là encore renoncer à préparer les entreprises aux défis scientifiques et techniques du IIIe millénaire. Le Mouvement national républicain estime donc essentiel de corriger ces erreurs et, au-delà, d'agir afin que les firmes françaises puissent promouvoir et exploiter au mieux la technologie au service de leur développement.

Il importe donc de prévoir les mécanismes de financement les mieux adaptés aux projets technologiques des entreprises et de revoir en conséquence les modes d'attribution et les critères d'affectation des crédits publics de la recherche. Ceux-ci font partie des dépenses utiles du budget de l'Etat et devraient être augmentés significativement le plus rapidement possible. Encore faut-il qu'ils ne viennent pas alimenter le vase sans fond d'une recherche stérile et bureaucratisée telle qu'on la découvre en arpentant les couloirs de certains laboratoires du CNRS. Là encore, la lutte contre l'étatisme sera nécessaire et un redéploiement de la recherche scientifique devra être engagé pour la placer sans réserve au service de la stratégie d'excellence technologique que l'industrie française se verra proposer.

Tels sont donc les leviers que le Mouvement national républicain entend utiliser pour rendre au système français de production et d'échange le dynamisme interne dont il est capable. En réhabilitant les lois de la liberté, en misant sur le développement d'une économie de l'offre, en favorisant les entreprises, tout particulièrement les PME, et en jouant sans réserve la science et la technologie, le mouvement national opte en toute clarté, sur le plan intérieur, pour le marché libre qu'il considère comme le seul apte à rétablir la prospérité de notre pays. Encore faut-il rallumer dans ce cadre, les principaux moteurs du développement.



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